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Full text of "Mémoires pour servir à l'histoire naturelle des animaux"

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MEMOIRES 

POUR  SERVIR 

A  LHISTOIRE  NATURELLE 

DES  ANIMAUX- 

Drejfe7  ÿar  M.  Perrault,^  l’Academie  Royale  des  S ciences, 

&  Médecin  de  la  Faculté  de  Paris. 


A  PARIS, 

DE  L’ IMPRIMERIE  ROYALE. 


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Ue  l qjj es-ünes  des  D efriptions  contenues  dans 
ce  Volume  ont  déjà  été  données  au  oublie.  On  les  a 
réimprimées  avec  les  autres ,  a  caufe  des  particularités:,  consi¬ 
dérables  qui  j  ont  été  ajoutées ,  &  des  nouvelles  observations 
que  la  Compagnie  a  faites  depuis  Jur  quelques  autres  Ani¬ 
maux  de  la  mefme  efpece  que  ces  premiers,  dont  les  D  efri¬ 
ptions  ont  déjà  été  imprimées.  Elle  a  mefme  différé  cette  Edi¬ 
tion  plus  long-temps  quelle  ne  sétoit  propofé,  afn  de  rendre 
les  Descriptions  plus  amples  par  les  remarques  que  Ion  a  eu 
le  moyen  de  faire  fur  un  pim  grand  nombre  de  fujets  que  le 
temps  a  fournis  :  Car  elle  a  jugé  qu’il  étoit  important  de  mar¬ 
quer  autant  quil  feroit  pojfble  les  différences  &  les  conve¬ 
nances  qui  fe  rencontrent  fouvent  dans  les  Animaux  dune 
mefme  effece,  afn  que  ceux  qui  (ont  curieux  de  ces  recherches, 
&  qui  n y  font  pas  tout  à  fait  exercez,,  fient  moins  fur  pris, 
quand  ils  s’y  appliqueront,  de  ne  pas  rencontrer  toujours  les 
chofes  conformes  d  ce  que  nom  avons  trouvé  dans  nos  dif¬ 
férions,  ou  nom  avons  prefque  toujours  découvert  quelque 
chofe  de  nouveau,  il  e fl  encore  neceffaire  d’efre  averti  que 
prefque  tom  les  Animaux  dont  nom  donnons  les  Defcriptions, 
font  morts  de  maladie,  &  la  pluffart  en  hyverj  afn  qu  ayant 
égard  d  cette  particularité,  qui  peut  apporter  beaucoup  de  chan¬ 
gement  d  la  confiitution  ordinaire  des  parties,  ce  changement 
ne  faffe  point  faire  d’inductions  qui  puffent  nuire  d  la  con- 
noffance  de  leur  état  naturel.  VMM.  Pecquet  &  Gayant, 
que  l’on  fait  avoir  été  de  leur  vivant  très  -  célébrés  dans 


*  * 


j  ont  travaillé  les  premiers  a  ces 
avec  beaucoup  de  foin  &  d’ exactitude.  &M.  du  Vémey  qui  leur 

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a  fuccedé  dans  cét  employ,  s  en  ejt  acquite  avec  un  tel  Juc- 
cés ,  que  l’on  peut  dire  qùil  a  fourni  à  ces  Définitions 
Une  bonne  partie  des  fus  curieufies  particularité1^  qui  y  fiont 
rapportées.  '  • 


MEMOIRES 


POUR  SERVIR 

A  L  HISTOIRE  NATURELLE 

DES  ANIMAUX. 


PREFACE. 

'Histoire  ,  de  quelque  nature  quelle  foit,  s’écrit 
en  deux  manières.  En  l’vne  on  rapporte  toutes  les  chofes 
qui  ont  efté  recueillies  en  plufieurs  temps,  ôc  qui  appar¬ 
tiennent  au  fujet  qu’elle  traitte  :  en  l’autre  on  fe  renferme 
dans  la  narration  des  faits  particuliers  ,  dont  celui  qui 
écrit  a  vne  connoiftance  certaine.  Cette  dernière  ma¬ 
nière  ,  que  les  Romains  appelaient  Commentaires ,  8c 
que  nous  nommons  Mémoires  ,  bien  quelle  ne  contienne  que  les  parties, 
8c  comme  les  élemens  qui  compofent  le  corps  de  l’Hiftoire ,  8c  qu’elle  n’ait 
pas  la  majefté  qui  fe  trouve  dans  celle  qui  eft  générale ,  a  néanmoins  cét 
avantage,  que  la  Certitude  8c  la  Vérité,  qui  font  les  qualitez  les  plus  recom¬ 
mandables  de  l’Hiftoire,  ne  lui  fçauroient  manquer  ,  pourvû  que  celui  qui 
écrit  foit  exaft ,  8c  de  bonne  foy  ;  ce  qui  ne  fuffit  pas  à  l’Hiftorien  général, 
qui  fouvent  peut  n’eftre  pas  véritable,  quelque  paffion  qu’il  ait  pour  la  véri¬ 
té  ,  8c  quelque  foin  qu’il  emploie  pour  la  découvrir  5  parce  qu’il  eft  toujours 
en  danger  d’eftre  trompé  par  les  mémoires  fur  lefquels  il  travaille. 

Nous  avons  aflez  d’Hiftoires  des  Animaux  de  l’vne  8c  de  l’autre  de  ces 
manières.  Car  outre  les  grands  8c  magnifiques  Ouvrages  qu’Ariftote ,  Pline, 
Solin ,  8c  Elian  ont  compofez  de  tout  ce  qu’ils  ont  pris  dans  d’autres  Auteurs, 

IV  ' 

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PREFACE. 

ou  qu’ils  ont  appris  de  ceux  qui  avoient  fait  eux-mefmes  des  obfervations  ; 
nous  avons  encore  des  relations  particulières  que  les  Voiageurs  ont  écrites 
de  quantité  d’Animaux,  qui  ne  fe  voient  que  dans  les  Pais  où  ils  ontpaffé: 
6c  ceux  qui  ont  travaillé  a  la  defcription  des  differentes  Parties  du  Monde , 
n’ont  pas  oublié  celle  des  Animaux  qui  s’y  rencontrent.  Mais  on  peut  dire 
qu’on  ne  voit  aucune  certitude  ni  en  cesHiftoires,  ni  en  ces  Relations.  Ceux 
qui  ont  écrit  l’Hiftoire  générale  des  Animaux  ,  ont  crû  la  rendre  affez  re¬ 
commandable  par  le  grand  nombre  des  chofes  qu’ils  rapportent,  6c  par  la 
diftribution  qu’ils  font  des  Animaux  en  leurs  differentes  efpéces  ,  avec  les 
reffemblances  6c  les  diffemblances  qui  fe  rencontrent  dans  leurs  parties ,  dont 
ils  ont  rangé  les  diverfes  conformations ,  6c  toutes  les  propriétez  naturelles 
en  des  claffes  communes.  Car  c’efl  en  cela  principalement  qu’ils  ont  emploié 
leur  diligence  6c  leur  induftrie ,  le  refte  n’eftant  point  d’eux ,  mais  apparte¬ 
nant  a  ceux  qui  avoient  fait  les  defcriptions  des  Animaux  fur  les  lieux ,  6c 
dont  l’exaélitude  6c  la  fidélité  ne  leur  pouvoit  eftre  affez  connue  pour  en 
répondre.  De  forte  que  ces  matières ,  dont  ces  Auteurs  ont  compofé  leurs 
ouvrages ,  eftant  pour  la  plufpart  défe£lueufes ,  6c  pofées  fur  de  mauvais  fon- 
demens ,  il  eft  vrai  de  dire  que  tout  le  grand  édifice  qu’ils  ont  élevé  en  fuite 
deffus  avec  vne  fi  belle  fimmetrie  ,  n’a  point  de  véritable  folidité. 

C’eft  pourquoy  les  curieux  6c  les  fçavans  qui  avoient  autrefois  fait  peu 
d’eftat  du  travail  de  Petrus  Gillius,  lors  qu’il  avoit  voulu  mettre  en  ordre 
tout  ce  qu’EIian  a  rapporté  confufément  des  Animaux ,  ont  eu  beaucoup 
de  regret  a  la  perte  des  belles  remarques  qu’il  avoit  faites  depuis ,  dans  les 
voiages  que  François  premier  lui  fit  entreprendre  aux  Païs  eftrangers  :  Car 
c’eftoit  vn  homme  tres-judicieux  6c  tres-éc  airéj  qui  eftoit  inftruit  par  la  le¬ 
cture  de  tous  les  Auteurs  qui  ont  écrit  fur  ce  fujet  ;  que  le  Roy  avoit  ex- 
oreffément  envoié  pour  faire  cette  recherche,  6c  qui  s’y  appliquoit  avec  vn 
bin  particulier  3  ce  qui  le  rendoit  tres-capable  d’obferver  tout  ce  qu’il  y  a 
de  remarquable  dans  les  Animaux. 

Le  défaut  de  ces  qualitez  dans  la  plufpart  de  ceux  qui  ont  fait  des  rela¬ 
tions  particulières  6c  des  mémoires,  rend  leur  travail  peu  confiderable ,  6c 
leur  témoignage  fort  fufpeél  :  n’y  aiant  gueres  d’apparence  que  des  Marchands 
6c  des  Soldats  foient  pourvus  de  l’efprit  de  Philofophie  6c  de  la  patience , 
qui  font  neceffaires  pour  obfèrver  toutes  les  particularitez  de  tant  de  diffe- 
rens  Animaux ,  dont  la  figure  extraordinaire  rempliffoit  d’abord  toute  leur 
curiofité  ,  comme  eftant  capable  d’enrichir  fuffifamment  leurs  relations  ;  fans 
qu’ils  jugeaffent  neceffaire  de  paffer  à  vne  recherche  plus  exaéte.  Mais  ce  qui 
doit  davantage  diminuer  l’eftime  qu’on  peut  faire  de  ces  fortes  de  Mémoi¬ 
res,  c’eft  le  peu  de  fidélité  dont  les  Voiageurs  vfent  d’ordinaire  en  leurs 
Relations  ;  qui  ajoutent  prefque  toujours  aux  chofes  qu’ils  ont  vues ,  celles 
qu’ils  pouvoient  voir  3  6c  qui  pour  ne  pas  laiffer  le  récit  de  leurs  voiages 

imparfait , 


PREFACE. 

imparfait ,  rapportent  ce  qu’ils  ont  leu  dans  des  Auteurs ,  par  qui  ils  font 
premièrement  trompez,  de  mefme  qu’ils  trompent  leurs  Lefteurs  en  fuite, 
C’eft  ce  qui  fait  que  les  proteftations  que  plufieurs  de  ces  Obfervateurs , 
comme  Belon,  Pifo ,  Margravius,  8c  quelques  autres  font,  de  ne  rien  dire 
que  ce  qu’ils  ont  vu ,  6c  les  aflurances  quils  donnent  d’avoir  vérifié  quan¬ 
tité  de  fauffetez  qui  avoient  efté  écrites  avant  eux  ,  n’ont  gueres  d’autre  ef¬ 
fet,  que  de  rendre  lafincerité  de  tous  les  Voiageurs  fort  fufpe&e,  parce  que 
ces  Cenfeurs  de  la  bonne  foy  ,  8c  de  I’exafititude  des  autres ,  ne  donnent 
point  de  cautions  fuffifantes  de  la  leur. 

Ce  que  nos  Mémoires  ont  de  plus  confidérable  ,  eft  ce  témoignage  irré¬ 
prochable  d’vne  vérité  certaine  6e  reconnue.  Car  ils  ne  font  point  le  tra¬ 
vail  d’vn  particulier ,  qui  peut  fe  laiffer  prévenir  de  fa  propre  opinion  5  qui 
n’apperçoit  facilement  que  ce  qui  confirme  les  premières  penfées  qu’il  a  eues , 
pour  lefquelles  il  a  tout  l’aveuglement ,  8c  toute  la  complaifance  que  chacun 
a  pour  fes  enfans  5  qui  n’eft  point  contredit  dans  la  licence  qu’il  fe  donne 
d’avancer  tout  ce  qu’il  juge  eftre  capable  de  donner  du  luftre  a  fon  ouvrage; 
8c  enfin  qui  confidere  moins  la  vérité  des  faits ,  qui  n’eft  point  fa  produ¬ 
ction  ,  que  cét  agencement  qu’il  y  ajoute  ,  8c  qu’il  forme  lui-mefme  ,  de 
quelques  particularitez  qu’il  fuppofe  ,  ou  qu’il  déguife  ,  pour  tâcher  de  les 
faire  venir  â  fon  deffein  :  de  forte  qu’il  feroit  en  quelque  façon  fâché  d’ap¬ 
prendre  des  veritez,  8c  de  faire  des  expériences  qui  ruineraient  vn  beau  rai- 
fonnement.  Mais  ces  inconveniens  ne  fe  peuvent  rencontrer  en  nos  Mé¬ 
moires  ,  qui  ne  contiennent  point  de  faits  qui  n’aient  efté  vérifiez  par  toute 
vne  Compagnie ,  compofée  de  gens  qui  ont  des  yeux  pour  voir  ces  fortes 
de  chofes ,  autrement  que  la  plufpart  du  refte  du  monde ,  de  mefme  qu’ils 
ont  des  mains  pour  les  chercher  avec  plus  de  dextérité  8c  defuccés;  qui  voient 
bien  ce  qui  eft  ,  8c  â  qui  difficilement  on  feroit  voir  ce  qui  n’eft  pas;  qui 
ne  s’étudient  pas  tant  â  trouver  des  chofes  nouvelles,  qu’a  bien  examiner  cel¬ 
les  qu’on  prétend  avoir  trouvées  ;  8c  â  qui  l’affurance  mefme  de  s’eftre  trom¬ 
pez  dans  quelque  obfervation,  n’apporte  gueres  moins  de  fatisfaéfion,  qu’vne 
découverte  curieufe  8c  importante  :  tant  l’amour  de  la  certitude  prévaut 
dans  leur  efprit  â  toute  autre  chofe.  Or  cét  amour  eft  d’autant  plus  fort, 
qu’il  n’eft  point  combatu  par  d’autre  intereft ,  puis  que  la  fauffe  gloire ,  que 
lefuccés  d’vne  ingenieufe  illufion  pourrait  avoir  emportée  par  furprife,  feroit 
fort  peu  de  chofe  ,  eftant  partagée  entre  tant  de  perfonnes ,  qui  contribuent 
toutes  â  cét  ouvrage  ;  foit  par  les  propofitions  que  chacun  fait  des  nouveau- 
tez  qu’il  découvre  ;  foit  par  l’éclairciffement  que  fa  critique  donne  aux  décou¬ 
vertes  des  autres ,  en  les  examinant ,  comme  on  a  fait  les  fiennes,  avec  vn  foin 
qu’vne  petite  pointe  d’émulation  ne  manque  jamais  de  réveiller  entre  les  Phi- 
lofophes.  De  forte  qu’il  y  a  grande  apparence,  que  ce  qui  a  fouftenu  vne  épreu- 
ye  de  cette  force ,  eft  exempt  de  tout  mélange  d’impofture  8c  de  faufleté. 

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PREFACE. 

Cette  exactitude  à  n’avancer  que  des  chofes  qui  ont  efté  avérées ,  eft  ce 
qui  a  tant  fait  loüer  Démocri  te  entre  les  Anciens,  lors  qu’aiant  ramaffé  dans 
plufieurs  livres  quantité  de  curiofitez  merveilleufes  ,  on  dit  qu’il  marqua 
dans  fes  Recueils ,  avec  Ion  cachet ,  celles  dont  il  conoiffoit  la  vérité  par 
des  expériences ,  pour  en  compofer  vn  volume ,  qu'il  appella  le  livre  d’Elite. 
C’eft  auffi  a  fon  exemple  que  Ton  a  voulu  que  ce  Recueil  fuit  vn  choix  de 
tout  ce  qui  a  efté  trouvé  6c  remarqué  foigneufement  dans  les  Animaux 
qu’on  a  pu  examiner. 

Dans  ce  Recueil  on  s’eft  particuliérement  attaché  a  ce  qui  appartient  à 
la  ftruCture  des  parties  des  Animaux  ,  plutoft  qu  a  ce  qui  regarde  leurs 
mœurs ,  leur  nourriture, la  manière  dont  on  les  prend, leurs  propriétez  pour 
la  Medecine ,  6c  pour  les  autres  vfages  qu’on  leur  attribue  ,  dont  tous  les 
Hiftoriens  Naturels  ont  compofé  leurs  Volumes  ,  6c  dont  nous  n’avons 
parlé  qu’en  paffant ,  6c  félon  l’occafion  que  nous  en  offroit  ce  que  nous  ob- 
fervions  dans  nos  fujets.  Mais  ce  deffein  de  décrire  feulement  les  parties  a 
efté  encore  reftraint  à  celles  du  dedans  ;  6c  c’eft  pour  cela  que  nous  avons 
appellé  les  Defcriptions  que  nous  faifons ,  Anatomiques ,  bien  quelles  con¬ 
tiennent  beaucoup  de  chofes  qui  fe  peuvent  voir  fans  diffeCtion. 

En  effet,  noftre  principal  deffein  eftant  de  rapporter,  6c  d’amaffer  toutes 
les  remarques  que  nous  avons  faites  fur  les  differentes  particularitez  du  de¬ 
dans  des  Animaux,  nous  n’avons  pu  obmettre  les  autres  Obfervations  qui 
appartiennent  a  la  forme  extérieure,  à  caufe  du  rapport  que  toutes  les  par¬ 
ties  ont  les  vnes  avec  les  autres.  Mais  nous  ne  nous  fommes  pas  beaucoup 
arreftez  aux  chofes  qui  n’appartiennent  pas  directement  à  cette  connoiffance 
Anatomique  ,  parce  qu’il  n’y  a  gueres  que  cette  exaCte  Defcription  des 
parties  Internes  ,  qui  manque  à  l’Hiftoire  Naturelle.  Nous  n’avons  pu 
auffi  nous  empêcher  quelquefois  de  nous  écarter  de  ce  chemin  fi  droit  6c 
fi  ferré,  que  nous  nous  fommes  propofez  de  fuivre  5  6c  nous  avons  cru  eftre 
obligez  d’entrer  dans  les  controverfes  qui  font  entre  les  Naturalises ,  tou¬ 
chant  la  difficulté  qu’il  y  a  de  fçavoir ,  fi  quelques-vns  des  Animaux  que 
nous  avons ,  font  précifément  ceux  dont  les  Anciens  ont  parlé  ;  parce  que 
les  Defcriptions  de  ces  Auteurs  font  la  plufpart  très -ambiguës  ,  6c  ne  fe 
rapportent  pas  affez  entre  elles ,  pour  ofter  les  doutes  que  l’on  peut  avoir, 
que  les  Animaux ,  aufquels  ils  donnent  vn  mefme  nom  ,  ne  foient  quel¬ 
quefois  difîerens;  6c  que  ceux  auffi  que  le  vulgaire  appelle  autrement  qu’eux, 
ne  foient  ceux -la  mefmes  dont  ils  ont  parlé.  Les  remarques  particulières 
6c  nouvelles  que  nous  avons  faites  nous  ont  engagez  a  cét  examen.  Mais 
nous  n’avons  prétendu  faire  valoir  nos  conjectures ,  qu’autant  que  des  faits 
finguliers  le  peuvent  faire;  eftant  prefts  de  nous  rétraCter,  lors  qu’il  arrivera 
qu’vn  grand  nombre  d’obfèrvations  contraires  nous  fera  voir  que  ces  pre¬ 
mières  avoient  efté  faites  fur  des  fujets ,  dont  la  conformation  eftoit  extraor¬ 
dinaire, 


PREFACE. 

dinaire ,  6c  par  confequent  peu  fuififante ,  6c  incapable  d  établir  vne  con- 
clufion  générale.  Mais  nous  avons  eftimé  que  des  chofes  de  cette  nature 
oouvoient  eftre  mifes  dans  des  Mémoires,  qui  font  comme  des  magafins,où 
on  ferre  toutes  fortes  de  chofes,  pour  s  en  fervir  dans  le  befoin. 

Or  quoiqu’on  ne  fefoit  arrefté  qu’à  cette  defcription  ,  6c  à  cette  pein¬ 
ture  naïve  ,  que  nous  avons  tâché  de  faire  avec  fimplicité,  6c  fans  orne¬ 
ment,  6c  qu’on  n’ait  point  eu  d’autre  intention,  que  de  faire  voir  les  chofes 
telles  que  nous  les  avons  veuës ,  6c  de  mefme  qu’en  vn  miroir ,  qui  ne  met 
rien  du  fien ,  6c  qui  ne  reprefente  que  ce  qui  lui  a  efté  prefenté  :  nous 
n’avons  pas  biffé  néanmoins  d’ajoufter  quelquefois  des  refléxions ,  quand 
nous  l’avons  jugé  à  propos ,  fur  les  particularitez  qui  le  meritoient  ;  6c  cela 
en  forme  d  échantillon  feulement,  6c  comme  les  prémices  des  fruits  qui  fe 
pourront  recueillir,  lors  que  par  l’amas  de  toutes  les  obfervations  qui  fe  peu¬ 
vent  faire,  cét  Ouvrage  fera  en  eftat  de  fournir  vne  matière  fuffifante,  pour 
en  former  vn  corps  entier  6c  accompli.  En  forte  qu’il  faut  entendre ,  que 
nous  ne  voulons  point  que  les  refléxions  qui  font  faites  ici  par  avance  paf- 
fent  pour  des  décifions ,  mais  feulement  pour  des  elfais  de  ce  qu’on  peut 
erer  de  cette  forte  de  travail. 

Il  y  en  a  qui  ont  trouvé  à  redire  au  merveilleux  ouvrage  de  l’Hiftoire 
des  Animaux  d’Ariftote ,  parce  qu’il  leur  femble  que  cét  Auteur  en  parle 
oluftoft  en  Philofophe  qu’en  Hiftorien.  Mais  ce  n’eft  pas  le  fentiment  de 
a  plufpart  des  curieux,  qui  eftiment  qu’il  ne  s’eft  que  trop  renfermé  dans  le 
caraêïere  d’vne  fimple  relation  ;  6c  que  c’eft  grand  dommage  qu’il  ne  fe  foit 
pas  davantage  expliqué  fur  toutes  les  chofes  qu’il  auroit  pu  découvrir,  à  l’ai¬ 
de  de  la  lumière  admirable  qu’il  avoir  pour  toutes  fortes  de  fciences:  6c  l’opi¬ 
nion  de  Hierocles  eft  fort  probable  ,  qui  dit  que  les  dix  livres  que  nous 
avons  de  l’Hiftoire  d’Ariftote  ne  font  qu’vn  abrégé  qu’Ariftophane  Bibn- 
tin  a  fait  des  cinquante  volumes  dont  Pline  a  parlé ,  dans  lefquels  eftoit 
contenu  tout  ce  qui  peut  appartenir  à  l’entière  6c  parfaite  conoiffance  des 
Animaux. 

Mais  comme  il  eft  impoffible  de  philofopher  (ans  avancer  des  propofi- 
tions  générales ,  qui  doivent  eftre  fondées  fur  la  conoiflfance  de  toutes  les 
chofes  particulières ,  dont  les  notions  vniverfelles  font  compofées  ;  6c  que  nous 
avons  encore  long-temps  à  travailler ,  avant  que  d’eftre  inftruits  de  toutes  les 
particularitez  qui  font  neceflaires  pour  cela:  nous  croions  qu’on  ne  s’arreftera 
pas  beaucoup  aux  raifonnemens  que  nous  avons  mêlez  parmi  nos  expérien¬ 
ces  ,  6c  qu’on  jugera  aifément  que  nous  ne  prétendons  répondre  que  des 
faits  que  nous  avançons ,  6c  que  ces  faits  font  les  feules  forces  dont  nous 
voulons  nous  prévaloir  contre  l’autorité  des  grands  Perfonnages  qui  ont 
écrit  avant  nous  ;  puifque  parlant  d’eux  avec  tout  le  refpedl  qu’ils  méritent, 
nous  reconoiffons  que  les  défauts  qui  fe  voient  dans  leurs  Ouvrages ,  n’y 


PREFACE. 

font  que  parce  qu'il  eft  impoffible  de  rien  trouver  qui  ait  aquis  la  dernière 
perfection; quoi  que  ces  Ouvrages  en  approchent  affez  poureftre  inimitables, 
5c  pour  faire  avoir  a  tous  ceux  qui  font  intelligens  5c  raifonables ,  vne  fingu- 
lière  vénération  pour  les  excellens  genies  qui  les  ont  produits.  Car  nous 
croions  rendre  vn  plus  grand  honneur  au  mérité  des  Anciens,  en  faifant  voir 
que  nous  avons  découvert  quelques  legeres  fautes  dans  leurs  ouvrages ,  que 
fi ,  à  la  manière  de  ceux  qui  fe  défient  de  leur  propre  lumière,  5c  ne  fondent 
jamais  le  jugement  qu’ils  font  du  prix  de  chaque  chofeque  fur  des  préjugez, 
nous  ne  les  eftimions  que  parce  que  nous  croions  qu’ils  font  faits  par  de 
grands  Perfonnages ,  5c  non  pas  à  caufe  de  la  conoiffance  que  nous  avons 
de  ce  qu’ils  ont  de  bon  5c  de  mauvais  :  parce  que  de  mefme  que  la  plus 
grande  loüange  que  cent  aveugles  pourroient  donner  à  vne  beauté  ne  feroit 
pas  fi  avantageufe  que  la  plus  médiocre  d’vn  feul  homme  qui  auroit  de  bons 
yeux  ;  l’approbation  auffi  quVn  commun  confentement  de  tous  les  fiécles  a 
donnée  aux  ouvrages  des  grands  Perfonnages  ne  fçauroit  eftre  bien  fondée, 
s’il  ne  paroift  quelle  a  efté  donnée  avec  difcretion,  5c  en  confequence  d’vn 
examen ,  par  lequel  il  a  efté  vérifié  que  ce  qu’il  peut  y  avoir  de  défectueux 
n’eft  rien  en  comparaifon  du  nombre  infini  des  belles  5c  excellentes  choies 
qui  s’y  rencontrent. 

Nous  eftimons  que  ceux  qui  feront  capables  de  ces  refléxions ,  n’auront 
pas  la  malignité  de  fe  prévaloir  de  l’autorité  qu’on  donne  au  grand  nombre 
de  ceux,  qui  n’en  eftant  pas  capables ,  veulent  que  l’on  ait  comme  eux  vne 
vénération  aveugle  pour  les  ouvrages  5c  pour  les  fentimens  des  Anciens  ; 
ôc  nous  eiperons  que  les  gens  raifonables  n’en  abuièront  pas ,  pour  rendre 
odieufe  la  liberté  que  nous  nous  fommes  donnée ,  de  dire  que  nos  Defcri- 
ptions  font  exaétes ,  parce  que  nous  ne  propofons  rien  que  ce  que  nous 
avons  vu  ;  5c  que  mefme  nous  prétendons  qu’elles  font  plus  exaétes  que 
celles  des  Anciens,  qui  font  faites  la  plufpart  fur  les  rapports  d’autruy  ;  puifque 
nous  n’affectons  point  hors  de  propos  de  marquer  les  erreurs  de  ces  grands 
Hommes,  5c  que  nous  ne  faifons  qu’avertir  le  Leéteur ,  que  nos  Obferva- 
tions  ne  fe  rapportent  pas  avec  les  leurs.  Car  nous  n’avons  pas  jugé  que 
cette  comparaifon  de  noftre  diligence  avec  leur  peu  d’exaétitude ,  fuft  vne 
vaine  oftentation  5c  tout-a-fait  inutile;  puis  qu’elle  peut  contribuer  à  vne  in- 
ftruétion  plus  précife,  5c  qui  imprime  mieux  les  images  des  chofes,  lorfque 
leur  véritable  delcription  eft  diftinguée ,  5c  marquée  par  J’oppofition  de  celle 
qui  eft  fauffe  :  ou  du  moins  cela  fait  conoiftre  ,  fuppofé  que  les  obfervations 
contraires  fuffent  toutes  deux  véritables  ,  qu’on  peut  conclure ,  qu’a  l’egard 
de  ces  particularitez  dont  nous  fommes  en  différend ,  la  nature  eft  varia» 
ble  5c  inconftante. 

C’eft  pourquoi  nous  avons  choifi  vne  manière  de  faire  nos  Defcriptions 

toute  particulière.  Car  au  lieu  que  les  Anciens  5c  la  plufpart  des  Modernes 

traitent 


PREFACE. 

traitent  la  doétrine  des  Animaux  comme  celle  des  Sciences ,  parlant  toûjours 
généralement ,  nous  n’expofons  les  chofes  que  comme  eflant  finguliéres  :  6c 
au  lieu  d’affurer,  par  exemple, que  l’Ours  à  cinquante-deux  Reins  de  chaque 
codé ,  nous  difons  feulement  qu’vn  Ours  que  nous  avons  diffequé  avoit  la 
conformation  tout-a-fait  particulière  5  6c  en  la  décrivant ,  fi  nous  témoignons 
eflre  eltonnez  que  perfonne  n’ait  fait  cette  remarque  ,  6c  que  mefme  ceux 
qui  ont  fait  l’Anatomie  de  ces  Animaux  n’en  ayent  rien  dit,  c’efl  parce  que 
nous  fuppofons  que  la  Nature,  qui  fe  joüe  rarement  dans  la  conformation  des 
parties  principales,  a  formé  les  Reins  des  autres  Ours  de  la  mefme  façon  que 
nous  les  avons  trouvez  en  noftre  fujet. 

Dans  la  Defcription  des  Animaux  rares ,  6c  qui  viennent  des  Païs  étran¬ 
gers,  nous  avons  apporté  vn  grand  foin  à  bien  dépeindre  leur  forme  extérieu¬ 
re  ,  6c  à  marquer  la  grandeur  6c  la  proportion  de  toutes  les  parties  qui  fe 
voient  fans  diffeétion;  parce  que  ce  font  des  chofes  prefque  auffi  peu  co¬ 
mtes  que  tout  ce  qui  efl  enfermé  au  dedans.  Les  Animaux  qui  nous  font 
familiers  font  décrits  autrement.  Car  on  compare  la  grandeur,  la  forme,  6c 
la  fituation  de  leurs  parties,  tant  les  exterieure^que  les  intérieures ,  à  celles  de 
l’Homme,  que  nous  eftabliffons  comme  la  réglé  des  proportions  de  tous  les 
Animaux:  non  pas  que  nous  eftimions  qu’il  foit  abfolument  mieux  propor¬ 
tionné  que  la  plus  difforme  de  toutes  les  Belles  :  parce  que  la  perfection  de 
chaque  chofe  dépend  du  rapport  qu  elle  a  à  la  fin  pour  laquelle  elle  eft  faite  ; 
6c  qu’il  eft  vrai  que  les  Oreilles  d’vn  Afne,  6c  le  Groin  d’vn  Pourceau,  font 
des  parties  auffi  admirablement  bien  proportionnées,  pour  les  vfages  aufquels 
la  Nature  les  a  deflinez,  que  toutes  celles  du  Vifàge  de  l’Homme  le  font,  pour 
luy  donner  la  majefté  6c  la  dignité  du  Maiftrede  tous  les  Animaux.  Mais  il 
a  falu  convenir  d’vne  mefure  6c  d’vn  Module,  de  mefme  que  l’on  fait  en  Ar¬ 
chitecture  :  6c  confiderant  tout  l’Univers  comme  vn  grand  6c  fuperbe  Edi¬ 
fice,  qui  a  plufieurs  appartenons  d’vne  ftructure  differente  ,  on  a  choifi  les 
proportions  du  plus  noble  pour  regler  tous  les  autres.  De  manière  que 
quand  on  dit,  par  exemple,  qu’vn  Chien  a  la  Tefle  longue,  le  Ventricule  petit, 
6c  la  Jambe  tout  d’vne  venue ,  c  efl  feulement  en  comparant  ces  parties  avec 
celles  qui  fe  trouvent  de  mefme  efpece  en  l’Homme.  Nous  décrivons  auffi 
toutes  les  parties  du  Corps  Humain,  quoi  qu’il  ny  ait  pas  tant  de  chofes  nou¬ 
velles  à  en  dire,  que  de  celles  des  autres  Animaux  5  eflant  fort  difficile  d’a- 
joufler  quelque  chofe  aux  Anciens  6c  aux  Modernes,  qui  ont  traité  cette  ma¬ 
tière  avec  toute  l’exa&itude  imaginable ,  6c  avec  vn  fuccés  comparable  a  la 
grandeur  6c  à  la  dignité  du  fujet.  Nous  avons  joint  à  vn  grand  nombre  d’ob- 
fervations  particulières  que  nous  avons  faites, toutes  les  autres  remarques  qui 
nous  font  communes  avec  les  autres  Auteurs ,  6c  que  nous  ne  donnons  point 
ootir  nouvelles;  mais  feulement  comme  eflant  en  quelque  forte  confidera- 
3les,  a  caufe  de  la  certitude  6c  de  la  foy  que  les  témoignages  de  tant  de 


o 


PREFACE. 

perfonnes  qui  ont  contribué  à  ces  Defcriptions,  peuvent  donner  aux  faits  que 
nous  avançons. 

Cette  exaétitude  fi  précife  a  rapporter  toutes  les  particularitez  que  nous 
remarquons  ,  eft  accompagnée  dvn  pareil  foin ,  pour  bien  faire  les  Figu¬ 
res  tant  des  animaux  entiers  ,  que  de  leurs  parties  externes ,  ôc  de  toutes 
celles  qui  font  cachées  au  dedans.  Ces  parties,  après  avoir  efté  confiderées, 
ôc  examinées  avec  les  yeux  aidez  du  fecours  des  Microfcopes ,  quand  il  en 
eft  befoin ,  font  deflinées  fur  le  champ  par  vn  de  ceux-là  mefme ,  à  qui  la 
Compagnie  a  donné  la  charge  de  faire  les  Defcriptions  par  écrit  ;  ôc  elles 
n’ont  point  efté  gravées,  que  tous  ceux  qui  ont  efté  prefens  aux  Diffeétions 
n’ayent  trouvé  qu’elles  eftoient  tout-à-fait  conformes  ace  qu’ils  ont  veu.  On 
a  jugé  que  c’eftoit  vne  chofe  bien  avantageufe  pour  la  perfeétion  de  ces  Fi¬ 
gures  ,  d’eftre  faites  d’vne  main  qui  fuft  conduite  par  d’autres  conoiffances 
que  par  celles  de  la  Peinture  ,  lesquelles  ne  font  pas  toutes  feules  fuffifantes, 
parce  que  l’importance  en  ceci  n’eft  pas  tant  de  bien  reprefenter  ce  que 
l’on  voit,  que  de  bien  voir  comme  il  faut  ce  que  l’on  veut  reprefenter. 

Nos  Mémoires  eftant  ainfi/-compofez,  on  peut  efperer  qu’ils  fourniront 
de  matière  à  vne  Hiftoire  Naturelle ,  qui  ne  fera  pas  indigne  du  plus  grand 
Roy  qui  ait  jamais  efté  :  ôc  que  fi  pour  égaler  en  cela  Alexandre  ,  comme  il 
l’égale,  ôc  le  furpaffe  me  fine  en  toute  autre  chofe,  il  lui  manque  vn  auffi  grand 
perfonnage  qu’Ariftote ,  le  foin  que  Sa  Majefté  a  eu  de  fuppléer  à  ce  dé¬ 
faut  ,  par  le  nombre  des  perfonnes  qu’Elle  a  choifies  pour  cét  emploi ,  ôc 
par  l’ordre  qui  fe  tient  pour  faire  les  chofes  avec  vne  entière  exaétitude ,  fe¬ 
ra  que  cét  Ouvrage,  qu’il  a  voulu  qu’on  entreprift,  ne  fera  peut-eftre  pas  in¬ 
ferieur  à  celui  qui  à  efté  fait  pour  Alexandre  5  quoi  qu’on  ne  puiffe  pas  dire 
qu’il  foit  parti  des  mains  d’vn  Philofophe  comparable  à  Ariftote,  fi  ce  n’eft 
que  la  grandeur  de  la  puiflfance  qui  conduit  toutes  les  entreprifes  de  Sa 
Majefté  fafife  élever  quelque  jour  vn  Genie  extraordinaire,  qui  fe  ferve  de 
nos  Mémoires  avec  vn  fuccés  qui  égale  celui  des  grands  Politiques,  ôc  des 
vaillans  Capitaines  ,  que  fon  régné  merveilleux  a  fournis  au  fiécle  où  nous 
vivons. 


Description 


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Explication  de  la  figure  du  Lion. 

L  eft  reprefenté  vivant  dans  la  figure  d’en  bas,  la  tefte  tournée  à  cofté,ainfî  qu5il  la 
.porte  quelquefois,  nonobflant  la  roideur  de  fon  col  Les  ongles,  quoy  que  très-grands, 
ne  paroifTent  point ,  eftant  couverts  du  poil  qui  eft  fort  long  à  l’extrémité  des  pattes. 
La  forme  que  la  queue  a  fous  le  poil  ne  fe  voit  point  aufti,  à  caufe  de  la  differente 
longueur  du  poil,  qui  la  fait  paroiftre  d’égale  groffeur  depuis  le  commencement  juf- 
qu’au  bout. 


arties  que  la 

A.  Eft  la  crefie  du  Crâne. 

B  B.  Le  Zygoma. 

CC.  La  grande  &  la  petite  Canine. 

D.  Les  Dents  Incifives. 

E.  L’apophyf  Coronoide  de  la  mâchoire  inferieure. 

FFF.  Les  Dents  Molaires. 

G.  E  extrémité  du  Rayon. 

H.  V extrémité  du  Coude. 

Il  II.  Les  os  du  Carpe. 

1 1 1 1.  Les  quatre  os  du  Métacarpe, 
z z  zz.  Les  quatre  os  de  la  première  Phalange  des  doits. 

3333.  Les  quatre  os  delà  féconde  Phalange. 

OOO.  Les  derniers  os  des  doits.  On  en  a  reprefenté  un  feparé  3  &  hors  de  fon  articulation  ,  lequel 
auec  deux  autres  marquez,  z.  3.  qui  font  aufii  f parez,  du  refte  de  la  patte  3  doit  compofer 
un  des  doits.  Il  faut  remarquer  la  courbure  que  L’os  marqué  3.  a  en  fon  extrémité }  qui  fait 
un  Condyle  ou  faillie  3  pour  donner  lieu  au  dernier  os  qui  luy  efi  articulé ,  de  fe  fiechir  en 
haut. 

K  K  K.  V ne  portion  de  la  peau  de  la  langue  uu'è  auec  le  microfope. 

L  L  L.  De  petites  éminences  qui  font  proche  de  la  racine  de  chacune  des  pointes  qui  font  fur  la  langue. 
M  M  M.  Les  pointes  dont  la  langue  efi  h  e  ri  fée. 

N.  Une  des  pointes  feparée  de  la  peau  3  afin  de  faire  uoir  fa  cavité. 

O  O.  La  Veficule  du  Fiel. 

P.  Le  conduit  de  la  Bile. 

Q.  La  Vefiie. 

RR.  Les  Profitâtes. 

SS.  Les  ligament y  qui  joints  auec  l’Vrethre  compofînt  le  corps  de  la  Verge. 

T.  Le  commencement  de  l’Vrethre. 

X.  Le  Balanus. 

Y.  Le  Cryfialin  qui  eft  oit  gafté. 

2.  L’autre  Cryflalin  qui  eft  oit  fain. 
r.  La  Langue. 

A.  Le  cartilage  Ehyroide  du  Larynx. 

©.  Le  cartilage  Cricoide. 

A.  Le  cartilage  Arytenoide. 

S.  La  Glotte. 

2.  L’Epiglotte. 

<I>.  La  partie  la  plus  baffe  du  Ventricule. 

Ÿ.  L’orifice  inferieur  du  Ventricule. 

<*..  L’Oefophage. 
fi  fi.  L’affere  oArtere. 
y.  L’oreille  gauche  du  Coeur . 

<s\.  Le  Cœur. 

C.  L’artere  Soufclaviére  droite . 
a,  La  Carotide  droite. 
ôa  La  Carotide  gauche. 
k.  L’artere  Soufclaviére  gauche. 
m.  V ne  portion  du  Diaphragme. 
ft.  V orifice  fuperïeur  du  Ventricule . 
y  F  Deux  boffes  qui  e  fiaient  au  devant  du  Ventricule. 

11345678.  Les  huit  Lobes  du  Poumon . 


âijfeflion  peut  faire  connoifire 


Dans  les  p 


DESCRIPTION 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DU  N  LION- 


Va nt  que  d’ouvrir  noftre  Lion  ,  nous  en  avons  examine 
foigneufement  toutes  les  parties  externes ,  luivant  la  méthode 
que  nous  nous  fommes  propofé  d’obferver  pour  toutes  les 
defcriptions  des  autres  Animaux.  Nous  avons  trouvé  que  la 
groffeur  de  la  telle ,  qui  eft  remarquable  dans  cét  Animal ,  con- 
fiftoit  principalement  en  l’abondance  extraordinaire  de  la  chair 
qui  la  couvre ,  &£  en  la  grandeur  des  os  qui  compofent  les 
mâchoires.  Que  la  poitrine  tout  de  mefme  ,  qui  paroill  large , 
ne  l’eftoit  qu’à  caufe  du  poil  long  &  épais  qui  l’environnoit,  le 
Sternon  ellant  ferré, &  beaucoup  plus  en  pointe  ,  qu’il  ne  l’eft  en  la  plufpart  des  Che¬ 
vaux  &  des  Chiens  :  &  que  par  la  mefme  raifon  la  queue  ne  fembloit  eftre  d’égale 
groffeur  ,  depuis  vn  bout  jufqu’à  l’autre  ,  qu’à  caufe  de  l’inégalité  du  poil  dont  elle 
elloit  environnée ,  qui  ctoit  plus  court  vers  le  commencement ,  où  la  chair  &  les  os 
font  plus  gros ,  &C  qui  s’alongeoit  à  mefure  que  ces  parties  vont  en  diminuant  vers 
le  bout.  Et  que  ce  long  poil  qui  eft  autour  du  col  &c  de  la  poitrine  ,  n’eftoit  different 
de  celui  du  relie  du  corps  que  par  fa  longueur  ,  n’ayant  rien  qui  tint  de  la  nature 
du  crin. 

Les  ongles  n’avoient  point  d’étuis ,  ainli  que  Pline  dit  qu’ils  en  ont  pour  empefcher  qu’ils 
ne  foient  vfez  en  marchant;  mais  plûtoll  il  paroiffoit  que  ces  Animaux,  ainfi  que  remar¬ 
quent  Plutarque  &  Solin  ,  pourvoyent  à  cela  en  les  retirant  entre  leurs  doits ,  par  le 
moyen  de  l’articulation  particulière  de  la  derniere  jointure  ,  qui  étoit  telle  que  le  pé¬ 
nultième  os,  en  fe  recourbant  en  dehors,  donnoit  lieu  au  dernier  qui  lui  eft  articulé,  & 
à  qui  l’ongle  eft  attaché,  de  le  fléchir  en  deffus  &c  à  collé  plus  facilement  qu’en  deffous, 
ellant  retiré  en  haut  par  le  moyen  d’vn  ligament  tendineux  ,  qui  attache  enfemble  les 
deux  derniers  os  en  leur  partie  fuperieure  &  externe  feulement  ;  &  qui  fouffrant  vne 
diftention  violente  lors  que  le  doit  eft  fléchi  en  dedans  ,  étend  cette  derniere  articu¬ 
lation  au (li  tollque  les  mufcles  flechiffeurs  viennent  àfe  relafcher,  &  fortifie  l’aélion  des 
mufcles  extenfeurs  :  en  forte  que  l’os  qui  eft  à  l’extrémité  de  chaque  doit  ellant  prefque 
toujours  recourbé  en  enhaut,  ce  n’eft  point  le  bout  des  doits  qui  pofe  à  terre  ,  mais  le 
nœud  de  l’articulation  des  deux  derniers  os  ;  &C  ainfi  les  ongles  demeurent  levez  en 
haut  en  marchant,  &c  retirez  entre  les  doits,  à  fçavoir  tous  ceux  des  pattes  droites  vers 
le  collé  droit  de  chaque  doit ,  &c  tous  ceux  des  pattes  gauches  vers  le  collé  gauche  ;  la 
flexion  des  doits  pour  le  marcher  n’eftant  faite  que  par  les  tendons  du  mufcle  Sublime,  &C 


/ 


*  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  LION. 

ceux  du  mufcle  Profond  n’agiflant  que  lors  qu'il  eft  befoin  d’alonger  les  ongles  "  qui 
fortent  d’entre  les  doits,  quand  le  dernier  article  elt  fléchi  en  deflbus.  Cette  ftru&ure 
merveilleufe  ne  s’eft  point  trouvée  au  pouce,  dont  la  derniere  jointure  ne  fe  flechifloit 
qu’en deflous , parce  que  ce  doit  ne  pofoitpoint  à  terre, eftant  plus  court  que  les  autres, 
&  n’ayant  que  deux  os  à  l’ordinaire. 

Il  y  avoit  quatorze  dents  à  chaque  mâchoire,  à  fçavoir  quatre IncifiVes,  quatre  Ca¬ 
nines  ,  &  lîx  Molaires.  Les  Incifives  eftoient  petites ,  St  les  Canines  fort  inégales ,  y 
en  ayant  deux  grandes  St  deux  petites.  Les  grandes  ,  qui  eftoient  longues  d’vn  pouce 
Stdemi,  en  maniéré  de  deffenfes,  font  les  feules  qu’Ariftote  prend  pour  Canines-,  mais 
chacune  de  ces  grandes  Canines  eftoit  accompagnée  d’vne  autre  petite  &  pointue,  qui 
étoit  à  cofté  des  Incifives, St  qui  laifloit  en  la  mâchoire  d’en  haut,  entre  elle  St  la  grande, 
autant  d’efpace  vuide  de  chaque  cofté,  qu’il  en  eft  befoin  pour  loger  le  croc  de  la  grande 
Canine  de  la  mâchoire  inferieure,  dans  laquelle  il  y  avoit  aufli  vn  elpace  entre  la  grande 
Canine  St  la  première  des  Molaires,  deftinépour  loger  la  grande  Canine  delà  mâchoire 
fuperieure,mais  qui  eftoit  beaucoup  plus  grand,  afin  que  la  mâchoire  inferieure  fe  pût 
avancer  en  devant  quand  il  eft  befoin.  Les  Molaires  eftoient  aufli  fort  inégales,  princi¬ 
palement  en  la  mâchoire  fuperieure  ,  ou  celle  qui  eft  après  la  Canine  eftoit  aufli  petite 
que  les  Incifives.  Les  autres  Molaires  eftoient  fort  grandes ,  ayant  trois  pointes  inégales, 
qui  faifoient  comme  vne  fleur  de  Lys. 

Le  col  eftoit  fort  roide,  ainfi  que  l’ont  "remarqué  les  Auteurs  ;  mais  la  diflection  nous 
a  fait  voir  dans  noftre  Lion  ,  que  cela  ne  procedoit  point ,  comme  ont  dit  Ariftote 
St  Elian  ,  de  ce  qu’il  n’eft  que  d’vnos,  mais  bien  de  ce  que  les  apophyfes  Epineufes  des 
vertebres  du  col  eftoient  fort  longues ,  St  liées  avec  des  ligamens  fi  forts  St  fi  durs, 
qu’il  fembloit  que  ce  ne  fuft  qu’vn  os.  Scaliger  dit  avoir  obfervé  la  mefme  chofe  en  la 
diffeétion  de  deux  Lions  -,  St  il  eft  croyable  qu’Ariftote  l’a  ainfi  entendu  ,  quand  il  a  dit 
en  fa  Phyfionomie  ,  que  le  corps  du  Lion  eft  remarquable  par  la  grofleur  St  par  la  fer¬ 
meté  de  fes  articles. 

La  Langue  eftoit  afpre ,  St  heriflèe  de  quantité  de  pointes  d’vne  matière  dure ,  St 
pareille  à  celle  des  ongles ,  dont  elles  avoient  aufli  la  figure  ;  ces  pointes  eftant  creu- 
îes  en  leur  bafe  ,  St  recourbées  vers  le  gofier.  Elles  eftoient  longues  de  prés  de  deux 
lignes  ,  St  elles  avoient  vers  leur  bafe  de  petites  éminences  rondes ,  faites  de  la  peau 
charnue  de  la  Langue. 

Les  yeux  eftoient  clairs  St  luifans  après  la  mort  f  St  l’on  voyoit  par  le  trou  de 
l’Uvée  le  fonds  de  la  Choroïde  ,  qui  eftoit  comme  doré.  La  Conjonétive  eftoit 
noire.  Il  y  a  apparence  que  ce  qui  a  fait  dire  ,  que  les  Lions  dorment  les  yeux 
ouverts,  eft  que  fans  fermer  les  paupières ,  ils  les  peuvent  couvrir  avec  vne  membrane 
épaifle  St  noiraftre  couchée  vers  le  grand  angle  ,  laquelle  en  fe  hauflant  St  s’alongeant 
vers  le  petit,  peut  s’eftendre  fur  toute  la  Cornée,  ainfi  qu’on  voit  aux  oifeaux,  St  princi¬ 
palement  aux  Chats,  qui  ont  vne  fi  grande  conformité  avec  le  Lion,  que  nous  avons 
trouvé  y  avoir  quelque  fondement  à  la  fable  de  l’Alcoran  ,  qui  dit  que  le  Chat  nafquit 
premièrement  dans  l’Arche  de  l’efternument  du  Lion.  Car  la  ftruéture  particulière 
des  pattes ,  des  dents ,  des  yeux ,  &  de  la  langue ,  que  nous  avons  obfervée  dans  le  Lion , 
fe  trouve  lufeftre  commune  avec  le  Chat-,  St  les  parties  internes  de  ces  deux  Animaux 
n’ont  pas  moins  de  reflemblance  ,  quoy  qu’Albert  dife  le  contraire, 

A  la  première  ouverture  ,  la  peau  ne  nous  parut  point  extraordinairement  dure,  ni 
impénétrable  ,  comme  dit  Cardan  -,  mais  on  la  trouva  attachée  par  quantité  de  fibres 
dures  St  nerveuïès  ,  qui  naifloient  des  mufcles  ,  St  .penetroient  le  pannicule  char- 
neux. 

L’Oefophage  n’eftoit  point  aflez  large  pour  faire  que  le  Lion  puifife  avaler ,  ainfi 
que  difent  les  Auteurs  ,  les  membres  des  animaux  tous  entiers  -,  car  il  n’avoit  pas  plus 
d’vn  pouce  St  demi  de  large,  St  eftoit  referré  par  le  trou  du  Diaphragme  à  l’ordinaire,  qui 
n’eftoit  point  ouvert  St  élargi,  comme  il  l’eft  en  la  plufpart  des  Poiflons  St  des  Ser- 
pens,  qui  avalent  aifément  tout  ce  qui  peut  entrer  dans  leur  gueule. 


Le 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  LION.  3 

Le  ventricule  eftoit  long  de  dix-huit  pouces  ,  &  large  de  lix  ,  fitué  de  haut  en  bas, 
tournant  vn  peu  vers  le  collé  droit,  &  le  relevant  au  Pylore.  Il  y  avoit  en  la  partie  fu- 
perieure  &  anterieure  deux  bolTes  inégales. 

Tous  les  inteftins  enfemble  avoient  vingt-cinq  pieds  de  long,  le  Colon  dix-huit  pou¬ 
ces,  &  l’appendice  du  Cæcum  trois. 

Le  Pancréas  eftoit  pareil  à  celui  des  Chats  6c  des  Chiens ,  6c  les  grofles  glandes  du 
Mefentere  ,  qui  font  appellées  Pancréas  par  Afellius ,  eftoient  auffi  femblables  à  celles 
de  ces  animaux. 

Le  Foye,  en  qui  nous  trouvalmes  fept  Lobes  comme  aux  Chats ,  eftoit  d’vn  rouge  h 
brun,  qu’il  approchoit  fort  du  noir;  il  eftoit  aufli  fort  molafte.  Sa  partie  cave  au  deftous 
de  la  velîcule  du  fiel  eftoit  remplie  de  bile  elpanchée  dans  fa  fubftance  ,  &  dans  celle 
de  toutes  les  parties  circonvoifines  ;  ce  qui  fut  la  feule  chofe  qui  nous  donna  quelque 
foupçon  de  la  caufe  de  la  mort  de  cét  animal ,  que  nous  jugeafmes  eftre  la  maladie ,  à 
laquelle  feule  Pline  dit  que  les  Lions  font  fujets  ,  qu’il  appelle  œgritudinem  faftidij  :  car 
foit  que  cela  s’entende  de  l’ennui  mortel  qu’il  a  de  fa  captivité  ,  comme  cét  Auteur 
l’exprime  ,  ou  que  cela  lignifie  le  dégouft  qui  le  fait  mourir  faute  de  manger  ,  on  fçait 
que  la  rétention  de  la  bile  peut  caufer  l’vn  &  l’autre. 

La  Veficule  du  Fiel  avoit  fept  pouces  de  long  fur  vn  6c  demi  de  large.  Sa  ftruélure 
eftoit  aflez  particulière,  eftant  anfraétueufe  vers  les  conduits  de  la  bile,  &  comme  fepa- 
rée  en  plufieurs  cellules  :  les  Chats  l’ont  toute  pareille. 

La  Ratte  eftoit  longue  d’vn  pied,  large  de  deux  pouces ,  6c  épaifle  de  demi-pouce. 
Elle  n’eftoit  pas  fi  noire  que  le  Foye,  nonobftant  la  réglé  generale  que  Galien  donne  de 
la  couleur  de  la  Ratte,  qu’il  dit  eftre  tousjours  plus  noire  que  le  Foye,  principalement 
aux  animaux  qui  font  d’vn  tempérament  chaud  6c  fec  ,  6c  qui  ont  les  dents  pointues. 
De  forte  qu’il  y  a  beaucoup  d’apparence  que  cette  noirceur  du  Foye  eftoit  extraordi¬ 
naire  en  ce  fiijet ,  6c  qu’elle  n’eftoit  pas  naturelle.  Le  Rein  eftoit  prefque  rond  ,  ayant 
trois  pouces  6c  demi  de  long  fur  deux  6c  demi  de  largeur  6c  d’épaifleur  :  il  pefoit  fept 
onces  6c  deux  gros. 

Les  parties  de  la  génération  avoient  cela  de  particulier,  que  l’Urethre  n’eftoit  point 
recourbée  ,  mais  toute  droite  depuis  la  Veiïie  jufques  à  l’extrémité  de  la  Verge-,  6c  que 
le  commencement  des  ligamens ,  qui  avec  l’Urethre  compofent  le  corps  de  la  Verge, 
eftoit  fort  éloigné  des  Proftates  ,  qui  font  au  commencement  du  col  de  la  Veftie.  En 
forte  que  l’Urethre,  qui  en  tout  avoit  onze  pouces,  ne  fortoit  dehors,  jointe  à  ces  liga¬ 
mens  ,  que  de  la  longueur  de  trois  pouces  6c  demi  :  ce  qui  nous  fit  douter  de  la  vérité 
de  ce  qu’Ariftote  dit  fur  la  Phyfionomie  du  Lion  ,  à  fçavoir  qu’il  a  par  excellence ,  6c 
plus  que  tous  les  autres  animaux  ,  les  marques  vifibles  6c  apparentes  de  la  puilfance ,  6c 
rie  la  perfeétion  de  fon  fexe. 

La  raifon  de  cette  ftruélure  nous  parut  eftre  fondée  fur  la  largeur  extraordinaire  des 
os  Pubis,  le  long  defquels  il  faut  que  l’Urethre  defcende  depuis  la  Veftie,  dont  le  fond 
doit  pafler  au  deflus  de  ces  os  ,  jufques  à  leur  partie  inferieure ,  de  laquelle  naiflent 
ces  ligamens  qui  compofent  la  Verge.  Cette  conformation  fait  que  le  Lion  jette  fon 
vrine  en  arriéré  ,  6c  non  pas  en  levant  la  jambe ,  à  la  maniéré  des  Chiens  ,  comme 
dit  Pline ,  6c  qu’il  s’accouple  avec  la  Lionne  de  mefme  que  les  Chameaux  ,  les  Liè¬ 
vres  ,  6CC, 

En  ouvrant  le  Thorax  on  remarqua,  que  de  tous  les  cartilages  du  Sternon  qui  avoient 
efté  coupez ,  il  fortoit  deux  ou  trois  gouttes  de  fang  ,  qui  faifoient  voir  que  ces  parties 
ne  font  point  fi  folides ,  que  leurs  cavitez  foient  imperceptibles ,  comme  veulent  quel¬ 
ques  Auteurs ,  puis  qu’ils  font  penetrez  par  des  vaifleaux  fanguinaires  ,  comme  on  voit 
à  tous  les  animaux  quand  ils  font  encore  jeunes. 

Le  Mediaftin  eftoit  parfemé  de  quantité  de  grands  vaiftèaux.  Les  membranes  qui  le 
compofent ,  $C  qui  eftoient  percées  comme  vn  réfeau  ,  fe  joignoient,  6c  ne  laifloient 
point  de  vuide  que  vers  le  Diaphragme ,  au  droit  de  la  pointe  du  Cœur ,  où  il  y  avoit 
vne  cavité  aflez  grande  6c  ample.  On  obferve  la  mefme  chofe  aux  Chats. 


B 


4  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D'UN  LION. 

Le  Poulmon  fut  trouvé  avoir  fix  Lobes  au  cofté  droit,  &  trois  au  gauche.  Tous  les 
cartilages  annulaires  de  lAfpre  artere  faifoient  le  cercle  entier,  à  la  referve  de  deux  ou 
trois  au  delTous  du  Larynx, aufquels  fur  leur  grandeur,  qui  eft  de  plus  de  quatre  pouces 
de  tour,  il  n’y  avoit  pas  à  dire  plus  de  deux  lignes  qu’ils  ne  fuffent  entiers.  La  largeur  ÔC 
la  fermeté  de  cét  organe  de  la  voix ,  nous  fembla  pien  capable  de  former  le  bruit 
épouvantable  des  rugiflemens. 

Le  canal  Ladée  Thorachique  eftoit  fort  petit,  &  couché  fur  vn  long  filet  de  graifle, 
qui  s’eftendoit  tout  le  long  ,  &c  au  collé  du  corps  des  vertebres ,  &  qui  avoit  deux  li¬ 
gnes  de  large. 

Le  Coeur,  qui  fut  trouvé  fec  &  fans  eau  dans  le  Péricarde, eftoit  beaucoup  plus  grand 
à  proportion  qu’en  aucun  animal  ,  ayant  fix  pouces  de  longueur ,  &  quatre  de  largeur 
vers  la  bafe,  &  Unifiant  en  vne  pointe  fort  aiguë.  Safubftance  nous  parut  molafie  avant 
que  de  l’avoir  ouvert  :  mais  on  reconnut  que  cela  provenoit  de  ce  qu’il  a  fort  peu  de 
chair,  &  qu’il  eft  tout  cave  ,  fes  ventricules  eftant  fi  amples,  que  le  gauche  qui  defcend 
jufques  a  la  pointe,  ne  laifloit  que  deux  lignes  d’épaifteur  à  la  chair  qui  le  couvre  en  cét 
endroit  -,  vers  la  bafe  il  n’en  avoit  que  fept ,  &  le  Septum  en  avoit  prefque  autant.  Les 
Oreilles  du  Cœur  eftoient  fi  petites,  que  la  droite  ,  qui  eft  la  plus  grande  ,  n’avoit  pas 
demi-pouce.  La  ftru&ure  du  Cœur  des  Chats  n’eft  point  fi  particulière,  car  il  eft  plus 
emoufle  par  la  pointe, &  charnu  à  l’ordinaire.  La  proportion  des  rameaux  que  l’Aorte 
amendante  jette  eftoit  telle,  que  les  Carotides  avoient  autant  de  grofteur  que  le  rameau 
foufclavier  gauche,  &  que  le  relie  du  droit  dont  elles  fortent  :  ce  qui  eft  confiderable 
veula  petitefle  du  Cerveau.  La  mefme  chofe  fe  voit  aux  Chats,  à  la  referve  qu’ils 
ont  beaucoup  plus  de  Cervelle  ,  à  proportion  de  leur  grandeur. 

La  Cervelle  n’avoit  pas  plus  de  deux  pouces  en  tout  fens.  Elle  eftoit  enfermée  dans 
vn  crâne  de  l’épaiftéur  de  demi-pouce  à  l’endroit  le  plus  mince  ,  &  de  prés  d’vn  pouce 
au  droit  du  front.  Le  fommet  eftoit  eflevé  comme  la  crefte  d’vn  cafque,  pour  donner 
origine  aux  mufcles  des  Temples,  qui  couvrent  les  deux  collez  du  fommet  delà  telle ,  & 
laifi'ent  au  milieu  du  front  cette  enfonçure  ,  qu’Ariftote  remarque  dans  fa  Phyfiono- 
mie  ellre  particulière  au  Lion.  Chacun  de  ces  mufcles  eftoit  long  de  cinq  pouces, 
large  de  quatre  &  demi  ,  épais  de  deux  ,  &C  pefoit  vingt  onces.  Cette  telle  ainfi  garnie 
de  chair ,  &  compofée  d’os  fi  fermes  par  leur  ftru&ure  &£  par  leur  fubftance  ,  nous  fit 
penfer  que  fi  l’Ours  a  la  telle  fi  tendre  &  fi  foible  ,  qu’il  peut  ellre  aifément  tué  d’vn 
fouffiet,  comme  dit  Pline ,  il  y  a  apparence  qu’il  feroit  bien  difficile  d’aflbmmer  vn  Lion  ; 
&C  que  cela  n’eftoit  pas  ignoré  par  Theocrite,  qui  fait  dire  à  Hercule  ,  que  tout  ce  qu’il 
pût  faire  au  Lion  Neméen  avec  fa  Mafiuë,fut  de  l’eftourdir ,  &c  qu’il  ne  le  fit  mourir 
qu’en  l’eftranglant  avec  les  mains. 

L’Os  qui  fe  trouve  aux  brutes  entre  le  grand  &  le  petit  Cerveau  au  droit  de  la  future 
Lambdoïde ,  eftoit  long  d’vn  pouce  &  demi,  large  de  dix  lignes,  &  épais  de  deux,  de 
figure  plus  quarrée  que  n’eft  celui  qui  eft  au  crâne  des  Chiens,  des  Chats, &c. 

La  Glande  Pineale  eftoit  diaphane  ,  &C  fi  petite,  qu’elle  n’avoit  qu’vne  ligne  de  long, 
&  deux  tiers  de  ligne  de  large  en  fa  balè. 

Les  nerfs  Optiques  paroiftbient  beaucoup  plus  gros  après  leur  jonélion  que  devant: 
ce  qui  provenoit  de  ce  que  les  trous  par  lefquels  ils  entrent  dans  l’orbite  ne  font  pas 
ronds,  mais  en  fente-,  ce  qui  les  eflargit  en  les  aplatiftant.  Eftant  fortis  par  le  trou  de 
l’orbite,  ils  s’alongeoient  jufques  au  globe  de  l’œil,  de  la  longueur  de  deux  pouces  &£  de¬ 
mi.  On  remarqua  que  la  cavité  de  cette  orbite  n’eftoit  pas  par  tout  garnie  d’os  en  de¬ 
dans,  mais  qu’elle  eftoit  percée  vers  lesTemples,  entre  l’Apophyfe  de  l’os  du  front,  &  cel¬ 
le  du  premier  os  de  la  mâchoire  ,  qui  ne  fe  joignoient  pas  non  plus  qu’aux  Chats  ,  aux 
Chiens ,  &c. 

Le  globe  de  l’œil  avoit  feize  lignes  de  diamètre.  La  Cornée  eftoit  épaifte  du  tiers  d’vne 
ligne  par  le  milieu  ,  &£  alloit  tousjours  en  épaififtant  vers  fa  circonférence  ,  jufques  à 
avoir  vne  demi -ligne  ,  à  la  maniéré  du  verre  oculaire  des  lunettes.  L’Iris  eftoit  de  cet¬ 
te  couleur  pâle,  que  l’on  appelle  Ifabelle.  Le  Tapis  de  la  Choroïde  paroifloitd’vn  jaune 

plus 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  LION.  s 

plus  doré  ,  qui  n’avoit  rien  de  certe  verdeur,  que  la  plufpart  des  Auteurs  donnent: 
aux  yeux  du  Lion.  Le  revers  de  l’Uvée  anterieure,  à  l’endroit  où  elle  elt  couchée  fur 
le  Cryflalin , efloit' tout-à-fait  noir.  Le  Cryflalin  fut  trouvé  fort  plat,  &  fa  plus  grande 
convexité,  contre  l’ordinaire  ,  efloit  en  fa  partie  anterieure  :  ce  qui  s’obferve  auffi  aux 
yeux  des  Chats.  La  figure  du  Cryflalin  efloit  telle,  qu’il  fembloit  écorné  par  vne  enfon- 
çûre  qu’il  avoir  à  collé  ,  &:  qui  rendoit  le  Cryflalin  de  l’oeil  gauche  ,  où  cette  enfon- 
çûre  efloit  la  plus  grande,  comme  de  la  forme  d’vnCœur  :  mais  l’vn  de  ces  Cryflalins, 
qui  commençoit  à  eflre  gaflé  par  vn  glaucoma,  nous  fit  foupçonner  que  cela  efloit  con¬ 
tre  nature  ,  &  particulier  à  noflre  fujet.  L’humeur  aqueufe  fe  trouva  fort  abondante,  en 
forte  qu’elle  égaloit  prefque  la  fixiéme  partie  de  l’humeur  vitrée.  Cette  abondance  fut 
jugée  eflre  la  caufe  de  la  clarté  qui  demeure  aux  yeux  après  la  mort ,  qui  fe  ternifïent 
lors  que  la  cornée  fe  rétrefïit  &  fe  plifïe  par  le  défaut  de  cette  humeur  qui  la  tenoit 
tendue. 

La  derniere  obfervation  a  eflé  ,  que  veû  le  temps  qu’il  faifoit  pendant  la  difïeélion , 
qui  efloit  chaud  &  humide  ,  &  la  difpofition  à  la  pourriture  qui  devoit  eflre  dans  le 
corps  d’vn  animal  mort  de  maladie,  que  tous  les  Auteurs  difent  avoir  l’haleine  fi  mau¬ 
vaise,  qu’il  infeéte  tout  ce  qu’il  approche, jufques  à  faire  que  les  autres  animaux  ne  tou¬ 
chent  point  au  relie  de  la  chair  dont  il  a  mangé  -,  neantmoins  il  ne  nous  parut  rien  qui 
marquait  aucune  corruption  extraordinaire,  fon  odeur  eflant  moins  forte  que  n’eft  celle 
d’vn  Cerf, dont  on  fait  la  curée  peu  de  temps  apres  qu’il  a  eflé  tué;  &quoy  qu’on  trou¬ 
vait  des  vers  fur  fa  chair  le  quatrième  jour  ,  on  jugea  qu’ils  s’efloient  engendrez  des 
mouches ,  parce  qu’vn  morceau  de  la  langue  enfermé  dans  du  papier  fe  fecha  pendant 
vne  nuit,  tk  devint  fort  dur  fans  avoir  aucune  odeur.  Ce  qui  fit  dire  que  fi  le  Lion 
efl  fujet  à  la  fièvre  ,  elle  n’efl  point  caufée  par  la  corruption  des  humeurs,  n’efl 
qu’Ephemere ,  quoy  que  l’on  die  qu’il  l’a  toute  fa  vie  :  &:  fit  voir  auffi  que  la  bile  efl 
vn  Baume  dans  le  corps  des  animaux,  quirefifle  à  la  corruption,  &  qui  fait  que  les  Lions, 
dans  lefquels  elle  domine,  vivent  fi  long-temps. 

On  fit  encore  vne  autre  .reflexion  fur  la  petiteffe  de  la  Cervelle  de  cét  animal,  duquel 
les  Hifloriens  Naturels  rapportent  tant  de  marques  d’efprit  de  jugement  en  fai- 
fànt  comparaifon  avec  l’abondance  de  celle  d’vn  Veau,  on  jugea  que  le  peu  deCervelle 
efl  plus  la  marque  la  caufe  de  l’humeur  farouche  &  cruelle ,  que  du  manque  d’efprit. 
Cette  conje&ure  fut  fortifiée  par  l’obfervation  qui  avoit  eflé  faite  quatre  jours  aupara¬ 
vant  fur  le  Renard  marin, où  on  n’avoit  prefque  point  trouvé  deCervelle,  quoy  qu’on 
eflime  que  la  fagacité  &  Padrefle  qu’il  a ,  lui  ont  fait  donner  ce  nom  entre  les  Poif- 
fons,  dont  tout  le  genre  efl  communément  mal  pourveû  de  Cervelle ,  de  mefme  qu’il 
a  peu  de  difpofition  à  la  fociété  ,  ôc  à  la  difeipline  dont  les  animaux  terrefles  font  ca¬ 
pables. 


6 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D  UN  AUTRE  LION 

CE  Lion  elloit  très-grand,  qnoy  que  fort  jeune.  Il  avoit  fept  pieds  &C .mi de  long, 
à  fçavoir  depuis  le  bout  du  mufle  jufques  au  commencement  de  la  queue  ,  &C 
quatre  pieds &C  demi  de  haut,  c’ell  à  dire  depuis  le  haut  du  dos  jufqu  a  terre. 

Nos  obfervations  ont  elle  prefque  toutes  pareilles  à  celles  que  nous  avions  déjà  faites 
fur  le  premier  Lion,  mais  entre  autres  chofes  l’étrefîiflement  &  le  peu  de  capacité  du 
Thorax  dont  nous  avons  déjà  fait  la  remarque,  nous  fembla  conflderable  en  ce  fujet-cy: 
Car  il  n’avoit  en  dedans,  d’vne  colle  à  l’autre  à  l’endroit  le  plus  large,  que  fept  pouces, 
dont  le  cœur  en  occupoit  quatre,  en  forte  qu’il  n’en  reftoit  que  trois  pour  les  Poumons, 
le  Péricarde,  le  Mediaftin,&:  les  vaifleaux  du  Cœur.  Le  Péricarde  elloit  aufli  fans  eau, 
&  les  Intellins  courts  à  proportion  du  corps,  n’ayant  que  vingt-cinq  pieds  de  long,  qui 
n’ell  que  trois  fois  la  longueur  du  corps.  Le  Cryftalin  elloit  aufli  plus  convexe  en  de¬ 
hors  qu’en  dedans. 

Ce  que  nous  avons  trouvé  de  différend  eft ,  que  leFoye,qui  elloit d’vn  rouge li  brun 
au  premier  Lion  qu’il  paroifloit  noir,  elloit  11  pâle  en  cetui-cy,  qu’il  avoit  vne  couleur 
de  feuille-morte. 

Que  les  cartilages  annulaires  du  Larynx  ,  qui  elloient  entiers  au  premier  Lion,  qui 
pourtant  n’elloit  pas  vieil ,  fe  font  trouvez  imparfaits  à  cettui-cy  qui  elloit  plus  jeune. 
Et  nous  n’avons  pas  bien  pu  refoudre  aufli  fl  nous  devions  attribuer  à  la  différence 
d’âge  celle  que  nous  avons  obfervée  aux  pattes  ,  parce  qu’à  celles  du  jeune  Lion  nous 
avons  trouvé  la  peau  beaucoup  moins  dure,  &C  moins  ferme  qu’à  l’autre,  en  forte  qu’à 
l’extrémité  de  chaque  doit  du  jeune  ,  elle  elloit  li  lafche  &  lî  peu  adhérente  ,  que  l’on 
la  pouvoit  faire  couler  &c  defcendre  jufques  à  couvrir  la  moitié  de  l’ongle  :  ce  qui  fem- 
bloit  ellre  les  étuis  dont  parle  Pline.  Mais  la  vérité  eil  qu’il  n’y  a  point  d’apparence 
que  cela  puifle  conferver  les  ongles ,  comme  dit  cét  Auteur,  parce  qu’ils  ne  s’vfent  que 
par  la  pointe,  que  cette  peau  ne  couvre  point. 

Nous  avons  obfervé  aufli  quelque  chofe  de  nouveau,  à  fçavoir  que  l’Epiploon  qui 
elloit  li  grand  &  li  ample  que  fa  membrane  interne,  &  qui  touche  immédiatement 
aux  Intellins,  les  envelopoit.,  &  retournoit  jufques  aux  Reins,  n’y  ayant  que  la  mem¬ 
brane  de  deflus  qui  flottall ,  ainli  que  le  nom  de  ces  membranes  fignifie.  Nous  avons 
déplus  remarqué  que  leur  fubllance  n’elloit  point  proprement  vne  membrane  conti¬ 
nue  ,  mais  percée  à  jour  ,  &  en  maniéré  d’vn  tiffu  de  fibres  fort  déliées  faifant  comme 
de  la  gaze. 

Que  le  Rein ,  qui  avoit  quatre  pouces  de  long  fur  deux  &  demi  de  large ,  elloit  parfe- 
méfur  fa  fuperficie  externe  de  quantité  de  vaifleaux  couverts  de  la  membrane  pro¬ 
pre  du  Rein. 

Que  le  Poumon  elloit  galle,  fec,  blafard,  &  plein  de  tubercules.  Qtf en  l’œil  l’Iris  elloit 
vifiblement  pliffée  par  des  rides  circulaires ,  qui  elloient  l’effet  de  la  dilatation  en  la 
prunelle,  arrivée  par  la  conftriélionde  la  membrane  qui  fait  l’Iris.  Ce  pliflement  eft  vne 
chofe  quefl’on  fuppofe  ordinairement,  mais  qui  ne  fe  voit  pas  fans  difficulté  ;  &  il  elloit 
d’autant  plus  effrange  dans  ce  fujet ,  que  l’humeur  aqueufe  eftant  fort  abondante,  cette 
membrane  n’avoit  pas  fujet  de  fe  rétreffir  par  la  fecherefle.  L’humeur  vitrée  elloit 
prefque  aufli  coulante  que  l’aqueufe.  LeTapis  del’Uvée  elloit  doré  par  le  milieu  com¬ 
me  à  l’autre  Lion  ,  mais  il  avoit  vne  verdeur  par  les  extremitez  que  nous  n’avions 
point  trouvé  en  l’autre,  quoy  que  nous  cruflions  quelle  y  dûft  ellre  ,  à  caufe  que  les 
Anciens  appelloient  les  yeux  des  Lions  Charapom ,  c’eft  à  dire,  pleins  d’agrément,  à 
caufe  au’ils  trouvoient  que  les  yeux  verts  elloient  les  plus  beaux. 

1  '  La 


DESCRIPTION  AN  AT  OMIQTJE  D’UN  LION.  7 

La  Retine  eftoit  affez  blanche  &  affez  opaque, pour  faire  juger  quelle  devroit  nuire 
à  la  réception  des  efpeces,  s’il  eft  vray  quelles paffent plus  avant. 

L’endroit  où.  la  vifion  fe  fait  ordinairement  eftoit  traverfé  par  vn  vaiffeau  rempli  de 
fang,  qui  paflbit  auffidans  le  nerf  Optique,  où  il  faifoit  vne  cavité,  &  fembloit  former 
ce  pore  ou  conduit ,  dont  quelques  Auteurs  ont  crû  que  les  nerfs  Optiques  eftoient 
percez ,  pour  donner  paifage  aux  e/prits  qui  font  portez  en  l’œil ,  ou  aux  efpeces  qui  font 
receuës  dans  le  Cerveau. 

L’obfervanon  des  vaifleaux  qui  font  vifibles  &  en  grande  quantité  fur  la  fuperficie 
du  Parenchyme  du  Rein,  qui  eft  vne  chofe  extraordinaire  ,  nous  fournit  la  matière  de 
deux  reflexions ,  dont  la  première  eft  :  Que  ces  vaiflfeaux  ,  qui  font  les  rameaux  des 
troncs  de  l’arterë  de  la  veine  Emulgente,  font  voir  aifément  à  l’œil  vne  vérité  que 
nous  avions  déjà  reconnue  en  des  fujets  humains  ,  par  l’injeétion  du  lait  dans  les  vaif- 
feaux  Emulgens,  après  avoir  ofté  au  Rein  fa  membrane  propre.  Cette  vérité  eft  que 
les  rameaux  des  Emulgentes  ne  finiffent  pas  au  milieu  du  Rein,  ainft  que  Higmorus 
a  eftimé,fuivant  Yefale-,  mais  qu’ils  font  portez jufques  à  la  fuperficie  externe: Car  la  fe- 
paration  de  l’vrine  qui  fe  doit  faire  par  filtration  ,  demande  que  le  fang  fbit  porté 
par  les  arteres  le  plus  loin  qu’il  eft  poflible,  afin  qu’il  y  trouve  vne  plus  grande  épaif- 
fieur  du  Parenchyme  du  Rein  à  penetrer  ,  &  par  confequent  plus  capable  de  faire  vne 
filtration  plus  parfaite. 

L’autre  reflexion  eft  ,  fur  ce  que  ces  vaifleaux  ,  qui  ordinairement  ne  font  point  vi- 
fibies  dans  le  Rein  ,  dont  la  fubftance  paroift  folide  &  homogène  vers  fa  fuperficie  ex¬ 
terne  ,  qui  eft  égale  &  polie  ,  fe  font  trouvez  fl  apparens  dans  ce  fujet.  Et  nous  avons 
jugé  qu’on  pouvoir  croire  que  cela  eftoit  arrivé  par  quelque  maladie ,  &£  contre  natu¬ 
re  en  cét  animal  :  à  fçavoir  par  vne  inflammation,  ou  par  vne  obftruction  ,  qui  avoit 
efté  caufe  de  faire  dilater  infenflblement  ces  vaifleaux  ;  cela  eftant  facile  en  vn  jeune 
animal  ,où  les  parties ,  non  encore  endurcies  ,  font  plus  aifées  à  dilater  ,  &  les  hu¬ 
meurs  plus  bouillantes  font  plus  capables  de  faire  les  efforts  qui  font  neceffaires  pour 
cette  dilatation.  Gliflfon  ,  qui  a  remarqué  que  fouvent  les  rameaux  de  quelques  vaif- 
feaux  font  plus  gros  que  le  tronc  mefme  qui  les  produit ,  dit  que  cela  doit  eftre  caufé 
par  vne  maladie  -,  &  l’experience  fait  voir  tous  les  jours  par  la  pulfation  qui  furvient 
aux  inflammations ,  par  les  glandes  qui  paroiffent  aux  Ecroüelles,  &  par  les  veines  qui 
fe  font  voir  dans  les  yeux  en  l’Optlialmie  ,  qu’il  y  a  beacoup  de  chofes  que  la  maladie 
rend  vifibles  &c  fenfibîes  ,  en  les  augmentant ,  ou  en  changeant  leur  nature  ,  &  les 
faifant  devenir  dures  &  denfes ,  de  molles  &  de  rares  qu’elles  eftoient.  Ce  que  nous 
avons  obfervé  dans  les  glandes  qui  en  quelques  gazelles  ont  paru  former  le  Parenchy¬ 
me  de  leur  Foye  ,  qui  ne  paroiffoient  point  en  d’autres. 

Nous  cherchâmes  en  vain  dans  l’eftomach,  ôëdans  le  poumon  de  noftre  Lion,  quel¬ 
ques  marques  de  la  caufe  de  fa  mort  que  l’on  nous  dit  eftre  furvenuë  après  avoir  vuidé 
quantité  de  fang  par  la  gueule.  Mais  nous  avons  jugé  par  plufieurs  circonftances ,  qui 
nous  ont  efté  rapportées,  qu’vue  plénitude  extraordinaire  &  infupportable  à  vn  animal 
affoibli  d’ailleurs  ,  l’avoit  fait  malade  :  Car  nous  avons  fçu  que  quelque  temps  avant 
qu’il  foit  mort ,  il  fut  plufieurs  mois  fans  vouloir  fortir  de  fa  loge,  &  que  l’on  avoit  de 
la  peine  à  le  faire  manger  ;  que  pour  cela  on  lui  ordonna  quelques  remedes  ,  &C  entre 
autres  de  ne  manger  que  des  chairs  de  jeunes  animaux ,  &£  de  les  lui  donner  vivans.  Mais 
que  ceux  qui  gouvernent  les  belles  du  Parc  de  Vincennes,pour  rendre  cette  nourriture 
plus  délicate,  adjoûterent  vne  préparation  allez  extraordinaire.  C’eft  qu’ils  écorchoient 
des  agneaux  tout  vifs ,  &  ils  lui  en  firent  ainfi  manger  plufieurs  :  ce  qui  d’abord  le  remit, 
en  lui  rendant  l’appetit,  &  quelque  gayeté.  Mais  il  y  a  apparence  que  cette  nourriture 
engendra  trop  de  fang ,  &  qui  eftoit  trop  fubtilpour  vn  animal  à  qui  la  nature  n’a  point 
donné  Imduftrie  d’écorcher  ceux  qu’il  mange  :  eftant  croyable  que  le  poil,  la  laine,  les 
plumes,  &;  les  écailles  que  tous  les  animaux  de  proye  avalent,  font  vn  affaifonnement, 
&  vn  correétifneceffaire ,  pour  empefcher  que  leur  avidité  ne  les  faffe  emplir  d’vne  nour¬ 
riture  trop  fucculente. 


D 


8 


lication 


gure  de  la  Lionne \ 


LA  difpolition  eft  telle ,  qu’il  eft  facile  de  remarquer  ce  qu’il  y  avoit  de  plus  parti¬ 
culier  dans  cette  Lionne.  La  Telle  eft  de  profil ,  afin  de  faire  mieux  voir  la  lon¬ 
gueur  du  Mufle ,  qui  n’eftoit  pas  court  &c  ramafle  comme  au  Lion.  Cette  attitude 
montre  aufli  plus  diftinélement  quelle  eftoit  la  petitefle  du  Col,  qui  fàifoit  que  laTefte 
eftoit  retirée  entre  les  épaules. 

Dans  les  parties  que  la  diffettion  peut  faire  connoifre 


A.  Eft  l’Orifice  inferieur  du  Ventricule. 

B.  Le  fond  du  Ventricule ,  fèparé  du  refte ,  &  faifant  comme  un  autre  Ventricule  ?  tel  quil  eft  aux  animaux 

qui  ruminent. 

C  C.  La  Veine  G  a  [trique. 

DD.  La  Ratte. 

EE.  Plufieurs  éminences  uers  la  bafe  du  Cœur  }  faites  d’une  fubftance  dure  tenace,  qui  ne  refiembloit 
point  d  de  la  graifie. 

FF.  Le  tronc  de  la  Veine  Caue. 

G  G.  Le  tronc  de  la  groffe  Artère . 

HH.  Les  Vaiffeaux  Spermatiques  préparant. 

1 1.  Les  T efticules. 

K  K.  Deux  appendices ,  qui  paroijfent  dire  les  Franges  de  la  Trompe  de  la  Matrice. 

L.  La  Matrice. 

M  M.  Les  Cornes  de  la  tAhCatrice ,  ou  Portières. 

N.  Le  Col  de  la  oLMèatrice. 

O.  La  Vefiie. 

P  P.  Les  ligament  ronds  de  la  Matrice. 

Çfi  La  Membrane  qui  fait  l’ Iris  3  faifant  plufieurs  plis  circulaires. 

R.  L’endroit  de  la  Conjonftiue,  qui  eft  noir. 

S.  L’endroit  de  la  Conjonftiue  3  qui  eft  blanc. 

T-  La  Membrane  qui  fait  la  Paupière  Interne. 

VV.  L’Ongle. 

XXX.  Le  dernier  Os ,  auquel  l’Ongle  eft  attaché. 

Y.  Une  fubftance  C artilagineufe  &  Ligamenteufe }  qui  est  entre  l’Os  &  l'Ongle ,  &  qui  re?nplit  le  uuide 
qui  eft  entre  deux, 
n  b  c  La  Matrice  d’une 
chacune  des  Cornes. 


femme  3  dans  laquelle  a,  reprefinte  le  fond.  bc.  &  bc.  la  cauite  qui  eftoit  dans 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D'UNE  LIONNE 

OUtre  le  chara&ere  particulier  du  fexe  de  la  Lionne  ,  qui  eft  de  n’avoir  point 
de  longs  poils  autour  du  col,  on  en  a  remarqué  quelques  autres, qui  font  qu’elle 
avoit  le  mufle  plus  long  ,  la  telle  plus  platte  par  le  deflus  ,  &  les  ongles  moins  grands 
que  le  Lion. 

Cette  Lionne  eftoit  haute  de  trois  pieds  depuis  le  bout  des  pattes  de  devant  jufqu’au 
haut  du  dos.  Elle  eftoit  longue  d’environ  cinq  pieds ,  depuis  l’extrémité  du  mufle  juf 
qu’au  commencement  de  la  queue ,  qui  eftoit  longue  de  deux  pieds  &c  demi. 

Les  Ongles  qui  eftoient  éfilez  par  le  bout,  &  diviléz  en  plulîeurs  fibres  de  même  que 
ceux  des  Lions ,  ont  efté  obfervez  en  ce  fujet  avec  vn  peu  plus  de  foin  &  d’exaélitude 
qu’aux  autres.  On  a  remarqué  qu’ils  font  compofez  d’vne  fubftance  fibreufe  &  tres- 
compaéle  ,  à  l’égard  de  chaque  fibre  ,  mais  que  ces  fibres  font  aifément  feparables  les 
vnes  des  autres  :  ce  qui  arrive  ,  ainfl  qu’il  eft  aile  de  juger  ,  par  le  défaut  de  l’humidité 
qui  les  doit  joindre  ,  &  les  coller  enfemble  -,  de  même  qu’il  fe  voit  au  bois  fibreux, 
qui  ne  fe  fend  pas  fl  aifément  quand  il  n’eft  pas  encore  fec.  En  effet ,  cette  Lionne, 
qui  eftoit  extraordinairement  maigre,  avoit  les  ongles  bien  plus  aifez  à  éfiler  que  les 
autres  Lions  qui  eftoient  plus  jeunes  &C  moins  maigres.  Aulli  la  racine  des  ongles ,  tk 
la  maniéré  particulière  dont  nous  les  avons  trouvez  attachez  aux  os  des  bouts  des  pat¬ 
tes,  nous  a  femblé  eftre  principalement  pour  fournir  l’humeur  qui  eft  neceflaire  à  ces 
parties.  Car  l’ongle  n’eftoit  point  attaché  à  l’os  immédiatement  par  toute  fa  racine:  mais 
il  y  en  avoit  vue  partie,  à  fçavoir  le 'dedans  qui  eftoit  creux,  qui  n’eftoit  point  attachée 
à  l’os  -,  &  ce  dedans  eftoit  rempli  d’vne  fubftance  moienne  entre  le  cartilage  tk  le  liga¬ 
ment.  Cette  maniéré  de  liaifon  &  d’attachement  de  ces  ongles  nous  a  paru  donner 
tout  ce  qui  eft  neceflaire  à  leur  vfage  :  car  fl  toutes  les  fibres ,  dont  ces  ongles  font 
compofez,  avoient  pris  naiflance  immédiatement  de  l’os,  elles  n’en  auroient  pas  pu  ti¬ 
rer  affez  d’humidité  pour  faire  cette  liaifon,  qui  rend  les  ongles  folides  ;  Ôc  fi  elles  avoient 
aulli  efté  toutes  attachées  à  l’os  par  le  moien  des  ligamens,  elles  n’y  auroient  pas  efté 
liées  fl  fermement,  que  lors  quelles  y  font  comme  foudées  fans  aucun  milieu. 

La  conformation  du  Ventricule  eftoit  particulière,  &  bien  differente  en  ce  fujet,  de 
celle  que  nous  avons  trouvée  aux  autres  Lions  que  nous  avons  diffequez ,  où  le  Ventri¬ 
cule  eftoit  femblable  à  celui  des  Chiens  &  des  Chats,  aiant  vn  fond  ample  &c  large  vers 
l’orifice  fuperieur  ,  qui  alloit  toujours  en  s’étreflîflant  vers  le  Pylore;  mais  celui-ci  avoit 
le  fond  feparé  en  deux  en  quelque  façon,  comme  les  animaux  qui  ruminent.  Cette  for¬ 
me  particulière  du  Ventricule  ne  s’eft  trouvée  qu’en  vn  feul  des  quatre  animaux  de 
cette  efpece  que  nous  avons  diffequez,  à  fçavoir  deux  Lions  &  deux  Lionnes  :  car  dans 
les  deux  Lions  ,  &C  dans  l’autre  Lionne,  le  Ventricule  eftoit  pareil  à  celui  des  Chiens. 
11  eft  bien  vrai  que  le  Ventricule  du  premier  Lion  avoit  deux  bolfes  en  fa  partie  an¬ 
terieure-,  mais  cela  n’eftoit  point  confiderable,  ni  comparable  à  la  divifion  qui  rendoit 
ce  Ventricule  double,  &  feparé  en  deux  cavitez.  Les  Inteftins  avoient  en  tout  vingt- 
deux  pieds  quatre  pouces  de  longueur;  leReétum  n’avoit  que  quatre  pouces,  &  le  Co¬ 
lon  deux  pieds. 

Le  Colon  n’avoit  point  de  cellules,  mais  feulement  vn  étranglement,  qui  le  divifoit 
comme  en  deux  parties ,  dont  l’vne  eftoit  vn  peu  plus  longue  que  l’autre.  Le  Cæcum 
eftoit  long  de  deux  pouces ,  avoit  le  fond  en  haut,  &c  l’orifice  en  bas.  Le  Pancréas 
eftoit  femblable  à  celui  des  Chiens. 

Le  Mefentere  eftoit  feméde  glandes  livides  de  la  groffeur  d’vn  petit  pois,  la  plufpart 
de  figure  ovale.  Les  vaiffeaux  y  eftoient  fort  apparens,  &  beaucoup  dilatez  ,  &  princi¬ 
palement  les  Veines.  On  y  voioit  même  tres-diftin&ement  les  Veines  Laéfées,  divifées 

E 


io  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UNE  LIONNE. 

en  differens  rameaux  ,  donc  on  conduifoic  facilement  les  troncs  jufqu’au  Pancréas 
d’AIèllius. 

Le  Baffinet  des  Reins  eftoit  rempli  d  vne  glaire  rougeaftre,  qui  pouvoit  avoir  caufé 
vn  reflus  de  ferofité ,  dont  on  trouva  vne  grande  quantité  dans  le  Ventre  inferieur  & 
dans  le  Thorax. 

La  VelLe  eftoit  li  petite ,  que  quoi  qu’on  l’euft  étendue  autant  qu’il  eftoit  poftible 
en  l’empliffant  de  vent,  elle  n  eftoit  pas  plus  groffe  qu’vn  des  Reins.  Ariftote  &  Elian 
difent  que  les  Lions  boivent  rarement.  Et  Albert  remarque,  que  les  Lionnes  n’alaittent 
gueres  long-temps  leurs  petits, faute  de  cette  abondance  d’humidité, qui  eft  neceffaire  à 
la  génération  du  lait. 

Le  Foye  avoit  fept  Lobes,  fix  grands, &  vn  petit.  Vn  des  grands  qui  font  fituez  au 
côté  droit,  eftoit  fendu  en  deux,  &  élargi  comme  pour  faire  place  au  Rein  droit ,  qui 
eftoit  plus  haut  que  le  gauche,  ainfi  qu’il  eft  ordinairement  aux  brutes.  La  Veficule  du 
Fiel  eftoit  anfra&ueufe  ,  &  formée  en  plufieurs  boffes  de  même  que  dans  les  trois  au¬ 
tres  fujets. 

La  Ratte  eftoit  longue  ,  &  en  forme  de  Croiffant.  Les  rameaux  du  Vas  brève ,  qui 
1  attachent  au  fond  du  Ventricule,  eftoient  plus  gros  &  en  plus  grandnombre  qu’à  l’or¬ 
dinaire. 

La  Matrice  fe  divifoi t  aufti  en  deux  longues  Cornes  ou  Portières  comme  aux  Chien¬ 
nes.  Ces  Cornes  eftoient  liées  &  affermies  par  des  ligamens  Larges.  A  leur  extrémité, pro¬ 
che  Seau  deffous  des  Tefticules,  il  y  avoit  des  appendices  de  figure  irreguliere,  &  comme 
déchirées  parle  bout,  qui  furent  jugées  eftre  les  parties  que  les  Anatomiftes  modernes 
appellent  les  Franges  de  laTrompe  de  la  Matrice  dans  les  Femmes.  Ce  qui  femble  jufti- 
fier  les  Anciens  d’vne  erreur,  dont  on  les  accufe.Car  cela  fait  voir  qu’ils  ont  eû  quelque 
raifon  de  croire  que  les  Cornes  de  la  Matrice  ,  qu’on  appelle  Portières  dans  les  brutes, 
font  la  même  chofe  que  ce  qu’on  appelle  Tuba  dans  les  Femmes.  Car  quoi  que  la  Por¬ 
tière  des  brutes  fbit  vn  corps  cave  ,  dans  lequel  la  conception  &  la  nourriture  de  leurs 
petits  a  accouftumé  de  fe  faire,  &  que  le  Tuba  des  Femmes paroiffe  folide  &  fans  cavité, 
en  forte  qu’il  eft  propre  à  recevoir  la  femence,  &  à  en  faire  la  tranfcolation  dans  le  fond 
de  la  Matrice  ,  en  lui  tenant  lieu  de  Proftates  ,  fuivant  l’opinion  de  Galien-,  &  que  la 
conception  fe  faffe  ordinairement  dans  le  fond  de  la  Matrice  :  il  eft  pourtant  vrai  de  dire 
que  la  ftruéture  &;  l’vfage  du  Tuba  des  Femmes,  &  de  la  Portière  des  brutes,  n’ont  rien 
d’effentiellement  different  -,  puis  que  de  même  qu’il  y  a  des  exemples  de  la  conception 
faite  dans  le  Tuba ,  nous  avons  des  obfervations  qui  nous  ont  fait  voir  que  ce  Tuba  a 
aufti  quelquefois  vne  cavité  manifefte.  On  a  mis  ici  la  figure  de  la  Matrice  d’vne  Fem¬ 
me,  dans  laquelle  nous  avons  trouvé  deux  cavitez  manifeftes  ,  qui  faifoient  des  finüo- 
fitez  longues  de  huit  lignes,  &  larges  de  prés  de  deux  en  leur  commencement,  qui  du 
fond  de  la  Matrice  penetroient  dans  le  Tuba. 

Au  bout  de  chaque  Portière,  vnpeuaudeffousduTefticule,ily  avoit. vn  corps  long, 

d’vne  fubftance  nerveufe,  qui  fut  pris  pour  le  ligament  rond  :  car  il  defeendoit  dans 
les  Aines,  &  s’ydilatoit  en  forme  de  patte  d’Oye  comme  aux  Femmes.  Son  origine  eftoit 
feulement  diffemblable ,  en  ce  qu’aux  Femmes  ces  ligamens  fortent  du  corps  même  de 
la  Matrice  à  l’endroit  oii  commence  le  Tuba ,  affez  loin  du  Tefticule.  Soranus  a  écrit 
qu’il  avoit  vu  en  vne  Femme  ce  ligament  rond,  qu’il  appelle  le  Cremaftere  du  Tefticule 
des  Femmes,  qui  eftoit  attaché  proche  le  Tefticule,  de  même  que  nous  l’avons  obfer- 
vé  en  noftre  Lionne. 

Le  Mediaftin  n’eftoit  point  percé  en  forme  de  réfeau  comme  au  premier  Lion-,  mais 
fa  membrane  eftoit  épaiffe  &  continue. 

Le  Poumon  avoit  fept  Lobes,  trois  de  chaque  côté,  &C  vn  au  milieu.  Ceux  du  côté 
droit  eftoient  plus  grands  que  ceux  du  cofté  gauche.  Tout  le  Parenchyme  du  Poumon 
eftoit  feirrheux.  La  veine  Coronaire  eftoit  fort  groffe  -,  mais  le  Cœur  eftoit  plus  petit 
qu’aux  deux  Lions  qui  ont  efté  diffequez.  Le  dedans  du  Ventricule  gauche  eftoit 
feirrheux  vers  rembouchure  de  l’Artere  du  Poumon  5  &  il  fembloit  que  le  Poumon 

euft 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UNE  LIONNE.  n 
euft  communiqué  au  Cœur  cette  maladie.  Il  y  avoir  deux  Polypes  ,  vn  dans  chaque 
Ventricule  du  Cœur.  Toute  la  bafe  du  Cœur  en  dehors  eftoit  entourée  d’vne  fubftance 
glaireufe ,  qui  formoit  plufieurs  boffes  inégales ,  au  lieu  de  la  graille  qui  fe  trouve  ordi- 
nairement  en  cét  endroit. 

La  langue  eftoit  armée ,  comme  aux  Lions ,  de  Tes  grandes  pointes  en  forme  d  ongles  ; 
mais  elles  eftoient  moins  grandes ,  moins  dures,  &  moins  piquantes.^ 

Les  Ventricules  du  Cerveau  eftoient  fort  amples  -,  &  la  cavité,  où  entre  la  Faux,  & 
qui  fepare  le  grand  Cerveau  en  deux  ,  eftoit  aufti  fort  profonde,  aiant  dix  lignes.  La 

glande  Pineale  eftoit  fort  petite,  n  aiant  pas  vne  ligne.  ; 

Le  Cryftallin ,  de  mefme  qu’aux  Lions,  eftoit  plus  convexe  en  devant  qu’en  arriéré: 
ce  qui  ne  s’eft  pas  néantmoins  trouvé  dans  l’autre  Lionne,  où  il. eftoit  fort  plat,  &  plus 
convexe  en  arriére.  La  Membrane  qui  eft  pofée  dans  le  fond  de  l’œil ,  &  couchee  fur 
la  Choroïde  ,  que  nous  appelions  le  Tapis  ,  eftoit  de  couleur  Ifabelle  ,  entremeflee  de 
bleu  verdâtre  clair.  Elle  eftoit  aifément  feparable  de  la  Choroïde  ,  laquelle  demeuroiü 
entière  avec  (on  épaiffeur  ordinaire ,  apres  qu’on  avoit  enleve  la  membrane  qui  for¬ 
me  ce  Tapis. 

Le  nerf  Optique  eftoit  fort  prés  de  l’axe  de  l’œil.  On  voioit  paroiftre  vn  trou  en  fon 
milieu,  qui  difparoifloit  lors  qu’on  jettoit  la  Retine  toute  d’vn  codé  ,  &C  quelle  n’eftoit 
pas  également  étendue  au  tour  du  nerf  Optique  fur  la  concavité  de  la  Choroïde. 


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Explication  de  la  figure  du  Caméléon. 

IL  eft  reprefenté  vivant,  perché  fur  vn  arbre  vn  peu  penché  vers  le  côté  qu’il  mon¬ 
tre,  afin  de  faire  voir  le  deflus  de  la  telle  ,  &  le  deflous  du  ventre  ,  autant  qu’il  effc 
poffible. 

Dans  les  parties  que  la  chjfiecUon  peut  fiaire  connoifire 

A.  Efi  la  V eficule  du  Fiel. 

B.  Le  Lobe  gauche  du  F  oye. 

C  C.  Le  droit. 

D .  H  O  Efioph âge . 

E.  Le  Ventricule. 

F.  Le  Pylore. 

G.  Le  canal  CholidoqUe. 

H.  La  rueine  Porte. 

I.  La  ‘veine  Cave.  * 

K  K  K.  Les  Intejhns. 

L  M.  Vne  Membrane  qui  tenoit  toutes  ces  parties  liées  enfimble ,  &  fijpendu'ês. 

N.  Le  premier  os  du  S  ter  non. 

O.  Le  Lobe  gauche  du  Foje. 

P.  La  partie  fùperieure  du  Poumon  ,  enflée  3  &  fiemée  de  taches  rouges. 

QC^Q.  Le  refle  du  Poumon  enflé. 

R.  LÀJpre  Artere  3  liée  pour  tenir  le  Poumon  enflé. 

S  S.  L'Os  Hyoïde. 

T.  Le  Style  cartilagineux  >  auquel  la  'Trompe  qui  Joutient  la  langue  efl  attachée. 

V  V.  La  Trompe. 

XX.  La  Langue. 

Y.  La  Trompe  racourcie. 

2  Z.  Les  Reins. 

F  r.  Les  Cornes  de  la  Matrice. 

A.  Le  col  de  la  Matrice. 

K  K-  L’Inteflin. 

©0.  Les  Feux. 

AA.  Les  nerfs  Optiques. 
n.  Le  Cerveau. 


On  n’a  pas  cru  que  le  Squelete  eult  befoin  d’explication ,  à  caufe  de  la  netteté  de  la 
figure,  &  de  l’exa&itude  avec  laquelle  il  eft  décrit  dans  le  Difcours. 


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*3 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D'UN  CAMELEON. 

IL  n’y  a  gueres  cT Animal  plus  fameux  que  le  Caméléon,  Ses  admirables  propriétez 
ont  efté  de  tout  temps  le  fujet  de  la  Philofophie  Naturelle,  auffi  bien  que  de  la  Mo¬ 
rale.  Le  changement  de  couleur ,  &c  la  maniéré  particulière  de  fe  nourrir  qu  on  lui  at¬ 
tribue  ,  ont  donné  dans  tous  les  Aecles  beaucoup  d’admiration  oC  d’exercice  à  ceu£  qui 
s’appliquent  à  la  connoiffance  de  la  Nature  :  &  ces  merveilles  que  les  Phyliciens  ont 
racontées  de  ce  chétif  animal ,  l’ont  fait  eftre  le  plus  célébré  fymbole  dont  on  fe  foit 
fervi  dans  la  Morale  &  dans  la  Rhétorique,  pour  reprefenter  la  lâche  complaifance  des 
Courtifans  &  des  flatteurs  ,  &  la  vanité  dont  les  efprits  Amples  &  légers  fe  repaiffent. 
Son  nom  mefme  dans  Tertullien  eft  la  matière  d’vne  ferieufe  méditation  fur  la  fauffe 
apparence ,  &  il  le  propofè  comme  l’exemple  de  l’effronterie  des  trompeurs  &C  des  fan¬ 
farons. 

En  effet, on  ne  fçait  point  pourquoi  les  Grecs  ont  donné  vn  A  beau  nom  à  vne  A  vile 
&C  A  laide  belle,  en  l’appelant  Tetit-Lion ,  ou  Chameau-Lionne  Ion  l’etymologie  d’IAdore. 
Gefner  dit  qu’il  a  quelque  chofe  qui  reffemble  au  Lion,  fans  exprimer  ce  que  c’eft.  Pa- 
narolus  veut  que  ce  loit  la  queue  qu’il  a  crochue  par  le  bout,  à  ce  qu’il  dit ,  comme  le 
Lion  :  mais  la  vérité  eft  que  ny  le  Caméléon  ni  le  Lion  n’ont  point  la  queue  crochue. 
Il  y  auroit  plus  d’apparence  de  mettre  cette  reffemblance  à  la  creffe  qu’ils  ont  l’vn  &c 
l’autre  fur  le  fommet  de  la  telle, qui  leur  fait  vne  efpece  de  cafque  :  mais  elle  neparoill  à 
la  telle  du  Lion  que  lors  que  l’on  a  ollé  les  chairs  des  mufcles  des  temples.  Licetus 
croit  que  ce  nom  lui  a  elté  donné,  parce  que  comme  le  Lion  chaffe  &c  dévoré  les  autres 
Animaux  ,  le  Caméléon  prend  les  Mouches  ;  par  la  mefme  raifon  qu’un  certain  ver, 
qui  chaffe  &C  prend  les  Fourmis ,  qu’Albert  a  décrit ,  eft  appelé  Formicaleon  -,  &  qu’vne 
petite  Ecreviffe  de  mer  eft  nommée  Lion,  ainfi  que  Pline  &  Athenée  raportent,  parce 
qu’elle  eft  de  la  couleur  du  Lion. 

Le  Caméléon  eft  du  genre  des  animaux  à  quatre  pieds  ,  &  qui  font  des  oeufs  ,  com¬ 
me  le  Crocodile  &c  le  Lézard  ,  aufquels  il  reffemble  affez  ,  A  ce  n’eft  qu’il  n’a  pas  la 
telle  &  le  dos  plat  comme  le  Lézard,  qui  a  aufli  les  jambes  beaucoup  plus  courtes, 
avec  lefquelles  il  court  fort  vifte  fur  terre  :  au  lieu  que  le  Caméléon  a  les  jambes  plus 
longues,  &  ne  va  aifément  que  fur  les  arbres,  où  il  fe  plaift  plus  que  fur  la  terre  ,  parce 
qu’il  craint,  à  ce  qu’on  dit,  les  Serpens  dont  il  ne  fe  peut  pas  garantir  par  la  courfe  ,  tk 
que  de  là  il  les  épie,  attendant  l’occaAon qu’ils paffent,  ou  qu’ils  s’endorment  au  deffous 
de  lui ,  pour  les  faire  mourir  par  fa  bave  qu’il  laiffe  tomber  fur  eux. 

Belon  a  remarqué  deux  efpeces  de  Caméléons,  dont  l’vn  fe  trouve  en  Arabie,  l’autre 
en  Egypte.  FaberLynceus  en  adjoûte  vn  troiAéme,  qui  eft  le  Mexicain.  Celui  que  nous 
décrivons  eft  l’Egyptien,  qui  eft  le  plus  grand  de  tous  :  car  ceux  d’Arabie  &c  de  Mexi¬ 
que  ,  n’ont  pas  ordinairement  plus  de  Ax  pouces  de  long,&  le  noftre  qui  nous  a  efté  ap¬ 
porté  vivant  en  avoir  onze  &£  demi  ,  compris  la  queue.  Pline  s’eft  abufé  de  beaucoup , 
quand  il  a  fait  le  Caméléon  auffi  grand  que  le  Crocodile  ,  qui  eft  le  plus  grand  de  tous 
les  animaux  ;  ou  s’il  entend  le  comparer  au  Crocodile  terreftre  ,  il  trompe  fon  leéleur, 
parce  que  le  Crocodile  terreftre  eft  vn  animal  moins  connu  que  le  Caméléon  ,  &  dont 
perfonne  n’a  jamais  parlé  que  lui ,  ou  fur  fon  raport.  Saumaife  attribue  cette  faute  à 
la  mauvaife  traduction  que  Pline  a  faite  du  Livre  que  Démocrite  a  écrit  du  Camé¬ 
léon  ,  dans  lequel,  félon  le  Dialeéte  Ionique,  le  Crocodile  eft  appelé  du  nom  qui  Agnifle 
communément  le  Lézard.  La  telle  du  noftre  avoit  vn  pouce  &c  dix  lignes.  Depuis  la 
telle  jufqu’au  commencement  de  la  queue  il  y  avoit  quatre  pouces  &  demi.  La  queue 
eftoit  de  cinq  pouces  -,  &  les  pieds  avoient  chacun  deux  pouces  &  demi  de  long.  La 


i4  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON. 

gro  fleur  du  corps  s’efl:  trouvée  differente  en  divers  temps  :  car  il  avoit  quelquesfois  de¬ 
puis  le  dos  jufqu’au  deffous  du  ventre  deux  pouces  ;  d’autresfois  il  n’avoit  gueres  plus 
d’un  pouce  ,  félon  qu’il  s’enfloit ,  ou  qu’il  s  etreflîfl'oit.  Cette  enflure  &  cét  étreffiffe- 
ment  n’eftoit  pas  feulement  du  thorax  &  du  ventre  ,  mais  elle  alloit  mefme  jufques  à 
lès  bias ,  a  lès  jambes,  &£  a  la  queue.  Cette  particularité  qu’Ariftote  a  remarquée  nous 

fit  penfer  à  ce  que  Theophrafte  dit  du  Poumon  du  Caméléon ,  à  fçavoir  qu’il  s’étend  par 
tout  fon  corps. 

Or  ces  mouvemens  contraires  de  fe  renfler  8c  de  fe  rétreffir  ne  fe  faifoient  pas 
comme  aux  autres  Animaux,  lors  que  pour  refpirer  ils  dilatent  leur  poitrine,  &  la  ref¬ 
irent  incontinent  après  fucceffivement ,  8c  par  vn  ordre  compafîè.  Car  nous  l’avons 
veu  enfle  plus  de  deux  heures ,  pendant  lequel  temps  il  fe  defenfloit  bien  quelque  peu, 
mais  imperceptiblefhent,  8c  fe  renfloit  quelque  peu,  mais  avec  cette  différence  ,  que  la 
dilatation  eftoit  plus  foudaine  8c  plus  vifible  ,  8c  cela  par  des  intervalles  longs  8c  iné¬ 
gaux.  Nous  l’avons  de  mefme  veû  demeurer  defenflé  pendant  vn  long  efpace  ,  8c  bien 
plus  long-temps  qu’enflé.^  En  cét  eftatil  paroiffo.it  fi  décharné,  que  l’épine  du  dos  efloit 
aiguë ,  comme  fi  par  l’exténuation  des  mufcles  qui  font  en  dehors  le  long  des  vertebres ,  la 
peau  euft  efté  collée  fur  les  apophyfes  Epineufes  &c  fur  les  Obliques  :  ce  qui  faifoit  paroiftre 
trois  éminences.  Les  codes  fe  pouvoient  compter  -,  8c  les  tendons  des  bras  8c  des  jambes 
fe  faifoient  voir  fort diftinéf ement.  Mais  les  vertebres, en  maniéré  de  foie, que  Gefner 8c 
Landius  dans  Scaliger  difent  lui  avoir  veuës  fur  le  dos ,  ni  les  épines  que  Panarolus  dit 
y  avoir  elle  mifes  par  la  Nature  pour  fa  défenfo  ,  ne  nous  apparurent  point.  Quelque 
maigre  quil  foit  devenu  ,  fon  dos  demeura  feulement  aigu  8c  comme  trenchant  ,  fans 
eftre  dentelé, & fans  avoir  aucunes  pointes,  fes  apophyfes  Epineufes  eftant  carrées  par  le 
bout  comme  à  la  plufpart  des  Animaux.  Cette  maigreur  fe  connoifloit  encore  quand 
il  fe  contournoit  le  corps  ;  car  il  fembloit  que  c’eftoit  vn  fac  vuide  que  l’on  tordoit  :  ce 
que  Tertullien  ,  qui  eftoit  du  pais  d’où  noftre  Caméléon  a  efté  apporté  ,  avoit  fort  bien 
obfervé,  quand  il  a  dit  que  cet  Animal  n’eft  qu’une  peau  vivante. 

Cette  peau  eftoit  fort  froide  au  toucher  ;  8c  nonobftant  la  grande  maigreur  qui  vient 
d  eftre  décrite,  on  ne  pouvoir  fentir  le  battement  du  cœur,  qui  eftoit  encore  plus  caché 
8c  plus  obfcur  que  le  mouvement  de  la  refpiration.  La  fnperficie  de  la  peau  eftoit  iné¬ 
gale  8c  relevée  par  de  petites  éminences  comme  le  Chagrin  ,  eftant  néanmoins  affez 
douce  au  toucher  ,  parce  que  chaque  éminence  eftoit  fort  polie.  Ces  éminences  ou 
grains  eftoient  de  groffeur  differente.  La  plus  grande  partie  eftoit  comme  la  tefte  d’vne 
médiocre  épingle,  à  fçavoir  les  grains  qui  çouvroient  les  bras,  les  jambes  ,  le  ventre  8c 
la  queue.  Il  y  en  avoit  d’autres  vn  peu  plus  gros,  de  figure  ovale,  fur  les  épaules  8c  fur  la 
tefte  -,  8c  quelques-vns  de  ces  gros  grains  eftoient  plus  élevez  8c  pointus  ,  à  fçavoir  fous 
la  gorge ,  où  ils  faifoient  vue  rangée  en  forme  de  chapelet ,  qui  alloit  depuis  la  lèvre  in¬ 
ferieure  jufques  à  la  poitrine.  Les  grains  qui  eftoient  fur  le  dos  8c  fur  la  tefte  eftoient 
joints  8c  amaffez  les  vns  contre  les  autres  ,  tantoft  au  nombre  de  fept ,  tantoft  de  fix, 
de  cinq,  de  quatre,  de  trois  8c  de  deux  -,  laiftant  entre  ces  differens  amas  quelques  in¬ 
tervalles  femez  d’autres  petits  grains  prefqu’imperceptibles ,  qui  eftoient  d’ordinaire 
d’vn  rouge  pâle  8c  jaunaftre,  de  mefme  que  le  fond  de  la  peau  qui  paroi ffoit  entre  ces 
amas  de  grains.  Ce  fond  n’a  point  changé  de  couleur  que  quand  l’Animal  eft  mort,  au¬ 
quel  temps  les  petits  points  font  devenus  blanchâtres,  8c  le  fond  fur  lequel  ils  eftoient 
femez  a  changé  fa  couleur  rougeaftre  en  vn  gris  brun. 

On  a  reconnu  depuis,  que  tous  ces  grains,  tant  les  grands  que  les  petits,  eftoient  for¬ 
mez  en  partie  par  la  peau  qui  s’élevoit  en  dehors ,  eftant  creufe  par  dedans  au  droit  de 
chaque  grain  ,  ainfi  que  les  lames  de  métail  qui  font  cizelées  ou  eftampées  5  en  partie 
auffî  par  plufieurs  petites  pellicules  fort  minces,  8c  couchées  les  vnes  fur  les  autres  ,  qui 
augmentoient  l’épaiffeur  de  chaque  éminence  ,  8c  qui  s’enlevoient  aifément  quand  on 
les  racloit  avec  vn  fcalpel.  Mais  tout  cela  ne  faifoit  point  reffembler  cette  peau  à  celle 
d’vn  Crocodile  ,  comme  Ariftote  veut  avec  la  plufpart  des  Auteurs.  Car  le  Crocodile 
a  fur  le  dos  des  écailles  fort  larges  8c  fort  épaifl'es,  à  proportion  de  celles  qu’il  a  fous  le 

ventre  j 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D'UN  CAMELEON,  i; 
ventre  -,  elles  font  arrangées  de  fuite  :  au  lieu  que  les  éminences  de  la  peau  du  Camé¬ 
léon  font  femées  fans  aucun  ordre  ,  &  de  grandeur  peu  differente, 

La  couleur  de  toutes  les  éminences  de  noftre  Caméléon  ,  lors  qu’il  eiloit  en  repos 
à  l’ombre  ,  qu’il  y  avoit  long-temps  que  l’on  ne  lui  avoir  touché ,  eiloit  d’vn  gris 
bleüaffre  ,  à  la  referve  du  deffous  des  pattes,  qui  eiloit  d’vn  blanc  vn  peu  jaunaftre  ,  &: 
de  l’intervalle  des  amas  de  grains ,  qui  eiloit  d’vn  rouge  pâle  &  jaunailre  ,  comme  il  a 
ellé  dit.  Et  il  y  a  apparence  que  la  couleur  naturelle  de  la  peau  du  Caméléon  ,  qui  lés¬ 
ion  Arillote  eft  le  noir,  eftoit  dans  le  noftre  ce  gris  qui  le  reveftoit  par  tout  lors  qu’il 
eiloit  en  repos  ,  &  qui  eft  demeuré  à  l’envers  de  la  peau  quand  il  a  efté  écorché; 
quoi  que  le  deffus  ait  confervé  quelque  temps  après  ,  les  taches  &  les  differentes  cou¬ 
leurs  qui  y  eftoient  au  moment  qu’il  eft  mort ,  mais  qui  fe  font  ptefque  toutes  effa¬ 
cées  quand  la  peau  a  efté  feiche. 

Or  ce  gris  qui  coloroit  tout  le  Caméléon  expofé  au  grand  jour,  fe  changeoit  quand  il 
eftoit  au  Soleil;  &  tous  les  endroits  de  fon  corps, qui  eftoient  frapez  de  la  lumière,  pre- 
noient  au  lieu  de  leur  gris  bleüaftre,  vn  gris  plus  brun  &  tirant  fur  le  minime.  Le  relie 
de  la  peau  qui  n’eftoit  point  éclairée  du  Soleil ,  changea  fon  gris  en  plulieurs  couleurs 
plus  éclatantes ,  qui  formèrent  des  taches  de  la  grandeur  de  la  moitié  du  doit ,  qui  def- 
cendoient  de  la  crefte  de  l’épine  jufques  à  la  moitié  du  dos  ;  d’autres  parurent  aufti  fur 
les  collez  ,  fur  les  bras  &  fur  la  queue.  Toutes  ces  taches  eftoient  de  couleur  Ifabelle  , 
par  le  mélange  d’vn  jaune  pâle  ,  dont  les  grains  fe  colorèrent,  &  d’vn  rouge  clair  ,  qui 
eft  la  couleur  du  fond  de  la  peau  qui  paroift  entre  les  grains. 

Le  relie  de  cette  peau  non  éclairée  du  Soleil ,  Se  qui  eftoit  demeurée  d’vn  gris  plus 
pâle  que  l’ordinaire  ,  reffembloit  aux  draps  mêlez  de  laine  de  plulieurs  couleurs  :  car 
on  voyoit  quelques-vns  des  grains  d’vn  gris  vn  peu  verdaftre  ,  d’autres  d’vn  gris  mini¬ 
me  ,  d’autres  d’vn  gris  bleüaftre  ordinaire  ,  le  fond  demeurant  comme  devant. 

Lors  que  le  Soleil  ceffa  de  luire,  la  première  couleur  grife  revint  peu  à  peu,  Se  fe  ré¬ 
pandit  par  tout  le  corps,  à  la  referve  du  deffous  des  pieds  qui  demeura  de  fa  première 
couleur  ,  mais  vn  peu  plus  brune.  Et  lors  qu’eftant  en  cét  eftat,  quelqu’vn  de  la  Com¬ 
pagnie  le  mania  pour  obferver  quelque  chofe  ,  il  parut  incontinent  fur  fes  épaules,  Sc 
fur  fes  jambes  de  devant ,  plulieurs  taches  fort  noiraftres  de  la  grandeur  de  l’ongle  ;  ce 
qui  n’arrivoit  point  lors  qu’il  eftoit  manié  par  ceux  qui  le  gouvernoient:  Quelquefois  il 
devenoit  tout  marqueté  de  taches  brunes  ,  qui  tiroient  fur  le  vert.  En  fuite  on  i’envelopa 
dans  vn  linge,  où  ayant  efté  deux  ou  trois  minutes ,  on  l’en  retira  blanchaftre  ;  mais 
non  point  fi  blanc  que  celui  dont  parle  AldrQvandus ,  qui  difparut,  eftant  devenu  tout 
à  fait  femblable  au  linge  dans  lequel  il  avoit  efté  mis.  Le  noftre  ,  qui  avoit  feulement 
changé  fon  gris  ordinaire  en  vn  gris  fort  pâle  ,  après  avoir  gardé  cette  couleur  quel¬ 
que  temps,  la  perdit  infenfiblement. 

Cette  expérience  nous  lit  douter  qu’il  foit  vrai  que  le  Caméléon  prend  toutes  les  cou¬ 
leurs  hormis  le  blanc  ,  comme  Theophrafte  Se  Plutarque  difent  :  car  le  noftre  paroif- 
foit  avoir  tant  de  difpolition  à  recevoir  cette  couleur  ,  qu’il  devenoit  .pâle  toutes  les 
nuits  ;  &  quand  il  fut  mort ,  il  avoit  plus  de  blanc  que  d’autre  couleur.  Nous  n’a¬ 
vons  point  aufti  trouvé  qu’il  change  de  couleur  par  tout  le  corps,  ainft  qu’Ariftote  a 
dit  :  car  quand  il  prend  d’autres  couleurs  que  fa  grife,  Se  qu’il  fe  déguife  comme  pour 
aller  en  mafque  ,  ainft  qu’Elian  dit  agréablement ,  il  n’en  couvre  que  certaines  parties 
de  Ion  corps. 

Enfin,  pour  achever  l’experience  des  couleurs  que  le  Caméléon  peut  prendre,  on  le 
mit  fur  differentes  chofes  de  diverfes  couleurs ,  8e.  on  l’y  envelopa  :  mais  il  ne  les  prit 
point ,  comme  il  avoit  fait  la  blanche  -,  8e  meftne  il  ne  la  prit  que  la  première  fois  que 
l’experience  en  fut  faite  ,  quoi  qu’on  la  réitérait  plufieurs  fois  en  differens  jours. 

En  faifant  ces  expériences ,  nous  obfervâmes  qu’il  y  avoit  beaucoup  d’endroits  de  la 
peau  qui  ne  bruniffoient  jamais  que  fort  peu.  Pour  dire  plus  certains  de  cela  ,  nous 
marquâmes  par  de  petits  points  d’encre  ceux  des  grains  qui  nous  paroijToient  les  plus 
blancs  lors  qu’il  paliffoit  ;  Se  nous  avons  toujours  trouvé  que  lors  qu’il  devenoit  plus 

H 


16  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON. 

brun,  &  que  fa  peau  fe  tachetoit ,  ces  grains  que  nous  avions  marquez  devenoient  toû- 
jours  moins  bruns  que  les  autres. 

Sa  telle  eftoit  allez  femblable  à  celle  d’vn  poiffon  ,  eftant  jointe  à  la  poitrine  de  fore 
prés,  &  par  vn  col  Fort  court,  qui  eftoit  couvert  par  les  collez,  de  deux  avances  carti- 
lagineufes ,  qui  reffembloient  aux  ouïes  des  poiffons.  Il  y  avoit  vne  crefte  élevée  droite 
fur  le  fommet,  &  deux  autres  creiles  au  deffus  des  yeux  tournées  comme  vne  S  cou¬ 
chée.  Entre  ces  trois  creiles  il  y  avoit  deux  cavitez  le  long  du  deffus  de  la  telle. 

Son  mufeau  Faifoit  vne  pointe  obtuFe  -,  &  il  y  avoit  deux  carnes  qui  defcendoient  de¬ 
puis  les  lourcils  jufqu’au  bout  du  mufeau,  &  qui  le  failoientrelfembler  à  celui  d  vne  Gre¬ 
nouille.  Arillote  dit  qu’il  ell  femblable  au  Chœropztbecm  ,  qui  ell  vn  animai  inconnu , 
dont  le  nom  lignifie  qu’il  tient  du  linge  &;  du  pourceau  :  mais  le  mufeau  de  nollre  Ca¬ 
méléon  ne  relfembloit  ny  à  celui  d’vn  linge,  ny  à  celui  d’vn  pourceau  ;  car  la  mâchoire 
de  delfous  avançoit  davantage  que  celle  de  delfus  ,  qui  ell  le  contraire  du  groüin  de 
pourceau. 

Sur  le  bout  du  mufeau  il  y  avoit  vn  trou  de  chaque  collé  en  forme  de  narine.  Belon 
femble  Faire  entendre  que  ces  trous  fervent  auffi  à  l’ouïe  -,  &  cela  avec  autant  de  raifon 
qu* Alcméon  a  dit ,  ainfi  qu’Ariftote  rapporte,  que  les  Chèvres  refpirentpar  les  oreilles, 
qui  ell  vne  choie  qu’Elian  dit  n’ellre  crue  que  par  les  Bergers  ,  quoi  que  Tulpius  allure 
dans  fes  Obfervations ,  qu’en  l’homme  mefme  il  fe  trouve  vn  conduit  qui  porte  l’air 
dans  la  bouche  par  les  oreilles.  La  vérité  ell ,  que  nollre  Caméléon  n’avoit  point  d’au¬ 
tres  ouvertures  en  la  telle  que  ces  deux  narines,  par  lefquelles  il  y  a  apparence  qu’il  ref 
pire  ,  parce  que  fa  gueule  ell  ordinairement  fermée  li  exaélement ,  qu’il  femble  n’en 
point  avoir  ,  fes  deux  mâchoires  eftant  jointes  par  vne  ligne  prefque  imperceptible, 
quoi  que  Solin  ait  écrit  qu’il  a  la  gueule  inceffamment  ouverte  :  ce  qui  peut  faire  croire 
que  Solin  ,  d>C  la  plufpart  de  ceux  qui  ont  peint  le  Caméléon  n’en  ont  point  vu  de 
vivant  -,  car  ils  le  font  la  gueule  ouverte  ,  ce  qui  ne  lui  ell  ordinaire  que  quand  il  ell 
mort. 

Ces  mâchoires  eftoient  garnies  de  dents  ,  ou  plûtoft  d’vn  os  dentefo  ,  qui  ne  nous  a 
point  paru  lui  fervir  à  manger  -,  parce  qu’il  avalloit  les  mouches ,  &  les  autres  infeéles 
qu’il  prenoit,  fans  les  mafcher.  Elian  dit  qu’il  fe  deffend  contre  le  ferpent,  à  l’aide  d’vn 
grand  fellu  qu’il  prend  à  fa  gueule  ;  &  il  y  a  apparence  que  fes  dents  lui  peuvent  fervir 
pour  le  tenir  plus  ferme  :  mais  il  faut  entendre  qu’il  le  tient  en  travers ,  pour  empêcher 
que  le  ferpent  ne  le  puiffe  engloutir  ,  comme  il  a  de  couftume  d’avaller  les  Grenoüil- 
les  &  les  Lézards  tous  entiers  car  il  n’y  a  point  d’apparence  d’expliquer  cét  endroit 
d’Elian,  ainfi  que  font  Gefner  &  Aldrovandus,  qui  conçoivent  que  le  Caméléon  fe  fert 
de  ce  feftu  comme  d’vn  bouclier  ou  d’vne  épée  avec  quoi  il  fe  deffend  contre  le  fer¬ 
pent,  comme  vn  efcrimeur  feroit  ;  car  iln’eft  pas  affez  agile  pour  cela. 

La  gueule  eftoit  fendue  d’vne  maniéré  toute  particulière  :  car  au  lieu  que  les  autres 
animaux  ont  d’ordinaire  l’ouverture  des  lèvres  plus  petite  que  celle  des  mâchoires  -,  les 
lèvres  de  noftre  Caméléon  eftoient  fendues  par  delà  la  mâchoire  de  la  longueur  de  deux 
lignes,  &  .cette  continuation  de  fente  defcendoit  obliquement  en  bas. 

La  forme  ,  la  ftruélure  ,  8c  le  mouvement  de  fes  yeux  avoit  quelque  chofe  de  fort 
particulier.  Ils  eftoient  fort  gros  ,  ayant  plus  de  cinq  lignes  de  diamètre.  Ils  paroif- 
îoient  fphériques, s’avançant  en  dehors  de  toute  la  moitié  de  leur  globe  ,  laquelle  eftoit 
couverte  d’vne  feule  paupière  faite  en  forme  de  caliotte  percée  d’vn  trou  par  le  milieu, 
ce  trou  n’ayant  pas  vne  ligne  de  largeur.  Par  ce  petit  trou  la  prunelle  qui  eftoit  bril¬ 
lante,  brune  ,  &  bordée  comme  d’vn  petit  cercle  d’or  ,  fe  voyoit  affez  aïfément ,  quoi 
qu’Ariftote  dife  que  ce  cercle  ne  fe  peut  voir  qu’aprés  que  la  paupière  a  'efté  oftée  par 
la  diffeélion.  Cette  paupière  eftoit  chagrinée  de  mefme  que  le  refte  de  la  peau  -,  &c 
quand  le  corps  fe  varioit  de  plufieurs  couleurs  ,  faifant  des  taches  qui  eftoient  en  divers 
temps  de  differentes  figures ,  celles  de  l’œil  demeuroient  toujours  de  la  mefme  forte  : 
car  des  barres  ou  bandes  teintes  de  la  couleur  qui  furvenoit  au  refte  du  corps,  partaient 
du  trou  de  la  paupière,  &  s’épandoient  vers  la  circonférence  comme  des  rayons. 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON.  17 

Le  devant  de  l’œil  paroiffoit  attaché  à  la  paupière ,  laquelle  ne  fe  hauffoit  &  ne  fe  baiffoit 
pas  comme  aux  autres  animaux  ,  qui  peuvent  donner  à  leur  paupière  vn  mouvement 
different  de  celui  de  l’œil  -,  car  celui  de  noftre  Caméléon  ne  fe  remuoit  point, que  la 
paupière  ne  fuivift  fon  mouvement.  C’eft  ce  que  Pline  femble  avoir  exprimé,  mais  affez 
improprement,  quand  il  a  dit  que  la  prunelle  du  Caméléon  ne  fe  remue  point,  mais  que 
c’eft  tout  l’œil  qui  fe  tourne  ;  car  il  n’y  a  point  d’animal  qui  remue  la  prunelle  lors  que 
tout  le  refte  de  l’œil  demeure  immobile.  Mais  ce  qui  eft  de  plus  extraordinaire  en  ce 
mouvement,  eft  de  voir  remüer  vn  des  yeux  pendant  que  l’autre  eft  fans  mouvement, 
&  l’vn  tourner  en  devant,  en  mefme  temps  que  l’autre  regarde  en  arriéré-,  1  vns  elever  au 
ciel ,  quand  l’autre  s’abaiffe  vers  la  terre  -,  &  tous  ces  mouvemens  eftre  fi  extrêmes, 
qu’ils  portent  la  prunelle  jufques  fous  la  creftequi  fait  le  fourcil,&ft  avant  dans  les  coins 
de  l’œil  ,  que  la  veuë  puiffe  découvrir  ce  qui  eft  tout-à-fait  derrière  &  dire&ement  de¬ 
vant,  fans  que  la  telle  qui  eft  ferrée  contre  les  épaules  foit  tournée.  Ariftote,qui  a  dé¬ 
crit  le  Caméléon  plus  exaélement  qu’il  n’a  fait  aucun  autre  animal,  a  obmis  cette  par¬ 
ticularité  de  ce  mouvement  extraordinaire  des  yeux  ,  qui  à  la  vérité  n’eft  point  au  Ca¬ 
méléon  de  Mexique  ;  mais  il  y  a  apparence  que  ce  n’eft  pas  celui-là  qu’Ariftote  a  décrit. 
Il  n’a  pas  aufti  obfervé  que  le  petit  trou  qui  eft  à  la  paupière  fe  ferme  en  s’élargiffant  de 
travers,  jufques  à  ne  faire  qu’vne  fente,  en  forte  que  la  partie  d’en  haut  fe  joint  fort  exa¬ 
ctement  avec  celle  d’en  bas;  car  il  dit  que  les  bords  de  ce  trou  ne  fe  joignent  jamais  pour 
couvrir  l’œil.  Pline  &£  Solin  affûrent  aufti  la  mefme  chofe  ,  &  prefque  tous  les  Hifto- 
riens  naturels  qui  n’ont  vu  des  Caméléons  que  dans  les  livres  de  ces  Auteurs. 

Cette  partie  du  corps  qui  s’appelle  le  Tronc,  &  qui  comprend  le  thorax  ôtle  ventre, 
n’eftoit  à  noftre  Caméléon  qu’vn  thorax ,  fans  qu’il  y  euft  prefque  de  ventre  :  ce  qu’Ariftote 
a  mieux  remarqué  que  Pline,  qui  dit  que  la  poitrine  du  Caméléon  eft  jointe  à  fon  ven¬ 
tre  -,  car  cela  ne  lui  eft  point  particulier,  eftant  ainfi  en  tous  les  animaux  ,  qui  n’ont  ja¬ 
mais  rien  entre  la  poitrine  le  ventre.  Mais  quand  Ariftote  dit,  que  la  poitrine  du  Ca¬ 
méléon  ,  ainfi  qu’aux  poiffons ,  eft  jointe  à  l’hypogaftre  ,  qui  eft  la  partie  baffe  du  ven¬ 
tre  ,  il  fait  fort  bien  entendre  que  les  côtes  defcendent  dans  les  Iles ,  ou  les  autres  ani¬ 
maux  n’ont  que  les  apophyfes  tranfverfes  des  lombes  ,  le  refte  eftant  fans  os,  &  pour 
cette  raifon  appelé  Yuide  par  Hippocrate. 

Ses  quatre  Pieds  eftoient  pareils.  Ils  differoient  feulement  en  ce  que  ceux  de  devant 
eftoient  pliez  en  arriére  ,  &  ceux  de  derrière  en  devant  ;  &  l’on  pourroit  dire  que  ce 
font  quatre  bras  qui  ont  leur  quatre  coudes  en  dedans,  eftant  compofez  chacun  com¬ 
me  d’vn  humérus  ,  joint  avec  deux  os  femblables  à  vn  radius  &  à  vn  cubitus.  Solin  s’eft 
trompé,  quand  il  a  dit  que  les  pieds  du  Caméléon  font  joints  au  ventre  ;  car  au  noftre 
ceux  de  derrière  eftoient  articulez  avec  l’os  Ifchion ,  ceux  de  devant  eftoient  attachez 
aux  omoplates. 

Les  quatre  Pattes  eftoient  compofées  chacune  de  cinq  doits,  &  reffembloient  mieux 
à  des  mains  qu’à  des  pieds.  Elles  eftoient,  tant  celles  de  devant  que  celles  de  derrière, 
fendues  en  deux  -,  ce  qui  faifoit  comme  deux  mains  à  chaque  bras,  &  deux  pieds  à  cha¬ 
que  jambe  :  car  bien  qu’vne  de  ces  parties  n’euft  que  deux  doits,  &C  l’autre  trois ,  elles 
eftoient  néanmoins  aufti  larges  l’vne  que  l’autre ,  les  doits  qui  eftoient  deux  à  deux 
eftant  plus  gros  que  ceux  qui  eftoient  trois  à  trois.  Ces  doits  eftoient  enfermez 
enfemble  fous  vne  mefme  peau  comme  dans  vne  mitaine  ,  &  n’eftoient  diftinguez 
qu’en  la  dernière  jointure ,  à  laquelle  les  ongles  font  attachez.  La  difpofttion  de  ces 
Pattes  eftoit  differente,  en  ce  que  celles  de  devant  avoient  deux  doits  en  dehors  &  trois 
en  dedans,  au  contraire  de  celles  de  derrière,  qui  en  avoient  trois  en  dehors  &  deux  en 
dedans. 

Avec  ces  Pattes  il  empoignoit  les  petites  branches  des  arbres  de  même  que  le  Per¬ 
roquet  ,  qui  pour  fe  percher  partage  fes  doits  autrement  que  la  plufpart  des  autres 
oifeaux  ,  qui  en  mettent  toujours  trois  devant  ôc  vn  derrière  ,  où  le  Perroquet  en  met 
deux  derrière  de  mefme  que  devant. 

Les  Ongles  qui  étoient  vn  peu  crochus, fort  pointus,  d’vn  jaune  pâle,  ne  fortoient 

I 


18  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON. 

que  de  la  moitié  hors  la  peau  ;  l’autre  moitié  eftoit  enfermée  &  cachée  deffous  :  ils 
avoient  en  tout  deux  lignes  &  demie  de  long. 

Sa  queue  reffembloit  aflez  bien  à  celle  d’vne  Vipere,  ainfi  que  Pline  remarque  ,  ou  à 
celle  d  vn  grand  Rat  ;  ce  que  Marmol  qui  a  écrit  1  Fîiftoire  de  l’Affrique  en  Efpaomol, 
femble  avoir  voulu  dire, quand  il  compare  cette  queue  à  celle  d’vne  Taupe,  parce  que 
le  peu  de  reflemblance  quil  y  a  entre  la  queue  d  vn  Caméléon  ,  &  celle  d’vne  Taupe, 
doit  faire  croire  que  Marmol ,  fuivant  la  couftume  de  la  plufpart  de  ceux  qui  font  les 
Relations  de  ce  qu’ils  ont  vu  dans  les  païs  eftrangers,  a  mêle  fans  diftindion  ce  qu’il  a 
lu  avec  ce  qu il  a  vu  ,  &  qu  il  a  pris  ce  qu  il  dit  de  la  queue  du  Caméléon, dans  quelque 
auteur  Italien  ,  parce  que  Topo  qui  en  Efpagnol  lignifie  vne  Taupe  ,  lignifie  vn  Rat  en 

Or  la  queue  de  noftre  Caméléon  n  eftoit  femblable  à  celle  d’vne  Vipere  ou  d’vn  Rat, 
que  lors  que  Ion  enflure  la  rendoit  ronde  ;  car  autrement  elle  avoit  tout  du  long  les 
trois  eminences  qui  le  voyent  lur  le  dos ,  comme  il  a  efté  dit  ,  qui  font  les  rangées  des 
apophyfes  Epineufes,  &  Obliques  des  vertebres  :  outre  cela  elle  avoit  encore  deux  au¬ 
tres  rangées  faites  par  les  apophyfes  Tranfverfes.  Il  ne  manquoit  jamais  à  entortiller 
cette  queue  autour  des  branches  ,  &c  ehe  lui  forvoit  comme  d’vne  cinquième  main. 

Quand  il  marchoit,il  la  laifloit  rarement  traîner  fur  terre ,  mais  il  la  tenoit  parallèle  aux 
lieux  ou  il  marchoit. 

Son  marcher  eftoit  plus  lent  que  celui  d’vne  Tortue  ,  mais  tout-à-fait  ridicule  ,  en  ce 
que  fos  jambes  eftant  fort  dégagées,  ôc  plus  longues,  &c  moins  embaraflees  que  ne  font 
celles  de  la  Tortue,  il  les  portoit  avec  vne  gravité  qui  paroifloit  affedée,  parce  qu’elle 
ftembloit  eftre  fans  fujet.  C  eft  pourquoi  Tertullien  dit ,  qu’on  croiroit  que  le  Caméléon 
fait  plûtoft  femblant  de  marcher,  qu’il  ne  marche  en  effet. 

Quelques-vns  eftiment  que  ce  marcher  eft  vne  marque  de  la  timidité  que  l’on  dit 
eftre  extrême  en  cét  animal.  Mais  parce  qu’il  eft  certain  que  la  crainte,  quand  elle  n’eft 
point  affez  grande  pour  ofter  tout-à-fait  le  mouvement ,  donne  vne  grande  force  à  ce¬ 
lui  des  jambes,  dans  lefquelles  on  croit  qu’elle  fait  defcendre  toute  la  chaleur  ,  &  toute 
la  vigueur  qui  a  abandonné  le  coeur  5  il  y  a  bien  plus  d’apparence  que  cette  lenteur 
eft  l’effet  d’vne  grande  précaution,  qui  le  faitagir  avec  circonlpedion.  Car  il  femble  que 
le  Caméléon  choifit  les  endroits  où  il  doit  pofer  fes  pieds  -,  Sc  quand  il  monte  fur  les  ar¬ 
bres  ,  il  ne  fo  fie  point  à  fes  ongles,  bien  qu’ils  foient  plus  pointus  que  ceux  des  Ecurieux 
qui  graviffent  fi  legerement  par  tout  :  mais  s’il  ne  peut  empoigner  les  branches  à  caufe 
de  leur  groffeur,  il  cherche  long- temps  les  fentes  qui  font  à  l’écorce,  pour  y  affermir  fes 
ongles. 

AYant  ouvert  noftre  Caméléon  après  fa  mort,  nous  trouvâmes ,  lors  que  la  peau 
qui  couvroit  le  thorax  &C  le  ventre,  fut  levée  ,  qu’il  n’y  avoit  deftous  que  des 
membranes  qui  joignoient  les  côtes  enfemble,  &  qui  tenoient  lieudemufclesintercoftaux. 
Ces  membranes  qui  eftoient  fi  tranfparentes  ,  que  l’on  voioit  les  entrailles  au  travers , 
eftoient  teintes  de  vert  en  la  région  du  Foye. 

Tout  le  ventre  aiant  efté  divifé  par  le  milieu  jufqu’au  cartilage  Xiphoïde,  le  Foye  fo 
prefenta,  hors  duquel  la  veficule  du  fiel  s’élevoit  jufques  à  toucher  aux  fauffes  côtes  ; 
nous  appelions  ainfi  les  côtes  qui  ne  font  pas  jointes  au  Sternon ,  &C  qui  font  d’vne  fa¬ 
çon  particulière  au  Caméléon ,  ainfi  qu’il  fera  expliqué  ci-aprés.  Nous  trouvâmes  la  ve¬ 
ficule  entre  les  deux  lobes.  Belon  la  met  dans  le  gauche.  Elle  eftoit  de  la  groffeur  d’vn 
pois,  prefque  ronde,  d’vn  vert  brun.  Son  colproduifoit  le  conduit Cholidoque, qui  s’al- 
loit  inferer  au  deftous  du  Pylore. 

Le  Foye  qui  eftoit  d’vn  rouge  fort  brun,  &  d’vn  Parenchyme  aflez  ferme,  dans  le¬ 
quel  on  difoernoit  facilement  des  cavitez  ou  conduits  ,  eftoit  partagé  en  deux  lobes, 
dont  le  droit  paroifloit  quelque  peu  plus  grand  que  le  gauche. 

Le  Ventricule  eftoit  fous  le  Foye,  &  il  fembloit  n’eftreque  la  continuation  de  l’Oefo* 
phage,  qui  s’élargiflbit  vnpeu  dans  le  ventre,  le  long  duquel  il  defoendoit  allez  droit, 

&c 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON.  19 

&  fe  recourbait  feulement  vn  peu  vers  le  Pylore,  où  il  fe  rétreffiflbit  ;  &  là  ces  mem¬ 
branes  devenoient  fort  dures.  Nous  fûmes  étonnez  de  voir  que  ce  conduit  fi  étroit,  & 
fait  par  vne  membrane  fi  dure  ,  pouvoir  donner  pafiage  aux  mouches  qui  efioient 
entières  dans  les  inteflins  ;  &c  nous  jugeâmes  qu’il  faloit  que  le  Pylore  fufi-  capable  d Vne 
diftention  pareille  à  celle  de  l’orifice  interne  de  la  matrice.  Ce  Ventricule  efioit  de 
même  fubftance ,  &  de  même  couleur  que  l’Oefophage  ,1’vn  &;  l’autre  efiant  compofé 
de  membranes  blanches,  &  non  tranfparentes  ,  comme  efioient  toutes  les  autres  qui  fe 
trouvoient  dans  le  ventre.  L’Oefophage  &  le  Ventricule  avoient  enfemble  la  longueur 
de  trois  pouces  &  demi.  A  la  fortie  du  Pylore  l’intefiin  s ’élargiflbit ,  &  devenoit  plus 
gros  que  le  Ventricule, faifant  trois  replis,  l’vn  au  droit  du  Pylore,  le  fécond  au  bas  du 
ventre,  dans  lequel  efiant  defcendu,il  remontoit  vers  le  Ventricule,  où  il  faifoit  le  troi- 
fiéme  repli,  pour  redefcendre  vers  l’Anus.  La  longueur  de  toutcét  Inteftin  efioit  de  fept 
pouces,  &:  il  confervoit  fa  même  groffeur  jufques  à  fon  extrémité.  Il  efioit  fort  noir 
par  tout  -,  &  on  voioit  des  membranes  dont  il  efioit  lié ,  qui  efioient  le  Mefentere,  dans 
lefqu elles  on  remarquoit  des  vaifleaux  encore  pleins  de  fang.  Il  y  avoit  même  des  fibres 
blanches  en  forme  de  veines  Laétées  ;  &  cette  membrane  du  Mefentere  qui  efioit  fort 
tranfparente  ,  avoit  en  fon  milieu  vne  partie  qui  s  epaiffiflbit ,  &;  devenoit  opaque, 
comme  pour  former  le  Pancréas  d’Afellius  ,  ou  le  Réceptacle  de  Pecquet.  Quoi  qu’il 
fufi  impoffible  d’affembler  les  rameaux  des  vaiffeaux  fanguinaires  épandus  dans  ce  Me¬ 
fentere,  Sc  de  les  conduire  jufqu’à  leur  Tronc,  on  en  voioit  néantmoins  vn  qui  fut  jugé 
eftre  celui  de  la  veine  Porte.  La  veine  Cave  fe  trouva  aulli  fous  le  Foye,  couchée  fur 
les  vertebres ,  &  pleine  d’vn  fàng  fort  noir. 

Il  n’y  avoit  aucune  apparence  de  Ratte  :ce  qui  eft  conforme  à  ce  que  les  Auteurs  ont 
dit  du  Caméléon.  Us  affûrent  aufii  qu’il  n’a  point  de  Reins  :  néantmoins  nous  trouvâmes 
que  le  noftre  avoit  deux  chairs  couchées  en  long  de  haut  en  bas  aux  deux  cotez  de 
l’épine,  en  la  région  des  Lombes  &  de  l’os  Sacrum ,  que  nous  prîmes  pour  les  Reins. 
Ces  chairs  fe  feparoient  afiez  aifément  de  l’endroit  fur  lequel  elles  efioient  attachées, 
pour  ne  pouvoir  eftre  prifes  pour  les  mufcles  P  fias  -,  &  elles  n’eftoient  liées  fermement 
qu’à  l’endroit  où  l’extrémité  de  l’Inteftin  fe  joint  au  commencement  de  la  matrice. 
Cette  particularité  a  fait  croire  à  Moniteur  Gaffendi  que  ces  chairs, dont  il  parle  dans 
la  vie  de  Monfieur  de  Peirefc,  qui  avoit  eû  la  curiofité  de  nourrir  des  Caméléons, 
pourroient  eftre  les  Tefticules.  Elles  efioient  de  la  longueur  d’vn  pouce,  larges  de 
prés  de  deux  lignes  par  le  milieu  -,  &:  elles  alloient  en  s’étreffilfant  jufques  au  bout,  fai¬ 
fant  la  figure  d’vne  lancette.  Elles  avoient  d’épailfeur  les  deux  tiers  d’vne  ligne.  Leur 
Parenchyme  efioit  d’vn  rouge  pâle  afiez  folide  ,  &  abreuvé  en  dedans  de  beaucoup 
de  ferofité  ;  d’où  l’on  jugea  que  c’eftoient  plûtoft  des  Reins  que  des  Tefticules  :  &C 
ce  qui  fortifia  encore  davantage  cette  opinion  ,  efioit  vne  cavité  quelles  avoient  cha¬ 
cune  en  leur  milieu  ,  félon  leur  longueur ,  formée  d’vne  membrane  afiez  dure  ,  qui 
pouvoit  pafîer  pour  le  baffinet  du  Rein.  Malpighius  a  obfervé  de  pareils  conduits  dans 
les  Reins  des  oifeaux,  que  néantmoins  Harveus  dit  eftre  folides,  èc  fans  aucune  cavité. 

La  Matrice  ou  Portière  efioit  vn  conduit  qui  aboutifloit  à  l’Anus.  Ce  conduit  ou 
col  de  la  Matrice  efioit  fitué  fur  ces  chairs ,  que  nous  croions  eftre  les  Reins  ,  fk  fous 
l’extrémité  de  l’Inteftin  comme  aux  oifeaux ,  &  tout  au  contraire  qu’il  n  eft  d’ordinaire 
aux  autres  animaux,  où  l’Inteftin  eft  fur  l’os  Sacrum ,  &  la  Vefiie  au  deffus  du  col  de  la 
Matrice.  Cette  Matrice  efioit  comme  aux  brutes  compofée  de  deux  cornes ,  qui  for- 
toient  de  fon  col ,  s’alongeoient  jufqu’à  la  longueur  de  trois  pouces  &  demi ,  ôe  re¬ 
tournoient  au  même  endroit ,  faifant  comme  deux  anfes  quand  on  les  droit  de  dedans 
la  région  des  Iles  où  elles  efioient  pliées.  Elles  n’avoient  pas  plus  d’vne  ligne  de  large, 

quelquefois  moins  en  plufieurs  endroits  où  elles  s’éfrefîifibient ,  faifant  comme  des 
nœuds  :  mais  nous  ne  trouvâmes  point  d’œufs ,  ni  dans  leur  cavité  ,  ni  dans  les  mem¬ 
branes  d’alentour ,  qui  font  ce  que  l’on  appelle  YOvarium. 

La  plufpart  de  toutes  ces  parties ,  à  fçavoir  le  Foye ,  le  Ventricule  &  les  Inteftins, 
efioient  foûtenuës  &  fufpenduës  par  vne  forte  membrane  ou  ligament,  qui  en  manière 

K 


20  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON, 
d’vn  Mediaftin  defcendoit  de  la  région  du  Cartilage  Xiphoïde  jufqu ’aubas  du  ventre.  Il  y 
avoit  auffi  de  pareilles  membranes,  qui  du  même  endroit  du  Cartilage  Xiphoïde  s’écar- 
toient  à  droit  &  à  gauche,  lefquels  eftoient  ce  que  Harveus  prend  pour  le  Diaphragme 
aux  oifeaux  ,  &  que  Fabricius  nie  eftre  vn  Diaphragme  ,  parce  qu’elles  ne  font  point 
mufculeufes.  Et  en  effet  ces  membranes  eftoient  tranfparentes,  n’ayant  rien  de  charnu: 
elles  eftoient  feulement  doubles, &  jointes  à  plufieurs  autres diverfement figurées,  com¬ 
me  il  apparut  lors  qu’ayant  fait  fouftier  dans  l’Afpre  Artere  ,  tous  les  deux  grands  vui- 
des  qui  reftoient  à  droit  &  à  gauche  des  vifceres  fufpendus  au  milieu  ,  s’emplirent  fou- 
dainement  par  l’enflure  de  ces  membranes ,  qui  ne  fe  difcernoient  point  avant  que  l’on 
euft  foufflé  -,  &  cette  enflure  n’emplit  pas  feulement  ces  cavitez  ,  mais  elle  jetta  dehors 
de  côté  &:  d’autre  des  produdions  en  manière  de  veftie  de  carpe,  les  vnes  de  la  grof- 
feur  &  de  la  longueur  du  doit ,  les  autres  plus  petites ,  &  de  ces  grandes  il  en  fortoit  en¬ 
core  d’autres  petites.  Au  milieu  de  ces  deux  grands  amas  de  differentes  produdions 
de  veflies ,  qui  reprefentoient  le  Poumon  droit  &  le  Poumon  gauche  ,  il  s  elevoit  en¬ 
core  vne  veftie  vnique  ,  qui  fembloit  tenir  lieu  du  petit  lobe  ,  qui  fe  trouve  en  beau¬ 
coup  d’animaux  au  milieu  de  la  poitrine  dans  la  cavité  du  Mediaftin.  Ces  membranes 
ainfi  étendues  par  le  vent  eftoient  blanches  &  vn  peu  tranfparentes  ,  &  paroiffoient 
fort  délicates  ;  mais  elles  eftoient  fortifiées  par  des  fibres  entrelaffées  en  maniéré  de 
rézeau.  Quand  on  ceffoitde  fouffler,  toutes  ces  membranes  retombant  &  fe  colant  les 
vnes  aux  autres  faifoient  difparoiftre  toutes  ces  veflies ,  qui  en  effet  ne  font  autre  chofe 
que  des  produdions  du  Poumon. 

Gefner  dit  que  des  entrailles  du  Caméléon  il  n’y  a  que  les  Poumons  qui  font  vifi- 
bles.  Mais  Ariftote  a  remarqué  avec  plus  de  vérité,  que  les  animaux  à  quatre  pieds  qui 
font  des  œufs  ont  vn  Poumon  qui  ne  fe  voit  prefque  point ,  fi  on  ne  fouffle  dedans  pour 
l’enfler.  En  effet,  tout  ce  qui  paroiflôit  à  la  place  ou  doit  eftre  le  Poumon  n’eftoit, 
avant  qu’il  fuft  enflé,  que  comme  deux  petites  chairs  de  couleur  de  rofe,  de  la  groffeur 
d’vne  fève,  fituées  de  chaque  cofté  du  Cœur  :  ce  qui  a  fait  dire  à  Panaroius  ,  que  le  Ca¬ 
méléon  a  les  Poumons  fort  petits.  Mais  ces  petites  chairs  n’eftoient  pas  tout  le  Pou¬ 
mon  ;  elles  ne  pouvoient  paffer  que  pour  les  membranes  du  haut  du  Poumon  pliées  & 
ramaffées ,  qui  en  cét  endroit  eftoient  femees  de  petites  éminences  rouges ,  lefquelles, 
lors  que  le  vent  dilatoit  ces  membranes ,  paroiffoient  difperfées  fur  l’étendue  de  leur  fu- 
perficie-,  8c  lors  que  les  membranes  s’abatoient,  ces  petites  éminences  rouges  fe  rapro- 
chant  l’vne  contre  l’autre ,  faifoient  cette  apparence  de  chair  ,  qui  n’eftoit  point  vne 
fubftance  fpongieufe,  comme  veut  Panaroius,  mais  feulement  vn  amas  de  membranes. 

L’Afpre  Artere  eftoit  fort  courte  ,  compofée  de  Cartilages  annulaires  à  l’ordinaire. 
Elle  avoit  vn  Larynx  à  fon  origine  ,  compofé  comme  de  deux  Epiglottes  qui  fermoient 
l’ouverture,  faifant  vne  efpece  de  Glotte,  qui  eftoit  vne  fente  tranfverfale,  -non  droite 
comme  elle  eft  aux  animaux  qui  ont  quelque  efpece  de  voix  ,  dontjioftre  Caméléon 
eftoit  entièrement  privé. 

Le  Cœur  eftoit  affez  petit,  n’ayant  pas  plus  de  trois  lignes  de  long.  Sa  pointe  paroiflôit 
comme  coupée.  Les  Oreilles  du  Cœur  eftoient  fort  grandes,  principalement  la  gauche, 
&  vn  peu  plus  rouges  que  le  Cœur,  qui  eftoit  affez  pâle.  Les  vaiffeaux  d’autour  du  Cœur 
eftoient  fort  pleins  de  fang. 

Le  Cerveau  fe  trouva  fi  petit ,  qu’il  n’avoit  guere  plus  d’vne  ligne  de  diamètre  ,  &c 
n’eftoit  pas  deux  fois  plus  large  que  la  Moelle  de  l’Epine ,  qui  eftoit  fort  blanche ,  le  Cer¬ 
veau  eftant  d’vn  gris  rougeaftre. 

Les  nerfs  Optiques  n’eftoient  point  fi  courts,  que  le  Cerveau  leur  fuft  continu  &  atta¬ 
ché  aux  yeux,  ainfi  qu’Ariftote  les  décrit.  Ils  n’eftoient  point  aufll  comme  Panaroius  les 
reprefente  ,  qui  dit  qu’ils  forterît  feparément  du  Cerveau  ,  mais  qu’ils  ne  fe  rejoignent 
point  :  car  il  y  avoit  deux  éminences  au  Cerveau,  qui  eftoient  les  origines ,  &  la  pre¬ 
mière  partie  des  nerfs  Optiques  -,  &  ces  éminences  après  s’eftre  jointes ,  fe  feparoient  en 
deux  filets  longs  chacun  de  huit  lignes  ,  qui  s’inferoient  dans  le  globe  de  l’œil  hors 
fon  axe  à  l’ordinaire.  Ce  globe  eftoit  couvert  d’vne  Conjondive,  au  deffous  de  laquelle 

eftoit 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON.  '  21 

eftoit  l’infertion  des  mufcles  de  l’œil,  qui  n’eftoient  point  des  fibres,  comme  dit  Pana- 
rolus ,  ni  des  petites  poulies ,  comme  Jonfton  veut ,  mais  de  la  véritable  chair  mufcu- 
leufe. 

Sur  toute  la  Conjonctive  eftoit  vn  mufcle  Orbiculaire  qui  colloit  la  paupière  à  l’œil, 
auquel  il  eftoit  adhèrent,  en  forte  qu’il  fervoit  à  faire  que  la  paupière  euft  le  même 
mouvement  que  l’œil.  Son  adion  particulière  eftoit  de  fermer  le  petit  trou  rond  de  la 
paupière.  Ce  mufcle  eftant  levé  ,  on  voioit  l’Iris  toute  entière  ,  que  Jonfton  dit  man¬ 
quer  au  Caméléon.  Elle  eftoit  de  couleur  Ifabelle  ,  bordée  en  fon  extrémité  intérieure 
du  petit  cercle  d’or,  dont  il  a  déjà  efté  parlé.  La  Cornée  eftoit  fort  mince,  le  devant  de 
la  Sclérotique  fort  épais  &:  fort  dur,  le  derrière  tres-mince  -,  la  Choroïde  , noire  fous 
l’Iris, &  bleüaftre  à  foppofîte  dans  le  fond  ^laRetine ,  fortépaiffe  vn  peu  rougeaftre; 
les  Humeurs,  toutes  Aqueufes ,  en  forte  qu’on  ne  les  pouvoit  pas  aifément  diftinguer; 
le  Cryftallin  même  fembloit  eftre  confondu  avec  les  autres  Humeurs. 

Prés  de  l’endroit  par  où  les  nerfs  Optiques  entrent  dans  les  Orbites ,  plufteurs  fibres 
de  nerfs  fort  déliées  entroient  auffi  ,  &  paflantdans  le  vuide  qui  eft  au  milieu  des  deux 
Orbites, penetroient  dans  vn  grand  Sinus  qui  eftoit  dans  l’os  de  la  mâchoire  fuperieure, 
ou  font  les  trous  des  Narines.  Ce  Sinus  eftoit  plein  d’vne  chair  dure,  fibreufe,  &  fort 
rouge ,  au  travers  de  laquelle  les  conduits  des  narines  paftoient ,  ces  conduits  eftant 
formez  par  vne  membrane  jaune  affez  dure.  Us  eftoient  obliques,  allant  depuis  l’ouver¬ 
ture,  de  la  narine  en  montant  dans  le  Sinus  ,  ils  defcendoient  en  fuite  dans  le  Palais, 
qui  couvrait  par  vne  production  membraneufe  affez  dure  ,  l’extrémité  dechaquè  con¬ 
duit  *  dans  lequel  nous  ne  trouvâmes  rien  qui  puft  porter  l’air  vers  quelque  organe 
pour  l’ouïe. 

Ariftote  a  remarqué  que  la  plufpart  des  poiftons  entendent,  quoi  qu’ils  n’aient  point 
de  conduit  pour  l’ouïe  :  mais  nous  n’avons  trouvé  ni  conduit ,  ni  aucune  marque  dans 
les  façons  de  faire  de  noftre  Caméléon ,  qui  nous  puft  faire  croire  qu’il  euft  le  fens  de 
l’ouïe  -,  en  forte  qu’il  eft  vrai  de  dire  ,  que  c’eft  vn  animal  qui  ne  reçoit,  &C  qui  ne  rend 
aucun  fon. 

Les  nerfs  qui  font  produits  par  la  Moelle  de  l’Epine  fe  voioient  affez  aifément  quand 
les  entrailles  furent  ôtées.  Us  fortoient  à  l’ordinaire  d’entre  les  Vertebres,  &c  quelques- 
vns  de  ceux  qui  fe  dévoient  diftribuer  aux  bras  fortoient  d’entre  les  Vertebres  fuperieu- 
res  du  thorax ,  parce  que  les  Vertebres  du  col  qui  eft  fort  court ,  n’en  pouvoient  pas 
fournir  affez.  Ils  entroient  dans  la  capacité  du  thorax  trois  de  chaque  côté,  qui  s’vnif- 
foient,  &C  en  fuite  eftant  divifez  retournoient  vers  l’Omoplate.  Ceux  qui  font  deftinez 
pour  le  mouvement  des  jambes  entroient  de  même  aux  cotez  de  l’os  Sacrum  ,  s’vnif- 
foient,&  fe  divifoient  en  fuite  pour  fe  diftribuer  à  la  jambe.  Entre  chaque  Côte  on  en 
voioit  vn,  qui  eftant  forti  du  bas  de  ces  Vertebres,  au  haut  de  laquelle  la  Côte  eft  arti¬ 
culée,  traverfoit  en  montant  obliquement  vers  cette  Côte,  &;  l’accompagnoitjufqu’au 
bout. 

Ariftote  dit  que  le  Caméléon  n’a  point  de  chair  qu’aux  mâchoires  &au  commence¬ 
ment  dè  la  queue.  Le  noftre  en  avoit  par  tout  le  corps,  à  la  referve  du  bas  du  thorax 
&  du  ventre,  où  au  lieu  des  mufcles  intercoftaux  &:  de  ceux  de  Y  Abdomen ,  il  n’y  avoit 
que  des  membranes  tranfparentes ,  mais  doubles  &  fibreufes ,  qui  furent  eftimées  eftre 
capables  d’aider  au  mouvement  que  les  Côtes  doivent  avoir  pour  la  refpiration  du  Ca¬ 
méléon  qui  eft  fort  lente  *,  le  principal  organe  de  ce  mouvement  des  Côtes  eftant 
vne  chair  qui  defcendoit  aux  deux  cotez  de  l’Epine  proche  de  leur  articulation, 
qui  pouvoit  eftre  le  mufcle Sacrolumbus.  Toute  l’Epine,  la  Queue,  le  haut  du  Thorax, 
les  Bras  &;  les  Jambes  eftoient  garnies  de  chairs  mufculeufes ,  rouges ,  fibreufes ,  dont  les 
tendons  blancs  &;  argentez  eftoient  fi  vifibles,  qu’il  aurait  efté  fort  aifé  d’en  faire  vne 
Myotomie,  tous  ces  mufcles  eftant  fans  graiffe,  dont  nous  n’avons  trouvé  aucune  ap¬ 
parence  dans  tout  l’animal,  fi  ce  n’eft  qu’on  prenne  pour  de  la  graiffe  quatre  ou  cinq 
petits  grains  femblables  à  du  millet,  qui  eftoient  attachez  aux  membranes  qui  emplift 
foient  les  intervalles  des  côtes.  Mais  la  petiteffe  de  ce  fujet  qui  le  rendoic  facile  à  fe 

L 


22  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON, 
deffecher  promptement ,  nous  a  empêchez  de  faire  nos  obfervations  auffi  particulières 
qu’il  le  mérité. 

La  dernière  obièrvation  que  nous  avons  faite,  mais  qui  n’eft  pas  la  moins  confidéra- 
ble ,  eft  fur  fa  Langue  ,  dont  la  ftruélure  6c  l’vfage  font  tout-à-fait  extraordinaires.  Nous 
trouvâmes  qu’elle  eftoit  compofèe  d’vne  chair  blanche  affez  folide ,  longue  de  dix  lignes , 
large  de  trois  ,  ronde,  6 C  vn  peu  applatie  vers  l’extrèmitè.  Elle  elloit  creufe  6c  ouverte 
par  le  bout  comme  vn  fac,  femblable  en  quelque  forte  au  bout  de  la  Trompe  dVn  Elé¬ 
phant.  Cette  Langue  elloit  attachée  à  l’os  Hyoïde,  par  le  moyen  d’vne  efpece  de  Trom¬ 
pe  en  forme  de  boyau ,  de  lix  pouces  de  longueur,  6c  d’vne  ligne  de  groffeur,  ayant 
vne  membrane  par  deffus,  6c  vne  fubllance  nerveufe  en  dedans.  La  membrane  elloit 
couverte  de  taches  tout  du  long  ,  comme  lî  elle  avoit  efté  imbue  en  dedans  d’vn  fang 
noirallre,  extravafé,6c  inégalement  amalfé  en  plulieurs  endroits.  La  fubllance  nerveufe 
du  milieu  elloit  folide  6c  compare,  quoi  que  fort  mollalfe,  6c  ne  fe  divifoit  pas  aifé- 
ment  en  filets  comme  les  nerfs  qui  fortent  de  la  moelle  de  l’Epine.  Cette  Trompe  fer- 
voit  à  jetter  la  Langue  qui  lui  elloit  attachée  ,  en  s’allongeant ,  6c  à  la  retirer,  en  s’ac- 
courciffant;  6c  nous  avons  cru  que  quand  elle  s’accourcilîbit ,  il  faloit  que  la  membrane 
qui  la  couvre  full  enfilée  par  vn  Stile  de  fubllance  cartilagineufe  ,  fort  lice,  6c  fort  poli, 
au  bout  duquel  la  Trompe  elloit  attachée,  6c  fur  lequel  fa  membrane  fe  plilïoit  comme 
vn  bas  de  foie  fur  vne  jambe  :  car  nous  n’avons  pu  connoillre  bien  certainement  com¬ 
ment  cette  Langue  peut  ellre  retirée  d’vne  autre  forte.  Ce  Stile  ,  qui  elloit  long  d’vn 
pouce,  prenoit  fanaiffance  du  milieu  de  la  bafe  de  l’osEIyoïde, de  même  qu’il  s’en  trou¬ 
ve  à  la  Langue  de  plufieurs  oifeaux. 

La  Langue  elloit  femée  de  quantité  de  vailfeaux  apparens  ,à  caufe  du  fang  qui  y  elloit 
en  grande  abondance ,  ainfi  que  dans  tout  le  refie  du  corps  :  ce  qui  nous  fit  étonner 
qu’Ariftote  ait  dit  que  le  Caméléon  n’a  du  fang  qu  autour  du  Cœur  6c  des  Yeux  ;  6c  que 
la  plulpart  des  Modernes  le  mettent  au  rang  des  animaux  qui  ont  peu  de  fang. 

Il  y  a  apparence  que  ce  n’ell  point  le  peu  de  conte  que  les  Anciens  ont  fait  des  par- 
ticularitez  de  cette  Langue  ,  qui  les  a  empêchez  d’en  parler  ;  6 C  que  s’ils  avoient  vu  a 
quoi  le  Caméléon  l’emploie,  ils  n’auroient  pas  pu  croire  qu’il  ne  vit  que  d’air.  Car  cette 
Langue  lui  fert  à  la  chaffe  des  animaux  dont  il  fe  nourrit  -,  5c  c’eft  vne  chofe  qui  nous 
furprit,  que  la  vîteffe  avec  laquelle  nous  lui  vîmes  darder  cette  Langue  fur  vne  mou¬ 
che  ,  6c  celle  avec  laquelle  il  la  retira  dans  fa  gueule  avec  la  mouche  ,  que  l’on  dit  qu’il 
ne  manque  jamais  à  prendre  par  le  moien  d’vne  glu  naturelle  qui  fuë  inceffamment  de 
cette  Langue  ,  comme  nous  avons  obfervé  ,  6c  qui  s’amaffe  6c  s’épaiffit  dans  fa  cavité, 
qui  ne  pénétré  point  dans  la  Trompe  à  laquelle  cette  Langue  efl  attachée  :  en  forte  que 
pour  avaler  ce  qu’il  a  collé  au  bourde  fa  Langue,  il  faut  qu’il  fe  falfe  vne  efpece  d’aétion 
Periflaltique  par  la  Langue,  dont  les  parties  fficceffivement  jointes  6c  preflées  contre  le 
Palais,  y  font  couler  jufques  au  gofier  ce  qui  doit  ellre  avalé.  Une  quantité  de  rides  que 
nous  vîmes  en  travers  fur  l’extrémité  de  cette  Langue,  nous  a  fait  juger  que  cela  fe  doit 
faire  ainfi. 

Cependant  Marmol ,  qui  dit  avoir  obfervé  quantité  de  Caméléons  vivans ,  à  delfein 
de  s’éclaircir  fur  cét  vfage  particulier  de  leur  Langue  ,  allure  quelle  ne  leur  fert  point 
à  prendre  les  infeétes,  6 c  que  tout  ce  qu’il  a  obfervé  de  cét  Animal  ne  lui  fçauroit  faire 
perdre  l’opinion  qu’il  a,  que  fa  feule  nourriture  eft  l’air  6c  les  raions  du  Soleil. 

Néantmoins  nous  lui  avons  trouvé  le  Ventricule  6c  les  Inteftins  remplis  de  mouches 
6 c  de  vers ,  apres  lui  en  avoir  vu  avaler  de  la  façon  que  nous  venons  de  dire.  Nous 
avons  auffi  remarqué  que  les  excrémens  qu’il  rendoit  prefque  tous  les  jours  eftoient 
mêlez  de  quantité  de  bile  jaune  6c  verd  brun  ,  6c  tels  qu’ils  font  aux  animaux  qui  fe 
nourriffient  d’autre  chofe  que  d’air  :  ce  que  Nidermayer ,  Médecin  du  Landgrave  de 
H  elfe,  qui  porta  en  1619.  vn  Caméléon  vivant  de  Malte  en  Allemagne  ,  avoit  déjà  ob¬ 
fervé.  Le  noftre  vuida ,  même  plufieurs  fois ,  des  pierres  de  la  groffeur  d’vn  pois  ,  qu’il 
n’avoit  point  avalées ,  mais  qui  s’eftoient  engendrées  dans  fes  Inteftins ,  ainfi  que  nous 
reconnûmes  apres  les  avoir  examinées  curieufement.  Car  on  trouva  que  ces  pierres 

eftoient 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON.  23 

efloient  fi  legeres  ,  qu’eflant  mifes  dans  le  vinaigre  diflillé  ,  elles  s’élevoient  du  fond  du 
vaiffeau  quand  on  l’agitoit ,  quelles  sy  diffolvoient ,  8c  qu’vne  qui  s’y  fendit  ënfermoit 
en  fon  milieu  la  telle  d’vne  mouche  ,  autour  de  laquelle  la  matière  pierreufe  s’efloit 
amaffée. 

Cela  nous  fit  juger  que  la  Lienterie  que  Panarolus  dit  èflre  perpétuelle  au  Caméléon, 
n’efloit  point  la  maladie  du  noflre,  puifque  retenant  les  chofes  vtiles,  il  ne  rejettoit  que 
celles  qui  font  fuperfluës  ,  8c  qui  ne  doivent  point  eflre  gardées.  Il  efl  bien  vrai  qu’il 
rendoit  des  mouches ,  qui  paroiffoient  prefque  auffi  entières  qu’il  les  avoit  prifes  ;  mais 
on  fçait  que  cela  arrive  aux  Serpens ,  qui  rejettent  les  animaux  entiers  comme  ils  les 
ont  avalez  :  8c  perfonne  n’ignore  que  la  maniéré  de  tirer  le  fuc  nourriffier  des  alimens 
efl  differente  en  divers  animaux  -,  que  quelques-vns  doivent  diffoudre  ce  qu’ils  man¬ 
gent,  8i  que  pour  cela  ils  le  mâchent  premièrement,  8c  le  réduifent  en  fuite  en  liqueur 
dans  leur  eflomac  -,  que  d’autres ,  qui  avalent  fans  mâcher ,  ont  vne  chaleur  8c  des  efprits 
affez  puiffans  pour  extraire  le  fuc  dont  ils  ont  befoin  ,  fans  brifer  ce  qui  le  contient ,  de 
même  que  l’on  voit  que  le  fuc  des  raifins  fe  tire  auffi  bien  d’vn  râpé  où  les  grains  de¬ 
meurent  entiers ,  que  d’vne  cuve  où  ils  font  écachez. 

Par  ces  obfervations  nous  crûmes  n’avoir  pas  moins  de  fujet  de  douter  de  la  vérité 
de  la  propofition  ,  que  les  Anciens  avoient  avancée  touchant  la  nourriture  Aérienne 
du  Caméléon  ,  que  nous  en  avions  eu  de  rejetter  celle  qu’ils  ont  établie  touchant  le 
changement  de  couleur  qu’ils  ont  dit  lui  arriver  par  l’attouchement  des  differentes 
chofes  dont  il  approche,  après  avoir  obfervé,  qu’à  la  referve  de  la  ^blancheur  que  noflre 
Caméléon  prit  dans  vn  linge, toutes  les  autres  couleurs ,  dont  il  fe  couvrit ,  ne  lui  vin¬ 
rent  point  des  chofes  qu’il  touchoit.  Et  il  efl  raifonnable  de  croire  ,  que  la  blancheur 
qu’il  receut  dans  vn  linge  froid,  où  on  le  tint  quelque  temps  caché  fous  vn  manteau, 
efloit  vn  effet  de  la  froideur  qui  le  fait  ordinairement  pâlir,  parce  que  ce  jour-là  efloit 
le  plus  froid  de  tous  ceux  pendant  lefquels  nous  l’avons  vu. 

Et  afin  que  les  Phyficiens  ceux  qui  étudient  la  Morale  n’aient  point  regret  aux 
beaux  fujets  d’exercer  leur  Philofophie,  qu’ils  croioient  avoir  trouvez  dans  les  particu- 
laritez  extraordinaires  que  les  Anciens  avoient  laiffées  par  écrit  fur  les  merveilles  de  la 
nourriture  8c  du  changement  de  couleur  du  Caméléon,  nous  croions  que  les  nouvel¬ 
les  obfervations  du  mouvement  de  fesYeux,  8c  de  celui  de  fa  Langue,  8c  de  la  manié¬ 
ré  de  changer  de  couleur  félon  fes  paffions ,  ne  font  pas  moins  capables  d’occuper  leur 
efprit. 

Car  pour  faire  entendre  que  les  flatteurs  manquent  de  candeur ,  8c  que  les  efprits 
vains  8c  ambitieux  fè  repaiffent  de  rien, il  n’efl  point  neceffaire  qu’il  foit  vrai  que  le  Ca¬ 
méléon  prend  toutes  les  couleurs  horfmis  la  blanche  ,8c  qu’il  ne  fe  nourrit  que  de  vent: 
8c  l’on  pourra  trouver  autant  de  fujet  de  moralifer ,  mais  avec  plus  de  vérité ,  fur  ce  que 
Je  Caméléon,  qui  efl  fans  Oreilles  ,  8c  prefque  fans  mouvement  dans  la  plufpart  de  fes 
parties ,  n’a  de  la  promptitude  qu’à  la  Langue  à  qui  rien  n’échape  ,  8c  aux  yeux  qui  veu¬ 
lent  tout  voir  à  la  fois. 

Les  Phyficiens  auront  auffi  beaucoup  à  travailler ,  avant  qu’ils  aient  éclairci  d’où  vient 
la  neceffitéque  la  Nature  a  impofée  à  tous  les  autres  animaux  de  remuer  les  deux  Yeux 
enfemble  d’vne  même  façon.  Car  le  Caméléon  fait  voir  que  ce  n’efl:  point  la  jonélion 
des  nerfs  Optiques  qui  fait  cette  neceffité,ainfi  que  plufieurs  croient.  Ils  auront  encore 
affez  de  peine  à  dire  quelle  vertu  pouffe  fi  loin,  8c  retire  prefque  en  même  temps  cette 
Langue,  8c  même  à  en  trouver  des  exemples.  Car  le  mouvement  des  mufcles,  que  l’on 
attribué  à  la  differente  pofition  de  leurs  fibres  qui  les  fait  accourcir  8c  alonger,n’a  rien 
de  proportionné  à  la  vîteffe  du  mouvement  de  cette  Langue  ,  ni  à  la  grandeur  de  l’ef- 
pace  quelle  parcourt.  Car  quand  noflre  main  efl  portée  avec  vîteffe  par  l’efpace  de  fept 
pouces ,  qui  efl  celui  que  nous  avons  remarqué  que  la  Langue  du  Caméléon  fait ,  lac- 
courciffement  des  mufcles  qui  font  remuér  la  main  ,  ne  va  jamais  gueres  que  jufques  à 
la  longueur  de  deux  lignes  ,  c’eft  à  dire  la  quarantième  partie  de  i’accourciffement  de 
cette  Langue.  Et  quoi  qu’il  y  ait  quelque  apparence  de  dire  qu  elle  efl  pouffée  ,  8c  s’il 
"  ‘  M  ' 


24  DESCRIPTION  ANATOM1QVE  D’UN  CAMELEON. 

faut  dire  ainfi ,  comme  crachée  par  l’effort  du  vent  dont  les  Poumons  font  enflez,  & 
quelle  eft  retirée  par  le  nerf  qui  eft  au  milieu  de  la  Trompe,  qui  apres  avoir  efté  alongé 
par  cét  effort ,  fait  revenir  en  retournant  à  fon  premier  eftat,  &  retire  foudainement  la 
Langue  :  il  y  a  cette  difficulté,  que  cela  ne  fè  pourroit  faire  fans  beaucoup  de  bruit,  &£ 
nous  avons  remarqué  que  cét  élancement  de  Langue  n’en  produit  point  du  tout. 

Il  y  a  encore  vne  chofo  allez  difficile  à  concevoir  ,  qui  efl;  ce  que  devient  cette  lub- 
flance  nerveufe  qui  emplit  le  milieu  de  la  Trompe  ,  à  laquelle  fa  Langue  eft  atta¬ 
chée,  &  oii  elle  fe  peut  ranger  quand  elle  fe  retire  dans  la  gueule.  Car  lors  quelle  y  eft, 
la  racine  de  la  Langue  touche  prefque  à  l’extrémité  du  Stile  cartilagineux  ,  fur  lequel , 
fuppofé  que  la  membrane  de  la  Trompe  fe  pliffe  &c  s’enfile ,  comme  nous  avons  dit ,  ce 
nerf  ne  peut  pas  eftre  enfilé  de  même,  à  caufe  qu’il  eft  trop  folide  &  trop  compacte  :  ÔC 
cette  folidité  empêche  aufli  de  croire  qu’il  fe  rétrefliffe ,  &  rentre  comme  en  lui-même 
pour  revenir  de  la  longueur  de  fîx  pouces  qu’il  a  quand  il  eft  étendu,  à  celle  d’vue  ligne 
à  laquelle  il  eft  réduit  eftant  raccourci. 

On  ne  peut  pas  dire  aufli  qu’il  fe  recourbe  comme  le  Col  de  la  Tortue,  lors  qu  elle 
retire  la  tefte  dans  fon  écaille  ,  parce  que  cette  courbure  fe  fait  à  l’aide  de  divers  muf- 
cles  qui  plient  ce  Col  compofé  de  plufieurs  Vertebres  ,  &C  que  de  tels  organes  ne  fe 
trouvent  point  en  la  Langue  du  Caméléon.  La  Langue  que  le  Piver  lance  aflêz  loin 
hors  de  fon  bec,  a  aufli  des  organes,  dont  la  fubftance  eft  bien  plus  commode  pour  cette 
aétion,  que  n’eft  celle  de  la  Trompe  du  Caméléon  :  car  ce  font  des  mufcles  fort  longs, 
&  repliez  par  deflus  fa  tefte  ,  lefquels  eftant  des  parties  charnues ,  ont  vne  difpofition  à 
s’alongerSê  à  s’accourcir, qui  dans  leur  grande  longueur  peut  produire  vn  alongement 
&C  vn  accourciffement  confidérable.  De  forte  qu’on  peut  dire,  que  cette  aétion  fi  mer- 
veilleufe  de  la  Langue  du  Caméléon  a  quelque  rapport  avec  celle  des  cornes  d’vn  Li¬ 
maçon,  &  qu’vne  fi  grande  longueur  eft  ainfi  réduite  prefque  à  rien  en  cette  Trompe, 
par  l’augmentation  de  là  largeur  ,  &  par  vne  grande  dilatation  caufée  par  la  puiffante 
&;  fbudaine  raréfaction  du  fàng  noiraftre&groflier,  qui  paroift  inégalement  difperfé  dans 
toute  la  longueur  de  la  Trompe.  Néantmoins  cela  n’explique  point  encore  afifez  la 
chofe  ,  parce  que  fi  la  rarefaétion  caufe  la  dilatation  qui  fait  le  raccourciffement ,  elle  ne 
fçauroit  produire  en  fuite  l’alongement  dans  le  même  organe  :  &C  il  faut  fuppofer  que 
l’alongement  vient  de  la  rarefaétion  qui  fe  fait  dans  l’vne  des  deux  parties  dont  cette 
Trompe  eft  compofée  ,  par  exemple,  dans  le  nerf  qui  eft  au  milieu,  &  que  l’accourcif- 
fement  arrive  lors  que  la  rarefaétion  fe  fait  dans  l’autre  partie  ,  à  fçavoir  dans  la  mem¬ 
brane  qui  eft  au  deflus ,  par  le  moien  d’vne  differente  fituation  des  fibres  dans  l’vne  & 
dans  l’autre  de  ces  parties  ;  ainfi  qu’il  y  a  apparence  que  l’alongement  &  l’accourciffe- 
ment  de  la  Langue  des  autres  animaux  fe  fait.  Mais  la  groffeur  &c  la  fubftance  charnue 
des  autres  Langues  font  des  difpofitions  à  faire  ces  aétions ,  qui  manquent  entièrement 
à  celle  du  Caméléon,  quoi  qu’il  les  faffe  fans  comparaifon  avec  beaucoup  plus  de  force; 
ce  qui  rend  ce  mouvement  merveilleux ,  &c  difficile  à  comprendre. 

Mais  fur  tout, le  changement  de  couleur  arreftera  long-temps  les  curieux  avant  que 
d’en  avoir  découvert  la  caufe,  &  de  pouvoir  déterminer  s’il  fe  fait  par  Reflexion,  com¬ 
me  Solin  eftime;  ou  par  Suffufion,  comme  Seneque  a  penfé  ;  ou  par  le  changement  des 
difpofitions  des  particules  qui  compofent  fà  peau,fuivant  la  doétrine  des  Cartefiens.  Il 
eft  pourtant  vrai  que  la  Suffufion  eft  la  plus  aifée  à  comprendre, principalement  à  ceux 
qui  auront  obfervé  que  la  peau  du  Caméléon  a  vne  couleur  naturelle,  qui  eft  vn  gris 
bleüaftre  que  l’on  lui  voit  par  l’envers  quand  elle  eft  écorchée-,  que  l’onenleve  aifément 
grand  nombre  de  petites  pellicules  de  deflus  chacune  des  éminences ,  qui  font  les  feules 
parties  de  la  peau  qui  changent  de  couleur-,  &C  que  ces  pellicules  font  feparées,  ou  aifé¬ 
ment  feparables  les  vnes  des  autres ,  au  lieu  que  celles  qui  compofent  le  refte  de  la  peau 
font  collées  exaétement  enfemble.  Car  ces  chofes  aiant  efté  remarquées,  on  trouvera 
quelque  probabilité  à  croire  que  la  bile,  dont  cét  animal  abonde,  eftant  portée  à  la 
peau  par  le  mouvement  des  pallions,  s’infinuë  entre  les  pellicules,  &  que  félon  que  la 
bile  entre  fous  vne  pellicule  plus  proche,  ou  plus  éloignée  de  la  fuperficie  extérieure 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON.  2 5 

des  éminences,  elle  les  teint  de  jaune  ou  de  verdaftre.  Car  on  voit  par  expérience  que  le 
jaune  mêlé  avec  le  gris  bleiïaftre  fait  vne  efjDece  de  vert  ;  en  forte  qu’il  n’eft  pas  diffici¬ 
le  de  concevoir  que  la  même  bile  jaune  répandue  fous  vne  pellicule  fort  mince  la  faffe 
paroître  jaune,  &:  qu’eftant  fous  vne  peau  plus  épaiffe,  elle  mêle  fon  jaune  avec  le  gris 
bleiiallre  de  cette  peau,  pour  produire  vu  gris  verdaftre,  qui  avec  le  jaune  font  les  deux 
couleurs  que  le  Caméléon  prend  quand  il  eft  au  Soleil,  où  il  fe  plailf  :  car  lors  qu’il  eft 
émû  par  des  chofes  qui  l’importunent  ,  il  n’eft  pas  étrange  que  l’humeur  noire  & 
adufte  qui  eft  dans  fon  fang  eftant  portée  à  la  peau,  y  produife  les  taches  brunes  qui  y 
paroiftent  quand  il  fe  fâche  ;  de  même  que  nous  voions  que  nos  vifages  deviennent 
rouges,  jaunes,  ou  livides,  félon  que  les  humeurs,  qui  font  naturellement  de  ces  diffé¬ 
rentes  couleurs ,  y  font  portées.  Par  cette  même  raifbn  ,  lors  qu’vn  mouvement 
contraire  fait  rentrer  les  humeurs  ,  dont  la  peau  eft  ordinairement  imbue  ,  ou 
quelles  fe  diflipent  en  forte  que  d’autres  ne  fuccedent  point  en  leur  place  ,  la  peau 
devient  blanche  par  la  feparation  des  pellicules  qui  compofent  les  petites  éminences-, 
car  cette  blancheur  leur  arrive  de  même  qu’à  noftre  épiderme ,  lors  qu’eftant  deffe- 
ché ,  &  feparé  par  petites  lames  dans  la  maladie  appellée  Tityriafs  la  peau  blanchit  ex¬ 
traordinairement,^  femble  eftre  frotée  de  farine.  On  pourra  trouver  quantité  de  telles 
raifons  probables  ,  avant  que  d’en  avoir  rencontré  vne  dont  on  puiffe  démontrer  la 
vente. 

Mais  pour  finir  nos  Obfervations  fur  le  Caméléon  par  quelque  chofe  de  plus  folide 
que  n’eft  cette  Philofophie  des  couleurs  ,  nous  rapporterons  les  remarques  que  nous 
avons  faites  fur  fes  Os ,  dont  nous  gardons  le  Squelete  ,  où  nous  avons  remarqué  beau¬ 
coup  de  particularitez  confidérables. 

Les  Os  qui  compofoient  le  Crâne  fembloient  n’eftre  faits  que  pour  foûtenir  les  muf- 
cles  Crotaphites  qui  empliffoient  toute  la  tefte,tant  au  deffus  qu’en  dedans, d’ vne  chair 
blanchaftre  &  fibreufe.  Les  trois  creftes  qui  eftoient  fur  la  telle  s’affembloient  en  vne 
pointe  vers  le  derrière.  Deux  de  ces  pointes  qui  couvrent  les  yeux  comme  des  fourcils 
laiffoientde  grands  vuides,  faifant  chacune  vne  manière  de  lygovut .  La  principale  cavité 
du  Crâne  confîftoit  dans  les  Orbites  ;  car  celle  où  le  Cerveau  eft  contenu  eftoit  fans 
comparaifon  plus  petite.  Ces  deux  Orbites  eftoient  ouvertes  l’vne  dans  l’autre,  en  for¬ 
te  que  les  yeux  fe  touchoient  en  dedans  ,  ainfi  qu’il  fe  voit  en  plufieurs  oifeaux  :  ce  que 
Pline  a  fort  bien  décrit ,  quand  il  a  dit  que  les  yeux  du  Caméléon  font  fort  grands ,  &: 
peu  feparez  l’vn  de  l’autre.  Car  cette  petite  feparation  ne  fe  peut  pas  entendre  de  celle 
qui  eft  à  la  face  entre  chaque  œil ,  parce  quelle  eft  tres-grande  en  tous  les  Caméléons-, 
cette  petite  diftance  des  yeux  l’vn  de  l’autre  en  la  face  eftant  propre  à  l’homme,  de 
même  que  la  grande  eft  particulière  au  Mouton, félon  la  remarque  d’Ariftote. 

Chaque  moitié  de  la  mâchoire  inferieure  eftoit  compofée  de  deux  os  articulez  par 
Diarthrofe ,  l’Apophyfe  qui  va  de  l’angle  de  la  mâchoire  au  condyle  qui  s’articule  avec 
l’os  des  temples ,  eftant  vn  os  feparé. 

L  Epine  du  dos,  comprenant  la  queue  ,  avoit  foixante  &  quatorze  vertebres  ,  deux 
au  col ,  dix-huit  au  thorax  ,  deux  aux  lombes ,  deux  à  l’os  Sacrum  ,  &C  cinquante  à  la 
queue. 

La  première  du  col  eftoit  la  feule  qui  avoit  fon  apophyte  épineufê  tournée  en 
haut,  &  qui  contre  l’ordinaire  eftoit  receuë  des  deux  cotez.  Toutes  les  autres  avoient 
dans  leur  corps  vne  cavité  en  leur  partie  fuperieure  qui  recevoit ,  dans  l’inferieure 
vne  telle  qui  eftoit  receuë  ,  &C  qui  faifoit  vne  efpece  de  ginglyme.  Toutes  en  general 
avoient  leurs  fept  apophyfes ,  excepté  les  vertebres  de  la  queuë  qui  en  avoient  huit ,  à 
fçavoir  deux  cpineufes,  vne  plus  grande,  &  vne  autre  deffous  fort  petite,  avec  les  deux 
tranfverfes  &c  les  quatre  obliques ,  par  le  moien  defquelles  toutes  les  vertebres  eftoient 
articulées ,  les  apophyfes  obliques  fuperieures  d’vne  vertebre  paflant  fur  les  inferieures 
de  la  vertebre  qui  eft  au  deffus  de  foy. 

Les  Cotes  que  Gefner  met  au  nombre  de  teize  eftoient  dix-huit  de  chaque  côté , 
de  trois  efpeces,  Les  deux  premières  d’en  haut  n’alloient  point  jufqu’au  Sternon,  non 

N 


2 6  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON» 

plus  que  les  trois  dernières  d’en  bas.  La  troifiéme,  la  quatrième,  la  cinquième  8c  la fixié- 
me  y  eftoient  jointes  par  des  appendices  qui  n’eftoient  point  cartilagineufes ,  mais  de 
même  fubflance  que  les  Côtes  -,  8c  ces  deux  fortes  de  Côtes  eftoient  jointes  enfemble 
par  vn  angle  qu’elles  faifoient ,  l’vne  defcendant  en  bas ,  8c  l’autre  remontant  vers  le 
Sternon.  Les  dix  autres  Côtes  n’ètoient  point  attachées  au  Sternon  *,  mais  chacune 
eftoit  jointe  à  celle  qui  lui  eft  oppofée,  par  l’entremife  d’vne  appendice  commune  ,  8c 
qui  alloit  de  la  Côte  droite  à  la  gauche ,  après  s’eftre  courbée  au  milieu  de  la  poitrine 
èc  du  ventre. 

Le  Sternon  eftoit  compofé  de  quatre  os,  dont  le  premier  eftoit  fort  large,  8c  fait  en 
forme  de  trefle. 

Les  Omoplates  eftoient  ft  longues ,  quelles  alloient  depuis  l’épine  du  dos  jufques  au 
Sternon  ,  auquel  elles  fe  joignoient  fervant  de  Clavicules.  Les  os  Innominez  eftoient 
joints  par  les  os  Tubis  à  l’Qrdinaire  ;  mais  l’Ifchion  n’eftoit  point  fermement  articulé  au 
Sacrum  par  le  moien  d’vn  cartilage  :  c’eftoit  l’os  des  Iles  qui  y  eftoit  attaché  par  vn  ligament 
lâche;  en  forte  qu’il  apparoift  que  ces  os, de  même  que  les  Omoplates , ont  vne  ftruéture 
8c  vne  liaifon  tout-à-fait  oppofée  à  celle  qui  fe  trouve  en  tous  les  autres  animaux  ,  ou 
les  Omoplates  ne  font  point  attachées  au  Tronc  que  par  des  liens  fort  lâches,  à  compa- 
raifon  des  os  Innominez  :  8c  on  a  obfervé  qu’au  Caméléon  les  Omoplates  font  atta¬ 
chées  fort ferrément  au  Tronc,  ainft  qu’il  a  efté  dit;  8c  les  os  Innominez  au  contraire 
font  mobiles,  de  même  que  les  Omoplates  le  font  aux  autres  animaux. 

Les  os  Innominez  faifoient  vn  trou  par  devant  de  chaque  côté  ,  mais  qui  eftoit  for¬ 
mé  en  partie  par  l’os  Pubis  en  partie  par  l’Ifchion. 

U  Humérus  qui  s’articuloit  avec  l’Omoplate  par  ginglyme  ,  ainft  que  le  Fémur  l’eft 
ordinairement  avec  le  Tibia  ,  avoit  vne  apophyfe  proche  de  fa  telle  pareille  à  vn 
Trochanter  ;  8c  le  Fémur ,  qui  s’articuloit  avec  l’Ifchion  par  énarthrofe,  n’avoit  point  de 
Trochanters. 

Les  Jambes  tant  de  devant  que  de  derrière  eftoient  pareilles ,  eftant  compofées  cha¬ 
cune  de  deux  os  qui  reiTembloient  mieux  à  vn  Radius  8c  à  vn  Cubitus  qu’à  vn  Péroné'  8c 
à  vn  Tibia ,  parce  qu’ils  eftoient  articulez  tous  deux  au  Fémur  auftî  bien  qu’à  l’ Humérus , 
8c  qu’ils  eftoient  capables  l’vn  8c  lautre  de  faire  la  Pronation  8 C  la  Supination. 

Les  pieds  &  les  Mains,  oüplûtoft  les  quatre  Mains,  eftoient aufli pareilles,  8c  ne dif- 
feroient  qu’en  ce  que  les  Pieds  de  devant  avoient  comme  vn  Carpe  compofé  de  douze 
petits  os ,  8c  ceux  de  derrière  avoient  quelque  chofe  qui  reffembloit  mieux  à  vn  Tarfe, 
parce  que  les  os  eftoient  plus  grands  que  ceux  qui  fembloient  faire  le  Carpe.  Il  n’y  en 
avoit  pourtant  point  qui  euft  affez  de  faillie  en  arriére  pour  former  vn  Talon  ;  ce  qui 
pourroit  eftre  vne  des  caufes  qui  rendent  le  marcher  du  Caméléon  ft  tardif.  Ces  os  du 
Tarfe  eftoient  au  nombre  de  ftx.  Il  n’y  avoit  ni  Métacarpe,  ni  Metatarfe;  fi  ce  n’eft  que 
l’on  vouluft  appeller  ainft  les  deux  premières  Phalanges  des  doits,parce  quelles  eftoient 
jointes  enfemble  comme  les  os  du  Métacarpe,  &  du  Metatarfe  font  ordinairement,  n’y 
aiant  que  les  dernieres  Phalanges  qui  fuffent  feparées ,  8c  qui  paruffent  des  doits.  Il  y 
avoit  encore  cette  différence  entre  les  Pieds  Sc  les  Mains ,  qu’aux  pieds  la  partie  qui  a 
trois  doits  eftoit  articulée  au  droit  du  plus  gros  os  des  deux  qui  font  la  jambe  ;  8c 
au  contraire  aux  mains  elle  eftoit  oppofée  au  plus  petit  de  ceux  dont  le  bras  eft  com¬ 
pofé. 

Après  avoir  fait  ces  remarques,  on  a  obforvé  que  le  Squelete  8c  la  Peau  qu’on  a  gar¬ 
dée  ont  confervé  quelque  temps  vne  odeur  forte,  qui  tiroit  beaucoup  fur  celle  de  poif- 
fon  qui  commence  à  fe  gafter  ;  8c  que  cette  mauvaife  fenteur ,  à  mefure  que  ces  parties 
fe  font  deffechées,  s’eft  changée  en  vne  odeur  douce  8c  agréable,  qui  approchoit  beau¬ 
coup  de  celle  de  la  racine  d’iris  8c  des  fleurs  de  Violettes;  8c  qu’enfin  toute  l’odeur  s’eft 
perdue ,  quand  le  refte  de  l’humidité  a  efté  confumée. 

Pour  ce  qui  eft  de  l’experience  des  vertus  incroiables  que  la  fuperftition  des  Anciens 
a  attribuées  au  Caméléon,  &  dont  Pline  dit  que  Démocrite  a  fait  vn  livre  entier ,  elles 
font  ft  extravagantes  au  jugement  même  de  Pline  ,  que  nous  nous  fommes  rapportez  à 

ce 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CAMELEON.  27 

ce  qu’il  en  penfe  :  &  fans  éprouver  fi  nous  pourrions  exciter  des  tempeftes  avec  fa 
telle  ,  ou  gagner  des  procès  avec  fa  langue  ,  ou  arrefler  des  rivières  avec  fa  queue ,  &; 
faire  les  autres  merveilles  que  l’on  dit  que  Dèmocrite  a  laiflees  par  écrit  ;  nous  nous 
fommes  contentez  de  faire  les  expériences  qui  fembloient  avoir  quelque  probabilité, 
ellant  fondées  fur  la  fympathie  ôç  fur  l’antipathie ,  telle  qu’efl  celle  que  Solin  dit  dire 
fi  grande  entre  le  Corbeau  &  le  Caméléon ,  qu’il  meurt  incontinent  après  avoir  mangé  de 
fa  chair.  La  vérité  ell  qu’vn  Corbeau  donna  quelques  coups  de  bec  à  noflre  Caméléon, 
quand  on  le  lui  prefenta  mort;  mais  on  lui  en  donna  à  manger  plufieurs  parties,  &  le 
cœur  même,  qu’il  avala  fans  en  dire  incommodé. 


I 


i 

l 

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O 


28 


Explication  de  lafgure  du  Dromadaire. 


IL  eft  reprefenté  dans  la  figure  d  en  bas  en  forte  que  Ion  peut  voir  la  hauteur  de  la 
Boffe  qui!  a  fur  le  dos, qui  eft  faite  pour  la  plus  grande  partie  par  vn  long  poil  qui 
s’élève  fe  dreffe  de  lui-même.  On  voit  auffi  les  quatre  efpeces  deCallofitez  qui  font 
aux  parties  fur  lefquelles  il  s’appuie  quand  il  eft  couché  ;  à  fçavoir  les  deux  Callofitez 
des  jambes  de  devant ,  celle  de  la  cuifté ,  &:  celle  de  la  poitrine.  Ses  pieds  font  aufti  le¬ 
vez  en  forte  qu’ils  laiflent  voir  vne  partie  de  la  plante. 


Dans  la  wure  den  haut 


A.  Eft  le  premier  &  le  plus  grand  des  quatre  Ventricules. 
r.  VOefophage. 

B.  Le  fécond  V entricule. 

C.  Le  troiftéme. 

D.  Le  quatrième. 

A.  Le  Pylore. 

E  F  G  H.  La  Langue. 

H  G.  La  partie  qui  esl  afpre  de  dedans  en  dehors  3  d  caufe  de  quantité'  de  petites  éminences  pointues. 
E  F.  Celle  qui  a  de  plus  grandes  éminences  tournées  di 
EG.  Celle  qui  a  aufti  de  grandes  éminences  3  mais  qui 

E.  Le  centre  des  grandes  éminences. 

I.  La  Glande  Pineale. 

K.  Le  de  fous  du  Pied ,  qui  eft  folide }  &  reveftu  dlvne  peau  molle  &  délicate. 

L.  Le  de  fus  3  qui  eft  vn  peu  fendu. 

M.  La  Verge. 

N .  U ouverture  3  qui  eft  le  pafage  du  premier  &  grand  Ventricule  dans  le  ficond. 

OOOO.  Le  fécond  Ventricule  coupé  en  quatre. 

PP  P  P.  Les  ouvertures  des  facs ,  qui  font  entre  les  tuniques  du  fécond  Ventricule. 


i  meme  gens  que  tes  petites. 

font  tournées  a  l’oppofte  des  petites. 


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29 


DESCRIPTION  ANATOMIQ-UE 

D'UN  DROMADAIRE 

NOus  appelions  Dromadaire  FAnimal  qui  eft  ici  décrit  ,  quoi  que  l’vfage  com¬ 
mun  {bit  de  donner  le  nom  de  Chameau  Amplement  à  celui  qui  comme  lui  n’a 
qu’vne  BoiTe  fur  le  dos ,  5c  de  Dromadaire  à  celui  qui  en  a  deux ,  fuivant  Solin  ,  mais 
contre  ce  qu’Ariflote,  5c  Pline  ,5c  la  plufpart  des  auteurs  en  ont  écrit ,  qui  font  deux 
efpeces  deChameaux:dont  l’vn,qui  retient  le  nom  du  genre, a  deux  Boffes,  &  fe trou¬ 
ve  plus  ordinairement  aux  parties  Orientales  de  l’Alie ,  5c  eft  appellé  à  caule  de  cela 
Bafîrianus  ;  il  eft  aufti  plus  grand  5c  plus  propre  à  porter  de  lourds  fardeaux  :  l’autre ,  qui 
eft  plus  petit, 5c  meilleur  pour  la  courfe  ,  5c  qui  pour  cette  raifon  eft  appellé  Droma¬ 
daire  ,  n’a  qu’vne  Bofle ,  5c  fe  voit  plus  communément  aux  parties  Occidentales  de 
l’Afie  ,  à  fçavoir  dans  la  Syrie  5c  dans  l’Arabie.  Le  Sieur Dipi  Arabe,  qui  eftoit  prefent 
à  noftre  diffeélion,  nous  dit  que  les  Chameaux  de  fon  pais  font  femblables  au  noftre. 

Il  avoit  fept  pieds  5c  demi  de  haut,  à  prendre  du  fommet  de  la  telle  jufques  aux 
pieds;  cinq  5c  demi  depuis  la  plus  haute  courbure  de  l’épine  du  dos,  qui  eft  la  Bofle;  ftx 
pieds  5e  demi  depuis  l’eftomac  jufques  à  la  queue,  dont  tous  les  Nœuds  ou  Vertebres 
avoient  enfemble  quatorze  pouces  ;  Ôe  toute  la  queue  comprenant  le  crin  ,  deux  pieds 
5c  demi.  La  telle  avoit  vingt  5c  vn  pouces  depuis  l’Occiput  jufques  au  Mufeau. 

Le  poil  eftoit  d’vn  fauve  vn  peu  cendré.  11  eftoit  fort  doux  au  toucher ,  médiocre¬ 
ment  court,  Ôc  quelque  peu  plus  qu’à  vn  Bœuf,  à  la  referve  de  quelques  endroits,  où  il 
eftoit  plus  long, comme  fur  la  telle, au  deflous  de  la  gorge, &  au  devant  du  col.  Mais 
le  plus  long  eftoit  fur  le  milieu  du  dos,  où  il  avoit  prés  d’vn  pied.  En  cét  endroit, quoi 
qu’il  foit  fort  doux  5c  fort  mol ,  il  fe  tenoit  élevé ,  en  forte  qù’il  faifoit  la  plus  grande 
partie  de  la  Bofle  du  dos ,  lequel  lors  que  l’on  abaifloit  ce  poil  avec  la  main  ,  ne  paroif- 
foit  gueres  plus  élevé  qu’à  d’aucuns  Chiens  ou  Pourceaux  ,  qui  font  des  Animaux  qui 
n’ont  pas  le  dos  enfoncé  comme  les  Chevaux  ,  les  Vaches  ôc  les  Cerfs  l’ont  ordinaire¬ 
ment.  Et  en  effet,  il  y  a  des  auteurs  qui  difent  que  le  Dromadaire  eft  engendré  du  Cha¬ 
meau  5e  du  Pourceau.  Cela  eft  fort  contraire  à  Ariftote ,  qui  affûte  qu’il  n’y  a  point 
d’ Animal  qui  ait  le  dos  boflù  comme  le  Chameau.  Quelques  auteurs  difent  que  cette 
Bofle  eft  vne  chair  particulière  à  cét  animal,  laquelle  s’élève  fur  le  dos  pardeffus  les  Verte¬ 
bres,  &  qui  fe  confirme, lors  qu’aprés  avoir  efté  long-temps  fans  manger, il  s’amaigrit  ex¬ 
traordinairement.  Mais  nous  n’avons  trouvé  aucune  apparence  de  cette  chair  dans 
noftre  fujet,  quoi  qu’il  ne  fuft  point  maigre;  5c  fans  cette  chair  la  Bofle,  qui  n’étoit  faite 
que  par  le  poil, eftoit  beaucoup  élevée, ainfî  qu’il  fe  voit  dans  la  Figure. 

Outre  ces  deux  fortes  de  poil ,  à  fçavoir  ce  long  qui  eftoit  fur  le  dos ,  fur  la  telle  5c 
au  col,5c  le  court  qui  couvroit  le  relie  du  corps  ,  il  y  en  avoit  encore  d’vne  troifiéme 
efpeceà  la  Queue, qui  eftoit  different  des  autres,  tant  en  groffeur  qu’en  couleur  ,  ellant 
gris  ôc  fort  dur ,  5c  tout  -  à  -  fait  femblable  au  crin  de  la  queue  d’vn  Cheval. 

La  Telle  eftoit  petite,  à  proportion  du  corps.  Le  Mufeau  eftoit  fendu  comme  à 
vn  Lièvre  ,  ÔC  les  dents  femblables  à  celles  des  autres  animaux  qui  ruminent ,  n’aiant 
point  de  Canines  ny  dlncilives  en  la  Mâchoire  d’en  haut,  quoi  que  la  telle  n’ait  point 
les  cornes  que  la  Nature  a  données  à  la  plufpart  de  ceux  qui  ruminent.  Cardan  dit 
qu’elle  a  récompenfé  ce  deffaut  du  Chameau  ,  en  lui  armant  les  pieds  ,  qui  ont  des  ta¬ 
lons  comme  ceux  des  Bœufs,  au  rapport  de  Pline  :  mais  cela  ne  fe  trouve  point ,  car  il 
n’a  ni  corne  ni  ongle  aux  pieds  qui  lespuiflent  rendre  dangereux,  chaque  pied  n’eftant 
garni  que  de  deux  petits  ongles  par  le  bout ,  5c  -le  deflous  ,  qui  eft  plat  5c  large ,  ellant 
fort  charnu,  5c  revellu  feulement  d’vne  peau  molle,  épaiffe  ,  5c  peu  calleufe,  mais  affez 
propre  à  marcher  en  des  lieux  fablonneux,  tels  qu’ils  font  en  Afie  5c  en  Afrique.  Nous 
jugeâmes  que  çette  peau  eftoit  comme  vne  femelle  vivante  ,  qui  ne  s’vfe  point  par  la 
yîteffe  5c  par  la  continuité  du  marcher  ,  pour  lequel  cét  animal  eft  prefque  infatigable  : 

P 


30  DESCRIPTION  ANATOMIQJJE  D’UN  DROMADAIRE, 
car  quand  Ariftote  dit  que  l’on  eft  contraint  quelquefois  de  chauffer  St  de  munir  com¬ 
me  avec  des  bottes  les  pieds  de  ceux  qui  font  dans  les  armées ,  il  femble  que  ce  foit 
moins  pour  les  foulager  des  incommoditez  quils  fouffrent  en  marchant ,  que  pour  les 
défendre  des  bleffures  qu’ils  pourroient  recevoir  à  la  guerre.  Et  l’on  peut  dire  que  cette 
molleffe  de  pied  qui  obéît  St  s’accommode  à  l’inégalité  des  chemins  ,  lui  rend  les  pieds 
moins  capables  d ’eftre  vfez  ,  que  s’ils  eftoient  plus  folides ,  quoi  que  Pline  croie  qu’il 
n’eft  pas  poffible  que  les  Chameaux  puiffent  faire  de  longues  traites  s’ils  ne  font  chauf¬ 
fez.  Ses  Genoux  calleux  font  beaucoup  plus  durs  ,  St  approchent  davantage  de  la  foli- 
dité  de  la  corne  du  pied  des  autres  animaux. 

Ariftote  a  remarqué  d’autres  particularitez  dans  le  pied  du  Chameau  que  nous  n’y 
avons  point  trouvées.  Il  dit  qu’il  eft  fendu  en  deux  par  derrière  ,  St  en  quatre  par  de¬ 
vant,  St  que  les  entredeux  font  joints  par  vne  peau  comme  les  pieds  d’vne  Oye:  ce  qui 
ne  s’eft  point  trouvé  dans  le  noftre  ,  dont  le  pied  eftoit  feulement  fendu  par  deftus ,  à 
quatre  St  cinq  doits  prés  de  l’extrémité  ;  St  cette  fente  n’eftoit  point  jointe  par  vne 
peau  -,  mais  au  deftous  de  cette  fente,  qui  eft  peu  profonde,  le  pied  eftoit folide. 

Les  Callofîtez  des  genoux  eftoient  au  nombre  de  fix  ;  à  fçavoir  vne  à  chacune  des 
jointures  des  jambes  de  devant,  la  première  St  la  plus  haute  eftanten  arriére,  à  la  partie 
qui  eft  proprement  le  coude-,  St  la  fécondé  en  devant,  St  plus  bas  à  la  jointure  qui  repre- 
fente  le  pli  du  poignet.  Chaque  jambe  de  derrière  en  avoit  aufli  vne  en  la  première  St 
plus  haute  jointure,  qui  eft  celle  de  devant ,  St  qui  eft  le  véritable  Genou. 

Ariftote,  qui  n’a  remarqué  que  quatre  de  ces  Callofîtez  ,  qu’il  appelle  Genoux,  St  qui 
reprend  fans  fujet  vn  ancien  Auteur  ,  qui  eft  Hérodote  ,  d’en  avoir  mis  fix,  ajoûte  en¬ 
core  vne  chofe  plus  étrange  ,  qui  eft  de  dire  que  le  Chameau  ne  plie  fes  jambes  qu’en 
ces  quatre  endroits  :  car  la  vérité  eft  qu’il  les  plie  en  huit  endroits  ,  comme  le  refte  des 
autres  animaux  à  quatre  pieds,  St  qu’il  n’y  a  que  les  deux  plis  qui  tiennent  lieu  de  talon 
aux  jambes  de  derrière,' qui  n’ont  point  de  Callofîtez. 

Ayant  fait  ouverture  d’e  ces  Callofîtez, pour  obferverleur  fubftance  qui  eft  moyenne 
entre  la  chair,  la  graiffe,St  le  ligament,  nous  trouvâmes  qu’en  quelques-vnes  il  y  avoit 
vn  amas  de  pus  allez  épais  :  ce  qui  nous  fît  fonger  à  ce  que  quelques  Auteurs  difent,que 
les  Chameaux  font  fujets  aux  Gouttes  ;  St  nous  jugeâmes  qu’il  fe  pouvoit  faire  que  noftre 
Dromadaire  euft  efté  atteint  de  cette  maladie,  qui  s’eftoit  terminée  par  vne fuppuration. 

Outre  ces  fîx Callofîtez,  il  y  en  avoit  vne  fèptiéme  beaucoup  plus  groffe  que  les  au¬ 
tres  ,  au  bas  de  la  poitrine,  fermement  attachée  au  Sternon  ,  qui  avoit  vne  éminence  en 
cét  endroit.  Elle  avoit  huit  pouces  de  long,  fîx  de  large  ,  St  deux  d’épais.  Elle  avoit 
auffi  beaucoup  fuppuré-,  St  on  jugea  que  cette  partie  n’eftoit  pas  moins  fufcêptible  de  la 
Goutte  que  les  Articles,  parce  que  fon  vfage  eftant  de  foûtenir  foule  tout  le  corps,  pen¬ 
dant  que  l’on  le  charge  eftant  couché  contre  terre  ,  ce  travail  peut  rendre  cette  partie 
capable  de  la  foibleffe  St  de  la  chaleur  qui  attirent  les  humeurs  fur  les  articles ,  St  quf 
empêchent  qu’ils  ne  les  puiffent  digerer  St  refoudre.  La  grande  Sobriété  qui  eft  remarqua¬ 
ble  dans  le  Chameau,  St  la  Fatigue  incroiable  qu’il  fouffre  ordinairement ,  font  voir  que 
les  grands  Trauaux  peuvent  produire  la  Goutte  aufti  bien  que  l’Oifiveté  St  la  Débauche. 

Avant  que  de  faire  ouverture  pour  obferver  les  parties  du  dedans ,  nous  remarqu⬠
mes  que  le  Prépuce,  qui  eft  fort  grand  St  affez  lâche,  ne  couvre  pas  feulement  l’extré¬ 
mité  de  la  Verge,  mais  qu’il  fe  recourbe  en  arriére  :  ce  qui  peut  avoir  donné  lieu  à  l’o¬ 
pinion  de  ceux  qui  ont  crû  que  le  Chameau  jettoit'  fon  vrine  en  arriére  ,  comme  le 
Lion,  le  Caftor  ,  le  Lièvre  ,  Stc.  dont  la  Verge  ne  fe  recourbe  point  en  devant. 

LEs  parties  internes  font  affez  fomblables  à  celles  du  Cheval.  Le  Foye  avoit  trois  Lobes, 
deux  fort  grands,  au  milieu  St  au  deffous  defquels  il  y  en  avoit  vn  qui  eftoit  plus  petit 
St  pointu.  Le  ligament  qui  tient  le  Foye  fufpendu  n’eftoit  pas  attaché  au  Cartilage  Xiphoï- 
de,  mais  au  centre  du  Diaphragme,  fur  lequel  la  membrane  du  Péritoine  qui  le  couvroit, 
avoit  vnluftrequi  le  faifoit  paroiftre  comme  doré  partout.  Le  Fiel  n’eftoit  point  contenu 
dans  vne  Vefîcule,  mais  épandu  par  le  Foye,  dans  les  canaux  Cholidoques  Hépatiques. 

Le 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  DROMADAIRE.  31 

Le  Ventricule,  qui  eftoit  fort  grand,  &  partagé  en  quatre,  comme  aux  autres  animaux 
qui  ruminent ,  n’avoit  point  cette  differente  ftruélure ,  que  l’on  obferv'e  au  dedans  des 
quatre  Ventricules,  appeliez  par  Ariftote,  Ko/aA,  E^yoç,  Ki*fv<pdLtoç&CHvvçfov.  Ils  eftoient 
feulement  diftinguez  par  quelques  rétreffiffemens ,  qui  faifoient  que  le  premier  Ventricule, 
qui  eft  grand  &  vafte ,  en  produifoit  vn  autre  fort  petit,  qui  eftoit  fuivi  d’vn  troifiéme 
moins  large  que  le  premier,  mais  beaucoup  plus  long;  &  celui-là  eftoit  fuivi  dVn  qua¬ 
trième  femblable  au  fécond. 

Il  y  avoir  au  haut  du  fécond  Ventricule  plufieurs  ouvertures  quarrées ,  qui  eftoient 
l’entrée  d’environ  vingt  cavitez,  faites  comme  des  facs  placez  entre  les  deux  membra¬ 
nes,  qui  compofent  la  fubftance  de  ce  Ventricule.  La  veuë  de  ces  facs  nous  fit  croire 
qu’ils  pourroient  bien  eftre  les  Refervoirs  ou  Pline  dit  que  les  Chameaux  gardent  fort 
long-temps  l’eau  qu’ils  boivent  en  grande  quantité  quand  iis  en  rencontrent,  pour  fub- 
venir  aux  befoins  qu’ils  en  peuvent  avoir  dans  lesdefèrts  arides  où  l’on  a  accoutumé  de 
les  faire  paffer,  &  où  l’on  dit  que  ceux  qui  les  conduifent  font  quelquefois  contraints 
par  l’extrémité  de  la  foif,  de  leur  ouvrir  le  ventre,  dans  lequel  ils  trouvent  de  l’eau.  Il  y 
a  aufîi  quelque  raifon  de  dire  que  l’inftinél  qu’Ariftote  &  Pline  ont  remarqué  avoir  efté 
donné  par  la  Nature  à  cét  animal,  de  troubler  toujours  avec  fes  pieds  l’eau  qu’il  veut 
boire,  pourroit  bien  eftre  afin  de  la  rendre  moins  legere,  &  par  confeqnent  moins  propre 
à  paffer  promptement  dans  fon  eftomach,  &  plus  capable  d’y  eftre  long-temps  gardée. 

Les  Inteftins  eftoient  de  quatre  efpeces.  Les  premiers  à  la  fortie  du  quatrième  Ven¬ 
tricule  eftoient  de  moyenne  groffeur:  ilsavoient  fix  pieds  de  long.  Les  féconds  eftoient 
comme  fraifez ,  &  raccourcis  par  plufieurs  plis ,  comme  le  Colon  l’eft  ordinairement  par 
le  moyen  d’vn  ligament  qui  le  plifle,  &  qui  fait  qu’il  eft  divife  comme  en  plufieurs  cellules. 
Ces  féconds  eftoient  aufti  d’vne  groffeur  moyenne,  &  avoient  vingt  pieds  de  long.  Les 
troifiémes  eftoient  les  plus  gros,  qui  avoient  dix  pieds  de  long.  Les  derniers,  qui  eftoient 
les  plus  menus,  avoient  cinquante-fix  pieds  de  long;  le  tout  faifant  onze  toifes:  &  on  en 
auroit  trouvé  plus  de  treize,  fi  on  avoir  déplié  ceux  qui  eftoient  fraifez  &  raccourcis. 

LaRatte  eftoit  couchée  fur  le  Rein  gauche.  Elle  avoir  neuf  pouces  de  long  fur  qua¬ 
tre  de  large,  &demi  pouce  d’épaiffeur. 

La  Verge ,  dont  on  dit  que  l’on  fait  des  cordes  d’arc,  avoir  dix -neuf  pouces  de  long. 
Elle  eftoit  fort  pointue  par  le  bout,  qui  fe  courboit ,  &  faifoit  comme  vn  crochet  d’vne 
fubftance  cartilagineufe ,  fans  aucune  apparence  de  Balanzis.  L’extrémité  de  l’Urethre 
eftoit  vne  membrane  fort  mince. 

Les  Poumons  n’avoient  qu’vn  Lobe  de  chaque  coté.  Le  Cœur  eftoit  d’vne  grandeur 
extraordinaire,  aiant  neuf  pouces  de  long  fur  fept  de  large.  Il  eftoit  fort  pointu. 

La  ftruélure  de  la  Langue  eftoit  allez  remarquable  ,  en  ce  qu’au  contraire  de  toutes 
les  Langues,  qui  font  par  tout  afpres  de  dedans  en  dehors,  par  le  moien  de  quantité  de 
petites  éminences  qui  tendent  de  dehors  en  dedans;  vne  partie  de  cette  Langue-ci  les 
avoit  de  dedans  en  dehors.  Car  la  moitié  vers  l’extrémité  qui  eftoit  fort  mince  ,  eftoit 
afpre  à  l’ordinaire  de  dedans  en  dehors  ;  mais  l’autre  moitié  proche  de  la  racine  qui 
eftoit  fort  epaiffe,  avoit  vers  le  milieu  vn  petit  rond  ,  comme  vn  centre  entre  plufieurs 
éminences  qui  couvraient  toute  cette  fécondé  moitié  de  la  Langue,  &  dont  les  pointes 
eftoient  toutes  détournées  de  ce  centre  ,  faifant  vne  afpreté  lors  que  l’on  les  touchoit 
en  allant  vers  ce  centre.  Parmi  ces  éminences  il  y  en  avoit  d’autres  difpofées  en  deux 
rangs, en  ligne  droite,  cinq  a  chaque  rang,  qui  eftoient  comme  des  nombrils  ,  formez 
par  des  plis  tournez  en  rond  d’vne  ftruélure  fort  délicate.  La  figure  explique  cela  plus 
clairement  que  le  difcours. 

Tout  le  Cerveau  ,  comprenant  le  Cervelet ,  n’avoit  que  fix  pouces  &  demi  de  long 
fur  quatre  de  large.  Le  Nerf  Optique  eftoit  percé  fuivant  fa  longueur  de  quantité  de 
trous  pleins  de  fang.  Les  apophyfesMammillaires  eftoient  fort  grandes,  &creufes,  aiant 
chacune  deux  conduits,  dont  1  vn  paroiffoit  rond,  6 C  l’autre  en  croifîant,  par  la  feélion 
tranfverfale.  La  Glande  Pineaîe  eftoit  de  la  groffeur  d’vne  petite  aveline  ,  &  comme 
çompofee  de  trois  autres  Glandes,  qui  laifloient  vne  enfoncure  au  milieu. 


32 


D  Ans  la  Figure  d’en  bas  l’Ours  eft  reprefenté  en  deux  manières  5  à  fçavoir  ,  avec 
fa  peau  d’vn  côté,  8c  fans  peau  de  l’autre-,  pour  faire  voir  plus  diftinètement  la 
forme  de  fon  corps,  qui  eft  remarquable  principalement  en  fes  Jambes  de  derrière. 


Dans  la  figure  d’en  haut 


A  B  C.  EU  la  Patte  droite  de  devant. 

B.  En  petit  Doit  qui  efi  d  la  place  du  Pouce . 

A.  En  gros  Doit  qui  eft  a  la  place  du  petit. 

G;  Ène  Caüofité  au  Poignet ,  qui  fait  comme  vn  Talon. 

DEF.  La  Patte  droite  de  derrière. 

E.  rÜn  petit  Orteil  qui  eft  a  la  place  du  gros. 

D.  En  gros  Orteil  qui  ejl  a  la  place  du  petit. 

F.  Le  Talon  couvert  de  poil. 

H  I.  Les  deux  Ventricules. 

H.  EOefophage. 

I.  Le  Pylore.  > 

KL.  Le  Rein  droit. 

M  M.  L’Eretere. 

N. N.  La  Veine  Emulgente.  * 

O  O.  E  Art  ere  Emulgente. 

P  Q.  Le  méfirne  Rein  retourné  de  l'autre  côté,  &  dont  vne  partie  des  petits  Reins  a  efté  ôtée ,  pour  faire 
Voir  au  dedans  la  difrihution  des  vaijfeaux  Emulgens  &  des  E référés. 

RSTT.  En  des  petits  Reins  coupé  par  la  moitié. 

R.  E  Artere  Emulgente  d’vn  des  petits  Reins . 

S.  La  Veine  émulgente  d’vn  des  petits  Reins. 

T  T.  L’Eretere  d’vn  des  petits  Reins  coupé  en  deux  félon  fa  longueur. 

Y  V.  Les  Mammelons. 

YYY  Y.  Les  moitié z,  des  Bafinets. 

X  X.  De  petits  Sinus  qui  font  dans  les  Baf  inets  d  cofiè  des  JVLammclons • 


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33 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D'UN  OURS 

LA  grandeur  5c  lepaiffeur  du  poil  dans  lequel  tout  le  corps  de  l'Ours  eft  caché  de 
telle  forte  qu’il  ne  femble  eftre  qu  vne  malle  qui  n  a  prefque  aucune  apparence 
d’animal,  l’a  fait  appeller  avec  raifon  Informe  par  Virgile  -,  mais  il  n’y  a  perfonne  qui  ne 
le  trouve  tout-à-fait  difforme ,  lors  que  la  peau  lui  eftant  ôtée, fa  véritable  figure  fe  peut 
voir  fans  empêchement.  Cette  difformité,  de  même  que  celle  du  Singe,  qui  eft  eftimé 
la  plus  laide  de  toutes  les  belles,  eft  fondée  fur  la  reffemblance  mai  prife  qu’ils  ont 
1  Vn  5c  l’autre  avec  le  plus  beau  de  tous  les  animaux,  par  la  réglé  generale  ,5c  toujours 
véritable,  que  la  dépravation  des  chofes  les  plus  parfaites  eft  la  pire. 

Ce  qui  rend  le  corps  de  l’homme  admirable ,  félon  l’opinion  de  Galien  ,  eft  la  ftru- 
ôlure  des  Pieds  5c  des  Mains,  laquelle  diftingue  fon  corps  d’avec  celui  des  autres  Ani- 
maux,  de  même  que  le  raifonnement  fait  la  différence  des  âmes.  Cette  ftruôture  eft 
tout-à-fait  extravagante  dans  l’Ours,  en  ce  qu’aiant  quelque  chofe  qui  approche  en  ap¬ 
parence  de  ce  qui  fait  la  perfection  de  ces  organes,  il  fe  trouve  qu’en  effet  ce  qui  eft  le 
plus  important  dans  leur  conformation , eft  dépravé,  ou  manque  tout-à-fait  dans  l’Ours. 
Galien  remarque  deux  chofes  qui  font  principalement  neceffaires  pour  la  commodité 
de  l’vfage  de  ces  parties  -,  à  fçavoir  dans  la  Main  que  fes  cinq  doits  foient  generalement 
divifez  en  deux  parties,  y  en  aiant  quatre  joints  enfemble  qui  font  comme  d’vne  même 
efpece ,  5c  vn  cinquième  à  part ,  qui  en  eft  ainfi  feparé  pour  fervir  à  l’adion  principale 
de  la  main  qui  eft  de  prendre  -,  5i  dans  le  Pied. ,  qu’il  foit  compofé  du  Talon  d’v.ne  part, 
Sc  des  cinq  doits  qui  lui  font  oppofez  de  l’autre,  comme  les  quatre  de  la  Main  font  op- 
pofez  au  pouce,  pour  rendre  le  marcher  plus  affûré  ,  5c  plus  ferme  par  la  differente  ap¬ 
plication  de  ces  deux  parties  à  la  figure  des  chofes  fur  lefquelles  on  marche. 

Pline,  qui  a  parlé  de  la  reffemblance  que  les  Pieds  5c  les  Mains  de  l’Ours  ont  avec  ces 
parties  de  l’homme,  ne  l’a  pas  bien  entendue,  la  faifant  confifter  dans  la  pofition  des 
coudes  5c  des  genoux,  qu’il  dit  eftre  au  Singe  5c  en  l’Ours  comme  en  l’homme,  5c  au 
contraire  des  autres  animaux,  qui  ont  les  genoux  en  arriére  5c  les  coudes  en  devant. 
Car  la  vérité  eft  que  tous  les  Animaux  ont  ces  parties  tournées  d’vne  même  façon,  quoi 
qu’en  dife  Ariftote  ;  5c  que  ce  qui  fait  que  l’on  y  trouve  de  la  différence,  vient  de  ce 
que  l’on  prend  aux  brutes  les  Talons  pour  les  Genoux  ,  5c  le  Poignet  pour  le  Coude-, 
parce  que  l’os  qui  fait  le  Talon  de  l’homme  ,  eft  tellement  alongé  aux  brutes  qu’il  eft 
pris  pour  la  Jambe,  5c  que  le  Poignet  ,  qui  en  l’homme  eft  compofé  d’vn  amas  de  huit 
petits  os  prefque  ronds ,  que  l’on  appelle  le  Carpe ,  a  dans  la  plufpart  des  brutes  vn  de 
ces  os  fort  long,  5c  que  l’on  prend  pour  la  Jambe  de  devant,  quoi  qu’il  ne  foit  propre¬ 
ment  qu’vn  des  os  du  Carpe.  De  forte  que  les  Jambes  5c  les  Bras  de  l’Ours  font  feule¬ 
ment  en  cela  comme  en  l’homme,  qu’ils  font  charnus,  quoi  qu’Ariftote  dife  qu’il  n’y  a 
que  l’homme  qui  les  ait  ainfi;  que  l’os  du  Talon  eft  court,  5c  qu’il  forme  vne  partie  de 
la  plante  du  Pied-,  qu’il  y  a  cinq  Orteils  amaffez  enfemble,  5c  oppofez  auTalon-,  5c  que 
fa  Main  a  aufii  les  os  du  Carpe  prefque  égaux,  5c  ramaffez  comme  nous  :  mais  il  n’a 
point  en  là  main  de  Pouce  fêparé  des  quatre  autres  .doits ,  5c  le  plus  gros  des  cinq  qui 
compofent  la  Main,  5c  qui  n’a  que  cette  groffeur  qui  le  puiffe  faire  paffer  pour  vn  Pou¬ 
ce  ,  eft  placé  tout  au  contraire  qu’en  l’homme  ,  eftant  au  dehors  5c  à  la  place  du  petit 
doit,  de  même  qu’au  pied  où  le  plus  gros  Orteil  eft  auffi  en  dehors.  Pour  ce  qui  eft  du 
pied  il  ne  pofe  point  d’ordinaire  fur  le  Talon,  qui  à  caufe  de  cela  eft  couvert  de  poil  de 
même  que  la  jambe  ,  &C  n’a  point  les  Callofitez,  ni  ce  genre  de  peau  particulière  qui 
munit  la  plante  du  Pied  ,  5c  qui  marque  les  endroits  fur  lefquels  il  pofe  en  marchant. 
Au  contraire  ,  fa  Main  a  comme  vn  Talon  ,  cette  Callofité  qui  eft  en  la  paume  de  la 
Main, eftant  interrompue  par  la  peau  peluë  ,  pour  recommencer  vn  peu  plus  haut  vne 

R 


34  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  OURS. 

autre  Callofité.  Enfin  les  doits  de  la  main  font  aufli  tres-mal  formez  ,  8c  mal  propres 
pour  leurs  vfages,  eflant  gros ,  courts  8c  ferrez  Tvn  contre  l’autre  comme  aux  pieds. 

La  fubftance  de  ces  parties  n’eft  pas  moins  particulière  ,  ni  moins  remarquable  que 
leur  ftruéture.  Pline  &  Plutarque  rapportent  que  ,'c’éft  vn  manger  excellent  -,  8c  Mi¬ 
chaël  Herus  dit  qu’en  Allemagne  elles  font  encore  à  prefent  refervëes  pour  la  table  des 
Princes ,  à  qui  on  fert  des  pattes  d’Ours  falées  8c  enfumées.  Nous  remarquâmes  que 
cette  fubftance  bonne  à  manger  doit  eflre  vn  ligament  graifieux ,  fort  blanc  8c  fort  dé¬ 
licat,  épais  environ  de  deux  doits  ,  qui  occupe  le  dedans  des  pieds  8c  des  mains  -,  8c  on 
peut  douter  ,  s’il  n’y  a  point  d’apparence  qu’il  puiiTe  fortir  quelque  humidité  de  cette 
partie  ,  qui  ait  donné  lieu  à  Elian  8c  à  Pline  ,  de  dire  que  l’Ours  vit  quarante  jours  en 
léchant  feulement  fon  pied  droit. 

Les  Ongles  de  deux  Ours  que  nous  avons  diffequez,  efhoient  attachez  à  la  derniere 
Phalange  des  doits  de  la  même  maniéré  qu’au  Lion  ,  aiant  par  la  ftruéture  particulière 
de  cét  article,  que  nous  avons  décrit  dans  le  Lion ,  la  faculté  de  tenir  fes  Ongles  élevez 
en  marchant  pour  en  conferver  les  pointes  ;  mais  il  paroifïbit  que  nos  Ours  avoient  né¬ 
gligé  de  fe  fervir  de  cette  faculté  ,  parce  que  leurs  Ongles  eftoient  vfez  jufques  à  prés  de 
la  moitié.  Ils  eftoient  noirs  8c  bien  moins  grands  qu’au  Lion,  à  ce  que  l’on  pouvoit  ju¬ 
ger  par  ce  qui  en  reftoit.  La  manière  dont  ces  Ongles  eftoient  vfez  ,  faifoit  voir  que 
leur  fubftance  eft  bien  differente  de  celle  du  Lion.  Car  dans  les  Lions  que  nous  avons  dif¬ 
fequez  les  Ongles  eftoient  aufti  quelque  peu  vfez  en  vne  patte,  mais  de  la  même  forte 
que  du  bois  fibreux  feroit  vfé;  au  lieu  que  ceux  des  Ours  l’eftoient  comme  du  fer  :c’eft 
à  dire,  que  les  Ongles  du  Lion  font  compofez  de  fibres  feparables,  à  caufe  qu’ils  font 
d’vne  fubftance  heterogene;  8c  que  les  Ongles  de  l’Ours  font  d’vne  fubftance  plus  égale 
8c  plus  compaéle. 

Les  Dents  eftoient  femblables  à  celles  du  Lion,  fi  ce  n’eft  qu’elles  eftoient  beaucoup 
plus  petites.  C’eft  pourquoi  on  dit  qu’il  n’emploie  que  fes  pattes  pour  rompre  les  filets, 
8c  pour  déchirer  les  toiles  des  Chafteurs ,  parce  que  la  grofleur  8ë  l’épaiffeur  de  fes  lè¬ 
vres  l’empêche  de  fe  fervir  de  fes  Dents.  Ces  lèvres  ont  aufti  vne  figure  aftez  extraordi¬ 
naire,  celles  d’en  bas  eftant  repliées  8c  découpées  au  droit  des  deux  coins  en  forme  d’vne 
crefte  de  Cocq. 

La  longueur  de  tout  le  Corps  eftoit  depuis  le  bout  du  mufeau  jufques  à  l’extrémité 
des  orteils,  de  huit  pieds  trois  pouces  -,  de  cinq  pieds  8c  demi  jufques  au  commence¬ 
ment  de  la  queue,  qui  eftoit  de  cinq  pouces-, &  d’vn  pied  cinq  pouces  jufques  à  l’occi¬ 
put,  qui  eftoit  plat,8c  faifoit  vn  angle  avec  les  os  du  finciput  au  droit  de  la  future  Lam- 
doïde  ,  au  milieu  de  laquelle  aboutiftoit  vne  crefte  élevée  comme  celle  d’vn  cafque, 
mais  beaucoup  moins  haute  qu’au  Lion,  8c  d’ou  le  mufcle  Crotaphite,  qui  couvroit 
pareillement  la  tefte  ,  prenoit  aufti  fon  origine  ,  eftant  toutesfois  beaucoup  moins 
charnu. 

Le  Thorax  eftoit  plus  large  qu’au  Lion,  8c  aufti  fort  long  ,  eftant  compofé  de  qua¬ 
torze  côtes.  Le  col  n’eftoit  pas  court ,  à  proportion  de  fa  largeur  comme  au  Pourceau, 
ainfi  que  difent  les  auteurs  -,  car  il  n’avoit  que  fept  pouces  de  large  fur  neuf  de  long  :  la 
grande  épaifleur  du  poil  qui  environne  8c  qui  élargit  ce  col ,  eft  ce  qui  le  fait  paroiftre 
court. 

L’Os  de  la  Cuifle  eftoit  plus  long  à  proportion  qu’il  n’eft  ordinairement  aux  brutes, 
8c  il  eftoit  articulé  avec  celui  d£  la  Jambe  par  le  moyen  d’vne  Rotule,  que  quelques 
auteurs  difent  ne  fe  trouver  qu’en  l’homme. 

La  peau  qui  eftoit  fort  dure  8c  fort  épaifle  fur  le  dos ,  fut  trouvée  mince  8c  délicate 
fous  le  ventre.  Le  poil  eftoit  bien  moins  rude  qu’au  Lion  8c  qu’au  Sanglier  ,  tenant  en 
quelque  façon  de  la  laine  ,  plus  crefpé  qu’en  la  Chèvre ,  8c  beaucoup  moins  qu’au 
Mouton. 

Pour  ce  qui  eft  des  parties  du  dedans  du  Corps,  l’Epiploon  eftoit  aftez  grand,  mais 
fort  maigre ,  de  même  que  tout  le  refte  du  Corps ,  qui  n’avoit  ni  dehors  ni  dedans  au¬ 
cune  graifte  :  ce  qui  devoir  eftre  vn  effet  de  la  maladie  dont  il  eftoit  mort,  la  conftitu- 

tion 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  OURS,  3? 

don  naturelle  de  l’animal  eftant  d’eftre  fort  gras,  6c  l’Hyver  eftant  la  fiiifon  en  laquelle 
il  s’engraiffe  davantage. 

Le  Foye  eftoit  fort  grand,  6c  divifé  en  fept Lobes, dont  il  y  en  avoit  vn  bien  plus  pe¬ 
tit  que  les  autres.  La  Veficule  du  Fiel  n  eftoit  pas  la  moitié  fl  grande  qu’au  Lion  ;  il  y 
avoit  pourtant  beaucoup  de  bile  épanche'e  fur  les  membranes  des  parties  d’alentour. 

L’Oelbphage  qui  n’avoit  pas  plus  de  quatorze  lignes  de  diamètre  ,  6c  ne  s’élargifloit 
point  vers  l’orifice  fuperieur  du  Ventricule,  eftoit  fort  charnu  en  dehors  jufques  au  Ven¬ 
tricule  ,  lequel  eftoit  extraordinairement  petit ,  quoi  qu’Ariftote  allure  que  l’Ours  l’a 
fort  grand  de  même  que  le  pourceau.  Ce  qu’il  a  dit  peut  -  eftre ,  avec  tout  le  relie  des 
Auteurs ,  parce  qu’ils  ont  crû  que  l’Ours  eftant  grand  mangeur  ,  il  devoit  avoir  vn 
grand  Ventricule.  En  nos  fujets  il  n’avoit  pas  vn  pied  de  long,ôt  fa  plus  grande  lar¬ 
geur  qui  eftoit  vers  le  haut ,  n’eftoit  que  de  fix  pouces ,  6c  de  deux  6c  demi  vers  le  mi¬ 
lieu,  ou  il  fe  rétreflilfoit  pour  s’élargir  en  vn  fécond  Ventricule  d’environ  trois  pouces 
6c  demi  ,  qui  fe  relevoit  vers  le  Pylore.  Le  fond  de  l’vn  6c  de  l’autre  Ventricule  eftoit 
dur  6c  épais  de  trois  lignes,  6c  de  cinq  vers  le  Pylore  ,  qui  eftoit  encore  plus  dur.  Leur 
membrane  interne  n’eftoit  pas  égale  comme  elle  eft  ordinairement,  à  la  referve  de  cette 
legere  alpreté  que  l’on  appelle  le  Velouté  ;  mais  elle  eftoit  en  quelque  façon  femblable 
à  celle  des  Ventricules  des  animaux  qui  ruminent,  à  caufe  de  plufîeurs  éminences  qu’elle 
avoit ,  pareilles  à  celles  qui  font  le  ILeùculum  6c  1  ’Echmos  ,  fl  ce  n’eft  que  ces  éminen¬ 
ces  n’avoient  pas  dans  leur  figure  la  régularité  qui  fe  voit  aux  animaux  qui  ruminent. 

A  l’égard  des  Inteftins  ,  on  peut  dire  qu’il  n’y  en  avoit  qu’vn  feul ,  parce  qu’on  n’y 
voioit  point  la  diftindion  qui  fe  remarque  en  la  plufpart  des  animaux,  par  la  différence 
de  leur  couleur,  de  leur  fubftance  ,  6c  de  leur  groffeur.  Il  n’y  avoit  auftî  aucune  appa¬ 
rence  de  Cæcum  ni  de  fon  appendice,  non  plus  que  de  replis, ni  de  cellules  au  Colon. 
Ils  avoient  en  tout  quarante  pieds  de  long.  Ceux  du  Lion  n’en  avoient  que  vingt-cinq. 
Cette  vniformité  dînteftins  peut  avoir  elle  caufe  de  faire  mettre  à  Theodorus  Gaza , 
dans  la  tradudion  du  texte  d’Ariftote,  où  il  eft  parlé  des  Inteftins  de  l’Ours ,  le  flngulier 
Inteftinum  pour  le  plurier  ’afnçc/L  •  &  il  y  a  apparence  que  cette  particularité  eftoit  incon¬ 
nue  à  Scaliger,  quand  il  a  repris  Theodorus  d’avoir  pris  cette  liberté. 

La  Ratte  eftoit  petite  6c  mince  ,  n’aiant  pas  plus  de  fix  pouces  de  long  fur  deux  de 
large,  6c  moins  d’vn  pouce  d’épaiffeur. 

La  ftrudure  des  Reins  nous  fembla  tout- à- fait  particulière.  Leur  figure  eftoit 
fort  longue.  Ils  avoient  cinq  pouces  6c  demi  de  long  fur  deux  6c  demi  de  large. 
La  membrane  Adipeufe  ,  qui  eftoit  fans  graiffe  ,  aiant  efté  oftée ,  on  trouva  vne  au¬ 
tre  membrane  fort  dure  6c  fort  épaiffe ,  qui  n’eftoit  point  la  membrane  propre  at¬ 
tachée  au  Parenchyme,  mais  vne  membrane  qui  comme  vn  fac  contenoit  cinquante- 
fix  petits  Reins ,  car  on  peut  ainfi  appeller  autant  de  Parenchymes  feparez  aduel- 
lement  les  vns  des  autres ,  couverts  de  leur  membrane  propre  ,  6c  liez  enfemble  en 
quelques  endroits  par  des  fibres  6c  par  des  membranes  fort  déliées,  qui  eftoient  pro¬ 
duites  de  cellequi  les  envelope  tous  en  maniéré  de  fac.  Cette  connexion  eftoit 
principalement  des  petits  Reins,  qui  font  en  la  partie  Cave  de  tout  cét  amas  de  Reins; 
car  vers  la  partie  Gibbe,  ils  n’eftoient  point  liez  enfemble. 

La  figure  de  chaque  petit  Rein  eftoit  d’avoir  vne  baze  large  en  dehors,  6c  de  s ’étreftîr 
vers  le  dedans  de  tout  le  Rein,  où  ils  eftoient  attachez  comme  les  grains  d’vne  grappe 
de  raifin.  Cette  baze  eftoit  en  d’aucuns  Hexagone ,  en  la  plulpart  Pentagone  ,  en  quel- 
ques-vns  quarrée.  Ils  eftoient  aulli  differens  en  groffeur  ?  mais  en  la  plus  grande  partie 
la  groffeur  eftoit  d’vne  moienne  chaftaigne  ,  en  quelques-vns  d’vne  petite  noifette.  Cét 
amas  reprefentoit  affez  bien  vne  pomme  de  Pin  quand  elle  eft  meure. 

Chacun  de  ces  petits  Reins  eftoit  attaché  comme  par  vne  queue  compofée  de  trois 
fortes  de  vaiffeaux,qui  font  les  rameaux  des  deux  Emulgentes  6c  de  l’Uretere,  lefquels 
entroient  par  la  pointe  du  petit  Rein  ,  qui  faifoit  vne  enfonçure  pour  les  recevoir,  de 
même  qu’vne  pomme  reçoit  fa  queue,  à  la  manière  ordinaire* des  grands  Reins.  Ces  ra¬ 
meaux  eftoient  dilpofez  en  forte  que  celui  de  l’Artere  eftoit  au  milieu  de  celui  de  la 

S 


l6  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  OURS. 

Veine  &C  de  celui  de  FUretere,  ainfi  que  Riolan  Fa  remarqué  ,  qui  croit  que  ces  vaif- 
feaux  font  ainfi  fituez  ,  afin  que  FArtere  frapant  fur  FUretere,  faffe  inceffamment 
couler  Fvrine  par  fon  battement  continuel. 

Les  troncs  de  la  Veine  tk  de  FArtere  émulgente  ,  qui  n’eftoient  pas  plus  gros  qu  vne 
plume  à  écrire,  fe  divifoient  chacun  en  deux  rameaux  ,  &  en  fuite  en  plufieurs  autres, 
jufques  à  en  fournir  vn  à  chaque  petit  Rein,  quoi  qu’il  y  en  euft  quelquefois  deux  qui 
fembloient  eflre  attachez  comme  à  vne  feule  queue:  mais  cela  paroiffoit  ainfi ,  à  caufe 
que  les  deux  rameaux  qui  les  attachoient  entroient  dans  le  petit  Rein  immédiatement 
après  la  divifion.  Ces  rameaux  penetroient  peu  avant ,  &  fe  perdoient  dans  le  Paren¬ 
chyme  ,  en  forte  que  la  cavité  notable  que  le  vaiffeau  avoithors  le  petit  Rein  ne  paroif¬ 
foit  plus,  foit  que  cela  arrivait  par  la  divifion  prefque  infinie,  &  par  confequent  imper¬ 
ceptible  ,  qui  fe  fait  en  de  petits  rameaux  qui  fedifperfent  par  le  Parenchyme,  comme 
Laurentius  Bellius  eftime  quil  arrive  aux  émulgentes  des  Reins  de  l’homme  -,  foit  qu’en 
effet  ces  vaiffeaux  ne  paffent  pas  plus  avant ,  fuivant  l’opinion  d’Higmorus ,  &  que  la 
fubftance  fpongieufe  du  Parenchyme  boive  tk  filtre  à  Fabord  le  fang  de  FArtere  ,  pour 
le  rendre  à  la  Veine  pur,&:  feparé  de  fa  ferofité,  qui  coule  parles  Mammelons  dans 
les  Baffinets  de  FUretere  ,  de  même  que  le  petit  lait ,  lors  que  le  fromage  fe  caille  , 
laiffe  la  partie  butyreufe  ,  &  paffe  au  travers  delà  caféeufe  -,  &  de  même  que  la  leffive 
qui  efl  verfée  au  haut  du  cuvier  fort  par  le  trou  d’en  bas  ,  après  avoir  pénétré  le  lin¬ 
ge,  fans  qu’il  y  ait  aucuns  canaux  qui  Fy  conduifent. 

La  conformation  de  FUretere  eftoit  differente  de  celle  des  vaiffeaux  émulgens:  car 
quelque  peu  après  fon  entrée  dans  la  membrane,  qui  comme  vn  fàc  enfermoit  tous  les 
petits  Reins,  il  s’élargiffoit,  &fa  groffeur,  qui  effoit  d’vne  plume  à  écrire,  venoit  à  éga¬ 
ler  celle  d’vn  doit.  Il  fe  divifoit  en  fuite  en  deux  rameaux  de  cette  même  groffeur,  lef- 
quels  en  produifoient  d’autres  moindres ,  qui  en  fourniffoient  vn  plus  petit  à  chaque 
petit  Rein.  Ce  dernier  rameau  furpaffoit  pourtant  en  groffeur  les  rameaux  de  la  Veine 
tk  de  FArtere  émulgente,  qui  entroient  avec  lui  dans  le  petit  Rein,  &  il  paffoit  plus 
avant ,  tk  jufques  à  prés  de  la  moitié  ,  auquel  lieu  il  fe  divifoit  en  deux ,  tk  quel¬ 
quefois  en  trois  branches.  Chacune  de  ces  branches  s’élargiffoit  vn  peu,  &formoit 
en  fon  extrémité  vn  Baffinet ,  qui  eftoit  prefque  rempli  d’vne  Caruncule  en  forme 
de  Mammelon  -,  &  à  côté  de  cette  Caruncule  le  Baffinet  paroiffoit  percé  de  trois 
ou  quatre  trous  ,  qui  n’eftoient  que  des  finuofitez  formées  par  la  membrane  du 
Baffinet  ,  laquelle  fe  replioit  en  dedans ,  faifânt  comme  d’autres  plus  petits  Baffinets 
capables  de  recevoir  feulement  la  tefte  d’vne  épingle.  Ces  Mammelons,  qui  n’a- 
voient  que  la  groffeur  d’vn  grain  de  blé  ,  égaloient  par  leur  nombre  celle  des  Mam¬ 
melons  des  Reins  de  Bœuf,  qui  font  gros  comme  le  bout  du  doit ,  mais  qui.  ne 
font  qu’au  nombre  de  neuf  ou  dix,  au  lieu  qu’il  y  en  avoit  plus  de  cent  en  cha¬ 
cun  des  Reins  de  nos  Ours.  Et  il  femble  que  Bartholin  n’avoit  pas  examiné  cela , 
quand  il  a  écrit  que  le  Rein  de  l’Ours  eft  femblable  à  ceux  du  Bœuf,  des  enfans 
nouveaux  nez  ,  &  d’vn  Marfouïn  qu’il  a  diffequé  en  prefence  du  Roy  de  Danne- 
marc  :  car  ces  Reins,  dont  parle  Bartholin,  &  aufquels  il  compare  ceux  de  l’Ours, ont 
feulement  des  fentes  en  leur  fuperficie  ,  qui  les  font  paroiftre  à  Fabord  femblables  à 
ceux  de  l’Ours ,  quoy  qu’en  effet  ils  n’ayent  qu’vn  Parenchyme  fèul  &  continu  ,  ces 
fentes  ne  pénétrant  que  fort  peu  avant-,  au  lieu  que  les  cinquante-fix  petits  Reins  de 
l’Ours  eftoient  actuellement  divifez ,  &  avoient  chacun  toutes  les  parties  dont  les  grands 
Reins  font  compofez. 

Il  faut  auffi  que  ceux  qui,  comme  Pline,  ont  dit  que  la  Verge  de  l’Ours,  fî-toft  qu’il 
eft  mort ,  s’endurcit  comme  de  la  corne  ,  n’aient  pas  bien  examiné  la  chofè  ,  tk  qu’ils 
n’aient  eû  ni  lahardieffe  de  s’éclaircir  quelle  eft  la  Verge  de  l’Ours  pendant  qu’il  eft 
vivant,  ni  la  curiofité  d’en  faire  la  diffeôtion  après  fa  mort  :  car  ils  auroient  trouvé  que 
cette  dureté  eft  naturelle  à  cette  partie  en  l’Ours ,  de  même  qu’au  Chien  ,  au  Loup  , 
àl’Efcurieu,  à  la  Belette, &  à  plufieurs  autres  animaux,  qui  ont  vn  os  à  l’extrémité  de 
la  Verge,  comme  Ariftote  remarque.  Celui  de  nos  Ours  eftoit  long  de  cinq  pouces  tk 

demi, 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  OURS.  37 

demi,  gros  de  quatre  lignes  vers  les  os  pubis,  dont  il  eftoit  éloigné  de  cinq  pouces,  Sc 
vn  peu  courbé. 

Le  Poumon  avoir  cinq  Lobes  ,  trois  au  côté  droit ,  &  deux  au  gauche.  Les  deux 
liiperieurs  du*  côté  droit  eftoient  fort  grands  :  le  troifiéme  ,  qui  eftoit  moien ,  eftoit 
partagé  vers  fon  extrémité  en  trois  pointes.  EnlVn  de  nos  Ours  les  deux  Lobes  du  côté 
gauche  eftoient  fort  tuméfiez:  le  fnperieur  qui  paroi  flôit  blanchâtre  ,  eftoit  enflé  de 
quantité  de  vent  :  dans  l’inferieur  il  fie  trouva  vn  corps  effrange  de  la  grofleur  des 
deux  poings ,  fiemblable  à  vne  éponge  trempée  dans  de  l’encre.  Dans  l’autre  Ours,  qui 
eftoit  fort  jeune  ,  la  ftruéture  du  Mediaftin  eftoit  particulière ,  eftant  percé  en  plufteurs 
endroits  de  quantité  de  trous  de  la  largeur  d’vne  ligne  &  demie  ,&  eftant  parfiemé  d’vn 
grand  nombre  de  vaiffeaux  ,  qui  eftoient  de  la  grofleur  de  plus  d’vne  ligne  ,  en  forte 
qu’il  ne  lui  manquoit  que  la  graiffe  pour  eftre  fiemblable  à  vn  Epiploon. 

Le  Cœur ,  qui  avoit  fix  pouces  de  long  fur  quatre  de  large  ,  eftoit  fort  fiolide  par  fia 
pointe,  dont  la  chair  avoit  vn  pouce  d’épaiffeur  :  cette  pointe  eftoit  moufle,  &  non  pas 
aiguë ,  comme  au  Lion. 

L’Afipre  Artere  avoit  tous  fies  Anneaux  imparfaits, &  non  pas  entiers  comme  au  pre¬ 
mier  des  Lions  que  nous  avons  diflequéz  :  mais  ces  Anneaux  dans  nos  Ours  eftoient 
beaucoup  plus  larges  qu’au  Lion,  aiant  plus  de  cinq  pouces  de  tour. 

La  langue  eftoit  large  &  mince  comme  au  Chat  Sc  au  Chien ,  &  garnie  par  deflus  de 
fies  petites  pointes  charnues  fans  aucune  afpreté. 

Le  Crâne  n’eftoit  point  fi  fragile  que  difient  les  Auteurs  :  il  fut  trouvé  fort  dur  fous 
la  ficie.  Il  eft  bien  vrai  qu’il  n’avoit  que  la  moitié  de  i’épaifleur  de  celui  du  Lion  ,  que 
nous  avons  trouvé  de  fix  lignes  à  l’endroit  le  plus  mince.  L’Os  qui  s’avance  en  dedans, 
8c  qui  fiepare  le  grand  Cerveau  du  petit  ,  eftoit  aufli  plus  mince  ,  Sc  d’vne  figure  plus 
irreguliere  qu’au  Lion. 

Le  Cerveau  en  recompenfie  eftoit  quatre  fois  plus  grand  ,  aiant  quatre  pouces  de 
long  &c  autant  de  profondeur ,  fur  trois  de  large  -,  au  lieu  que  le  Lion  n’en  avoit  que 
deux  en  tous  fiens.  La  glande  Pineale  eftoit  fort  petite ,  &  prefique  imperceptible  com¬ 
me  au  Lion. 

L’Oeil  eftoit  recouvert  d’vne  paupière  interne  qui  commençoit  au  grand  coin  ,  ten¬ 
dant  vn  peu  vers  le  bas.  îl  eftoit  étrangement  petit  :  fon  globe  n’avoit  pas  plus  de  cinq 
lignes  de  diamètre  ,  &  eftoit  plus  petit  que  celui  d’vn  Chat.  Le  Cryftallin  avoit  vne  fi¬ 
gure  prefique  fipherique  ;  &C  celui  de  l’Oeil  gauche  du  plus  grand  &  du  plus  vieux  de 
nos  Ours  ,  eftoit  gâté  par  vn Glaucoma,  qui  l’avoit  rendu  blanc, &  tout-à-fait  opaque. 
Sa  fituation  eftoit  aufli  fort  extraordinaire,  n’eftant  pas  placé  au  droit  de  l’ouverture 
de  l’Uvée,mais  tiré  à  côté  hors  de  l’axe  de  l’Oeil ,  en  forte  que  même  avant  la  difle- 
éfion  cela  fè  reconnoifloit  par  vne  blancheur  qui  paroifloit  au  bas  de  l’ouvertu¬ 
re  de  la  prunelle  en  dedans  ,  comme  s’il  y  euft  eu  vne  Cataraéle  abaiflée  :  &; 
cela  eftoit  caufié  par  la  contraéfion  des  fibres  du  ligament  Ciliaire  d’vn  côté ,  &c  par 
la.  diftention  du  relâchement  de  celles  de  l’autre.  Ce  qui  fémbloit  eftre  fait  pour 
laifler  vn  paflage  libre  aux  efipeces  vifiuelles  au  travers  des  deux  autres  humeurs  5 
cette  diftorfion  du  Cryftallin  eftant  vraifiemblablement  faite  de  la  même  manière  que 
l’on  la  voit  arriver  aux  yeux  des  enfans  ,  qui  aiant  efté  long-temps  couchez  en  vn  en¬ 
droit  où  ils  ne  peuvent  regarder  la  lumière'  qu’obliquement ,  deviennent  louches  par 
vne  difipofition  que  les  muficles  de  l’œil  contraéfent  par  habitude  ,  &  qui  change  celle 
qui  leur  eft  naturelle  par  l’alongement  des  fibres  dans  les  vns ,  éc  par  leur  ac- 
conrciflément  dans  les  autres.  Cela  pourroit  faire  croire  que  ces  fibres  du  ligament 
Ciliaire  font  capables  d’vne  contraction  d’vne  dilatation  volontaire  ,  pareille  à 
celle  des  fibres  des  muficles  ;  &  que  cette  aétion  peut  augmenter  ou  diminüer  la  con¬ 
vexité  du  Cryftallin ,  félon  le  befbin  que  l’éloignement  different  des  objets  en  peut  faire 
avoir  à  l’œil  pour  voir  plus  diftinéfement. 

L’extrême  maigreur  de  nos  deux  Ours  nous  a  ofté  le  moien  de  faire  vne  expérience 
fur  leur  graiffe, &  de  nous  éclaircir  de  la  vérité  de  ce  qu’Ariftote,Theophrafte  &  Pline 

T 


38  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  OURS, 
en  rapportent;  à  fçavoir  qu’eftant  gardée  pendant  l’Hyver,  elle  augmente  de  gro fleur 
&C  de  poids  manifeftement.  Ce  qui  eftant  vérifié  confirmeroit  l’opinion  que  l’on  a , 
que  l’Ours  eft  de  tous  les  animaux  celui  dans  lequel  la  faculté  de  croiftre  eft  plus  puif- 
fante  ;  puis  qu’eftant  au  commencement  de  fa  vie  prefque  le  plus  petit  de*  tous,  (  car  au 
rapport  d’Ariflote  8c  de  Pline,  iln’eft  guere  plus  gros  qu’vne  Souris,) il  devient  cepen¬ 
dant  vn  des  plus  grands  :8c  que  bien  qu’il  ait  elle  nourri  allez  long-temps  du  lait  d’vne 
mere  qui  ne  mange  rien,  (s’il efl  vray  comme  dit  Ariftote  ,  que  l’Ourfe  fait  fes  petits 
lors  qu’elle  efl  prefte  de  s’enfermer  dans  fa  caverne  ,  ou  elle  demeure  quarante  jours 
fans  manger  ,  8c  qu’en  fuite  ainfl  tous  les  ans  l’Ours  demeure  vn  long  efpace  fans  pren¬ 
dre  de  nourriture,)  il  ne  laifle  pas  de  croiftre  fl  puiflamment  qu’au  rapport  d’Albert, là 
croiflance  ainfl  qu’au  Crocodile  ,  dure  pendant  tout  le  cours  de  fa  vie  ;  8c  continue 
même  encore  après  fa  mort,  fl  ce  que  les  anciens  ont  écrit  de  fa  graifle  eft  véritable. 

La  conflderation  de  ces  particularitez  jointe  à  nosObfervations,  nous  a  fait  juger  que 
le  Tempérament  de  l’Oars,  qui  félon  Ariftote  eft  fouverainement  humide  ,  doit  eftre 
entendu  d’vne  humidité  propre  à  la  vie  ,  qui  eft  celle  qui  ne  fe  deffeche  pas  aifément, 
&C  qui  eft  l’effet,  non  de  la  Crudité,  telle  qu’eft  l’humidité  fuperfluë  des  excrémens,mais 
de  la  perfeétion  de  laCoéfion  caufée  par  la  bonté  du  Tempérament  des  parties,  qui  font 
capables  de  convertir  aifément  toute  forte  de  nourriture  en  vn  bon  fuc,  8c  d’en  affinai- 
1er  8c  changer  en  leur  propre  fubftance,  ou  en  diffiper  la  plus  grande  partie  par  l’em- 
ploy  qu’elles  en  font  vtilement  pour  l’exercice  de  leurs  fonétions. 

Les  marques  que  nos  Obfervations  nous  ont  fournies  dans  l’Ours  de  cette  perfeétion 
de  Tempérament ,  font  en  premier  lieu  ;  Qifvn  animal  qui  mange  indifféremment 
de  toutes  fortes  de  viandes  comme  l’Ours ,  8c  qui  digéré  avec  vne  même  facilité  les 
chairs  crues,  le  poiflon,  les  cancres,  les  inféétes,  les  herbes, les  fruits  des  arbres,  les  lé¬ 
gumes  8c  le  miel,  8c  cela  dans  vn  eftomac  fort  petit,  8c  des  Inteftins  eftroits,  8c  entre 
lefquels  il  ne  fe  trouve  point  de  Cæcum ,  doit  avoir  vne  merveilleufe  puiffance  pour  la 
Coétion;  puis  qu’elle  eft  capable  de  fuppléer  par  la  bonté  du  Tempérament,  ce  qui 
manque  à  la  commodité  de  la  ftruéture ,  qui  fe  voit  dans-  les  organes  que  les  autres  ani¬ 
maux  ont  pour  rendre  ces  fonétions  plus  parfaites  ,  8c  qui  pour  digerer  beaucoup  de 
nourriture,  la  gardent  long -temps  dans  de  grands  réceptacles ,  &  la  conduifent  par 
beaucoup  de  replis  8c d’anfrâétuofitez  ,  comme  nous  avons  obfervé  dans  le  Chameau, 
dont  les  Inteftins  eftoient  prefque  vne  fois  auffi  longs  que  ceux  de  l’Ours,  aiant  plus 
d’onze  toifes. 

En  fécond  lieu  ,  le  peu  de  capacité  qui  fe  trouve  dans  fon  Foye&  dans  fa  Rattepour 
recevoir  les  excrémens,  marque  auffi  que  l’aétion  de  la  chaleur  naturelle  eft  fl  bien  ré¬ 
glée,  qu’elle  n’eft  pas  fujette  aux  defauts  ni  aux  excès,  par  lefquels  la  nourriture  eftant  ou 
brûlée,  ou  cuite  feulement  à  demi,  le  fang  qui  en  eft  engendré  a  befoin  d’eftre  purgé  de 
quantité  de  parties  qui  font  incapables  de  nourrir  le  corps.  Car  pour  ce  qui  eft  du  grand 
nombre  des  Reins,  quand  même  la  Nature  l’auroit  fait  pour  évacüer  vne  plus  grande 
quantité  de  ferofîtez ,  l’abondance  de  cét  excrément  ne  devroit  point  eftre  eftimée  vne 
marque  de  la  foibleffe  de  la  chaleur, 8c  de  l’imper feétion  de  laCoétion;mais  plutoft  vn 
effet  du  peu  de  tranfpiration  infenfible  qui  fe  feit  dans  l’Ours ,  à  caufe  de  l’épaiflèur  de 
l’habitude  de  fon  corps,  qui  n’y  eft  pas  favorable.  A  quoi  il  faut  encore  adjoûter  ,  que 
ce  defaut  de  tranfpiration  ne  peut  eftre  vne  marque  de  manque  de  chaleur ,  8c  d’vne 
pefanteur  terreftre  ;  puifque  tout  maffif,  8i  tout  groffier  que  l’Ours  paroift,  il  n’y  a 
guere  d’animal  qui  ait  vne  agilité  8c  vne  vigueur  plus  capable  de  témoigner  l’abondan¬ 
ce  8c  la  fubtilité  des  efprits  que  la  puiffance  de  la  chaleur  naturelle  a  accoutumé  de  pro¬ 
duire. 

En  troifiéme  lieu ,  cette  faculté  fl  puiflante  qu’il  a  de  croiftre ,  eft  la  marque  d’vne  hu¬ 
midité  bien  parfaite,  puis  qu’elle  rend  les  parties  capables  de  s’étendre  ,  8c  d’augmenter 
tellement  leur  grandeur,  fans  rien  diminuer  de  leurs  forces.  Les  conjeétures  que  nous 
avons  tirées  de  nos  Obfervations ,  pour  rendre  croiable  cette  petiteffe  fi  extraordinaire 
que  les  Auteurs  difent  eftre  dans  lanaiflance  8c  dans  la  première  conformation  de  l’Ours, 

font 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  OURS.  39 

font  fondées  for  la  petkefFe  de  fes  yeux,  par  la  raifon  que  les  yeux  dés  le  commence¬ 
ment  que  la  formation  eft  apparente  ,  font  ordinairement  fi  gros  à  proportion  du  refte 
du  corps,  que  chaque  Oeil  furpaffe  la  groffeur  de  tout  le  refte  de  la  tefte  ,  de  même 
que  la  tefte  furpaffe  de  beaucoup  la  grandeur  du  refte  du  corps  :  de  forte  que  fuppo- 
fttnt,  comme  il  eft  raifonnable,  que  les  Yeux  de  l’Ours  eftoient  dans  la  première  con¬ 
formation  aufli  gros  à  proportion  du  refte  du  corps  qu’ils  ont  accoutumé  d’eftre  ,  il  eft 
aifé  de  juger  par  la  petitefle  qu’ils  ont  quand  l’Ours  eft  parvenu  à  fa  croiffance  ,  quelle 
eftoit  la  petiteffe  de  tout  fon  corps  dans  la  première  formation  -,  ou  bien  il  faudroit  fup- 
pofer  vne  chofe  qui  n’eft  pas  croiable  ,  à  fçavoir  que  fes  Yeux  ne  font  pas  crus  à  pro¬ 
portion  du  refte  du  corps ,  comme  ils  font  aux  autres  animaux. 


Y 


CE.lle  qui  efb  dépeinte  dans  la  figure  d’en  bas  n’a  point  débandé  noire  qui  fe- 
pare  le  fauve  du  dos  d’avec  le  blanc  du  ventre  ,  êc  les  genoux  des  jambes  de 
devant  ne  font  point  pelez  ;  parce  que  ce  font  des  particularitez  qui  manquent  à  quatre 
des  Gazelles  que  nous  avons  dilfequées.  Il  y  en  avoit  auffi  vne  »  qui  eftoit  le  mâle, 
dont  les  cornes  elloient  plus  courbées  vers  le  dos  quelles  ne  font  à  cette-cy. 

Dans  la  figure  d’en  haut 

A.  Efir  l’Oefophage. 

B.  La  membrane  du  milieu  du  grand  Ventricule. 

C.  La  membrane  interne. 

D.  Cette  me  fine  membrane  feparée ,  &  -pendante,  pour  laijfer  'voir  celle  qui  efl  deffous. 

E.  La  Valvule  qui  ferme  le  fécond  Ventricule. 

F.  La  premiers  partie  du  fécond  Ventricule. 

G.  La  féconde  partie  du  fécond  Ventricule. 

H.  Le  fac  du  fécond  Ventricule. 

I.  Le  Pylore. 

K  K.  La  partie  Gibbe  du  Foye  relevée  en  enhaut. 

LL.  Le  Lobe  droit. 

M  M.  Le  Lobe  gauche. 

N.  Vn  petit  Lobe  qui  eft  au  milieu. 

O.  La  Veficule  du  Fiel. 

P.  L’inteflin  Duodénum. 

Le  Pylore. 

R.  Le  ‘Ventricule  veü  par  dehors. 

S.  La  Rat  te. 

T.  Deux  vaijjeaux  Lymphatiques. 

V  V.  Les  Reins. 

X.  Vne  portion  de  la  membrane.  B.  veué  avec  le  oDsCicrofcope. 

Vne  portion  de  la  membrane.  C.  veué  avec  le  (LMlicrofcope. 

A.  Le  dernier  Os  du  Sternon. 

Z.  Le  Cartilage  Xiphoide. 

©.  Vn  des  Pieds. 


4i 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  CI NQ^  GAZELLES 

LE  s  cinq  Gazelles  dont  nous  faifons  la  defcription  nous  ont  eflé  apportées  à 
divers  temps.  Il  y  en  avoit  vne  mâle  ,  trois  femelles,  &  vn  fan  ,  qui  efloit  auffi  fe¬ 
melle.  La  première  que  nous  avons  dilfequée,  qui  efloit  la  plus  grande  &c  la  plus  âgee , 
nous  fut  apportée  avec  fon  fan,  du  Parc  de  Verfailles ,  ou  on  nous  dit  qu  elles  avoient 
toutes  deux  eflé  tuées  par  vne  autre  Gazelle  male.  Nous  trouvâmes  que  1  épaulé  gau¬ 
che  de  la  mere  efloit  toute  brifée,&  que  le  fan  avoit  trois  jambes  rompues.  Cela  nous 
fît  faire  reflexion  fur  cequeBelon  dit  que  la  Gazelle  eflfOryx  des  anciens,  qu’Oppian  re- 
prefente  comme  vn  animal  étrangement  cruel  &  farouche  :  mais  nous  ne  trouvâmes 
point  les  autres  marques,  qui  félon  les  Auteurs  font  particulières  à  l’Oryx  ;  comme  d’a¬ 
voir  vne  feule  corne  au  milieu  du  front,  ainfi  que  dit  Ariflote-,  d’avoir  tout  le  poil  tour¬ 
né  vers  la  telle ,  félon  Pline  -,  d’avoir  de  la  barbe  au  menton  ,  félon  Albert  -,  &  d’avoir 
allez  de  force  pour  battre  les  Lions  &  les  Tygres,  ainfi  qu’Oppian  le  rapporte. 

Car  nos  Gazelles  avoient  la  façon  fort  douce,  &  l’on  dit  auffi  que  ces  animaux  ne  fe 
mettent  point  en  fureur  ,  fi  ce  n’efl;  quand  on  touche  leurs  cornes.  Les  Auteurs  Arabes 
appellent  la  Gazelle  JUga^el ,  c’efl  à  dire  Chèvre  ;  &  elle  efl  vraifemblablement  la 
Douas,  ou  Chèvre  Libyque,qui  n’efl  point  autre  que  la  Chèvre  Strepficeros,  ou  Chevreuil 
d’Egypte  :  quoi  que  Scaliger  prétende  que  le  Strepficeros  efl  vne  efpece  de  mouton. 
Elian  dit  que  la  Douas  Libyque  efl  legere  à  la  courfe  ,  quelle  a  le  ventre  blanc  ,  &  le 
refie  du  corps  fauve  -,  que  le  blanc  &;  le  fauve  le  long  des  flancs  efl  feparé  d’vne  bande 
noire  ;  quelle  a  les  yeux  noirs,  &;  les  oreilles  fort  grandes.  Le  Strepficeros , luivant  Pline, 
efl:  vne  Chèvre  d’Afrique  qui  a  les  cornes  élevées  fur  la  tefle,  fort  pointues,  rondes,  en¬ 
tourées  de  plufieurs  rides,  6c  tournées  comme  les  branches  d’vne  Lyre  -,  ou  bien  ,  com¬ 
me  Joannes  Caius  l’entend,  qui  fe  détournent  tantofl  en  dehors ,  &  tantofl  en  dedans, 
en  forte  quelles  décrivent  le  profil,  &  le  contour  d’vne  guiterre:mais  il  y  a  lieu  de  dou¬ 
ter  que  les  Lyres  du  temps  de  Pline  fuffent  de  cette  forme. 

Toutes  ces  marques  aiant  eflé  trouvées  dans  ces  cinq  animaux  que  nous  avons  dif- 
fequez,on  peut  dire  que  le  Strepficeros ,  la  'Dorcas ,  &  la  Gazelle  font  vne  même  chofe  :  car 
noflre  Gazelle  efl:  vn  animal  d’Afrique  ,  qui  paroifl  devoir  bien  courir  ,  fi  on  en  juge 
par  la  longueur  des  jambes.  Elle  efloit  de  la  grandeur  &  de  la  forme  d’vn  Chevreüil, 
de  poil  fauve,  à  la  referve  du  ventre  &  de  l’eflomac  qui  efloient  blancs  ,  de  la  queue 
qui  efloit  noiraflre,  &  d’vne  bande  vn  peu  plus  noiraflre  auffi  que  le  refie  du  poil 
qui  defcendoit  depuis  l’œil  jufques  au  mufeau.  Le  poil  reiïembloit  mieux  à  celui  d’vn 
Chevreüil,  qu’à  celui  d’vne  Chèvre,  parce  qu’il  efloit  fort  court.  Sous  ce  poil  le  cuir 
efloit  parfaitement  noir,&  luifant  à  celle  qui  efloit  la  plus  âgée  }  aux  autres  il  efloit 
grifaftre:  &  cette  noirceur  paroifioit  à  toutes  à  découvert  dans  les  oreilles,  qui  efloient 
grandes  &  pelées  en  dedans ,  ou  le  cuir  efloit  noir  &  poli  comme  de  l’Ebene,  aiant 
feulement  quelques  traces  d’vn  poil  fort  blanc,  plus  dur  &  plus  long  que  celui  du  ven¬ 
tre-,  ces  traces  fortoient  du  fond  de  l’oreille  ,  &C  s’étendoient  vers  les  bords  en  s’élargif- 
fant.  Les  yeux  efloient  grands  &  noirs  ;  les  cornes  efloient  auffi  noires  ,  rayées  en  tra¬ 
vers  ,  longues  de  quinze  pouces ,  groffes  de  dix  lignes  par  le  bas,  fort  pointues,  aflez 
droites,  mais  vn  peu  tournées  en  dehors  vers  le  milieu,  tk  qui  fe  raprochoientenfuite  en 
dedans,  félon  la  forme  des  branches  d’vne  Lyre,  telles  que  font  celles  qui  fe  voient  dans 
quelques  anciennes  fculptures.  Celles  du  mâle  efloient  vn  peu  plus  recourbées  en  arriére. 
Elles  efloient  fort  rondes  aux  quatre  femelles ,  mais  le  mâle  les  avoit  vn  peu  com¬ 
primées  &c  applaties, ce  qui  les  empêchoit  d’eflre parfaitement  rondes 5  &  l’on  peut  dire 
que  cette  rondeur  de  cornes  a  donné  à  la  Gazelle  chez  les  anciens  le  nom  de  Strepficeros , 
qui  doit  plûtofl  fignifierdes  cornes  tournées  au  tour,  que  courbées  comme  celles  de  tou- 

X 


42  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  CINQ_G AZELLES. 

tes  les  autres  Chèvres  le  font  à  l’ordinaire  ;  cette  feule  efpece  de  rondeur  eftant  particu-  " 
üere  aux  cornes  de  la  Gazelle  ,  entre  les  Chevres ,  fuppole  qu’elle  foi t  vne  elpece  de 
Chèvre  ;  parce  que  les  autres  cornes  de  ces  animaux  font  à  angles  &  à  pans ,  de  même 
que  celles  de  tous  les  moutons  ,  à  la  referve  de  celui  de  Candie  qui  a  les  cornes  ron¬ 
des  ,  comme  remarque  Belôn  ,  qui  dit  que  même  encore  de  fon  temps  il  eftoit  appellê 
dans  le  pais  Stripfoceri -,  ce  qui  pourrait  bien  ellre  la  raifon  qui  a  fait  dire  à  Scaliger  que 
le  Strepficeros  eft  vne  efpece  de  Mouton. 

Ces  cornes  eftoient  creufes  jufques  à  la  moitié,  &  remplies  d’vn  os  pointu  qui  lesvat- 
tachoit  à  la  telle,  par  le  moien  d’vn  Pericrane  qui  le  couvrait.  Ce  Pericrane  eftoit  fort 
dur  ,  fort  épais,  &  abreuvé  de  beaucoup  de  fang  ,  de  même  que  le  dedans  de  l’os  qui 
eftoit  fpongieux  en  manière  de  D/ploë ,  la  fuperficie  externe  de  l’os  eftant  fort  folide,&: 
rayée  de  quelques  canelures  félon  fa  longueur,  au  contraire  des  canelures  des  cornes, 
qui  eftoient  tranfverfales ,  ainft  qu’il  a  efté  dit.  A  la  racine  de  ces  cornes  il  y  avoit  vne 
touffe  de  poil  plus  long  que  celui  du  relie  du  corps.  — 

Le  nez  eftoit  vn  peu  camus  comme  aux  Chèvres,  mais  encore  plus  au  mâle  qu’aux 
femelles,  car  il  avoit  le  mufeau  moins  long,  ainft  qu’il  l’eft  d’ordinaire  dans  la  plufpart 
des  brutes,  où  les  mâles  ont  toujours  la  telle  plus  ronde  que  les  femelles. 

Le  Palais  eftoit  garni  d’vne  peau  dure ,  en  forme  de  longues  écailles.  Les  Dents  In- 
cilives,  qui  manquoient  à  la  mâchoire  d’en  haut,  parce  que^ cét  animal  rumine ,  eftoient 
au  nombre  de  huit  en  celle  d’en  bas,  fort  trenchantes, &  de  grandeur  inégale-, les  deux 
de  devant  eftant  aufti  larges  que  les  lix  autres,  dont  la  largeur  alloit  toujours  en 
diminuant ,  &  eftant  aufti  beaucoup  plus  larges  en  leur  extrémité  que  vers  leur  ra¬ 
cine.  .  ..  .. 

La  Queue  aux  femelles  avoit  yn  poil  long  &  noiraftre.  Elle  eftoit  plate  à  fon  origi¬ 
ne,  8c  large  vers  fes  premiers  nœuds  environ  de  deux  pouces,  &:  elle  fe  retreftiftbit,  ôt  ve- 
noit  à  n’avoir  pas  vn  pouce  à  l’endroit  où  elle  donne  naiffance  au  long  poil  qui  pen- 
doit  jufques  aux  jarets.  La  Queue  du  mâle  n’avoit  point  ce  long  poil  qui  reffembloit 
à  du  crin  en  toutes  les  femelles  :  il  eftoit  feulement  vn  peu  plus  long  que  celui  du  relie 
du  corps,  &  plus  doux  que  le  crin  de  la  Queue  des  femelles. 

Les  Jambes  de  devant  au  deffous  du  pli  du  genoüil  eftoient  garnies  d’vn  poil  vn  peu 
plus  long,&  plus  dur  qu’au  relie  de  la  Jambe.  Il  eftoit  couché  &  détourné  moitié  à 
droit ,  moitié  à  gauche ,  comme  l’Epy  d’vn  cheval;  &  en  céqendroit  la  peau  eftoit  beau¬ 
coup  plus  épaiffe  qu’ailleurs  ;  ce  qui  lui  failoit  vne  elpece  de  petit  couftinet  pour  s’age- 
noüiller,à  la  manière  desCallolîtez  qui  font  aux  genoux  du  Chameau.  La  Gazelle  que 
Fabius  Columna  décrit  reffembloit  encore  mieux  au  Chameau  que  la  noftre  ,  car  elle 
avoit  cét  endroit  tout-à-fàit  dégarni  de  poil. 

Le  pied,  qui  eftoit  fort  fendu,  muni  en  fon  extrémité  de  deux  grands  ongles,  outre 
les  deux  petits  qui  font  au  Talon  ,  ainli  que  le  pied  du  Chévreüil ,  avoit  aufti  cela  de 
femblable  aux  pieds  du  Chameau,  qu’il  pofoit  moitié  fur  l’ongle  qui  ne  garniffoit  que  le 
devant,  &  moitié  fur  la  peau  qui  couvrait  en  la  partie  pofterieure  vne  chair  ronde,  &C 
bien  plus  épaiffe  qu’elle  n’eft  aux  pieds  des  Cerfs, des Chevreüils,&  des  autres  animaux 
qui  ont  le  pied  fourché.  Et  cette  chair  eft  vraifemblablement  plus  propre  à  marcher 
fur  les  fablons  de  la  Libye ,  que  dans  les  terres  des  autres  païs  qui  font  pierreufes ,  ainft 
que  nous  connûmes  au  pied  d’vne  de  nos  Gazelles,  qui  eftoit  fort  tuméfié ,  pour  avoir 
efté  bleffé  en  cette  partie  tendre  &c  dégarnie  d’ongle. 

Nous  avons  aufti  remarqué  que  ces  pieds  font  fendus  d’vne  manière  particulière , 
parce  que  les  deux  ongles,  qui  fe  pouvoient  éloigner  beaucoup  l’vn  de  l’autre, eftoient 
joints  par  vne  peau  qui  s’étendoit  affez  aifément  :  ce  qui  nous  a  fait  douter  fi  la  Ga¬ 
zelle  ne  ferait  point  l’animal  qu’Elian  dit  eftre  appellé  Km  par  les  Poètes  Grecs,  à 
qui  il  donne  beaucoup  de  marques  qui  fe  voient  dans  la  Gazelle,  mais  entre  autres  cho- 
fes  il  dit  que  fes  pieds,  qui  font  femblables  à  ceux  d’vne  Chèvre ,  font  formez  de  forte 
qu’ils  lui  aident  à  nager.  Cette  peau  eftoit  moins  longue  dans  les  pieds  du  mâle  ,  dont 
les  ongles  ne  s’écartoient  pas  tant  qu’aux  pieds  des  femelles. 


Nos 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  CINQjGAZELLES.  43 

Nos  Gazelles  n’avoient  que  deux  Mammelles ,  qui  n’avoient  chacune  qu’vn  Mam- 
melon.  Il  y  avoit  à  côté  &  au  deffous  des  Mammelles  dans  les  aines  deux  cavicez  com¬ 
me  des  Jfàcs  peu  profonds,  où  la  peau  efloit  fans  poil ,  de  même  qu’elle  l’eft  au  tour  des 
Mammelons  ;  mais  cette  peau  eiloit  moins  licêe,eftantalpre,&;  comme  à  grains  d’orge. 
Ces  cavitez  eltoient  remplies  d’vne  cralfe  femblable  à  de  la  cire  :  ce  qui  peut  avoir 
donné  occafion  à  l’erreur  de  Joann.  Agricola  Ammonius ,  qui  a  pris  la  Civette  pour 
vne  Gazelle,  à  caufe  des  poches  que  la  Civette  a  pour  contenir  fa  liqueur  odorante  -,  la 
Civette  &  la  Gazelle  eftant  d’ailleurs  des  animaux  tout-à-fait  diffemblables ,  &  ces  ca¬ 
vitez  ou  facs  qui  fe  voient  en  la  Gazelle  aiant  bien  plus  de  rapport  avec  ceux  que  les 
Lièvres  ont  en  ce  même  endroit,  qu’avec  ceux  de  la  Civette.  Le  male  avoit  ces  ca¬ 
vitez  ou  facs  de  même  que  les  femelles. 

Ces  particularitez  que  nous  avons  remarquées  dans  ces  femelles  n’eftoient  toutes  que 
dans  trois  de  nos  Gazelles  ;  la  quatrième  différait  des  autres,  en  ce  quelle  n’avoit  point 
de  couflinet  aux  genoux ,  quoy  que  d’autres  plus  jeunes  en  euffent  ;  mais  elle  n’avoit 
pas  cét  endroit  pelé  comme  celle  de  Fabius  Columna,  à  laquelle  elle  reffembloit  d’ail¬ 
leurs,  à  caufe  qu’elle  avoit  cette  bande  noiraftre  le  long  de  chaque  flanc, qu’Elian  a  re¬ 
marquée  dans  la  Dorcas  Libyque  :  le  mâle  avoit  aufli  cette  même  bande. 

POur  ce  qui  eft  des  parties  du  dedans ,  Y  Epiploon  dans  toutes  les  cinq  Gazelles  efloit 
garni  d’vne  graiffe  dure  rougeaftre  ,  qui  couvrait  &  enfermoit  prefque  tous  les 
vaiffeaux  qui  font  en  cette  partie,  en  les  fuivant,  &  les  accompagnant  dans  toutes  leurs 
divifîons.  Cét  Epiploon  ne  nageoit  point  fur  les  Inteftins,  mais  il  les  envelopoit  jufques 
par  derrière,  excepté  en  vn  de  nos  fujets,  dans  lequel  vers  le  côté  gauche  l’Inteftin  Iléon 
eiloit  attaché  au  Péritoine  ,  par  vn  grand  nombre  de  fibres.  Dans  les  autres  il  defcen- 
doit  de  la  partie  anterieure  &  moienne  du  Ventricule,  à  laquelle  il  efloit  attaché  ,  &  paf- 
fant  dans  le  fond  du  bas  ventre  ,  fous  la  plus  grande  partie  des  Inteflins ,  venoit  s’atta¬ 
cher  au  centre  du  Mefentere  ,  &  montant  plus  haut ,  retournoit  à  la  partie  inferieure 
du  Ventricule.  Le  Cartilage  Xiphoïde  efloit  quatre  fois  plus  grand  à  proportion  qu’il 
n’eft  aux  autres  animaux  ,  aiant  vn  pouce  tk  demi  de  large  ,  &  débordant  de  chaque 
côté  de  l’os  du  Sternon  auquel  il  efl  attaché  ,  &:  fe  tournant  en  rond  pour  finir  en  vne 
double  pointe  obtufe. 

Le  Foye  efloit  femblable ,  quant  à  fa  figure ,  à  celui  de  l’homme  ,  eftant  partagé 
en  deux  grands  Lobes  ,  outre  lefquels  il  y  en  avoit  deux  petits,  dont  l’vn  ,  qui  efloit  le 
moins  petit ,  s’alongeoit  jufques  fur  le  Rein  droit,  qu’il  couvrait  à  moitié  -,  l’autre  efloit 
au  milieu  fur  l’épine.  Il  y  avoit  dans  la  partie  cave  du  Foye  du  fan  deux  rameaux  Lym¬ 
phatiques  ,  gros  de  prés  d’vne  ligne.  Ils  paroiffoient  comme  notiez  fort  prés  à  prés ,  à 
caufe  de  l’inégalité  qu’vn  nombre  prefque  infini  de  Valvules  leur  donne  en  les  rétreffif- 
fant  ;  de  forte  que  comme  de  petits  Chappelets  de  cryftal  ils  attachoient  le  tronc  de  la 
Veine  Porte  à  l’orifice  fuperieur  du  Ventricule. 

La  fubftance  du  Foye  nous  parut  bien  particulière ,  eftant  comme  compofée  d’vne 
infinité  de  petites  glandes ,  quelques-vnes  plus ,  quelques  autres  moins  groffes  que  des 
grains  de  chénevy.  Elles  eftoient  d’vn  rouge  bien  plus  pâle  que  ce  qui  les  joignoit  en- 
femble.  Ces  glandes  fembloient  percées  chacune  par  le  milieu,  à  caufe  d’vne  petite  fente 
rouge  quelles  avoient,dont  il  fortoit  du  fang  quand  on  les  preffoit.  Ce  qui  les  feparoit 
les  vnes  des  autres  efloit  d’vn  rouge  pareil  à  celui  des  petites  fentes  ,  mais  cette  partie 
ne  rendoit  point  de  fang.  Les  glandes  de  la  partie  cave  eftoient  beaucoup  plus  groffes 
que  celles  de  la  partie  gibbe. 

Malpighi  Médecin  de  Meiïine  ,  qui  tient  que  tous  les  Parenchimes  font  compofez 
de  plufieurs  glandes  ,  n’explique  point  comment  il  a  reconnu  que  les  Foyes  qui  paroif- 
fent  ordinairement  d’vne  fubftance  continue  &C  homogène, font  en  effet  divifez  en  plu¬ 
fieurs  parties  feparées  les  vnes  des  autres ,  ni  de  quelle  grandeur  elles  font  :  car  quand  il  dit 
que  ces  glandes  reffemblent  à  des  grains  de  raifin  qui  forment  vne  grappe, on  peut  dou¬ 
ter  fi  ces  grains  de  raifin  fignifient  la  figure  ou  lagroffeur  des  glandes,  qu’il  dit  néanmoins 

y 


44  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  CINQjC AZELLBS. 

eftre  hexagones  dans  le  Foye  des  Chats  ,  ôc  differentes  en  chaque  animal.  Nous  avons 
jugé  qu’il  fe  pouvoit  faire  que  les  glandes  qui  compofoient  les  Foyes  de  nos  Gazelles 
eftoient  devenues  apparentes  par  quelque  maladie ,  parce  qu’elles  eiloient  bien  plus 
vifibles  dans  les  vnes  que  dans  les  autres ,  ÔC  que  même  il  y  avoit  vUe  de  nos  Gazelles 
ou  ces  glandes  ne  paroiffoient  point,  ÔC  dans  lefquelles  le  Foye  s’eft  trouvé  d’vn  Paren- 
chime  égal ,  homogène  ÔC.  continu  à  l’ordinaire  -,  en  forte  qu’il  y  a  lieu  de  croire  que 
ces  glandes ,  qui ,  lors  que  l’animal  eft  en  famé  ,  font  fpongieufes  ôc  imbues  du  fang  qui 
eff  dans  tout  le  Parenchime  du  Foye  ,  ne  femblent  point  dire  feparées  les  vnes  des  au¬ 
tres  ,  comme  elles  le  parodient  lors  qu’eftant  endurcies  par  la  maladie  ,  ôc  à  caufe  de 
cela  recevant  moins  de  fang,  leur  fub fiance  differente  les  fait  mieux  diftinguer  par  la 
diverfité  de  couleur ,  qui  en  la  partie  glanduleufe  eft  plus  blanchaftre  faute  de  fang  ,  ôc 
plus  rouge  dans  celle  qui  eft  entre  les  glandes ,  à  caufe  du  fang  qu’elle  contient. 

Mais  ce  qui  confirme  la  penfée  de  Malpighi ,  eft  la  figure  régulière  que  nous  avons 
remarquée  en  ces  glandes,  qui  eft  prefque  toujours  approchante  de  l’hexagone*  ÔC  les 
petites  fentes  dont  toutes  eftoient  percées  en  leur  milieu  :  car  cela  fait  voir  que  ce  n’eft 
point  que  le  Foye  fe  foit  endurci  par  vne  concrétion  fchirreufe  ÔC  contre  nature  ,  de 
fa  fubftance  amaffée fortuitement  en  plufieurs  morceaux,  comme  il  arrive  à  l’huile 
quand  elle  fe  gele  ,  mais  que  chaque  glande  en  s’épaifliffant  a  confervé  fa  figure  natu¬ 
relle. 

La  Ratte  eftoit  de  figure  ovale, fort  mince, toute  attachée, &  collée  fur  le  cofté  gau¬ 
che  du  Ventricule,  à  la  referve  d’environ  la  largeur  d’vn  travers  de  doit  de  la  partie 
de  devant  ,  qui  en  eftoit  feparée  ;  en  forte  que  les  vaiffeaux  appeliez  communément 
Vas  brève,  qui  font  ordinairement  le  lien  qui  attache  la  Ratte  avec  le  Ventricule,  n’ap- 
paroiffoient  point,  eftant  confondus  ÔC  cachez  dans  les  membranes  de  l’vn  ÔC  de  l’antre 
de  ces  Vifceres.  Dans  toutes  les  cinq  la  Ratte  eftoit  violette  par  deffus ,  bleue  par  deffous, 
&par  toutfemée  de  points  blanchaftres,  qui  pouvoient  eftre  pris  pour  des  glandes  pa¬ 
reilles  à  celles  du  Foye  ,  n’eftoit  qu’elles  n’avoient  pas  vne  figure  régulière. 

La  Gazelle,  qui  eft  vn  animal  qui  rumine  ,  n’a  que  deux  Ventricules ,  qui  paroiffent 
bien  diftinguez  ÔC  feparez  l’vn  de  l’autre  par  des  retreffiffemens  confidérables ,  comme 
il  s’en  voit  aux  autres  animaux  qui  ruminent.  Mais  la  vérité  eft  aufti  que  ces  deux 
Ventricules  eftoient  plus  diftinguez  que  les  quatre  ne  le  font  dans  les  autres  animaux: 
car  outre  le  retreftiffement ,  ôc  les  differentes  quaiitez  des  membranes  qui  font  ordinai¬ 
rement  la  diftinélion  des  quatre,  il  y  avoit  vne  Valvule  qui  feparoit  ces  deux  ,  ÔC  on 
trouvait  dans  les  membranes  qui  les  compofoient  toutes  les  diverfes  figures  ÔC  les  fub- 
fiances  particulières  que  ces  quatre  ont  accoutumé  d’avoir. 

Le  premier  ÔC  le  plus  grand  qui  reçoit  la  nourriture  immédiatement  de  i’Oefophage, 
eftoit  fort  ample  ÔC  fort  large  par  le  haut ,  ÔC  fa  figure  eftoit  pointue  par  le  bas.  Il  eftoit 
garni  en  dedans  de  deux  membranes  pofées  l’vne  fur  l’autre  ,  qui  font  celles  dont  fe  re- 
veftent  feparémentles  deux  premiers  Ventricules,  que  l’on  appelle  en  François  la  Tance 
ÔC  le  Bonnet.  Ces  deux  membranes  eftoient  fort  aifées  à  feparer  l’vne  de  l’autre.  L’ex- 
terieure,  qui  fait  la  fuperficie  interne,  ÔC  qui  eft  celle  qui  eft  propre  à  la  Pance  appellée 
Ko;aA  fMyàto  par  Ariftote,  eftoit  comme  vn  velouté  compofé  d’vne  infinité  de  petites 
particules,  aiant  la  forme  de  Mammelons,  qui  avoient  trois  fois  plus  de  longueur  que 
de  groffeur -,  ÔC  cette  groffeur  ne  paffoit  pas  celle  d’vne  médiocre  épingle.  L’autre  mem¬ 
brane  qui  eftoit  fous  cette  première  ,  eft  celle  qui  eft  propre  ôc  particulière  au  fécond 
Ventricule,  appellé  KiKpvQcLtoç  par  Ariftote,  ÔC  Réticulum  par  les  Latins,  à  caufe  qu’elle  a 
des  éminences  qui  reprefentent  vn  rézeau  ,  qui  a  fait  appeller  ce  Ventricule  le  Bonnets 
parce  que  ce  rézeau  reflemble  au  bonnet  de  lacis,  dont  les  femmes  enfermoient  autre¬ 
fois  leurs  cheveux.  Ces  éminences  en  maniéré  de  rézeau  eftoient  comme  engrélées,  ÔC 
bordées  de  petits  grains  par  le  bout. 

Ce  grand  Ventricule  ,  que  nous  ne  contons  que  pour  vn  ,  parce  que  fes  deux  diffe¬ 
rentes  membranes  eftoient  étendues  également,  ôc  de  même  forte  l’vne  fur  l’autre  par 
toute  fa  capacité,  peut  néanmoins  paroiftre  double  ,  en  ce  que  fa  partie  fuperieure ,  qui 

eft 


description  anatomique  DE  CINQ_GA.ZELLES.  4y 

eft  beaucoup  plus  large  que  l’inferieure  ,  en  eftoit  en  quelque  façon  feparée  par  vn  re~ 
treftiffement,  mais  qui  eftoit  peu  confiderable. 

Au  haut  de  ce  grand  Ventricule  vers  le  côté  droit  ,  ou  il  fe  retreffiffoit  en  maniéré 
de  Pylore,  il  y  avoit  vne  ouverture  qui  eftoit  le  paflàge  au  fécond  5  8c  cette  ouverture 
eftoit  fermée  par  vne  membrane,  en  forme  d’vne  grande  Valvule  faite  comme  vn  petit 
fac ,  pour  empêcher  ce  qui  eft  vne  fois  forti  du  grand  Ventricule  d’y  rentrer.  Ce  fécond 
Ventricule  ,  depuis  fon  entrée  jufqu  a  fon  milieu  ,  eftoit  femblable  au  troifiéme  des 
Bœufs  8c  des  Moutons,  appelle  par  Ariftote,  Omafum  par  les  Latins,  8c  Millet  en 
François,  parce  qu’il  eft  plein  comme  de  feuillets  difpofez  félon  fa  longueur  ,  qui  font 
bordez  de  petites  éminences  femblables  à  des  grains  de  Millet ,  qui  ont  paru  afpres  8c 
pleines  de  pointes  à  ceux  qui  lui  ont  donné  fon  nom  Grec  ,  qui  lignifie  vn  Heriffon. 
Cette  afpreté,  qui  n’alloit  que  jufques  à  la  moitié,  ne  cefloit  qu’infenfiblement ,  8c  non 
pas  tout  à  coup.  La  couleur  de  cette  première  partie  du  fécond  Ventricule  le  rendoit 
encore  different  du  premier  grand  Ventricule  ,  en  ce  quelle  eftoit  d’vn  rouge  vn  peu 
violet ,  au  lieu  que  le  premier  eftoit  blanc  à  l’ordinaire. 

La  fécondé  partie  de  ce  Ventricule  eftoit  beaucoup  plus  ample  que  la  première  ,  8c 
cela  reffembloit  au  quatrième  des  autres  animaux  ruminans,  appelle' H par  Ariftote, 
Abomafum  par  les  Latins ,  8c  la  Caillette  en  François ,  parce  que  c  eft  en  ce  Ventricule 
que  s’amaflè  la  prefure  qui  fert  à  faire  cailler  le  lait.  Elle  avoit  aufti  quelques  inégalitez 
8c  éminences  en  maniéré  de  feuillets ,  mais  qui  eftoient  licées  8c  polies.  Elle  formoit 
de  plus  à  fon  entrée  vn  grand  fac,  par  le  moien  d’vn  repli  qu’elle  avoit  au  deffous  de  la 
première  partie  du  fécond  Ventricule  -,  8c  vers  fa  fortie  elle  s’élevoit  8c  fe  retrefliffoit 
pour  faire  le  Pylore.  Cette  ftru&ure  des  deux  Ventricules  qui  s’eft  trouvée  pareille 
dans  toutes  les  femelles,  avoit  quelque  chofe  de  different  d’avec  le  mâle  ,  dont  le  pre¬ 
mier  8c  grand  Ventricule  n’avoit  point  de  pointe  par  le  bas-,  8c  quoi  qu’il  euft  fes  deux 
membranes  feparables  comme  aux  femelles,  celle  de  deffous  n’avoit  point  de  replis  en 
forme  de  rézeau,  ni  de  Valvule  à  l’entrée  du  fécond  Ventricule, qui  avoit  vne  éminen¬ 
ce  ou  boffe  qui  n’eftoit  point  aux  femelles. 

Les  Inteftins  des  femelles  eftoient  difpofez  en  forte  que  le  Jéjunum  8c  l’Ileon  eftoient 
repliez  fort  menu  par  plufleurs  petites  cellules ,  8c  attachez  le  long  du  Colon  ,  qui  leur 
fervoit  de  lien  pour  arrefter  ces  replis  en  maniéré  d’vne  frai  fe.  Le  Colon  n’avoit  aucu¬ 
nes  cellules.  Les  petits  Inteftins  avoient  prés  de  quatre  lignes  de  diamètre,  8c  le  Colon 
plus  de  fix.  Les  Inteftins  du  mâle  avoient  leurs  anfraéhiofitez  d’vne  autre  manière  :  car 
les  vns  eftoient  pliffez  comme  le  Colon  l’eft  aux  hommes,  faifant  vne  infinité  de  petites 
cellules-,  les  autres  eftoient  pliez  en  longueur  comme  le  font  les  trompettes,  chaque  re¬ 
pli  aiant  environ  quatre  pouces. 

Les  rameaux  des  veines  Mefaraïques  eftoient  fort  gros,  8c  attachez  au  Colon  par 
quantité  d’autres  petits  rameaux  qu’ils  y  envoioient  -,  8c  chaque  gros  rameau  paffant  vn 
peu  outre  ,  diftribuoit  aufti  de  la  même  manière  de  petits  rameaux  aux  petits  Inteftins. 

Le  Cæcum  avoit  fept  pouces  de  longueur  ,  8c  vn  pouce  en  groffeur. 

Les  Reins  eftoient  prefque  ronds:  le  droit  eftoit  fous  le  petit  Lobe  droit  duFoye,8c 
le  gauche  fous  la  pointe  du  Ventricule.  La  fituation  de  ceux  du  mâle  eftoit  fort  ex¬ 
traordinaire  -,  car  le  gauche  eftoit  fur  l’Aorte ,  8c  le  droit  eftoit  fi  haut,  qu’il  furpaffoit  le 
gauche  de  deux  ponces. 

A  l’origine  de  i’Artere  Spermatique  droite  du  mâle  ,  il  y  avoit  vn  corps  glandu¬ 
leux  couché  fur  le  tronc  de  la  Veine  Cave  ,  pour  fervir  comme  de  couftinet  à  cette 
Artere. 

La  Matrice  fe  feparoit  en  deux  cornes  ,  comme  aux  autres  Brutes.  Elle  avoit 
par  dedans  quantité  d’éminences  comme  des  Mammelons ,  fept  ou  huit  dans  chaque 
corne  -,  8c  à  l’orifice  interne  il  y  avoit  vne  Caruncule  en  dedans  qui  le  couvroit. 

Il  y  avoit  deux  grands  vaifleaux  qui  alloient  aux  Mammelles.  La  Veine  qui  eftoit 
plus  groffe  alloit  droit  au  Mammelon ,  confervant  toujours  fa  même  groffeur  ,  8c  fe 
perdant  tout-à-coup ,  fans  jetter  aucuns  rameaux  apparens.  L’Artere  alloit  à  la  poche 

Z 


4 6  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  CI  NQ_G  AZËLLES. 

ou  fac  qui  eft  proche  du  Mammelon,  où  elle  fe  divifoit  en  cinq  ou  fîx  rameaux,  com¬ 
me  vne  patte  d’Oye. 

Le  Poumon  avoit  quatre  Lobes  au  côté  droit, 8c  deux  au  gaucheTls  eftoient  enl’vne 
des  Gazelles  tous  adherens  tant  les  vns  aux  autres  qu’avec  les  Côtes  8c. le  Diaphragme, 
auquel  le  Foye  eftoit  auffi  tellement  collé,  que  Ton  Parenchyme  y  demeuroit  attaché,  8c 
fe  déchirok  plûtoft  que  de  s’en  feparer. 

En  ce  même  fujet  la  Veine  Azygos  eftoit  auffi  groffie  que  la  Veine  Cave. 

Toutes  nos  Gazelles  avoient  le  Cœur  long  8c  pointu,  celui  de  la  plus  grande  aiant 
quatre  pouces  8c  demy  de  long  fur  deux  8c  demy  de  large.  Les  Ventricules  du  Cœur 
de  celle  qui  eftoit  morte  d’vn  coup  qui  lui  avoit  brifé  l’épaule,  eftoient  prefque  rem¬ 
plis  comme  d’vne  chair  dure  ÔC  folide,  laquelle  eftoit  vn  corps  eftrange,  8c  feparé  de  la 
fubftance  du  Cœur  8c  de  fes  Vaifleaux.  Le  Péricarde  eftoit  immédiatement  attaché  au 
Sternon  8c  au  Diaphragme  par  deux  forts  ligamens.  La  pointe  du  Cœur  eftoit  tournée 
vers  le  Cartilage  Xiphoïde. 

Le  Cerveau  avoit  peu  d’anfraéfuofitez ,  8c  n’eftoit  que  legerement  enfoncé, 8c  divifé 
en  deux  ,  à  l’endroit  de  la  faux.  Les  deux  Ventricules  fuperieurs  eftoient  ouverts  l’vn 
dans  l’autre  en  la  partie  anterieure  du  Septum  lucidum ,  par  vn  trou  large  de  deux  tiers 


de  ligne. 


Le  globe  de  l’Oeil  qui  eftoit  fort  grand ,  aiant  vn  pouce  de  diamettre  ,  eftoit  recou¬ 
vert  d’vne  paupière  interne  :  la  Cornée  eftoit  en  ovale.  Le  tapis  del’Uvée  avoit  la  cou¬ 
leur  d’vne  Nacre  verte,  8c  la  Retine  en  cét  endroit  eftoit  traverfée  du  rameau  d’vne 
Veine  qui  jettoit  plulieurs  branches;  le  tout  eftant  plein  d’vn  fang  noiraftre.  Le  rameau 
eftoit  de  la  grofteur  d’vne  grofle  épingle,  8c  il  fe  glifloit  dans  i’épaiffeur  de  la  Retine. 


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Explication  de  la  figure  du  Chat-Pard. 


O, N  peut  remarquer  dans  ia  figure  d’en  bas,  que  cét  animal  eft  tout-à-fait  fembla- 
ble  au  Chat,  excepté  qu’il  a  le  col  vn  peu  plus  court  à  proportion  ,  &  la  queue 
beaucoup  plus  petite.  Il  différé  aufli  en  cela  mefme  du  Léopard  ,  qui  a  le  col  long 
délié, &  la  queue  fort  grande,  ainfi  que  les  Naturaliftes  le  décrivent. 

Dans  la  figure  d’en  haut 


AA.  Efit  le  fond  du  Ventricule. 

B  B.  La  V âne  Gastrique. 

C  C.  La  membrane  qui  attache  enfimble  les  deux  orifices  du  Ventricule. 

D.  La  Ratte.  * 

E.  Le  tronc  de.  la  ‘veine  Ca<ve. 

G.  Le  tronc  de  l'Aorte. 

H.  L’artere  Moment  en  que  Supérieure  3  qui  eït  mal  nommée  Inferieure  dans  le  texte. 

I.  Les  veines  &  artères  Lombaires. 

Kl  K.  Les  Vreteres. 

L.  La  Vefiie. 

N  N.  Les  Profitâtes. 

O  O.  Les  Peins. 

V.  La  Verge. 

CK^  La  Membrane  propre  du  Pein. 

R  R.  Des  V aiffeaux  apparens  fur  la  fuperficie  du  Parenchime  du  Pein. 

S  S.  Deux  grands  Sinus  dans  l’os  Frontal. 

TT.  Deux  autres  Sinus  dans  l’os  Occipital. 

V  V.  Le  grand  Cerveau. 

X.  Le  Cervelet. 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D'UN  CHAT  PARD 

ON  croit  que  le  Chat-pard  eft  vn  de  ces  Animaux  qui  font  engendrez  par  le  mé¬ 
lange  de  deux  differentes  efpeces, Si quil  doit  eftre  mis  au  nombre  des  nouveau- 
tez  que  l’Afrique  produit  tous  les  jours  -,  fuivant  le  fentiment  d’Ariftote ,  qui  ren¬ 
dant  raifon  de  la  fécondité  que  l’Afrique  a  pour  les  Monftres,  dit  que  la  fechereffe 
de  fes  deferts  oblige  les  belles  fauvages  à  s’affenibler  aux  lieux  où  il  y  a  de  l’eau  :  Sc  • 
il  fuppofe  que  cette  affemblée  donne  occalion  à  ces  differens  Animaux  de  s’accou¬ 
pler  ,  Sc  d’engendrer  vne  nouvelle  elpece,  lors  qu’il  arrive  qu’ils  font  égaux  en  gran¬ 
deur  ,  Si  que  le  temps  qu’ils  ont  accoutumé  de  porter  leurs  petits  n’ell  pas  beaucoup 
different. 

Mais  fuivant  ces  raifons  d’Arillote  ,  l’animal  dont  nous  parlons  femble  ne  pouvoir 
eftre  engendré  d’vn  Léopard  Si  d’vne  Chatte,  ni  d’vn  Chat  Si  d’vne  Panthère,  qui  fui¬ 
vant  la  plus  commune  opinion  eft  la  femelle  du  Léopard  :  car  ni  la  ftature  de  ces  ani¬ 
maux,  ni  le  temps  pendant  lequel  ils  portent  leurs  petits  ne  font  point  pareils-,  le  Léo¬ 
pard  Sc  la  Panthère  eftant  des  animaux  beaucoup  plus  grands ,  Si  d’vne  efpece  qui 
porte  fes  petits  bien  plus  long-temps  que  les  Chats. 

Noftre Chat-Pard  n’avoit  que  deux  pieds  &  demi, depuis  le  bout  dumufeau  jufqu’au 
commencement  de  la  queue.  Il  n’eftoit  haut  que  d’vn  pied  Si  demi ,  à  prendre  du  haut 
du  dos  jufqu’au  bout  des  pattes  de  devant.  La  queue  n’avoit  que  huit  pouces. 

Il  n’y  avoit  rien  dans  toute  fa  figure  extérieure  qui  ne  fe  trouve  dans  le  Chat,  fi  ce  n’eft 
que  fa  queue  n’eftoit  pas  affez  longue  à  proportion  du  refte  du  corps,  dont  la  grandeur 
furpaffoit  à  la  vérité  celle  des  plus  gros  Chats ,  mais  elle  eftoit  aufli  bien  au  deftous  de 
celle  des  Léopards  Si  des  Panthères.  Il  n’avoit  pas  non  plus  le  col  long  Si  délié  com¬ 
me  ces  animaux,  au  contraire  il  l’avoit  en  quelque  forte  plus  court  à  proportion  que 
les  Chats  ;  ce  que  nous  reconûmes  venir  en  quelque  forte  de  ce  qu’il  eftoit  extraordi¬ 
nairement  gras. 

Mais  en  cela  il  nous  a  encore  femblé  répugner  à  la  nature  du  Léopard  ,  qui  félon 
Galien  eft  le  plus  maigre  de  tous  les  animaux  -,  fi  ce  n’eft  qu’on  fuppofe  que  noftre 
Chat-Pard  ait  efté  engendré  d’vn  Léopard  Si  d’vne  Chatte  ,  Si  non  pas  d’vn  Chat  Sc 
d’vne  Panthère  -,  parce  qu’on  remarque  qu’ordinairement,  lors  qu’il  y  a  mélange  d’efpe- 
ce ,  ce  qui  en  eft  engendré  a  plus  de  reffemblance  à  la  mere  qu’au  pere ,  principalement 
en  ce  qui  regarde  la  forme  Sc  l’habitude  du  corps. 

La  groffeur  du  poil  eftoit  aufli  à  proportion  de  la  longueur  de  même  qu’elle  eft  aux 
Chats ,  mais  il  eftoit  vn  peu  plus  court.  La  couleur  qui  regnoit  prefque  par  tout  le 
corps  ,  eftoit  le  Roux  ;  le  ventre  feulement  Sc  le  dedans  des  jambes  de  devant  eftoit 
Ifabelle  ,  la  gorge  Sc  le  deffous  de  la  mâchoire  inferieure  eftoit  blanc.  Par  tout  il  y 
avoit  des  taches  noires,  longues  fur  le  dos ,  &C  rondes  fur  le  ventre  Sc  fur  les  pattes ,  à 
l’extrémité  defquelles  les  taches  eftoient  fort  petites ,  Sc  femées  fort  prés  à  prés.  Il  y 
avoit  fur  les  Oreilles  des  bandes  fort  noires  qui  les  traverfoient-,  Sc  au  refte  elles  reflem- 
bloient  tout-à-fait  à  celles  d’vn  Chat.  Les  poils  delà  barbe  eftoient  plus  courts  qu’aux 
Chats  à  proportion  du  corps  -,  Si  il  n’y  en  avoit  point  aux  fourcils  Si  aux  joues ,  où  les 
Chats  en  ont. 

En  ouvrant  le  ventre  on  trouva  vne  quantité  extraordinaire  de  graiffe ,  car  tous  les 
intervalles  des  mufcles  du  ventre  inferieur  en  eftoient  remplis  -,  Sc  fous  le  Péritoine  il  y 
en  avoit  vn  morceau  plus  gros  que  le  poing  ,qui  enfermoit  la  Veine  Ombilicale.  Les 
deux  tuniques  de  l’Epiploon  qui  en  eftoient  aufrî  fort  garnies ,  defcendoient  jointes  en- 
femble  à  l’ordinaire  ,  Si  s’étendoient  jufques  dans  les  aines  -,  Si  fe  repliant  fous  les  inte- 
ftins,  les  embraffoient,  Si  les  tenoient  fufpendus  comme  dans  vn  fac. 


Bb 


jo  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CHAT-PARD. 

Les  Inteftins  eftoient  prefque  tous  d’égale  gro  fleur,  &  a  voient  deux  tiers  de  pouce  de 
diamètre.  Le  JLêÏÏum  Se  le  Colon  eftoient  plus  gros  que  les  autres  feulement  dVn  tiers  de 
pouce.  Ces  deux  gros  Inteftins  enfemble  eftôient  longs  de  douze  pouces  ;  les  autres 
depuis  le  Pylore  jufqu’au  Cdcum  avoient  environ  fept  pieds.  Le  Cæcum  avoit  vn  pou¬ 
ce  &  demi  de  long  ,  Se  deux  tiers  de  pouce  dans  fa  plus  grande  largeur.  Il  fe  terminoit 
en  vne  pointe  obtule. 

Le  Ventricule,  qui eftoit  fort  grand,  &  fort  ample,  avoit  dans  la  fmuofité,  qui  eft  à  la 
plufpart  des  Brutes  entre  l’orifice  fuperienr  &  l’inferieur  ,  vne  membrane  fort  char¬ 
gée  de  graiffe  qui  joignoit  enfemble  ces  deux  orifices ,  ïk  qui  conduifoit  le  tronc  de  la 
Veine  Gaftrique  jufqu’au  bas  de  la  finuofitë,  fans  toucher  aux  membranes  du  Ventricu- 
•  le  -,  la  Veine  Gaftrique  eftant  dans  cette  membrane  de  la  même  maniéré  que  les  vaif- 
feaux  font  dans  le  Mefentere,  &  jettant  fes  rameaux  dans  le  Ventricule  de  même  que 
les  vaifteaux  du  Mefentere  les  jettent  dans  les  Inteftins, ou  que  le  Vas  breve  les  produit, 
pour  s’inferer  au  fond  du  Ventricule,  &  dans  la  Ratte. 

Le  Pancréas  eftoit  attaché,  &  fe  couloitle  long  du  Duodénum  fk  de  l'Ileon ,  &  n’avan- 
çoit  pas  fort  avant  fous  le  Ventricule. 

La  Ratte  avoit  quatre  pouces  de  longueur,  &  quinze  lignes  dans  fa  plus  grande  lar¬ 
geur.  Elle  eftoit  de  couleur  de  Rouge  brun,  &  fa  figure  repreièntoit  affez  bien  vne  feuille 
de  Chefne ,  eftant  découpée  en  plufieurs  endroits. 

Le  Foye  eftoit  partagé  en  fix  grands  Lobes ,  dont  il  y  en  avoit  trois  qui  eftoient  re¬ 
coupez  chacun  en  deux.  Sa  fubftance  eftoit  molaffe  ,  &  il  fembloit  qu’elle  fuft  com- 
pofée  de  plufieurs  glandes ,  de  même  que  nous  l’avons  déjà  remarqué  dans  le  Foye  des 
Gazelles.  Cela  fe  reconnoiflbit  par  deux  couleurs  differentes  ,  qui  fe  voioient  dans  ce 
Foye 5  le  fond  eftant  noiraftre,ô£  tacheté  d’vn  rouge  Clair  &  Jaunaftre  :  mais  ces  taches 
n’avoient  point  vne  figure  femblable  &£  régulière  comme  celles  qui  ont  efté  obfervées 
dans  le  Foye  des  Gazelles. 

La  Veficule  du  Fiel  eftoit  dans  le  plus  grand  Lobe  de  ceux  qui  eftoient  recoupez  en 
deux  :  fa  couleur  droit  fur  le  jaune.  Sa  grandeur  eftoit  proportionnée  à  celle  de  tout 
l’animal ,  de  même  que  les  Reins ,  dont  la  membrane  propre  fe  feparoit  facilement, 
quoi  que  les  vaifteaux  qui  eftoient  étendus  en  grand  nombre  fur  la  fuperficie  exté¬ 
rieure  du  Parenchyme ,  &  qui  eftoient  fort  gros  &  fort  enflez ,  paruffent  au  travers  de 
cette  membrane,  de  même  que  fi  elle  euft  efté  fort  ferrée  deffus  le  Parenchyme  :  car 
ces  vaifteaux  eftoient  fi  vifibles ,  qu’ils  fembloient  appartenir  à  cette  membrane  ,  quoi 
qu’en  effet  ils  fu fient  enfermez  dans  la  fubftance  du  Rein  ;  ce  qui  a  déjà  efté  remarqué 
dans  le  jeune  Lion. 

Pour  ce  qui  eft  des  parties  de  la  Génération  elles  eftoient  bien  défectueufes  &  im¬ 
parfaites-,  car  hormis  la  Verge,  les  Proftates,&  la  Caruncule  qui  eft  dans  l’Urethre  ,  il 
n’en  paroifloit  aucun  veftige.  Il  y  auoit  feulement  vn  vaiftêau  qui  pouvoir  eftre  pris  pour 
vn  des  Déferens;  mais  on  ne  pût  fçavoir  certainement  fi  c’en  eftoit  véritablement  vn, 
parce  qu’il  n’y  avoit  point  d’apparence  de  Tefticules ,  &  qu’on  ne  pût  découvrir  d’où 
il  venoit.  A  l’égard  des  autres  vaifteaux  Spermatiques ,  on  ne  les  trouva  point ,  quoy 
qu’on  les  cherchai!  avec  tout  le  foin  poflible  :  car  on  douta  fi  l’on  ne  les  avoit  point 
rompus  par  mégarde,  comme  il  y  a  lieu  de  croire  que  fit  Hofmannus,  quand  il  difle- 
qua  vne  femme  à  qui  ces  deux  arteres  Spermatiques  ne  furent  point  trouvées ,  quoy 
qu’elle  euft  eû  plufieurs  fois  des  enfans.  Pour  s’éclaircir  fur  ce  doute,  on  prefla  la  veine 
Cave,  &  on  fit  monter  le  fang  qui  y  eftoit  contenu  depuis  les  rameaux  Iliaques  jufqu’aux 
veines  Emulgentes.  On  fit  auffi  la  même  compreflion  à  l’Emulgente  gauche  ,  fans  qu’il 
fortift  aucune  goutte  du  fang  qui  y  eftoit  en  abondance  ,  &  fort  coulant.  On  lia 
auffi  la  greffe  Artere  vn  peu  au  défions  de  l’Emulgente  ;  &C  aiant  foufflé  dans  le 
tronc ,  il  ne  fie  perdit  point  de  vent.  Il  eft  vray  qu’aiant  lié  le  tronc  au  deffus  de  la 
divifion  des  Iliaques,  le  vent  fe  perdit  par  la  Mefenterique  Inferieure  ,  qui  eftoit  rom¬ 
pue  :  mais  ce  rameau  aiant  efté  lié,  l’air  ne  fortit  plus  lors  qu’on  fouilla,  &  que  tout  le 
tronc  s’enfla. 


Ce 


DECSRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CHAT-PARD.  51 

Ce  défaut  de  vaiffeaux  Spermatiques  &c  des  autres  parties  qui  font  abfolument  necef- 
faires  pour  engendrer  ,  s’accordoit  affez  bien  avec  l’abondance  de  la  graiffe  dont  tout 
cét  animal  elloit  plein  ,  à  la  maniéré  de  tous  ceux  qui  par  vue  caufe  externe  ont  efté 
mis  en  ellat  de  ne  pouvoir  engendrer ,  &  dans  lefquels  les  relies  de  la  nourriture  ne 
fçauroient  ellre  empîoiez  qu’à  produire  de  la  graille. 

Cela  nous  donna  quelque  foupçon  que  nollre  Chat-Pard  pouvoir  avoir  elle  châtré 
lors  qu’il  elloit  encore  jeune,  fuivant  lacouftujne  que  les  Turcs  ont  d’en  vfer  ainli,  au¬ 
tant  qu’ils  peuvent,  envers  tous  les  mâles  qu’ils  tiennent  dans  leurs  maifons,ou  ils  noms 
rident  alfez  fouvent  des  Chat-Pards,  principalement  dans  la  Barbarie;  y  aiant  quelque 
apparence  que  les  vailfeaux  Spermatiques  pourroient  avoir  efté  confumez  &  effacez  par 
l’âge,  de  même  que  les  Anaftomofes  du  cœur  le  font  dans  les  animaux  peu  de  temps  apres 
la  naiffance ,  lors  que  ces  parties  n’aiant  plus  d’aélion  ni  d’vfage ,  le  deffechent,  &  s’abo- 
liffent  enfin  entièrement.  Mais  la  vérité  eft  que  nous  ne  trouvâmes  aucune  cicatrice  à 
la  peau  du  ventre  ;  &  que  conliderant  que  les  vaiffeaux  Ombilicaux  ne  laiffent  pas  de 
demeurer, quoi  que  retreffis , lors  qu’ils  ne  font  plus  les  fondions  aufquelles  ils  eiloient 
empîoiez  avant  la  naiffance  ;  &  que  les  vaiffeaux  Spermatiques  fervant  à  autre  chofe 
qu’à  la  Génération ,  n’ont  point  occalion  de  fe  deffecher  faute  d’emploi ,  lorfque  celui , 
auquel  ils  font  principalement  deftinez  vient  à  ceffer  ,  puis  qu’on  voit  ordinairement 
qu’ils  jettent  plufieurs  rameaux  en  paffant  pour  la  nourriture  des  parties  voifmes  ;  nous 
demeurâmes  dans  l’opinion  ou  nous  avions  premièrement  efté,  que  ce  defaut  d’organes 
Il  importans  devoit  venir  d’autre  part ,  &  que  la  Stérilité  qui  eft  ordinaire  à  quelques- 
vns  des  animaux  qui  ont  efté  engendrez  du  mélange  de  deux  efpeces  differentes ,  de¬ 
voit  avoir  dans  noftre  fujet  vne  caufe  bien  particulière.  Car  ce  qui  rend  les  Mulets 
fteriles  n’eft  point  le  défaut  d’aucun  des  organes  qui  font  neceffaires  à  la  Génération, 
puis  que  la  différence  qui  fe  peut  rencontrer  dans  la  conformation  de  la  matrice  des 
Cavalies  Se  de  celle  des  Alneffes  ne  fcauroit,  ainfi  que  quelques-vns  prétendent,  fon¬ 
der  cette  caufe  de  ftenlité;laCavalle ,  a  qui  il  manque  quelque  chofe  qui  fe  trouve  dans 
l’Afneffe  ,  n’eftant  privée  d’aucune  des  parties  qui  font  absolument  neceffaires  pour  la 
Génération,  puis  quelle  engendre  ;&  la  différence  des  organes  n’eftant  point  vne  raifon 
de  fterilité  ,  puis  que  la  différence  des  organes  qui  eft  entre  l’efpece  des  Chevaux  &C 
celle  des  Afnes  n’empêche  point  la  génération  des  Mulets,  qui  proviennent  du  mé¬ 
lange  de  ces  deux  efpeces. 

C’eft  pourquoi  Ariftote  ,  fuivant  Empedocle  ,  attribue  feulement  ce  défaut  au  Tem¬ 
pérament  de  ces  animaux  ,  dont* les  parties  ont  contraélé  vne  dureté  qui  les  rend  inca¬ 
pables  de  contribuer  à  vn  nouveau  mélange  :  ce  que  cePhilofophe  explique  par  la  com- 
paraifon  du  Cuivre  &  de  l’Etain  ,  qui  étant  feparément  affez  duéliles  &c  allez  malléa¬ 
bles  pour  eftre  empîoiez  en  plufieurs  &  differens  ouvrages  ,  ne  font  plus  en  eftat 
d’eftre  maniez  ,  &  de  recevoir  vne  nouvelle  forme  ,  à  caufe  d’vne  dureté  caftante  , 
d’vne  aigreur  ,  que  la  maffe  compofée  de  ces  deux  métaux  acquiert ,  lors  qu’ils  font 
fondus  enfemble. 

De  forte  que  s’il  eft  vrai  que  les  Loups  Cerviers ,  qu’on  tient  eftre  engendrez  du 
Loup  &  de  la  Panthère  ,  ainfi  que  les  Dogues  du  Léopard  &  de  la  Chienne  ,  &  la  pluf- 
partdes  autres  animaux  qui  font  nez  du  mélange  de  deux  efpeces,  ne  laiffent  pas  d’eftre 
féconds  5  il  faudrait  croire  que  la  conformation  de  noftre  Chat-Pard  lui  eftoit  particu¬ 
lière  &  accidentelle  ;  &  que  le  défaut  des  parties  qui  lui  manquoient,  &C  qui  le  rendoient 
incapable  d’engendrer  ,  ne  venoit  point  de  ce  mélange  d’efpeces  ,  qui  en  changeant  la 
Conformation  des  parties  ne  la  peut  pas  corrompre  au  point  de  la  rendre  inhabile  aux 
fonétions,  &  qui  eft  encore  moins  capable  de  faire  vne  Mutilation;  mais  qui  peut  plus 
facilement  caufer  vn  vice  dans  le  Tempérament,  qui  eft  vne  fuite  fort  naturelle  du  Mé¬ 
lange  ;  &  enfin  qu’il  y  a  apparence  que  fi  le  Mulet  eft  le  leul  que  la  confufion  des  efpe¬ 
ces  rend  fterile ,  il  faut  aufti  qu’il  y  ait  quelque  chofe  de  particulier  dans  ceux  qui  l’ont 
engendré,  qui  ne  fe  rencontre  pas  dans  les  autres.  C’eft  ce  qu’ Ariftote  a  remarqué  dans 
le  Cheval  &  dans  l’Afne,  qui  ont  Tvn  &  l’autre  beaucoup  moins  de  force  pour  la  Ge- 

Cc 


y*  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CHAT-PARD. 

nération  que  tout  le  refte  des  animaux  ,  puis  qu’en  ce  genre  ,  qui  eft  de  ceux  qui  vivent 
peu  ,  8e  qui  par  confequent  devraient  eilre  plus  promptement  engendrez  ,  les  femelles 
portent  bien  plus  long-temps  ce  quelles  ont  conçu,  &  ont  bien  plus  de  peine  à  bidon¬ 
ner  fa  derniere  perfection  que  les  autres,  à  caufe',  comme  dit  ce  Philofophe,  de  la  du¬ 
reté  de  leur  matrice  ,  qui  eft  comme  vne  terre  que  la  fechereffe  8e  l’aridité  a  rendue 
fterile. 

Car  cela  eftant,  il  fe  trouve  que  le  Mylet  eft  fterile  ,  non  feulement  par  la  rgifon  gé¬ 
nérale  de  la  répugnance  qui  fe  trouve  toujours  dans  le  mélange  des  differentes  efpeces, 
mais  aufli  par  le  défaut  particulier  qui  eftoit  dans  l’vne  8e  dans  l’autre  des  efpeces  qui 
fe  font  affemblées  pour  l’engendrer  ,  8e  qui  n’ont  pas  pu  furmonter  cette  répugnance 
auffi  puiffamment  que  les  Léopards,  les  Chiens ,  8e  les  Renards ,  qui  font  des  animaux 
affez  féconds,  pour  pouvoir  tranfmettre  à  leur  pofterité  les  puiffantes  difpofitions  qu’ils 
ont  pour  la  Génération,  nonobftant  la  reftftance  que  le  mélange  des  efpeces  differentes 
y  peut  apporter. 

La  Verge  eftoit  extraordinairement  petite,  n’aiant  depuis  la  tuberofité  de  l’Ifchion 
qui  eft  fon  origine  ,  jufqu’au  bout ,  qu’vn  pouce  8e  demi ,  8e  qu’vue  ligne  8e  demie  de 
diamètre.  Il  ne  s’y  eft  point  trouvé  d’os. 

LeDiaphragme  eftoit  fort  charnu,  8e  fapartienerveufe  tres-petite.  Le  Péricarde,  dans 
lequel  il  rfy  avoit  point  d’eau ,  eftoit  extrêmement  ferré  furie  Cœur  -  ce  qui  eftoit  peut- 
eftre  arrivé  par  le  gonflement  de  cette  partie,  qui  à  la  maniéré  de  toutes  les  chofes  qui 
fe  gelent ,  s’eftoit  enflée  :  car  cette  diffeôlion  fut  faite  l’onzième  jour  de  Janvier  de  fan- 
née  1670.  dans  laquelle  on  a  reffenti  vn  froid  plus  grand  qu’en  aucune  autre  dont  on 
euft  mémoire.  Les  Ventricules  du  Cœur  eftoient  remplis  d’vne  grande  quantité  de  fang 
glacé  8e  endurci ,  qui  ne  l’ eftoit  pourtant  pas  dans  les  Veines, peut- eftre  à  caufe  de  fa  pe¬ 
tite  quantité,  qui  fe  dégele  aifément  dans  les  parties  qu’il  faut  manier  affez  long-temps 
pour  en  faire  la  di  fié  cl  ion  8e  la  préparation.  Le  Cœur  eftoit  plus  rond  8e  moins  pointu 
qu’aux  Chats  8e  aux  belles  farouches ,  à  caufe,  ainft qu’il  y  a  apparence ,  que  la  diftention 
extraordinaire  8e  l’élargiflément  des  Ventricules  avoit  fait  retirer  la  pointe  vers  la 
bafe. 

Le  Poumon  avoit  huit  Lobes ,  quatre  au  côté  droit ,  trois  au  gauche  ,  8e  le  huitième 
au  milieu  dans  la  cavité  du  Mediailin  joignant  le  Diaphragme. 

L’os  du  Front  avoit  deux  Sinus  affez  grands  ,  qui  eftoient  quarrez  8e  longs ,  fort  prés 
l’vn  de  l’autre.  Il  y  avoit  deux  autres  Sinus  dans  l’os  Occipital  :  ils  eftoient  de  forme 
triangulaire,  8e  éloignez,  eftant  à  droit  8e  à  gauche  du'petit  Cerveau.  L’os  qui  feparoit 
ces  deux  Cerveaux  avoit  deux  pointes. 

Le  grand  Cerveau  eftoit  divifé  en  deux  par  la  Faux  qui  eftoit  fort  large,  &  qui  y  en¬ 
trait  bien  profondément.  Les  Anfraéluofitez  s’étendaient  en  longueur  depuis  le  petit 
Cerveau  jufqu’au  devant.  A  l’endroit  ou  eft  ordinairement  la  glande  Pineale  on  ne 
trouva  qu’vn  petit  point  de  la  groffeur  de  la  pointe  d’vne  épingle,  qui  fut  pris  pour  cette 
glande. 

L’Orbite  de  l’Oeil  eftoit  fermée  8e  offeufe  tout  autour ,  l’os  des  Temples  8e  celui  de  la 
Joue  fe  joignant  :  mais  la  partie  interne  8e  fuperieure  eftoit  ouverte  ,  de  maniéré  que  le 
globe  de  l’Oeil  touchoit  aux  mufcles  des  Temples. 

Le  globe  de  l’Oeil  avoit  onze  lignes  de  diamètre  par  le  milieu  -,  la  Cornée  en  avoit 
neuf.  Il  y  avoit  vne  Paupière  interne,  qui  eftoit  fttuée  dans  le  grand  Coin  de  l’Oeil,  8c 
qui  s’avançoit  vers  le  petit. 

L’humeur  Aqueufe,  qui  eftoit  en  tres-grande  quantité, ne  fè  trouva  point  gelée,  quoi 
que  la  Vitrée  8e  la  Cryftalline  le  fuffent  fortement  :  ce  qui  fait  voir  que  cette  humeur 
eft  improprement  appellée  Aqueufe, 8e  que  fafubftance  eft  plûtoft  Spiritueufe  8e  com¬ 
me  Etherée  ;  parce  que  la  congélation  appartient  particulièrement  aux  liqueurs  aqueu- 
fes  -,  celles  qui  font  grades  8e  oleagineufes  n’eftant  capables  que  de  Coagulation  ,  de 
même  que  celles  qui  font  Spiritueufes  8e  Etherées  ne  fouffrent  ni  la  Congélation  ni  la 
Coagulation  :  de  forte  qu’il  y  a  apparence  que  cette  fubftance  ,  qui  eft  enfermée  au  de¬ 
vant 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CHAT-PARD.  53 

vant  de  l’Oeil,  ne  tient  rien  de  l’eau  que  la  tranfparence  &c  la  fluidité,  parce  quelle  avoit 
befoin  d’vne  tenuité  &C  d’vne  fubtilité  extraordinaire,  pour  fervir  à  laRefra&ion  qui  fe 
doit  faire  dans  le Cryftallin , dont  lafubftance  eft  plus  denfe,en  établiflant  la  diverfltéde 
milieu ,  qui  efl;  neceflaire  à  cette  operation. 

La  Choroïde  eftoit  brune  ,  &c  la  Retine  blanche.  Le  Tapis  eftoit  auflî  d’vn  blanc 
bleüaftre.  A  l’endroit  du  nerf  Optique  on  remarqua  vn  point  noir.  Le  nerf  entroit  dans 
l’Oeil  prefque  au  droit  du  milieu  du  Tapis.  Le  Cryftallin  avoit  cinq  lignes  de  diamètre, 
fa  partie  pofterieure  n’eftoit  pas  fl  convexe  que  l’anterieure. 


Explication  de  la  figure  du  Renard  <EMarin. 


DA  n  s  la  figure  d’en  bas  il  eft  couché  de  telle  forte ,  qu’on  peut  voir  les  deux 
Creftes  qu’il  a  fur  le  dos,  l’Oeil,  la  Narine,  &  les  cinq  ouvertures  des  Bronchies, 
avec  les  Dents  qui  font  au  côté  droit  toutes  d’vn  feul  os ,  ne  faifant  qu’vn  rang , 
d’vne  autre  maniéré  qu’au  côté  gauche ,  où  elles  font  feparées  les  vnes  des  autres , 
difpofées  en  plufieurs  rangs ,  ainfi  qu’il  fe  voit  dans  la  figure  d’en  haut. 

Dans  la  figure  d’en  haut 


A.  Eft  le  Cœur . 

B  C.  Le  Lobe  droit  du  Foje. 

B.  La  Veficule  du  Fiel 3  dont  on  ne  voit  qu’vne  petite  partie ,  par  ce  qu’elle  eft  enfermée  au  dedans  du  Foje. 
DE.  Le  Lobe  gauche. 

F.  La  Ratte. 

G  H.  Le  Ventricule. 

G  K.  L’InteJlin  Duodénum. 

KL.  Le  grand  Intejtin. 

M.  L’Aorte  afcendante. 

N.  L’Oreille  du  Cœur. 

O.  La  Cornée  plifée  fur  le  Crjftallin. 

PP.  Le  rebord  de  la  Sclérotique. 

Le  Nerf  Optique. 

R  S  T,  Le  grand  înteflin ,  dont  on  a  ôté  vne  moitié  des  tuniques  qui  font  fa  cavité }  pour  faire  voir  la 
Membrane  qui  fait  en  dedans,  la  vis  en  coquille . 

R.  V extrémité  du  Duodénum. 

S.  Le  commencement  du  Redtum. 

T .  La  Membrane  qui  fait  la  vis  en  coquille. 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D'UN  RENARD  MARIN. 

NO  u  s  avons  trouvé  dans  ce  Poiflbn  toutes  les  marques  par  lefquelles  les  Auteurs 
defîgnent  celui  qu’ils  appellent  Renard  Mann  ,  à  la  referve  de  quelques  particu¬ 
larité/,  que  l’on  prétend  1  avoir  fait  ainfi  nommer.  Car  ils  difent  qu’il  a  beaucoup  de 
rapport  avec  le  Renard  Terreftre,  à  caufe  de  fa  Queue  ,  de  fa  Finefle,  de  l’Odeur,  êc  du 
gouft  de  fa  chair:  mais  aucun  de  la  compagnie  n’a  remarqué  qu’il  fentift autrement  que 
la  plufpart  desPoiffons  de  Mer.  Sa  chair  a  efté  trouvée  d’affez  bon  gouft,  pour  faire  qu’il 
puilfe  eftre  pris,  comme  il  l’a  efté  par  quelques  Auteurs,  pour  YAccipenfer, ou  du  moins 
pour  faire  dire  quelle  n’eft  point  femblable  à  celle  du  Renard ,  que  l’on  fçait  eftre  af- 
fez  mauvaife  -,  &  on  n’a  point  crû  que  cét  animal  deuft  avoir  beaucoup  de  Finefle, 
s’il  eft  vrai  que  la  cervelle  y  ferve ,  parce  que  l’on  ne  lui  en  a  prefque  point  trouvé. 
Quant  à  la  Queue  elle  eft  à  la  vérité  allez  eftrange,mais  elle  ne  reflemole  en  rien  à  celle 
d’vn  Renard. 

Le  Renard  Marin  eft  mis  par  les  Auteurs  dans  le  genre  des  Cetacees  cartilagineux 
non  plats  ,  que  l’on  appelle  Galeodi.  Leurs  différences  génériques  font  d’avoir  deux 
Foyes,  cinq  Ouïes  ou  Bronchies  de  chaque  coté  ,  &  des  pointes  pendantes  aux  Nageoi¬ 
res  qui  font  fous  le  ventre  aux  cotez  du  nombril  aux  mâles.  Ces  Poiffons  font  de  fix  ef- 
peces  nommées  Ca  ni  cul  a ,  Jlcantw ,  Mujlelm,  G  ale  xi  as ,  Afterias ,  Alopecias ,  qui  eft  nô¬ 
tre  Renard  Marin,  dont  la  différence  fpecifique,  quant  à  la  figure,  fe  prend  de  fa  queue, 
qui  reprefente  parfaitement  bien  vne  Faux. 

La  longueur  de  tout  ce  Poiftôn  eftoit  de  huit  pieds  &  demi ,  Sc  fa  plus  grande  lar¬ 
geur  au  droit  du  ventre  de  quatorze  pouces.  Sa  figure  eftoit  telle,  que  depuis  la  pointe 
du  mufeau  jufques  environ  au  milieu  de  toute  fa  longueur,  il  avoit  la  forme  ordinaire 
d’vn  Poiflon  :  car  il  aîloit  en  s  elargiffant  jufques  au  ventre  ,  &c  puis  il  fe  retreftiffoit 
jufqu’à  l’endroit  où  hniroit  la  queue  d’vn  autre  Poiffon.  Mais  c’eft  là  que  commencoit 
la  flenne,  qui  eftoit  prefque  aulîi  longue  que  tout  le  refte  du  corps,  &  faite  en  maniéré 
de  Faux  recourbée  vers  le  ventre.  A  l’endroit  où  cette  Faux  commencoit,  il  y  avoit 
vne  Nageoire  vnique  audeflbus,  que  Salvian  dit  eftre  au  deflus,  où  il  y  avoit  feule¬ 
ment  vne  éminence,  qui  eftoit  vne  articulation  qui  faifoit  que  l’épine  fe  pouvoit  fléchir 
en  cét  endroit  plus  facilement  en  haut  èt  en  bas  qu’en  tout  le  refte  du  corps,  où  la  flé- 
xion  n’eftoit  aifée  qu’à  droit  &C  à  gauche. 

Il  y  avoit  deux  Creftes  élevées  fur  le  dos ,  vne  grande  au  milieu  ,  &C  vne  autre  plus 
petite  vers  la  queue,  quoi  qu’Ariftote ,  au  rapport d’Athenée,  die  qu’il  n’a  aucune  crefte 
fur  le  dos.  Il  y  avoit  trois  Nageoires  de  chaque  côté.  Les  deux  d’auprès  de  la  tefte  eftoient 
grandes,  &C  reprefentant  les  aîles  d’vn  Oifeau  plumé,  qui  eft  peut- eftre  ce  qui  a  fait  dire 
à  Ariftote  qu’il  y  a  vn  Renard,  qui  comme  la  Chauve-Souris,  a  des  aîles  faites  de  peau. 
Ces  Nageoires  étoient  longues  de  quinze  pouces,  &  larges  en  leur  bafe  de  cinq.  Celles 
qui  étoient  au  milieu  du  ventre  étoient  de  grandeur  moienne.  Elles  étoient  à  côté  du  nom¬ 
bril,  &avoient  chacune  vne  pointe  pendante  :  ce  qui  eft  le  propre  des  mâles  en  cette  forte 
de  Poiflbns,  comme  il  a  efté  dit.  Les  dernieres  proche  de  la  queue  eftoient  fort  petites. 

La  Peau  eftoit  licée  &  fans  écailles;  les  Creftes  &  les  Nageoires  eftoient  dures,  &  com¬ 
poses  d’arreftes ferrées  par  la  peau  qui  les  couvroit,  dont  la  couleur  eftoit  égale  par 
tout  d’vn  gris  fort  brun ,  bleüaftre  comme  de  la  bourbe  ,  non  pas  blanche  par  le  ven¬ 
tre  comme  au  Renard  Marin  de  Salvian. 

L’ouverture  de  la  Gueule  étoit  de  cinq  pouces ,  &  armée  de  deux  fortesde  dents.  Le 
côté  droit  de  la  Mâchoire  fuperieure  jufques  à  l’endroit  où  font  les  Canines  des  autres 
animaux  ,  avoit  vn  rang  de  dents  pointues ,  dures  &c  fermes  ,  eftant  toutes  d’vn  feul  os 
en  forme  de  foie  ;  mais  cét  os  étoit  beaucoup  plus  dur  que  le  refte  des  os  qui  tiennent 

Ee 


j6  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  RENARD  MARIN. 

du  Cartilage  dans  ces  fortes  de  Poi  fions.  Les  autres  dents  qui  bordoient  le  relie  de 
cette  mâchoire  3c  toute  l’inferieure  faifoient  fix  rangs  par  tout,  3c  étoient  mobiles 3c 
attachées  par  des  membranes  charnues.  Leur  figure  étoit  triangulaire  vn  peu  aiguë,  3c 
leur  fubflance  étoit  beaucoup  moins  dure  que  celle  des  autres  qui  font  en  forme  de 
fcie,  principalement  aux  rangs  de  dedans,  ou  elles  étoient  fort  fragiles,  3c  moins  dures 
que  le  Cartilage  ,  en  forte  qu’il  y  en  avoit  quelques-vnès  qui  ne  paroiflfoient  que  com¬ 
me  vne  membrane  endurcie. 

La  Langue  étoit  toute  adhérante  à  la  mâchoire  inferieure  ,  3c  compofée  de  plufieurs 
os  articulez  fermement  les  vns  aux  autres  par  vne  chair  fibreufe.  Elle  étoit  reveftuë 
d’vne  peau  dure,  3c  couverte  de  petites  pointes  luifantes,  qui  la  rendoient  fort  afpre  de 
dedans  en  dehors,  3c  fort  licée,  3c  gliffante  du  dehors  au  dedans.  Ces  pointes  veuës  avec 
le  Microfcope  étoient  tranfparentes  comme  du  cryftal,  3C  paroifioient  avoir  trois  lignes 
en  leur  longueur,  3c  vne  3c  demie  en  leur  bafe. 

Le  Coller  étoit  fort  large,  &  l’Oefophage  ne  l’étoit  pas  moins  que  le  Ventricule,  dans 
lequel  les  Auteurs  difent  que  ce  Poilfon  cache  fes  petits  quand  ils  ont  peur,  en  les  ava¬ 
lant  pour  les  revomir  en  fuite  ;  3c  c’ell  la  raifon  qui  a  fait  dire  à  Elian  3c  à  Plutarque, 
que  l’adrelfe  que  ce  Poilfon  a  de  fe  défaire  de  l’ameçon  qu’il  a  avalé,  efb  de  le  vomir  avec 
fon  Ventricule  ,  qu’il  retourne  ,  comme  dit  Elian  ,  ainli  qu’vn  habit  :  ce  qui  efh 
bien  plus  probable  que  ce  que  les  autres  difent  ,  à  fçavoir  qu’il  achevé  d’avaler  la  ligne 
jufques  à  ce  qu’il  ait  trouvé  vn  endroit  alfez  foible  pour  la  couper  avec  fes  dents ,  parce 
qu’il  n’a  point  de  dents  propres  à  couper. 

Ce  Ventricule  étoit  long  environ  de  quinze  pouces,  3c  large  de  cinq  ,  aboutilfant  au 
bas  à  vn  Pylore  fort  étroit,  qui  étoit  comme  vn  étranglement ,  faifant  le  pafiage  du  Ven¬ 
tricule  à  l’Inteftin.  Cepalfage  ou  conduit, qui  n’avoit  que  trois  lignes  de  long,  3c  vne  3c 
demie  de  diamètre,  étoit  fort  licé,&  gliflant,de  même  que  l’Oefophage,  mais  le  dedans 
du  Ventricule  étoit  inégal ,  3c  femblable  à  celui  des  animaux  qui  ruminent,  que  l’on  ap¬ 
pelle  Réticulum.  On  a  trouvé  dans  le  Ventricule  vne  branche  de  l’herbe  Marine  nom¬ 
mée  Varec ,  de  la  longueur  de  cinq  pouces ,  3c  vn  Poilfon  de  pareille  longueur  fans  telle, 
fans  écaille ,  fans  peau  &  fans  entrailles,  le  tout  aiant  efté  confumé,  à  la  referve  de  la 
chair  mufculeufe,  qui  étoit  demeurée  entière. 

Après  le  Pylore  l’Inteftin  s’élargilfoit  vn  peu  julques  à  avoir  quatre  lignes  de  diamètre, 
pendant  la  longueur  de  cinq  pouces -,  ce  que  l’on  peut  prendre  pour  le  Duodénum ,  quife 
dilatoit  en  fuite  pour  former  vn  grand  Intellin ,  qui  avoit  la  longueur  d’environ  dix- 
huit  pouces  fur  trois  de  large.  Sa  partie  inferieure  ,  qui  eftoit  lice  ,  8c  longue  de  fept 
pouces ,  eftoit  le  Retfum.  La  fuperieure  qui  avoit  environ  treize  pouces ,  eftoit  d’vne 
llruéture  fort  particulière  -,  car  au  lieu  des  circonvolutions  ordinaires  des  Inteftins  ,  la 
cavité  de  celui-cy  eftoit  entrecoupée  tranfverfalement  de  plufieurs  feparations  com- 
pofées  des  membranes  de  l’Inteftin  repliées  en  dedans.  Ces  feparations  étoient  à  demi 
pouce  prés  l’vn  de  l’autre  ,  3c  tournées  en  vis  comme  la  coquille  d’vn  Limaçon,  ou  d’vn 
efcalier  fans  noyau  :  ce  qui  fait,  ainfi  qu’il  eft  aifé  de  juger,  que  la  nourriture  s’arrefte, 
3c  eft  fort  long-temps  à  pafier,  quoi  que  le  chemin  foit  allez  court. 

Le  Foye  occupoit  toute  la  longueur  du  côté  droit  du  ventre.  Il  eftoit  partagé  en 
deux  Lobes  •  ce  qui  a  fait  dire  aux  Autheurs  que  ce  Poilfon  a  deux  Foyes.  Le  plus  long 
de  ces  Lobes  avoit  vingt  pouces ,  l’autre  dix-huit,  l’vn  3c  l’autre  n’en  aiant  que  cinq  de 
large:  fa  couleur  eftoit  rougeaftre,  3c  il  eftoit  rayé  tout  le  long  ,  &  en  travers  par  des 
lignes  obfcures.  Le  Fiel  eftoit  enfermé  au  haut  du  grand  Lobe  dans  la  fubftance  du  Pa¬ 
renchyme  ,  3c  n’eftoit  pas  appliqué  au  delfus  dans  vneVelicule  ;  mais  on  voioit  feule¬ 
ment  paroiftre  fa  couleur  verte  au  travers  de  la  tunique  du  Foye.  Les  deux  Lobes  pe- 
foient  cinq  livres  &  demie.  La  Veficule  avoit  au  dedans  comme  des  feüillets  compofez 
de  fa  tunique  :  le  Fiel  quelle  contenoit  a  ellé  trouvé  avoir  plus  d’acidité  que  d’amer¬ 
tume. 

La  Ratte  eftoit  attachée  au  bas  du  Ventricule.  Elle  eftoit  double  de  même  que  le 

Foye  ,  3c  finifiant  en  deux  pointes  inégales ,  dont  la  plus  longue  eftoit  de  cinq  pouces. 

Sa 


DECSRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  RENARD  MARIN.  j7 

Sa  couleur  eftoit  femblable  à  celle  du  Foye  ,  eflant  feulement  vn  peu  moins  obfcure 
6c  moins  brune.  On  a  remarqué  auprès  de  la  Ratte  vne  partie  attachée  àl’Inteftin, 
que  l’on  peut  dire  eftre  le  Pancréas ,  parce  qu’elle  eftoit  comme  gianduleufe  ,  mais  elle 
eftoit  plus  noire  que  la  Ratte. 

On  trouva  vers  le  nombril  vne  partie  renfermée  au  dedans,  longue  environ  de  deux 
pouces ,  6c  pointue  par  le  bout ,  qui  fut  jugée  eftre  la  partie  qui  fait  le  fexe  ,  lequel  on 
avoit  déjà  reconnu  par  les  deux  pointes  dont  on  a  parlé ,  6c  que  les  Auteurs  difent  ne 
fe  trouver  qu’aux  mâles. 

Les  Oiïyes  qui  font  cinq  de  chaque  côté,  avoient  cela  de  commun  entre  elles  ,  que 
leur  ouverture,  qui  eft  environ  de  deux  pouces  6c  demi ,  s’élargiffoit  prefque  d’vne  fois 
autant  en  dedans, pour  fe  retreftir  à  vn  trou  pareil  à  leur  ouverture  :  ce  qu’elles  avoient 
de  different ,  eft  que  les  trois  du  milieu  étoient  plus  grandes ,  6c  garnies  par  le  dedans 
de  Bronchies.  Les  deux  dernieres  qui  font  vn  peu  plus  petites ,  principalement  celle 
qui  eft  la  plus  éloignée  de  la  tefte  ,  avoient  cela  de  particulier  ,  quelles  étoient  lices,  6c 
fans  ces  feüilletures  dont  les  Bronchies  font  compofées. 

Le  Cœur  étoit  fans  Péricarde  ;  mais  il  y  avoit  vne  Membrane  pareille  à  celle  du  Pé¬ 
ricarde  qui  revêtoit  &envelopoit  l’Aorte.  Lagroffeurdu  Cœur  6c  fa  figure  étoit  d’vn  œuf 
de  poule.  Son  Ventricule  qui  étoit  vnique  comme  à  tous  les  animaux  qui  ne  refirent 
point,  avoit  cinq  Valvules,  trois  Sigmoïdes  à  l’embouchure  de  l’Aorte ,& deux Triglo- 
chines  à  celle  de  la  veine  Cave.  Le  Cœur  avoit  auffi  vne  feule  Oreille  fort  grande,  6c  le 
commencement  de  l’Aorte  étoit  ceint  d’vn  anneau  charnu  de  dix  lignes.  L’Aorte  af- 
cendante  après  avoir  jette  quelques  rameaux  pour  le  Cerveau  ,  fe  confumoit,  6c  fe 
perdoit  prefque  toute  fous  la  Langue. 

La  Tefte  n’eftoit  prefque  qu’vne  maffe  de  chair  ,  étant  couverte  des  mufcles  des 
Temples,  qui  avoient  plus  de  quatre  pouces  d’épaiffeur.  Le  Crâne  n’étoit  pas  plus  gros 
que  le  poing  :  il  eftoit  épais  par  deffus  de  prés  de  deux  doigts.  Cette  épaiffeur  étoit  cavée 
par  trois  Sinus  caverneux  6c  inégaux.  Ils  étoient  prefque  tous  vuides,  ne  contenant  qu’vn 
peu  de  mucofité  meflée  de  fang.  Le  Cerveau  qui  étoit  fort  petit,  6c  qui  avoit  peu  d’an- 
fraôluofitez  ,  étoit  fi  molaffe  6c  fi  fondu  ,  qu’on  ne  pût  faire  aucune  obfervation  fur 
fà  ft  ru  cl  ure. 

La  Moelle  Epinière,  qui  jetto.it  tout  le  long  par  les  trous  qui  font  entre  les  Vertehres, 
des  filamens  de  nerfs  de  la  groffeur  d’vne  épingle,  eh  produifoit  à  fon  commencement 
au  fortir  du  Crâne  trois  paires  qui  étoient  de  la  grofîénr  d’vne  ligne  6c  demie  ,  deux 
defquelles  alloient  fc  divifer  aux  mufcles  des  Temples  ,  6c  à  ceux  qui  remuent  les  gran¬ 
des  Nageoires  de  devant  :  la  troifiéme  paire  fe  couloir  tout  le  long  de  l’Epine  ,  confer- 
vant  toujours  fa  même  groffeur ,  bien  quelle  jettaftde  temps  en  temps  dans  les  chairs  de 
petits  rameaux  femblables  à  ceux  qui  fortoient  de  la  Moelle  Epiniere. 

Les  Yeux  qui  étoient  plus  gros  que  ceux  d’vn  Bœuf  n’étoient  que  demi  fperiques, 
étant  plats  en  devant ,  6c  la  Sclérotique  faiiânt  comme  vne  coupe.  Cette  Membrane 
étoit  allez  mince,  mais  il  dure  qu’elle  peut  plûtoft  pafferpour  vn  os  que  pour  vne  Mem¬ 
brane.  La  Cornée  au  contraire  étoit  fî  tendre,  quelle  étoit  pliffée,  6c  enfoncée  fur  le 
Cryftallin,  qui  etoit  parfaitement  fperique,  ainli  qu’il  fe  trouve  d’ordinaire  aux  Poiffons  ; 
néanmoins  en  l’vn  des  Yeux  il  étoit  quelque  peu  aplati. 

L’Uvée  anterieure  n’étoit  point  noire  ,  ni  fort  obfcure  en  dedans ,  mais  feulement 
grife  ,  comme  elle  eft  en  dehors ,  ou  elle  fait  l’Iris.  La  Choroïde  étoit  de  pareille  cou¬ 
leur  ,  6c  fon  fonds  avoit  ce  luftre  de  Nacre  qui  eft  aux  animaux  terreftres,  6c  que  nous 
appelions  le  Tapis ,  mais  avec  des  couleurs  moins  vives.  La  Retine  étoit  parfemée  de 
vaiffeaux  fanguinaires  fort  apparens. 

CePoiffon  étoit  fort  charnu,  &  on  lui  a  trouvé  en  plufieurs  endroits  de  la  graiffe  de 
plus  d  vn  pouce  d’épaiffeur  :  ce  qui  fortifie  bien  l’opinion  d’Archeftratus,  qui  dans  Athe- 
née  affure  que  le  Renard'Marin  eft  ce  Poiffon  que  ceux  de  Syracufe  appellent  Cyna 
Piona  ,  a  caufe  de  l’abondance  de  la  graiffe  qu’il  a  :  ce  qui  eft  contre  le  (èntiment  d’Epæ- 
netus,  qui  dit  dans  ce  même  Auteur,  que  les  Poiffons  cartilagineux  n’en  ont  point. 

Ff 


ure  du  Loup-Cervier. 


CE  qu’il  y  a  de  pins  considérable  dans  la  figure  d’en  bas  eft  le  poil  noi 
houppe  que  chaque  Oreille  a  fur  le  bout,  &  la  rondeur  de  la  Telle  de 
le  refte  de  la  forme  de  l’animal ,  qui  n’a  rien  qui  tienne  de  celle  du  Loup. 


Dans  la  figure  d’en  haut 


A.  EJï  vn  dès  Reins. 

B  C.  La  Langue . 

D  D.  Les  Integumens  du  bas  ventre* 

E  E.  Le  Foje. 

F.  La  Veftcule  du  Fiel. 

G.  Le  Ventricule. 

H  H.  La  Ratte. 

III.  Les  vaijfeaux  qui  font  ce  que  l'on  appelle  le  Vas  Brève. 
K  K  K.  L’Epiploon. 

LL.  Les  Intefms. 


0 


m 


4 


,  qui  fait  la 
même  que 


* 


T9 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D'UN  LOUP  CERVIER 

QUelques-vus  ont  eftiméque  cét  animal  eftoit  appelle  Loup-Cervier,  à  caufede 
fa  figure  ôc  de  fa  couleur  ,  fuppofant  qu’il  a*  la  forme  d’vn  Loup,  de  même  qu’il 
reffemble  en  quelque  façon  au  Cerf  par  la  couleur  de  fon  poil.  Cette  même  raifon  a 
fait  croire  à  d’autres  qu’il  eft  le  Thos  des  Anciens,  parce  qu’Oppian  dit  que  leThos  a  la 
forme  de  fôn  pere  qui  eft  le  Loup  ,  tk  la  couleur  de  fa  mere  qui  efl  la  Leoparde.  Mais 
la  vérité  eft  que  le  Loup-Cervier  n’a  rien  qui  reffemble  au  Loup  -,  &C  que  le  peu  qu’il 
tient  du  Léopard  ou  du  Cerf  eft  fi  commun  à  quantité  d’autres  animaux,  qu’il  y  a  plus 
d’apparence  ,  ainfi  que  plufieurs  croient ,  qu’on  lui  a  donné  le  nom  de  Loup-Cervier, 
parce  qu’il  chaffe  les  Cerfs  de  même  que  le  Loup  dévoré  les  Moutons. 

Celui  que  nous  avons  diffequé  n’avoit  point  le  mufeau  long  &  pointu  comme  le 
Loup ,  mais  moufle  8t  court  ,  ce  qui  le  faifoit  plûtoft  reffembler  à  vn  Chat.  La  lon¬ 
gueur  de  toute  la  Telle  eftoit  de  fept  pouces,  celle  du  Col  de  quatre  :  le  refte  du  corps 
avoit  vingt-quatre  pouces,  fans  comprendre  la  Queue  qui  n’en  avoit  que  huit  -,  le  tout 
faifant  trois  pieds  fept  pouces.  La  hauteur  depuis  l’extrémité  du  dos  jufqu’au  bout  des 
pattes  de  devant  étoit  de  vingt  pouces ,  &  il  y  en  avoit  vingt-trois  depuis  l’Os  Sacrum 
jufqu’aux  extrémitez  des  pieds  de  derrière. 

Les  Pattes  de  devant  avoient  cinq  doits  *,  celles  de  derrière  n’en  avoient  que  quatre. 
Tous  ces  doits  étoient  armez  d’ôngles  crochus ,  pointus,  &  articulez  de  même  qu’aux 
Lions,  aux  Ours,  aux  Tigres  &  aux  Chats  que  nous  avons  diffequez. 

Le  Dos  étoit  roux,  marqué  de  taches  noires.  Le  Ventre  ôë  le  dedans  des  Jambes  étoit 
d’vn  gris  cendré  ,  aufti  marqué  de  taches  noires  ,  mais  différemment  ;  car  les  taches  du 
Ventre  étoient  plus  grandes, moins  noires,  ôëplus  éloignées  les  vues  des  autres  que  cel¬ 
les  du  Dos,  des  Jambes  &  des  Pattes,  dont  le  dehors  étoit  roux  de  même  que  le  Dos. 
La  plus  grande  partie  du  Poil , à  fçavoir  celui  qui  paroiffoit  roux,  &£  celui  qui  paroiffoit 
gris  cendré,  étoit  en  effet  de  trois  couleurs ,  aiant  la  racine  d’vn  gris  brun  ,  &:  l’extré¬ 
mité  blanche  :  mais  cette  blancheur  de  l’extrémité  occupoit  vne  fi  petite  partie  du  poil, 
qu’elle  n’empêchoit  pas  de  voir  fa  principale  couleur,  qui  eftoit  celle  du  milieu ,  &  elle 
faifoit  feulement  paroiftre  toute  la  fùperficie  du  corps  comme  enfarinée.  Le  poil,  qui 
faifoit  les  taches  noires ,  n’eftoit  que  de  deux  couleurs ,  n’aiant  point  de  blanc  à  l’extrémi¬ 
té,  &  eftant  feulement  moins  noir  vers  la  racine  ,  laquelle  néanmoins  étoit  plus  brune 
que  celle  de  l’autre  poil. 

Les  dents  Canines ,  qui  eftoient  au  nqmbre  de  quatre, eftoient  longues  à  la  mâchoire 
d’en  haut 'de  huit  lignes  :  les  deux  de  la  mâchoire  d’en  bas  n’eftoient  que  de  fix  lignes. 
Entre  les  Canines  il  y  avoit  en  chaque  mâchoire  fix  Incifives,  &  celles  d’en  haut  étoient 
aufti  plus  longues  que  celles  d’en  bas.  Il  y  avoit  dix  Molaires,  cinq  de  chaque  côté,  à  fca- 
voir  deux  en  haut,  &C  trois  en  bas  à  chaque  mâchoire. 

La  Langue  avoit  quatre  pouces  &  demi  de  long,  &  vn  pouce  &C  demi  de  large.  Elle 
eftoit  couverte  de  pointes  de  même  qu’au  Lion  &  au  Chat.  Ces  pointes  depuis  le  bout 
de  la  Langue  jufqu’à  la  moitié  eftoient  fort  dures  &c  fort  aiguës,  &  eftoient  tournées 
vers  la  racine  de  la  Langue.  Celles  qui  eftoient  depuis  la  racine  jufqu’au  milieu  eftoient 
tournées  à  l’oppofite,  &  eftoient  plus  moufles,  &  moins  dures. 

Les  Oreilles ,  qui  eftoient  fort  femblables  à  celles  d’vn  Chat,  avoient  chacune  au  haut 
qui  eftoit  en  pointe,  vne  Houppe  de  poil  fort  noir ,  qui  nous  parut  eftre  vn  charaétere 
affez  particulier  au  Loup-Cervier  ,  pour  le  diftinguer  de  plufieurs  autres  animaux  qui 
font  décrits  dans  les  Hiftoires  des  Anciens ,  comme  le  Thos,  le  Chaos,  &  le  Panther, 
que  les  Auteurs  modernes  ont  pris  pour  le  Loup-Cervier-,  mais  dans  pas  vn  defquels 

G§ 


6o  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  LOUP-CERVIER. 

on  n’a  remarqué  cette  Houppe,  qu’Elian  dit  eftre  fur  le  bout  des  Oreilles  du  Lynx  de  la 
même  maniéré  que  nous  l’avons  trouvé  en  noftre  fujet ,  &  aux  autres  Loups-Cerviers 
qui  font  au  Parc  de  Vincennes. 

Il  eft  alfez  difficile  de  deviner  pour  quelle  raifon  les  Auteurs  modernes  ont  pris  le 
Loup-Cervier  pour  le  Thos  des  Anciens ,  dont  quelques-vns ,  comme  Theocrite,  ont 
feulement  dit  que  c’eft  vne  eipece  de  Loup  -,  &  d’autres ,  comme  Homere  ,  qu’il 
mange  les  Cerfs  :  car  on  prétend  que  cét  Auteur  a  décrit  en  quelque  façon  quelle  eft 
la  nature  des  Thos,  en  les  comparant  à  vne  multitude  de  Troyens,  qui  preffiant 
Vlyffe  dans  vn  combat  font  mis  en  fuite  par  Ajax,qui  le  vient  dégager:  Mais  il  fait  en¬ 
tendre  par  cette  comparaifon  que  les  Thos  font  des  animaux  foibles,&  peu  courageux, 
puis  que  s’étant  affemblez  pour  manger  vn  Cerf  qui  a  efté  bleffé  par  vn  Chaffeur  ,  ils 
l’abandonnent  à  vn  Lion  qui  furvient.  C’eft  pourquoi  ils  font  interprétez  par  le  Scolia- 
fte  Vantheria ,  qui  font  vne  efpece  de  Loup  foible  &  timide.  Ariftote  dit  auffi  de  même 
que  Theocrite,  que  le  Thos  eft  fembiable  au  Loup,  qu’il  eft  leger  à  la  courfe,  &  qu’il 
faute  fort  loin ,  quoi  qu’il  ait  les  jambes  courtes. 

Mais  il  y  a  d’autres  raifonspour  faire  croire  que  le  Loup-Cervier  n’eft  point  le  Thos, 
qui  font  bien  plus  puiffantes.  Car  outre  que  nous  n’avons  point  trouvé  que  noffire  Loup- 
Cervier  euft  les  jambes  courtes,  les  autres  marques  auffi  que  les  Anciens  donnent  au 
Thos  lui  manquent ,  n’aiant  point  la  figure  d’vn  Loup,  ainfi  qu’Ariftote  &  Oppian  le 
dépeignent ,  n’étant  point  foible  &  craintif,  ainfi  qu’Homere  le  décrit ,  n’aiant  point 
vne  autre  couleur  l’Hiver  que  l’Efbé ,  &  n’étant  point  du  genre  des  animaux  qui  aiment 
l’homme,  qui  ne  lui  font  point  de  mal ,  &  qui  ne  le  fuient  point  :  car  on  fçait  que 
ces  charaéteres ,  par  lefquels  Ariftote  &  Pline  défignent  le  Thos ,  ne  fie  trouvent  point 
dans  le  Loup-Cervier  -,  la  plufpart  font  contraires  à  ce  que  nous  avons  obfervé 
.dans  celui  que  nous  avons  diffequé. 

Il  n’y  a  que  le  changement  de  la  couleur  du  poil  que  nous  avons  crû  d’abord  eftre 
tel  qu’Ariftote  le  reprefente  dans  le  Thos  -,  parce  que  le  poil  du  Loup-Cervier  qui 
nous  a  efté  apporté  vers  la  fin  de  l’Automne  eftoit  bien  different  du  poil  de  ceux 
que  nous  avions  vus  l’Efté  dans  le  Parc  de  Vincennes  5  ces  derniers  n’aiant  point  le 
dos  roux  ,  ni  marqué  de  noir  comme  le  notre  ,  mais  feulement  mêlé  confufément 
de  noir,  de  gris  &  de  roux:  outre  que  leur  poil  eftoit  court,  gros,  &C  rude  comme 
à  vn  mâtin  ,  au  lieu  que  noftre  Loup-Cervier  l’avoit  long,  doux,  &  fin  comme  celui 
d’vn  Chat.  Mais  nous  avons  enfin  trouvé  que  cette  diverfité  en  couleur  de  poil  ne 
venoit  point  du  changement  qui  lui  arrive  félon  les  faifons,mais  de  la  différence  des 
elpeces  de  Loups-Cerviers  :  car  il  y  en  a  dont  le  dos  eft  roux  ,  marqué  de  noir,  qui 
viennent  de  Mofcovie,  tel  qu’eftoit  le  noftre  -,  d’autres  qui  viennent  du  Levant  & 
de  Canada,  qui  n’ont  point  de  taches  fur  le  dos ,  tels  que  font  ceux  que  nous  avons 
vus  à  Vincennes. 

C’eft  pourquoi  les  Auteurs  ne  font  point  d’açcord  entr’eux,  &  il  y  en  a  qui  fe  contre- 
difent  auffi  eux-mêmes  fur  cette  opinion  que  le  Thos  foit  le  Loup-Cervier.*  Car  quoi 
que  Scaliger&  Gaza  interprètent  toujours  le  Thos  dans  Ariftote  Lupus  Cervarius ,  ce  que 
Gillius  &  Gefiier  font  auffi  dans  Elian-,  Scaliger  ne  laiffepas,  quand  il  parle  autre  part 
du  Loup-Cervier  ,  de  témoigner  qu’il  eftime  qu’il  eft  le  Lynx  mâle  ;  ce  qui  peut  faire 
croire  encore  qu’il  prend  le  Thos,  le  Lynx,&  le  Loup-Cervier  pour  vnmême  animal, 
conformément  à  l’explication  de  Petrus  Crinitus  ,  qui  interprète  Thoës  dans  Homere 
Lynces ,  &C  à  celle  d’Euftathius,  qui  dit  que  le  Thos  n’eft  point  vn  animal  foible  &C  timi¬ 
de  ,  parce  qu’il  croit  que  le  Thos  eft  le  Loup  -  Cervier  ,  qui  en  effet  eft  fort  Sc  cou¬ 
rageux. 

Mais  Hermolaus  fur  Pline  ,  dit  qu’il  ne  fe  peut  affez  étonner  de  l’erreur  de  ceux 
qui  prennent  le  Loup-Cervier  pour  le  Thos:  car  l’efpece  du  Loup,  qu’on  prétend  eftre 
le  Thos , eft  vn  animal  foible  &  lâche ,  qui  eft  appelle  par  Gaza,  par  Gefiier  ,  &  par  Ni- 
phus  Lupus  Canarim  ,  Lupus  Armemus  ,  ôc  Vanther  par  le  Scoliafte  d’Homere  -,  Oppian 
met  le  Thos  entre  les  petites  &  chetives  belles ,  telles  que  font  les  Loirs,  les  Efcurieux 

&C  les 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  LOUP-CERVIER.  61 

8c  les  Chats  :  ce  qui  eft  confirmé  par  Hefychius,  8c  femble  eftre  affez  conforme  à  l’idée 
qu’Homere  donne  du  Thos. 

De  forte  qu’il  ne  refte  qu’à  voir  fi  noflre  Loup-Cervier,  qui  a  fi  peu  de  rapport  avec 
les  defcriptions  que  les  Anciens  font  du  Thos  8c  du  Vanther,  en  a  davantage  avec  ce  qu’ils 
ont  écrit  du  Chaos  &  du  Lynx.  Hermolaus  ne  doute  point  qu’il  ne  fbit  le  Chaos  de 
Pline.  Et  en  effet ,  quand  cét  Auteur  parle  du  Loup-Cervier,  il  en  dit  la  même  chofe 
qu’il  a  dit  du  Chaos,  qui  eft  que  Pompée  en  fît  voir  dans  fon  Theatre  à  Rome  ,  qui 
efloient  marquetez  comme  le  Léopard,  8c  qui  àvoient  efté  envoiez  des  Gaules  ,  c’eft  à 
dire, des  pais  Septentrionaux,  ou  les  Loups-Cerviers, qui  ont  le  poil  femblable  à  celui 
du  Léopard,  fe  trouvent  en  grande  abondance. 

Mais  la  difficulté  eft  fur  ce  que  Pline  dit  qu’ils  avoient  la  forme  de  Loup  ;  ce  que 
nous  ne  trouvons  point ,  ainfi  qu’il  a  efté  dit,  en  nôtre  Loup-Cervier.  De  maniéré 
qu’il  ne  refte  plus  que  le  Lynx  ,  dont  les  anciens  ne  difent  rien  qui  répugné  à  ce 
que  nous  avons  vu  dans  nôtre  Loup-Cervier,  dans  lequel  nous  avons  aufti  trouvé  tout 
ce  qu’ils  rapportent  du  Lynx. 

Car  outre  le  bouquet  de  poil  noir  qu’Elian  remarque  fur  le  bout  des  oreilles  du 
Lynx,&  que  nous  avons  obfervé  eftre  de  la  même  manière  en  noflre  fujet,qui  eft  vne 
marque  fort  particulière  ,  nous  avons  encore  trouvé  qu’il  a  le  mufèau  court  de  même 
que  le  Lynx  d’Elian  ;  8c  on  fçait  que  le  Loup-Cervier  eft  fort  acharné  à  la  chaffe  des 
Cerfs,  ce  qu’Oppian  dit  eftre  particulier  au  grand  Lynx,  dont  il  fait  vne  efpece  differente 
du  petit  qui  chaffe  aux  Lièvres.  Car  pour  ce  qui  eft  de  la  couleur  noiraftre  que  Pline 
donne  au  poil  du  Lynx  d’Ethiopie ,  il  n’en  parle  que  comme  d’vne  chofe  extraordinaire. 
Et  enfin  pour  ce  qui  eft  de  fa  veuë ,  que  Pline  dit  eftre  plus  perçante  qu’en  pas  vn  autre 
des  animaux,  nous  n’avons  rien  remarqué  qui  puiffe  empêcher,  ni  faire  qu’on  croie  que 
noflre  Loup-Cervier  n’ait  eu  la  veuë  fort  perçante  -,  joint  qu’il  n’eft  point  bien  confiant, 
fi  ce  qu’on  dit  de  la  veuë  du  Lynx  fe  doit  entendre  de  celle  d’vne  belle  farouche,  ou. 
d’vn  homme  de  ce  même  nom  ,  qui  avoit  la  veuë  fî  bonne,  à  ce  que  Pline  rapporte, 
qu’il  voioit  la  Lune  quand  elle  fe  renouvelle;  ou  d’vn  autre,  qui,  comme Georg.  Agri- 
cola  l’explique,  avoit  réputation  de  voir  au  travers  de  la  terre,  parce  qu’il  fçavoit  dé¬ 
couvrir  où  efloient  les  métaux  les  plus  cachez. 

Pour  ce  qui  eft  du  dedans  de  nôtre  Loup-Cervier,  qui  eftoit  vne  femelle,  nous  avons 
trouvé  qu’il  avoit  le  Ventricule  pareil  à  celui  des  Chats,  n’aiantrien  d’extraordinaire  en 
fa  ftruélure  ni  en  fa  grandeur,  qui  eftoit  proportionnée  à  celle  du  refte  du  corps. 

La  Ratte  qui  eftoit  couchée  le  long  de  la  partie  gauche  du  Ventricule  eftoit  d’vne 
couleur  vn  peu  rouge.  Sa  longueur  eftoit  de  îept  pouces, &  fà  largeur  feulement  d’vn 
pouce.  Tout  le  long  de  l’vne  de  fes  Faces ,  à  fçavoir  de  celle  qui  eftoit  vers  le  Ventri¬ 
cule,  elle  avoit  vne  éminence  qui  faifoit  vn  angle. 

L’Epiploon,  qui  couvroit  8c  enfermoit  les  Inteftins,  eftoit  comme  vn  tiffu  de  groffes 
cordes  de  graiffe  dure  8c  ferme ,  qui  formoient  des  mailles ,  dont  le  vuide  eftoit  rempli  par 
des  membranes  percées  d’vne  infinité  de  petits  trous ,  qui  faifoient  vne  efpece  de  réfeau, 
en  forte  que  ces  membranes  n’auroient  pas  efté  capables  de  retenir  l’eau  comme  celles 
de  l’Epiploon  des  hommçs,  8c  de  plufieurs  autres  animaux.  Ces  cordons  de  graiffe  en- 
fermoient  8c  couvraient  prefque  tous  les  vaiffeaux  de  l’Epiploon. 

Les  Inteftins ,  qui  efloient  prefque  d’vne  égale  groffeur  ,  avoient  tous  enfemble  neuf 
pieds  8c  demi  de  long  :  ce  qui  femble  avoir  efté  obfervé  par  Pline ,  qui  parlant  des  ani¬ 
maux  qui  ont  les  Inteftins  courts,  n’en  donne  que  deux  exemples,  qui  font  le  Loup-Cer¬ 
vier  8c  le  Plongeon.  Nous  avons  néanmoins  déjà  remarqué  dans  les  Lions  que  nous 
avons  diffequez,  que  leurs  Inteftins  n’eftoient  gueres  que  trois  fois  plus  longs  que  tout 
le  corps,  qui  eft  la  proportion  des  Inteftins  du  Loup-Cervier.  Il  y  avoit  vn  Cæcum , 
mais  il  eftoit  fans  appendice. 

Le  Foye  avoit  fept  Lobes  ,  qui  efloient  longs  8c  étroits.  Le  plus  long  eftoit  de  cinq 
pouces,  8c  large  de  deux  &:  demi  vers  la  bafe.  La  Veficule  du  Fiel  eftoit  longue  de  deux 
pouces ,  aiajat  feulement  demi  pouce  de  large. 


Hh 


62  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  LOUP-CERVIER. 

Le  Pancréas  cTAfellius  avoir  trois  pouces  de  long,  &  quinze  lignes  dans  fa  plus  gran¬ 
de  largeur.  Il  avoir  vne  cavité  pleine  de  ferofité  glaireufe  &  corrompue,  qui  eftoit  la 
matière  d’vn  abfcez  formé  dans  le  centre  du  Mefentere. 

Les  Reins  eftoient  fituez  à  vne  égale  hauteur  au  droit  IVn  de  l’autre.  Ils  avoient 
deux  pouces  de  long,  &  vn  pouce  de  large. 

La  Matrice  eftoit  femblable  à  celle  des  Chiennes  &  des  Chattes.  Elle  avoit  quatre 
pouces  &  demi  depuis  l’Orifice  externe  jufqu’à  la  bifurcation  des  deux  cornes  ou  por¬ 
tières  ,  qui  eftoient  longues  chacune  depuis  la  bifurcation  jufqu’à  leur  extrémité  où 
eftoient  les  Tefticules,  de  quatre  pouces  &  demi  auffi.  Les  Tefticules  avoient  fîx  lignes 
de  long,  &  quatre  de  large:  ils  eftoient  compofez  de  plufieurs  glandes. 

Le  Poumon  avoit  fept  Lobes  comme  le  Foye.  Ils  eftoient  prefque  tous  défechez 
&  friables  par  l’ardeur  extraordinaire  du  fang  ,  qui  eftoit  noirci  par  aduftion.  Cet¬ 
te  noirceur  du  fang  avoit  rendu  le  Cœur  livide  ,  &  teint  l’eau  du  Péricarde ,  en 
forte  qu’elle  eftoit  fanglante.  Le  Cœur  eftoit  long  de  deux  pouces  &  demi,  Sc  lar¬ 
ge  de  deux  pouces.  Les  Oreilles,  les  Vaifleaux,  les  Valvules  eftoient  comme  au 
Chat. 

Les  mufcles  des  Temples  eftoient  grands  ÔC  forts,  aiant  huit  lignes  d’épaifleur ,  Sc 
deux  pouces  de  largeur.  Cette  grandeur  nous  afemblé  allez  confidérable,  pour  rendre 
douteufe  la  croianceque  nous  avions  que  le  Loup-Cervier  eft  le  Lynx  des  anciens-,  par¬ 
ce  que  lors  que  Galien  parle  de  la  differente  grandeur  des  mufcles  des  Temples  dans 
les  divers  animaux ,  il  ne  donne  que  trois  exemples  de  ceux  qui  les  ont  extraordinaire¬ 
ment  petits  &c  foibles ,  qui  font  l’homme  ,  le  Singe,  &c  le  Lynx.  Mais  il  y  a  apparence 
que  Galien  entend  parler  du  petit  Lynx  d’Oppian,qui  ne  chafle  qu’aux  Lièvres, &  non 
pas  de  celui  qui  dévoré  les  Cerfs,  qui  eft  le  Loup-Cervier. 

Les  Sinus  du  Crâne  eftoient  fort  grands  &C  fort  ouverts.  L’Os  qui  fepare  le  grand 
Cerveau  du  petit  eftoit  pareil  à  celui  que  nous  avons  trouvé  au  Tigre  ,  au  Loup  ,  au 
Renard,  au  Chien,  au  Chat,  &  à  beaucoup  d’autres  belles. 

A  l’ouverture  du  Crâne  les  anfraéfuofitez  du  Cerveau  paroifloient  au  travers  de  la 
dure  Mere  qui  eftoit  tranfparente.  La  partie  externe  &  la  fubftance  du  Cerveau  ,  que 
l’on  appelle  l’Ecorce,  eftoit  fort  blanche  &  fort  fblide.  La  glande  Pineale  eftoit  fort 
petite. 

Le  Globe  de  l’Oeil  avoit  vn  pouce  de  diamètre  :  il  eftoit  prefque  fpherique ,  à  la 
referve  de  la  Cornée,  qui  s’élevoit  vn  peu  plus  en  pointe.  L’épaifleur  de  la  Cornée, 
qui  eftoit  d’vne  demiligne  ,  eftoit  égale  par  tout.  Elle  eftoit  jointe  à  l’ordinaire  avec  la 
Sclérotique  par  l’atténuation  mutuelle  de  l’extrémité  de  ces  deux  membranes ,  qui 
eftant  chacune  en  cét  endroit  faite  comme  le  bifeau  d’vn  miroir  ,  fe  joignent  de  forte 
que  les  deux  enfemble  n’ont  gueres  plus  d!épaifteur  que  chacune  à  part,  parce  qu’à  l’en¬ 
droit  le  plus  mince  de  l’vne  qui  eft  fan  extrémité  répond  l’endroit  le  plus  épais  de 
l’autre. 

Ces  bifeaux  eftoient  larges  chacun  de  deux  tiers  de  ligne.  La  Sclérotique,  qui  eftoit 
blanche  par  dehors,  &  vn  peu  noircie  en  dedans  par  l’attouchement  de  l’Uvée  ,  eftoit 
fort  mince  par  le  fond,  n’aiant  pas  plus  d’épaifteur  qu’vn  gros  papier.  Elle  eftoit  deux 
fois  plus  ép  aille  en  fon  extrémité  vers  la  Cornée. 

Il  y  avoit  à  côté  de  la  Cornée  vne  membrane  comme  au  Lion,  qui  fert  de  paupière 
interne,  qui  couvroit  aifément  toute  la  prunelle  quand  on  la  pouftbit  defiùs.  Elle  eftoit 
de  figure  triangulaire.  Les  deux  plus  petits  cotez  eftoient  attachez  à  la  Conjonétive. 
Le  troifiéme  ,  qui  eftoit  le  plus  grand  ,  pouvoit  glifter  &c  s’avancer  fur  l’Oeil  pour  le 
couvrir. 

L’Iris  en  devant  eftoit  d’vn  jaune  parfemé  de  quantité  de  petites  lignes  rouges,  qui 
eftoient  interrompues,  &  de  grandeur  inégale.  Elle  eftoit  noire  par  la  partie  pofterieure 
qui  eftoit  couchée  fur  le  Cryftalin. 

L’humeur  Aqueufe  eftoit  fort  abondante,  mais  vn  peu  trouble,  eftant  noircie  par  la 
diffolution  de  quelque  partie  de  cette  fubftance  noire  qui  eft  attachée  à  l’Uvée. 


Le 


t. 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  LOUP-CERVIER.  6$ 

Le  Cryftalin  avoit  fept  lignes  de  diamètre  ,  6c  cinq  d ’épaifleur ,  dont  trois  faifoient 
la  convexité  anterieure,  6c  deux  la  pofterieure.  L’humeur  Vitrée  eftoit  fort  claire  6c 
fort  tranfparente. 

Le  Tapis  de  l’Uvée  ,  qui  eftoit  dvn  blanc  vn  peu  bleuaftre,  eftoit  percé  par  le  nerf 
Optique  ,  non  pas  en  fon  extrémité, comme  il  fe  voit  à  la  plulpart  des  animaux  ,  mais 
prefque  en  fon  centre.  Le  nerf  Optique  avoit  en  fon  milieu  vn  point  rouge  tirant  fur 
le  noir. 


Il 


a 


64 


Explication  de  la  figure  du  Cajlor. 


IL  efc  reprefenté  en  bas,aiant  vne  moitié  du  corps, qui  eft  la  partie  de  devant, fur  ter¬ 
re,  &  celle  de  derrière  dans  l’eau  ;  parce  que  l’on  a  obfervé  pendant  le  temps  que  l’on 
l’a  nourri  qu’il  aimoit  à  plonger  fouvent  fes  Pattes  de  derrière  ôc  fa  Queue  dans  l’eau. 

Dans  la  figure  d’en  haut 


AA.  Sont  les  Os  Pubis. 

B.  Le  fonds  de  la  Defiie. 

C  C.  Les  deux  premières  Poches ,  qui  font  les  plus  grandes  de  celles  dans  lefqueües  le  Caftoreum  eft  préparé 
&  contenu. 

D  D.  Les  deux  fécondés  3  qui  font  plus  petites. 

EE.  Deux  autres  Poches  ,  qui  font  vne  troifiéme  elfece  ,t$-qui  font  enfermées  dans  les  fécondés. 

D  E.  Quantité  de  petits  corps  ronds  élevez^  fur  la  Juperficie  de  la  fécondé  &  de  la  troifiéme  e fie  ce  de 
Poche. 

F.  V ouverture  commune  à  l’ Intestin  &  au  pajfage  de  la  Verge. 

G.  Le  commencement  de  la  Verge. 

H  H.  Les  Epididjmes. 

1 1 .  Les  T* esticules. 

K  K.  Les  Vaiffeaux  Spermatiques  préparant. 

L  L.  Les  Déferans. 

MM.  Les  mufcles  Cremafieres. 

N.  Une  des  Pattes  de  devant. 

O  O.  Le  Colon. 

P.  Le  Cæcum. 

Le  ligament  qui  attache  le  Cæcum,  &  le  long  duquel  plufieurs  vaiffeaux  fe  gliffent  tt)  fe  perdent  dans  la 
Membrane  de  cét  Intestin. 

RR.  Le  Cerveau. 

S.  Le  grand  Sinus  de  la  Dure  Mere. 

TT  T  T  Quatre  autres  Sinus  qui  en  font  produits ,  &  qui  feparent  le  Cervelet  en  trois . 

V.  Le  Cervelet. 

XY.  LO  s  de  la  Verge . 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DU  N  CASTOR 

IL  elloit  d’autant  plus  neceffaire  de  remarquer  exaélement  toutes  les  parties  du  Ca¬ 
ftor  ,  que  l’on  n’en  a  point  fait  jufqu’icy  de  defcription  exaéle  ;  les  Anciens  n’aiant 
prefque  rien  dit  de  cét  Animal,  8c  les  Modernes  sellant  plus  arrêtez  à  parler  de  fon  na¬ 
turel,  qu’à  examiner  la  ftruélure  de  fon  corps. 

Celui  qu’on  a  dilfequé  à  la  Bibliothèque  du  Roi  avoit  efté  pris  en  Canada,  aux  envi¬ 
rons  de  la  rivière  de  S.  Laurent.  Il  reffembloit  à  vne  Loutre  -,  mais  il  elloit  plus  grand 
8c  plus  gros ,  8c  pefoit  plus  de  trente  livres.  Sa  longueur  elloit  d’environ  trois  pieds  8c 
demi  depuis  le  bout  du  mufeau  jufqu  a  l’extrémité  de  la  queue  ,  8c  fa  plus  grande  lar¬ 
geur  de  prés  de  douze  pouces. 

Le  poil ,  qui  couvroit  tout  fon  corps,  à  la  referve  de  la  queue,  n’elloit  pas  par  tout 
femblable  -,  mais  il  y  en  avoit  de  deux  fortes,  qui  étoient  mêlées  enfemble  ,  8c  qui  diffé¬ 
raient  en  longueur  auffi  bien  qu’en  couleur.  Le  plus  grand  elloit  long  d’vn  pouce  8c 
demi  ou  environ  ,  8c  gros  comme  des  cheveux.  Sa  couleur  elloit  brune,  tirant  vn  peu 
fur  le  minime  ,  mais  fort  luifante  -,  Se  la  fubftance  elloit  ferme  8c  li  folide  ,  que  l’aiant 
coupé  de  travers  on  n’y  pût  appercevoir  aucune  cavité  ,  même  avec  le  microlcope.  Le 
plus  court  n’avoit  qu’environ  vn  pouce  de  longueur:  il  y  en  avoit  beaucoup  plus  que 
de  Bautre  ;  il  paroifloit  auffi  plus  délié  -,  8c  il  elloit  fi  doux,  que  le  duvet  le  plus  fin  ne 
l’eft  pas  davantage.  Le  mélange  de  ces  deux  fortes  de  poils  fi  differens  fe  trouve  en 
beaucoup  d’animaux  5  mais  il  ell  plus  remarquable  dans  le  Caftor,  dans  la  Loutre,  ÔC 
dans  le  Sanglier  ;  8c  il  femble  qu’il  leur  ell  auffi  plus  neceflaire  :  car  ces  Animaux  ellant 
fujets  à  fe  traîner  dans  la  fange  ,  outre  le  poil  court  que  la  Nature  leur  a  donné  pour 
les  deffendre  du  froid  ,  ils  avoient  befoin  d’vn  autre  poil  plus  long  pour  recevoir  la 
boue ,  8c  l’empêcher  de  penetrer  jufqu’à  la  peau. 

Sa  Telle  avoit  cinq  pouces  ÔC  demi  de  longueur  depuis  le  bout  du  mufeau  jufqu’au 
derrière  de  l’occiput ,  8c  cinq  pouces  de  largeur  à  l’endroirtles  os  qui  font  l’éminence 
des  joues.  Cette  proportion  a  fait  mettre  le  Caftor  par  Hérodote  entre  les  animaux 
qu’il  appelle  Tetvagonoprofopa ,  c’eft  à  dire,  àvifage  ou  telle  quarrée.  Ses  oreilles  reffem- 
bloient  à  celles  d’vne  Loutre.  Elles  eftoient  rondes  8c  fort  courtes ,  reveftuës  de  poil 
par  dehors ,  8c  prefque  fans  poil  par  dedans. 

On  dit  que  cét  animal  fe  plaift  fort  à  ronger  les  arbres  ,  8c  qu’il  les  coupe  pour  1e 
faire  des  Loges  ;  8c  en  effet  fes  Dents  eftoient  faites  d’vne  manière  tres-propre  à  cela.  Il 
en  avoit  à  l’extrémité  du  mufeau  quatre Incifives ,  deux  en  chaque  mâchoire,  de  même 
que  les  Efcurieux  ,  les  Rats ,  8c  les  autres  Animaux  qui  aiment  à  ronger.  La  longueur 
de  celles  d’en  bas  elloit  de  plus  d’vn  pouce-,  mais  celles  d’en  haut  n’avoient  qu’environ 
dix  lignes  ,8c  le  glilfoient  au  dedans  des  autres ,  ne  leur  ellant  pas  direélement  oppofées. 
Pour  ce  qui  ell  de  leur  figure,  elles  eftoient  demi  rondes  par  devant ,  8c  fort  tranchan¬ 
tes  par  le  bout,  qui  elloit  taillé  en  bifeau  de  dedans  en  dehors.  Leur  couleur  elloit  blan¬ 
che  en  dedans-,  8c  en  dehors, d’vn  rouge  clair  tirant  fur  le  jaune,  prefque  comme  celle 
du  Saffran  bâtard.  Les  vues  8c  les  autres  eftoient  larges  d’environ  deux  lignes  à  la  fortie 
de  la  mâchoire,  8c  de  plus  d’vne  ligne  à  leur  extrémité.  Outre  ces  Dents  Incifives,  il  y 
en  avoit  feïze  Molaires ,  c’eft  à  dire  huit  de  chaque  côté  ,  quatre  en  bas ,  8c  quatre  en 
haut.  Elles  eftoient  direélement  oppofées  les  vnes  aux  autres ,  8c  n’avoient  rien  de  par¬ 
ticulier. 

Pour  ce  qui  ell  des  Yeux,  nous  ne  les  pûmes  pas  examiner  ,  parce  que  les  Rats  ,  ou 
quelques  animaux  femblables  les  avoient  mangez. 

La  ftruélure  des  pieds  elloit  fort  extraordinaire,  8c  faifoit  affez  voir  que  la  Nature  a 
deftiné  cét  Animal  à  vivre  dans  l’eau  auffi  bien  que  fur  la  terre.  Car  quoi  qu’il  euft  qua- 

Kk 


66  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASTOR. 

tre  pieds ,  comme  les  animaux  terreftres ,  néanmoins  ceux  de  derrière  fembloient  plus 
propres  à  nager  qu’à  marcher ,  les  cinq  doits  dont  ils  eftoient  compofez  eftant  joints 
enfemble  comme  ceux  d’vnOye  ,  par  vne  membrane  qui  fert  à  cét  animal  pour  na¬ 
ger.  Mais  ceux  de  devant  eftoient  faits  autrement  :  car  il  n’y  avoit  point  de  membrane 
qui  tint  les  doits  joints  enfemble  ;  8c  cela  eftoit  neceffaire  pour  la  commodité  de  cét 
animal ,  qui  s’en  fert  comme  de  mains  pour  manger ,  de  même  que  les  Elcurieux.  En  effet 
la  proportion  de  ces  doits  ,  leur  fituation  ,  8c  la  figure  de  la  paume  rendent  ces  Pattes 
tout  à  fait  femblables  à  des  mains  ;  8c.  quand  Mathiole  dit  qu’elles  font  differentes  des 
mains  d’vn  Singe  ,  il  fait  bien  voir  qu’il  a  confondu  le  Caftor  avec  la  Loutre,  qui  a  les 
doits  des  pieds  de  devant  garnis  de  peaux  comme  ceux  de  derrière  :  ce  qu’il  a  peut-eftre 
inféré  de  ce  que  dit  Pline  ,  que  le  Caftor  eft  entièrement  femblable  à  laLoutre,  à  la  re- 
fervede  la  queue.  La  longueur  des  pieds  de  devant  eftoit  de  fix  pouces  &  demi  depuis  le 
coude  jufqu’à  l’extrémité  du  plus  grand  doit  -,  8c  de  trois  pouces  depuis  le  commence¬ 
ment  de  la  main  jufqu’à  cette  extrémité  du  plus  grand  doit.  Les  pieds  de  derrière 
eftoient  plus  longs ,  8c  avoient  fix  pouces  depuis  l’extrémité  du  talon  jufqu’au  plus  long, 
qui  eftoit  le  fécond  des  doits.  Outre  ces  cinq  doits,  qui  eftoient  tous  garnis  par  le  bout 
d’ongles  taillez  de  biais, 8c  creux  par  dedans  comme  des  plumes  à  écrire, il  y  avoit  en  la 
partie  externe  de  chaque  pied  de  devant  8c  de  derrière  vn  petit  os  qui  faifoit  vne  émi¬ 
nence  ,  8c  qu’on  auroit  pû  prendre  pour  vn  fixiéme  doit ,  s’il  euft  efté  fepare  du  pied; 
mais  comme  il  ne  l’eftoit  pas,  il  femble  qu’il  ne  fervoit  qu’à  donner  au  pied  plus  de  force 
8c  plus  d’afliette. 

La  Queue  eft  principalement  ce  qui  a  fait  mettre  le  Caftor  au  nombre  des  Am¬ 
phibies  :  car  elle  n’a  aucun  rapport  avec  le  refte  du  corps ,  8c  femble  plus  tenir  de 
la  nature  des  Poift'ons  que  de  celle  des  animaux  terreftres.  Elle  eftoit  couverte  d’vn 
épiderme  compofé  d’ëcailles,  qu’vne  pellicule  joignoit  enfemble.  Ces  écailles  eftoient 
de  l’épaiffeur  d’vn  parchemin  ,  longues  au  plus  d’vne  ligne  8c  demie  ,  8c  pour  la 
plufpart  d’vne  figure  hexagone  irreguliere.  Celles  du  deffus  de  la  queue  eftoient 
fort  peu  differentes  de  celles  du  deffous  ;  fi  ce  n’eft  qu’entre  quelques- vnes  de  cel¬ 
les  du  deffous  il  fortoit  tantoft  vn  ,  tantoft  deux  ,  8c  quelquefois  trois  petits  poils 
qui  eftoient  tournez  de  haut  en  bas,  8c  n’avoient  qu’environ  deux  lignes  de  longueur. 
Pour  ce  qui  eft  de  la  couleur ,  elles  eftoient  d’vn  gris  brun  vn  peu  ardoifé  ;  mais 
dans  les  jointures  l’épiderme  paroiffoit  d’vne  couleur  vn  peu  plus  obfcure.  Quand 
on  a  courroyé  la  peau  de  ce  Caftor ,  les  écailles  de  la  Queue  font  tombées  ,  mais 
leur  figure  y  eft  demeurée  empreinte  ;  8c  cette  partie  de  la  peau  où  eftoient  les 
écailles  eft  devenue  fort  blanche,  8c  d’vne  fubftance  femblable  à  celle  d’vn  Poiffon 
tel  que  pourroit  être  le  Marfoüin,ou  le  Renard-marin.  Auffi  en  diffequant  la  Queue 
nous  trouvâmes  que  la  chair  en  eftoit  affez  graffe ,  8c  quelle  avoit  beaucoup  de 
conformité  avec  celle  des  gros  Poiffons. 

Au  refte  la  grandeur  8c  la  figure  de  cette  Queue  eftoient  tres-remarquables.  Elle 
avoit  environ  onze  pouces  de  longueur,  8c  à  la  racine  elle  n’eftoit  large  que  de 
quatre  pouces.  De  là  elle  ailoit  en  augmentant  infenfiblement  de  côté  8c  d’autre 
jufqu’à  ion  milieu ,  où  elle  avoit  cinq  pouces  ;  8c  enfuite  elle  dimunuoit  toujours 
jufqu’au  bout ,  où  elle  fe  terminoit  en  ovale.  Au  contraire  elle  eftoit  plus  épaiffe 
vers  fa  racine  qu’en  tout  le  refte  de  fa  longueur  :  car  elle  avoit  en  cét  endroit  prés 
de  deux  pouces  d’épaiffeur,  8c  diminuoitpeu  à  peu  vers  l’autre  bout  ;  de  forte  que  dans 
fon  milieu  elle  n’avoit  pas  plus  d’vn  pouce  d’épaiffeur,  8c  fe  trouvoit  réduite  à  cinq  li¬ 
gnes  8c  demie  en  fon  extrémité.  Les  bords  de  fa  circonférence  eftoient  ronds  8c  affez 
épais ,  quoi  qu’ils  fuffent  beaucoup  plus  minces  que  le  milieu. 

L’ouverture  par  où  cét  Animal  rend  fes  excrémens  eftoit  fituée  entre  la  Queue  8c 
les  Os-pubis  ,  environ  deux  pouces  plus  haut  que  le  commencement  de  la  Queue  ,  8c 
trois  pouces  8c  demi  plus  bas  que  ces  Os.  Elle  eftoit  de  figure  ovale,  longue  d’environ 
neuf  lignes,  8c  large  de  fept.  La  peau  d’alentour  eftoit  noiraftre  8c  fans  poil ,  8c  elle  fe 
refferroit  8c  fe  dilatoit  aifément,  non  pas  par  vn  Iphin&er  comme  l’anus  des  autres  ani¬ 
maux, 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASTOR.  67 

maux,  mais  fimplement  comme  vne  fente.  Cette  ouverture  eftoit  commune  à  la  fortie 
de  i’vrine  auffi  bien  qu’à  celle  des  autres  excrémens  :  car  outre  que  l’anus  ou  l’extré¬ 
mité  du  Reélum  y  aboutiftbit  y  on  voioit  paroiftre  vn  peu  au  deffus ,  dans  la  partie  an¬ 
terieure  ,  l’extrémité  de  la  Verge  de  cét  animal. 

Nous  remarquâmes  aux  parties  latérales  du  dedans  de  cette  Ouverture  commune, 
deux  petites  cavitez,  vne  de  chaque  côté,  ou  nous  voulûmes  introduire  le  ftylet  ;  mais 
nous  ne  pûmes  le  faire  palier  du  dedans  de  l’Ouverture  vers  le  dehors  ;  &  à  travers  la 
peau  du  dehors  nous  fentîmes  deux  éminences,  que  nous  reconnûmes  en  fuite  eftre  les 
Poches  ou  Veilles  qui  contiennent  le  fafioreum  :  Et  comme  c’eft  ce  qu’il  y  a  de  plus 
remarquable  dans  cét  animal ,  nous  les  examinâmes  avec  vne  exaélitude  particu¬ 
lière. 

Les  Naturalises  en  ont  parlé  diverfement.  Quelques- vns  aiTûrent  que  le  Caftoreum 
eft  enfermé  dans  lesTefticules  du  Caftor  -,  &  Elian  dit  même  que  cét  animal  connoift 
faut  que  les  hommes  ne  le  pourfuivent  que  pour  avoir  cette  liqueur  ft  vtile  dans  la  Mé¬ 
decine,  arrache  fes  Teflicules  lorfqu’il  fe  voit  prelfé  par  les  ChalTeurs  ,  &  les  leur  aban¬ 
donne  comme  pour  fa  rançon.  D’autres  tiennent  que  le  Caftoreum  ne  fe  trouve  pas 
dans  lesTefticules  du  Caftor,  mais  dans  les  Poches  particulièrement  deftinées  pour  re¬ 
cevoir  cette  liqueur. 

Pour  nous  éclaircir  de  la  vérité,  nous  dépoüillâmes  nôtre  Caftor  de  fa  peau  ;  &C  apres 
l’avoir  levée,  nous  découvrîmes  à  l’endroit  oû  nous  avions  remarqué  ces  éminences, 
quatre  grandes  Poches  fttuées  au  bas  des  Os-pubis.  Les  deux  premières  eftoient  pla¬ 
cées  au  milieu ,  &  plus  élevées  que  les  deux  autres.  Elles  reprefentoient  toutes  deux 
enfemble  vne  forme  de  Cœur,  dont  le  haut  eftoit  environ  vn  pouce  au  deffous  des  Os- 
pubis  ;  &  les  cotez,  après  s’eftre  étendus  circulairement,  s’approchoient  pour  fe  réunir 
en  la  partie  fuperieure  de  l’Ouverture  commune.  La  plus  grande  largeur  de  ces  deux 
Poches  priées  enfemble,  eftoit  d’vn  peu  plus  de  deux  pouces  5  &  la  longueur  depuis  le 
haut  de  chacune  jufqu’à  l’Ouverture  commune  ,  eftoit  auffi  d’environ  deux  pouces. 
Elles  paroiffoient  extérieurement  d’vne  couleur  cendrée  ,  &  rayées  de  plufieurs  lignes 
blanchaftres  de  la  figure  de  celles  qu’on  voit  aux  truffes.  Leur  tunique  externe  eftoit 
fans  rides  ni  replis ,  &  parodiait  claire  &  tranfparente ,  de  forte  que  fa  couleur  fembîoit 
eftre  empruntée  de  la  tunique  qui  eftoit  au  deffous.  Et  en  effet,  aiant  ouvert  vne  de  ces 
Poches ,  nous  trouvâmes  que  la  tunique  interne  eftoit  d’vne  couleur  cendrée  ;  que  de 
plus  elle  eftoit  charnue ,  tk  qu’elle  avoir  au  dedans  plufieurs  replis  femblables  à  ceux 
de  la  Caillette  d’vn  Mouton  ,  entre  lefquels  nous  trouvâmes  les  relies  d’vne  matière 
grifaftre,  qui  avoit  vne  odeur  fetide, &  qui  y  eftoit  fi  fort  attachée,  qu’il  fembîoit  qu’elle 
en  fît  partie.  Ces  replis  s’étendoient  dans  toutes  les  deux  Poches ,  qui  avaient  com¬ 
munication  l’vne  avec  l’autre, par  vne  ouverture  de  plus  dVn  pouce, &C  n’eftoient  fepa- 
rées  que  par  le  fond. 

Au  bas  de  ces  premières  Poches  il  y  en  avoit  deux  autres  ,  l’vne  à  droit,  &C  l’autre  à 
gauche  ;  chacune  defquelles  avoit  la  figure  d’vne  poire  vn  peu  applatie  ,  ou  d’vne 
longue  amande  verte.  Elles  eftoient  longues  chacune  de  deux  pouces  &  demi ,  &£ 
larges  de  dix  lignes.  Leur  plus  grande  largeur  eftoit  vers  l’extrémité  la  plus  éloignée 
de  l’Ouverture  commune  des  excrémens ,  &C  venoit  aboutir  aux  parties  latérales 
de  cette  Ouverture.  De  la  maniéré  que  ces  deux  Poches  eftoient  fttuées,  elles  for- 
moient  conjointement  avec  l’Ouverture  commune  la  figure  d’vn  V  fort  ouvert  , 
du  dedans  duquel  les  deux  premières  Poches  s’élevoient  en  forme  de  Cœur ,  com¬ 
me  nous  avons  dit. 

Ces  deux  Poches  inferieures  eftoient  allez  étroitement  jointes  avec  les  fuperieu- 
res  aux  environs  de  l’Ouverture  commune  ;  &  il  y  a  de  l’apparence  que  la  matiè¬ 
re  du  Çaftoreum  aiant  commencé  à  fe  préparer  dans  les  deux  Poches  fuperieures  , 
paffe  dans  les  deux  autres  pour  s’y  perfectionner  ,  &  pour  aquerir  plus  de  confi- 
ftance  ,  plus  d’onéluoftté ,  plus  d’odeur  ,  &  même  vne  couleur  plus  jaunaftre ,  qui 
11e  paroiffoit  que  tres-peu  dans  les  Poches  fuperieures.  Auffi  la  ftruélure  de  ces 


68  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASTOR. 

Poches  était  fort  differente.  Il  fembloit  que  les  inferieures  fuffent  compofées  de  glan¬ 
des  ,  de  même  que  les  Reins  des  jeunes  animaux  :  car  en  leur  furface  extérieure 
il  y  avoit  vn  grand  nombre  de  petits  corps  ronds ,  vn  peu  élevez  ,  &  d’vne  gran¬ 
deur  differente  ,  les  plus  grands  n’excedant  pas  vne  moyenne  lentille.  Ils  eftoient 
tous  recouverts  de  la  membrane  qui  envelopoit  extérieurement  toutes  les  grandes 
Poches  ,  laquelle  n’eft  autre  chofe  qu’vne  continuation  de  la  membrane  commune 
des  mufcles. 

Aiant  ouvert  plufieurs  de  ces  petits  corps  glanduleux  ,  nous  trouvâmes  qu’ils 
eftoient  compofez  d’vne  chair  fpongieufe  de  couleur blanchaftre  tirant  fur  le  rouge, 
&  qu’ils  avoient  tous  vne  cavité  confiderable  :  de  forte  qu’il  fembloit  que  ce  fuf¬ 
fent  autant  de  petites  poches  ;  mais  il  n’y  avoit  point  de  liqueur  au  dedans ,  ni 
aucune  autre  fubftance  remarquable. 

Comme  nous  jugeâmes  au  toucher  qu’il  y  avoit  quelque  liqueur  dans  les  Poches, 
dont  ces  petits  corps  faifoient  vne  partie  de  la  furface  ,  nous  en  ouvrîmes  vne  par 
le  fond  ,  confervant  celle  de  l’autre  côté  pour  en  garder  la  liqueur.  Il  fortit  de  cette 
ouverture  vne  liqueur  d’odeur  defagréable  ,  jaune  comme  du  miel ,  onétueufe  com¬ 
me  de  la  graiffe  fondue  ,  &  combulfible  comme  de  la  terebentine  5  car  elle  prenoit 
feu  eftant  expofée  à  la  flamme  d’vne  bougie.  Nous  voulûmes  voir  fl  en  preffànt  il 
ne  fe  feroit  point  vn  reflux  de  cette  humeur  dans  les  Poches  fuperieures ,  ou  dans 
l’ouverture  commune  des  excrémens  -,  mais  ni  l’vn  ni  l’autre  n’arriva. 

Aiant  en  fuite  vuidé  la  liqueur  de  cette  fécondé  Poche  ,  nous  apperceûmes 
qu’en  fa  partie  inferieure  il  y  avoit  vne  troifiéme  Poche  longue  d’environ  quatorze 
lignes  ,  &  large  de  flx  ,  qui  eftoit  encore  pleine  de  liqueur ,  &C  tellement  attachée  à 
la  membrane  de  la  fécondé  Poche,  qu’on  ne  l’en  pût  feparer.  Elle  alloit  aboutir  en 
pointe  à  la  partie  latérale  de  l’Ouverture  commune  -,  mais  nous  n’apperceûmes  point 
qu’il  y  euft  aucune  iffuë  dans  les  cavitez  dont  nous  avons  parlé  en  décrivant  cette 
Ouverture  j  car  nous  n’en  pûmes  rien  faire  fortir  par-là.  Il  y  avoit  en  la  furface  externe 
de  la  troifiéme  Poche,  de  petits  corps  glanduleux  femblables  à  ceux  que  nous  avions 
remarquez  en  la  fécondé.  Nous  trouvâmes  dans  cette  troifiéme  Poche  vn  fuc  plus 
jaune,  plus  liquide,  &  mieux  élabouré  que  dans  les  autres.  Il  avoit  aulli  vne  odeur  dif¬ 
ferente,  &  il  reffembloit  allez  à  vn  jaune  d’œuf,  mais  fa  couleur  eftoit  vn  peu  plus 
pafle. 

Quoi  qu’on  ne  fe  foit  propofé  dans  ce  difcours  que  de  parler  de  ce  qu’on  a  remar¬ 
qué  dans  la  diffeétion  du  Caftor,  il  ne  fera  pas  hors  de  propos  de  rapporter  ce  qu’on  a 
depuis  peu  écrit  de  Canada  touchant  le  Caftoreum.  On  mande  que  les  Caftorsfe  fervent 
de  cette  liqueur  pour  fe  donner  de  i’appetit  lors  qu’ils  font  dégoûtez  -,  qu’ils  la  font  for- 
tir ,  en  preffànt  avec  la  patte  les  Veflcules  qui  la  contiennent-,  &  que  les  Sauvages  en 
frottent  les  pièges  qu’ils  tendent  à  ces  animaux  ,  afin  de  les  y  attirer.  Rondelet  avoit 
bien  remarqué  que  les  Caftors  lèchent  fouvent  cette  liqueur-,  mais  il  ne  parle  point  des 
vfages  particuliers  qu’on  nous  a  rapporté  que  l’animai  &c  les  Sauvages  en  font.  * 

Pour  revenir  auxPoches  qui  contiennent  le  Caftoreum,  on  voitparla  defcription  exaéle 
que  nous  en  venons  de  faire,  que  ce  ne  font  pas  les  Tefticules  du  Caftor,  comme  fè  font 
imaginé  plufieurs  Naturaliftes  ,  dont  l’erreur  paroiftra  encore  plus  évidemment,  par  ce 
que  nous  dirons  cy-aprés  de  ces  Tefticules. 

Sextius  ,  au  rapport  de  Pline,  fe  moquoit  de  ceux  qui  croioient  que  ie  Caftor  s’ar¬ 
rache  les  Tefticules,  lors  qu’il  eft  pourfuivi  par  les  Chaffeurs,  &C  difoit  que  cela  eft  im- 
poffible,  parce  que  cét  animal  a  les  Tefticules  attachez  à  l’épine  du  dos.  Mais  il  refu- 
toit  vne  erreur  par  vne  autre.  Car,  comme  a  fort  bien  remarqué  Diofcoride  ,  les  Tefti¬ 
cules  du  Caftor  font  cachez  dans  les  aines,  &C  non  pas  attachez  à  l’épine  du  Dos.  Ce¬ 
pendant  Amatus  Lufitanus  &  Mathiole,  qui  ont  tous  deux  commenté  Diofcoride  ,  &z 
qui  difent  qu’ils  ont  diffequé  des  Caftors  en  prefence  de  plufieurs  Médecins ,  affûtent 
qu’ils  ont  trouvé  ces  Tefticules  tellement  adherans  à  l’épine,  qu’ils  ont  eu  bien  de  la 
peine  à  les  en  arracher  avec  vn  fcalpel.  Rondelet  eft  dans  la  même  erreur,  bien  qu’il  ait 

examiné 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASTOR.  é9 

examiné  vn  peu  mieux  que  les  autres  Auteurs  les  Poches  d’où  fe  tire  le  Caftoreum ,  mais 
pourtant  affez négligemment ,  pour  ne s’eftre  point  apperçû  quelles  font  au  nombre  de 
quatre  -,  car  il  n’en  compte  que  deux.  Ilya  des  Auteurs  plus  modernes  qui  n’ont  pas 
efté  plus  loin  que  les  autres ,  fe  contentant  de  fçavoir  que  les  Tefticules  &  les  Poches 
du  Cailor  font  des  chofes  differentes  -,  &  ont  affez  mal  entendu  Diofcoride,  pour  croire 
que  lors  qu’il  a  dit  que  les  Tefticules  du  Caftor  font  cachez  dans  les  Aines ,  il  prenoit 
les  Poches  pour  les  Tefticules.  Mais  l’experience  nous  a  fait  voir  que  tous  ces  Auteurs 
fe  font  trompez,  fi  tous  les  Caftors  font  femblables  à  celui  que  nous  avons  diffequé:  car  les 
Tefticules  n’eftoient  pas  plus  en  dedans  que  les  Poches  -,  ils  eftoient  feulement  vn  peu 
plus  haut,  aux  parties  externes  &  latérales  des  Os-pubis,  à  l’endroit  des  Aînés ,  où  nous 
les  avons  trouvez  entièrement  cachez,  en  forte  qu’ils  ne  paroiffoient  point  au  dehors 
non  plus  que  la  Verge  avant  que  la  peau  fuft  levée.  Leur  figure  eftoit  affez  femblable  à 
celle  des  Tefticules  des  Chiens,  fi  ce  n’eft  qu’ils  eftoient  plus  longs  &  moins  gros  à  pro¬ 
portion  de  leur  longueur.  Ils  avoient  vn  peu  plus  d’vn  pouce  de  longueur;  leur  largeur 
eftoit  d’vn  demi  pouce  ,  &  leur  épaiffeur  d’vn  peu  moins.  Pour  ce  qui  eft  de  l’Epidi- 
dyme ,  &  de  tous  les  vaiffeaux  neceffaires  à  la  génération,  ils  ne  differoient  en  rien  de 
ceux  des  Chiens. 

La  Verge  nous  parut  plus  finguliere.  Elle  avoit  en  fon  extrémité  au  lieu  de  Balanus 
vn  Os  long  de  quatorze  lignes ,  &  fait  en  forme  de  ftylet ,  qui  eftoit  large  de  deux  lignes 
dans  fa  baie,  &  fe  retrêffîffant  tout  à  coup,  alloit  aboutir  en  pointe.  Il  y  avoit  auiïi  cela 
de  remarquable,  qu’au  lieu  que  la  Verge  des  Chiens  remonte  de  l’Os-pubis  vers  le  nom¬ 
bril ,  celle-ci  defcendoit  en  bas  vers  le  trou  des  excrémens,  où  elle  fe  terminoit.  Elle 
eftoit,  comme  nous  avons  dit,  cachée;- de  forte  qu’avant  que  d’avoir  levé  la  peau  nous 
ne  l’appercevions  point ,  &  nous  ne  pouvions  difcerner  de  quel  fexe  eftoit  cét  animal. 

Pour  mieux  examiner  ces  parties,  nous  ouvrîmes  le  Ventre  inferieur  ;  &  aiant  fuivi 
les  vaiffeaux  Spermatiques  jufqu’à  leur  origine  ,  nous  les  trouvâmes  femblables  à  ceux 
des  Chiens,  &  des  autres  animaux.  Nous  remarquâmes  aufti  que  la  Verge  eftoit  cou¬ 
chée  fur  le  Re&urn ,  &  quelle  paffoit  au  deffous  des  deux  premières  Poches  du  Qafto- 
reum  ,  aufquelles  elle  eftoit  étroitement  attachée  :  que  de  plus  ces  Poches  reçevoient 
leurs  veines  &  leurs  arteres  des  veines  &  des  arteres  hypogaftriques ,  n’y  aiant  point 
d’apparence  qu’il  y  ait  d’autres  vaiffeaux  qui  puiffent  fournir  la  matière  dont  eft  formé 
le  Caftoreum  ,  fi  l’on  ne  veut  s’imaginer  que  cela  fe  faffe  par  l’Urethrej  ce  qui  n’eft  pas 
probable. 

Pour  ce  qui  eft  des  autres  parties  du  bas  Ventre  ,  les  mufcles  de  l’Abdomen  ,  le  Pé¬ 
ritoine  ,  l’Eftomach  ,  &  la  Veflîe  ,  n’avoient  rien  de  remarquable  ,  &;  leur  ftrudure 
eftoit  entièrement  femblable  à  celle  des  Chiens. 

Les  Inteftins  eftoient  peu  confidérables,  à  la  referve  du  Cæcum,  qui  eftoit  large  de 
deux  pouces  &  demi,  &  long  de  dix.  Il  eftoit  contre  l’ordinaire  rangé  du  côté  gauche 
au  deffous  de  laRatte,  d’où  il  defcendoit  jufqu’à  la  cavité  de  l’os  des  Iles,  &  s’alloit  ter¬ 
miner  en  vne  pointe  ronde  ,  faifant  vne  appendice  de  la  longueur  d’vn  pouce  :  ce  fut 
ce  qui  nous  fit  diftinguer  cét  Inteftin  d’avec  les  autres.  Sa  figure  n’eftoit  pas  droite, 
mais  vn  peu  courbée,  comme  le  fer  d’vne  faux.  Il  y  avoit  en  la  partie  cave  de  cette 
courbure  vn  ligament ,  &  vn  autre  en  la  convexe  ,  tous  deux  femblables  à  ceux  qui  fe 
trouvent  ordinairement  auColum  des  Hommes  ;  fk  ces  ligamens  eftoient  accompagnez 
de  veines  &  d’arteres  qui  venoient  des  mefenteriques ,  &  envoioient  d’efpace  en  efpace 
leurs  rameaux  dans  le  corps  de  ce  boyau. 

Deux  doits  au  deffous  du  gros  bout  de  la  Ratte  ,  il  y  avoit  vn  petit  corps  fpherique 
fort  extraordinaire ,  qui  paroiffoit  de  même  fubftance  que  la  Ratte  ,  quoi  qu’il  en  fuft 
fort  éloigné  ;  il  avoit  trois  lignes  de  diamètre. 

Les  autres  Inteftins  eftoient  fi  peudifferens  entr’eux,que  nous  nepümes  jamais  diftin¬ 
guer  leColum.  Leur  longueur  eftoit  de  prés  de  vingt-huit  pieds.  Les  aiant  ouverts,  nous 
trouvâmes  au  dedans  huit  vers  longs  &C  ronds,  femblables  à  des  vers  de  terre,  dont  il  y 
en  avoit  trois  de  la  longueur  de  fept  à  huit  pouces,  le  refte  d’environ  quatre  pouces, 
~  v'  .  Mm 


7o  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASTOR. 

La  Ratte  eftoit  couchée  le  long  du  côté  gauche  de  l’Eftomach,  auquel  elle  eftoit  at¬ 
tachée  par  huit  veines,  8c  par  autant  d’arteres,  qui  faifoient  autant  de  Vas  breve.  Sa  cou¬ 
leur  eftoit  allez  rouge:  fa  longueur  eftoit  de  fept  pouces ,  &  fon  épaiffeur  égaloit  pref- 
que  fa  largeur,  qui  eftoit  d’environ  dix  lignes. 

Nous  ne  remarquâmes  rien  de  particulier  au  Foye ,  fi  ce  n’eft  qu’il  eftoit  partagé  en 
cinq  Lobes,  de  la  même  couleur  que  les  Lobes  du  Foye  des  Chiens.  ‘  & 

La  Veficule  du  Fiel  eftoit  cachée  fous  la  partie  cave  du  Foye  entre  deux  de  fes  Lo¬ 
bes.  Elle  avoit  deux  pouces  8c  demi  de  longueur,  8c  prés  d’vn  pouce  de  largeur.  Tout 
le  bas  Ventre  eftoit  inondé  d’vne  bile  épanchée ,  qui  avoit  peut-eftre  efté  la  caufe  de  la 
mort  de  cét  animal. 

Le  Pancréas  n’eftoit  prefqu’en  rien  different  de  celui  des  Chiens.  Sa  longueur  eftoit 
de  dix  pouces  ;  mais  il  n’avoit  pas  plus  de  deux  pouces  en  fa  plus  grande  largeur. 

^  Quoi  que  ce  Caftor  fuft  aftez  gras ,  principalement  par  le  ventre  &  par  la  queue , 
néanmoins  il  fe  rencontra  peu  de  graifte  dans  la  tunique  adipeufe  des  Reins ,  8c  dans 
1  Epiploon.  Chaque  Rein  avoit  environ  vn  pouce  d’épailfeur ,  prés  de  deux  pouces  de 
longueur,  8c  autant  de  largeur  par  le  milieu. 

Le  Cartilage  Xiphoide  eftoit  rond,  8c  large  de  quatorze  lignes  ;  mais  aftez  mince, 
&  facile  à  plier.  * 

Aiant  en  fuite  ouvert  le  Thorax  nous  remarquâmes  peu  de  différence  entre  toutes 
les  parties  qui  y  eftoient  enfermées,  &  celles  des  Chiens.  Les  Poumons  avoient  fix  Lo¬ 
bes,  trois  du  côté  droit,  deux  du  côté  gauche,  &  vn  autre  petit  qui  eftoit  dans  le  Me- 
diaftin  ,  proche  le  centre  du  Diaphragme. 

Ce  qu’il  y  avoit  de  plus  remarquable  au  Cœur,  eft  que  l’oreille  gauche  eftoit  plus 
grande  que  la  droite  -,  ce  qui  fe  voit  encore  en  quelques  autres  animaux ,  mais  non 
pas  dans  l’homme,  qui  a  au  contraire  l’oreille  droite  du  Cœur  plus  grande  que  la 
gauche. 

Nous  cherchâmes  le  trou  de  Botalle,  avec  d’autant  plus  de  foin  ,  que  plufieurs  Au¬ 
teurs  modernes  ont  aftfûré  qu’il  fe  trouve  dans  tous  les  animaux  amphibies ,  8c  même 
dans  les  hommes,  qui  fe  plongent  fouvent,  8c  demeurent  long-temps  dans  l’eau.  Mais 
quelque  exaôtitude  que  nous  aions  apportée  à  en  faire  la  recherche  ,  nous  n’avons  ja¬ 
mais  pu  découvrir  ce  trou  dans  le  Cœur  de  noftre  Caftor.  Il  eft  vrai  que  comme  il 
avoit  efté  plufieurs  années  enfermé  à  Verfailles,  fans  avoir  la  liberté  d’aller  dans  l’eau, 
il  s’eft  pû  faire  que  ce  trou  fe  foit  bouché,  de  même  qu’il  arrive  au  Fœtus,  lors  qu’eftant 
forti  du  ventre  de  fa  mere ,  il  a  refpiré  quelque  temps.  En  effet  il  fembloit  qu’il  y  euft 
eu  autrefois  en  cét  endroit  vne  ouverture  qui  fe  fuft  depuis  refermée. 

Au  deffous  de  la  veine  Coronaire  nous  trouvâmes  la  Valvule  qu’on  appelle  Noble, 
qui  occupe  tout  le  corps  de  la  veine  Cave  ,  8c  qui  eft  tellement;  difpofée,  que  le 
fang  peut  eftre  aifément  porté  du  Foye  au  Cœur  par  la  veine  Cave  ,  mais  qui  eft  em¬ 
pêché  de  defcendre  du  Cœur  vers  le  Foye  le  long  de  la  même  veine. 

Le  Cœur  eftoit  long  de  deux  pouces  8c  demi  depuis  la  bafe  jufqu’à  la  pointe,  8c  large 
de  prés  de  deux  pouces. 

Dans  la  difleâion  que  nous  fîmes  du  Cerveau,  la  figure  des  Sinus  de  la  Dure  Mere 
nous  parut  finguliere.  Le  Sinus  fuperieur  qui  venoit  du  côté  de  l’os  Ethmoïde,  divifoit 
le  Cerveau  en  partie  droite  ,  8c  en  partie  gauche,  8c  s’avançoit  en  ligne  droite  jufqu’au 
commencement  du  Cervelet  ,  où  eftant  arrivé  il  fe  feparoit  en  deux  gros  rameaux 
prefqu’en  forme  d’Y  Grec  ,  qui  alloient  à  droit  8c  à  gauche  divifer  le  grand  Cerveau 
d’avec  le  Cervelet.  Ces  deux  rameaux  en  produifoient  quatre  autres  ;  deux  de  chaque 
côté,  qui  en  retournant  vers  l’occiput, partageoient  le  Cervelet  en  trois  parties  inéga¬ 
les  :  celle  du  milieu ,  qui  eftoit  la  plus  grande ,  avoit  dix  lignes  de  longueur  ,  8c  cinq  de 
largeur  ,  &  eftoit  faite  en  ovale.  Les  deux  autres  latérales  avoient  quatre  lignes  8c 
demi  de  large  ,  &  fix  de  long.  Toute  l’étendue  du  grand  Cerveau  n’eftoit  en  ià  plus 
grande  longueur  ,  depuis  le  nez  jufqu’aux  Tempes,  que  d’vn  pouce  8c  huit  lignes ,  8c 
d’vn  pouce  8c  demi  dans  fa  largeur. 


Aiant 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASTOR.  71 

Aiant  levé  tout  le  corps  de  la  Dure  Mere  par  la  partie  anterieure  ,  nous  n’y  trouv⬠
mes  point  de  Faux  fous  le  grand  Sinus.  Il  y  avoit  feulement  vne  petite  cavité  qui  eftoic 
formée  par  la  rondeur  du  Sinus ,  &  l’on  voioit  paroillre  fous  les  rameaux  de  ce  Sinus 
des  traces  de  (èmblables  cavitez. 

La  feparation  du  grand  Cerveau  d’avec  le  Cervelet,  n’efloit  reconnoilfable  que  par 
ces  fortes  de  traces,  qui  n’eftoient pas  profondes.  Le  Cervelet  occupoit  toute  la  partie 
pollerieure  de  la  Telle.  Le  Cerveau  n’avoit  que  tres-peu  d’anfraéluofitez  ;  &  fa  partie 
externe  paroilfoit  plûtofl  blanche  que  cendrée.  Le  relie  du  Cerveau  elloit  femblable  à 
celui  des  autres  animaux.  Les  Apophylès  Mamillaires  elloient  alfez  grolfes -,  mais  les 
Nerfs  Optiques  elloient  fort  petits  au  fortir  de  la  lubllance  du  Cerveau,  &  ils  s’alloient 
joindre  enfemble  d’vne  manière  extraordinaire,  àcaufe  de  la  longueur  de  cette  jonétion 
qui  elloit  de  fept  lignes.  En  fuite  ils  le  divifoient  à  l’ordinaire  pour  aller  aux  yeux ,  qui 
n’avoient  pour  orbite  qu’vn  cercle  olfeux. 

Pour  ce  qui  effc  des  chairs  des  mufcles  &  de  tout  le  relie  du  corps ,  nous  n’y  avons 
rien  trouvé  de  particulier, li  ce  n’ell  que  la  chair  de  la  Queue,  comme  nous  avons  déjà 
remarqué,  elloit  differente  de  celle  des  autres  parties. 


Nu 


72 


de  la  figure  de  la  Loutre. 


CE  qu’il  y  a  de  remarquable  dans  la  figure  d’en  bas  efl  la  flrudture  des  Pattes ,  dont 
les  doits  font  liez  les  vus  aux  autres  par  des  peaux  comme  à  l’Oye  ;  les  Dents 
qui  font  aiguës  &  differentes  de  celles  du  Caftor;  &C  l’Oreille  qui  efl  petite  comme  au 
Caflor,  mais  beaucoup  plus  bafle. 


Dans  la  figure  d’en  haut 


AB.  Efi  vn  Rein  couvert  de  fia  membrane  adipeufie. 

C  C  C.  Sont  les  petits  Reins  à  découvert ,  &  dont  la  membrane  adipeufie  efi  ôtée. 
DD.  Les  Vreteres. 

E  E.  Les  Vaifieaux.  Emulgens. 

F.  Le  Clitoris  retiré  en  dedans. 

G  G.  Les  Nymphes. 

H.  L'Anus. 

I.  Le  Clitoris  tiré  en  dehors. 

L.  L'Os  du  Clitoris. 


11111111111(111 


DESCRIPTION  AN  ATOMIQUE 

DU NE  LOUTRE 

QUe  l  qu es'  Auteurs  ont  confondu  la  Loutre  avec  le Callor,  à  caufe  de  la  grande 
,reffemblance  qui  ell  entre  ces  deux  animaux  -,  mais  la  plufpart  demeurent  d’ac¬ 
cord  qu’ils  font  differens  en  plufieurs  chofes.  Nous  en  avons  remarqué  quelques-vnes 
dont  nous  n’avions  point  encore  ouï  parler  -,  &  il  y  a  aulîî  quantité  de  particularitez  que 
l’on  attribue  à  la  Loutre,  5c  que  l’on  prétend  lui  eltre  communes  avec  le  Callor  ,  que 
nous  n’avons  point  trouvées  dans  nollre  fujet. 

Pline  ,  Belon  ,  5c  prefque  tous  les  Hiftoriens  naturels ,  difent  que  la  Loutre  ôc  le 
Callor  font  feulement  differens  par  la  Queue,  qui  ell  couverte  d’écailles  au  Callor,  ÔC 
qui  ell  fort  peluë  dans  la  Loutre.  Georgius  Agricola  5c  Albert  font  les  quatre  pieds  de 
la  Loutre  femblables  à  ceux  du  Chien.  Tous  les  autres  Auteurs  dilent  qu’elle  les  a  pa¬ 
reils  à  ceux  du  Callor  :  nous  n’avons  trouvé  ni  l’vn  ni  l’autre  dans  nollre  Loutre.  Hé¬ 
rodote  dit  que  le  Callor  ôc  la  Loutre ,  de  même  que  les  autres  animaux  qu’il  appelle  à 
teStc  quarree ,  ont  cela  de  commun,  que  leurs  Tefliculesfont  propres  aux  maux  de  Matri¬ 
ce,  ÔC  Brafavole  allure  qu’ils  ont  les  vnsôcles  autres  vne  même  vertu  contre  l’Epileplie, 
la  Paralyfie,  5c  toutes  les  maladies  des  Nerfs  :  en  quoi  il  paroill  que  ces  Auteurs  n’ont 
point  fait  de  dillinélion  entre  les  Poches  du  Callor  5c  fes  Tellicules ,  parce  qu’on  ne  fe 
îèrt  que  des  Poches  aux  maladies  de  Matrice  5c  des  Nerfs.  Arillote  a  aulli  attribué  à  la 
Loutre  vne  particularité  que  Pline  rapporte  du  Callor,  qu’il  dit  ellre  tellement  enragé 
contre  l’homme  ,  que  quand  il  le  mord,  il  ne  quitte  jamais  prife qu’il  n’ait  fenti  craquer 
fous  fes  dents  les  os  des  parties  qu’il  a  failles. 

Le  mot  Grec  A oStçov,  dont  le  nom  de  la  Loutre  ell  dérivé,  5c  qui  lignifie  vn  Bain  ou 
Lavoir,  femble  la  dillinguer  du  Callor,  parce  qu’elle  ne  fe  plonge  que  dans  l’eau  douce, 
5c  jamais  dans  la  mer,  dont  l’eau  n’ell  point  propre  à  laver, ni  à  faire  vn  Bain-,  5c  que  le 
Callor  va  indifféremment  dans  la  mer  5c  dans  les  rivières. 

La  grandeur  de  la  Loutre  ,  6c  la  proportion  de  fes  parties ,  la  rendoit  encore  bien 
differente  du  Callor  que  nous  avons  diffequé  -,  car  le  Callor  avoir  trois  pieds  5c  demi 
de  longueur  en  comprenant  la  queue  ^  5c  la  Loutre  n’avoit  en  tout  que  trois  pieds  deux 
pouces,  5c  fa  queue  elloit  à  proportion  bien  plus  longue;  ce  qui  lui  rendoit  le  relie  du 
corps  encore  plus  petit  que  celui  du  Callor.  La  Telle  du  Callor  avoit  cinq  pouces  5c 
demi  depuis  le  mufeau  jufqu’à  l’occiput,  8c  celle  de  la  Loutre  n’en  avoit  que  quatre  5c 
demi.  Les  pieds  de  devant  du  Callor  avoient  fix  pouces  5c  demi  depuis  le  coude  jufqu’à 
l’extrémité  des  doits  ,8c  ceux  de  la  Loutre  n’en  avoient  que  cinq.  Les  pieds  de  derrière 
du  Callor  avoient  fix  pouces  depuis  le  talon  jufqu’au  bout  des  doits,  &  ceux  de  la  Lou¬ 
tre  n’en  avoient  que  trois  8c  demi. 

Cela  rendoit  encore  nollre  Loutre  bien  differente  de  celle  que  Belon  décrit,  à  qui  il 
fait  les  jambes  femblables  à  celles  du  Renard  ,  ÔC  feulement  differentes  en  ce  qu’elles 
font  plus  groffes  -,  fi  ce  n’ell  qu’il  ait  voulu  dire  qu’elles  font  plus  groffes  à  proportion 
de  leur  longueur  :  mais  la  vérité  ell  qu’à  proportion  du  relie  du  corps  elles  font  beau¬ 
coup  plus  courtes  qu’au  Renard  ,  ellant  femblables  en  cela  à  celles  de  la  Belette  ,  qui  a 
le  corps  long,  5c  les  jambes  courtes. 

Les  pieds  de  derrière  elloient  tout-à-fait  femblables  à  ceux  du  Callor  ,  aiant  cinq 
doits  longs  5c  menus,  non  ramaffez  comme  ceux  des  pieds  du  Chien,  5c  les  interval¬ 
les  ellant  remplis  d’vne  peau  ,  ainfi  qu’ils  font  aux  pieds  d’vn  Oye.  Ceux  de  devant 
elloient  pareils  à  ceux  de  derrière ,  5c  fort  differens  des  pieds  de  devant  du  Callor  : 
car  ces  doits  elloient  joints  par  des  membranes  comme  ceux  de  derrière  ,  à  la  referve 
que  les  membranes  les  ferroient  vn  peu  davantage  -,  mais  ils  n’avoient  point  cette  ref- 
femblance  que  ceux  du  Callor  ont  à  vne  main  ;  les  cinq  doits  ellant  égaux  ,  aiant  cha- 

Oo 


74  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UNE  LOUTRE. 

cun  leurs  trois  Phalanges ,  &  le  pouce  n’eftant  point  plus  feparé  des  autres  doits  qu’ils  le 
font  entr’eux. 

Le  Mufoau ,  les  Yeux,  &  la  forme  de  toute  la  Tefte  ne  la  rendoient  gueres  differente 
du  Caftor:  les  Dents  feulement  eftoient  diffemblables ,  n’eftant  point  trenchantes,ni  fi 
fortes  que  celles  du  Caftor  ;  ce  qui  nous  faifoit  juger  qu’Ariftote  a  pris  la  Loutre  pour 
le  Caftor,  quand  il  a  exagéré  de  la  maniéré  qu’if  a  déjà  efté  dit,  Feftrange  force  de  fa 
morfure  :  car  noftre  Loutre  n  avoir  point  ces  quatre  grandes  &  longues  Incifives  qui 
font  particulières  au  Caftor,  &  à  quelques  autres  animaux,  comme  au  Lièvre, à  l’Efcu- 
rieu ,  &  au  Rat  •  toutes  les  dents  eftant  faites  comme  celles  du  Chien  ou  du  Loup, 
&  les  Canines  eftant  à  l’ordinaire  plus  longues  que  les  Incifives.  De  forte  que  ces  dents 
faifoient  toute  la  reffemblance  que  nous  avons  trouvé  que  la  Loutre  a  avec  le  Chien, 
quoi  que  Belon  dife  qu’elle  en  a  la  tefte  ,  &  qu’Elian  l’appelle  Chien  de  riviere.  Les 
Oreilles ,  qui  eftoient  petites  comme  au  Caftor,  eftoient  plus  baffes  que  les  yeux,  &  fi- 
tuées  proche  la  mâchoire  inferieure. 

Le  poil  n’eftoit  pas  la  moitié  fi  long  que  celui  du  Caftor,  n’aiant  à  l’endroit  du  corps 
où  il  eftoit  le  plus  long,  que  huit  lignes  ;  au  lieu  que  celui  du  Caftor  en  avoit  dix-huit. 
Sa  couleur  eftoit  en  quelque  façon  differente  de  celle  du  Caftor ,  mais  non  pas  de  la 
maniéré  que  les  Auteurs  l’expriment  :  car  ils  difent  que  le  poil  du  Caftor  tire  davanta¬ 
ge  fur  le  gris,  &  nous  avons  trouvé  le  contraire  -,  noftre  Loutre  aiant  le  poil  du  deffous 
de  la  gorge  ,  de  l’eftomac ,  d>z  du  ventre  beaucoup  plus  gris  qu’il  n’eftoit  en  noftre 
Caftor.  Le  poil  de  la  queue  eftoit  plus  court  que  par  le  corps,  mais  beaucoup  plus  long 
qu’aux  pattes.  Le  refte  du  poil ,  à  fçavoir  fur  la  tefte  &  fur  le  dos ,  eftoit  de  couleur 
pareille  à  celui  du  Caftor ,  eftant  d’vn  Chaftain  brun  ,  &  de  deux  efpeces  ,  l’vn  plus 
long  ,  plus  brun,  plus  droit,  &  plus  gros; l’autre  plus  court,  plus  gris ,  plus  frifé,  &  plus 
doux. 

Pour  achever  la  defcription  du  dehors ,  il  refte  à  parler  d’vne  particularité  affez  re¬ 
marquable,  &  qui  diftingue  fort  la  Loutre  ,  non  feulement  du  Caftor,  mais  même  des 
autres  brutes ,  qui  eft  la  conformation  extraordinaire  de  l’orifice  extérieur  de  la  Ma¬ 
trice,  où  nous  avons  trouvé  des  Nymphes  &  vn  Clitoris  comme  aux  femmes.  Le  Cli¬ 
toris,  qui  eftoit  fitué  à  la  partie  fuperieure  des  Nymphes,  &C  au-de-là  de  leur  jonétion, 
avoit  trois  lignes  de  long.  Il  eftoit  compofé  de  membranes  &  de  ligamens  qui  enfer- 
moient  vn  os  long  de  deux  lignes. 

La  plufpart  des  parties  qui  fe  voient  par  la  diffeéfion,  eftoient  encore  plus  differentes 
de  celles  du  Caftor  que  les  extérieures  ne  le  font.  Le  Foye,  qui  n’avoit  que  cinq  Lobes 
dans  le  Caftor,  en  avoit  fix  dans  noftre  Loutre.  La  Ratte,  qui  eftoit  Cylindrique  au 
Caftor,  &C  fort  menue,  n’aiant  que  dix  lignes  de  diamètre  fur  fept  ponces  de  longueur, 
eftoit  platte  dans  la  Loutre  ,  aiant  vn  pouce  &  demi  de  large  fur  quatre  pouces  &C 
demi  de  long.  Mais  fa  connexion  eftoit  fi  particulière  ,  qu’elle  n’eftoit  pas  feulement 
differente  de  celle  du  Caftor,  mais  deprefque  tous  les  autres  animaux ,  dans  lefqueîs 
la  Ratte  eft  ordinairement  attachée  au  Ventricule*,  au  lieu  quelle  l’eftoit  dans  noftre 
Loutre  à  l’Epiploon. 

Les  Reins  avoient  trois  pouces  de  long  fur  deux  de  large.  Au  Caftor  ils  n’avoient 
pas  deux  pouces  de  long  :  mais  la  principale  différence  eftoit  dans  la  conformation,  qui 
eftoit  fi  extraordinaire  ,  qu’elle  approchoit  de  celle  des  Reins  de  l’Ours  *,  ceux  de  la 
Loutre  n’en  eftant  differens  que  par  le  nombre  des  petits  Reins,  dont  les  vns  &  les  au¬ 
tres  font  compofez  :  car  au  lieu  de  cinquante-deux  petits  Reins  que  nous  avons  trou¬ 
vez  dans  l’Ours,  il  n’y  en  avoit  que  dix  dans  la  Loutre ,  qui  eftoient  feparez  les  vns  des 
autres  ,  aiant  chacun  leur  Parenchyme,  leur  Veine,  &  leur  Artere  Emulgente  à  part, 
avec  vn  troifiéme  vaiffeau  ,  qui  eftoit  vne  branche  du  Baftinet ,  que  la  dilatation  de 
l’Uretere  produifoit,  &c  dont  les  dix  branches  fortoient  pour  s’attacher  à  chaque  petit 
Rein.  Ces  petits  Reins ,  outre  vne  membrane  commune  qui  les  envelopoit ,  avoient 
quantité  de  fibres  qui  les  lioient  &C  les  amaffoient  en  vn  tas,  qui  avoit  vne  figure  vn  peu 
plus  longue  que  les  Reins  ne  l’ont  ordinairement;  &  il  y  avoit  vn  de  ces.  petits 

Reins 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UNE  LOUTRE.  77 

Reins  qui  eftoit  vn  peu  plus  feparé  des  autres ,  &  qui  allongeoit  encore  vers  le  haut 
cette  figure,  en  forte  que  ce  petit  Rein  pou  voit  eftre  pris  pour  la  Capfule  Atrabilaire. 

Le  Pancréas  eftoit  compofé  de  glandes  Conglomérées  comme  celui  duCaflor,  &  de 
laplufpart  des  autres  animaux, mais  elles paroifloient plus  diftindtes , &  feparées  les  vnes 
des  autres  qu’à  l’ordinaire. 

Le  Poumon  eftoit  aufli  comme  au  Caftor  compofé  de  fept  Lobes,  dont  il  y  en  avoir 
fix  égaux  en  grandeur,  5c  vn  feptiéme  fort  petit,  qui  fembloit  feulement  vn  appendice 
du  fixiéme. 

Nous  cherchâmes  avec  foin  dans  les  vaifleaux  du  Cœur  ce  trou  Ovalaire  qu’on 
eftime  eftre  dans  les  animaux  ,  pendant  quils  demeurent  fans  refpirer  dans  le  ventre 
de  leur  mere  ,  pour  fuppléer  à  l’vfage  que  l’on  attribue  à  la  Relpiration  ,  qui  eft, 
d’aider  à  la  Circulation  du  fang  qui  fe  fait  au  travers  du  Poumon  ,  par  le  moien 
de  la  dilatation,  5c  de  la  compreflion  de  cette  partie.  Nous  avions  déjà  fait  cette  re¬ 
cherche  dans  le  Caftor,  parce  que  quelques-vns  ont  eftimé  que  cét  animal  avoit  befoin 
de  cette  conformation  des  vaifleaux  du  Cœur  ,  pour  faire  qu’il  puifle  fupporter  la  cef- 
fation  de  la  Retiration  qu’il  fouffre  lors  qu’il  fe  plonge  5c  qu’il  demeure  long-temps 
dans  l’eau  :  mais  nous  ne  trouvâmes  point  que  ce  trou  fuft  ouvert,  ni  qu’il  y  euft  d’au¬ 
tres  conduits  qui  pûflent  donner  paflage  au  fang  pour  la  Circulation  que  ceux  qui  font 
dans  le  Poumon.  La  vérité  eft  néanmoins  que  nous  remarquâmes  quelques  veftiges  de 
cette  ouverture  ,  qui  fembloit  faire  connoiftre  qu’il  y  avoit  peu  de  temps  qu’elle  eftoit 
refermée  :  ce  qui  nous  paroifloit  d’autant  plus  probable,  que  nous  eftions  aflurez  que 
le  Caftor  avoit  efté  long-temps  enfermé  dans  fa  Loge  fans  avoir  la  liberté  de  fe  plonger 
dans  l’eau  ,  &  qu’il  pouvoit  eftre  arrivé  que  ce  trou  s’eftoit  rebouché  de  même  qu’il 
l’eft  ordinairement  dans  tous  les  animaux  peu  de  temps  après  la  naiflance ,  lors  que  la 
faculté  qu’ils  ont  de  refpirer  a  rendu  ce  trou  inutile.  Mais  nous  n’avons  trouvé  dans 
noftre  Loutre  aucune  apparence  qu’il  y  euft  jamais  eu  de  trou  qui  pûft  donner  paflage 
au  fang  de  la  veine  Cave  dans  l’artere  Veneufe:  5c  cela  s’accorde  allez  avec  la  remarque 
que  tous  les  Auteurs  ont  faite  que  la  Loutre  eft  obligée  de  temps  en  temps  de  s’élever 
au  delïus  de  l’eau  pour  refpirer  ;  ce  que  le  Caftor  ne  fait  point ,  aiant  vne  bien  plus 
grande  facilité  à  fe  palier  pendant  vn  long-temps  de  la  Relpiration. 

Les  autres  parties  qui  ont  efté  diflequées  avec  foin ,  ne  nous  ont  rien  fourni  de  con- 
fiderable,  ÔC  qui  mérité  d’eftre  remarqué. 


pp 


Explication  de  la  figure  de  la  Civette. 

EL  le  eft  difpofée  de  forte  qu’on  peut  voir  la  fîtuation  des  Poches  dans  lefquel- 
les  font  les  réceptacles  de  la  liqueur  odorante ,  &  les  trois  ouvertures  qui  font  par¬ 
ticulières  à  cét  animal ,  6c  qui  font  plus  diftindlement  reprefentées  dans  la  figure  d’en 
haut. 

Dans  la  figure  d’en  haut 

AA.  Ef  le  bout  de  la  Verge  tirée  par  force  dehors. 

B.  U  Orifice  externe  de  la  Matrice. 

C  C.  V  Anus  du  mâle  &  celui  de  la  femelle. 

DD..  L’endroit  ou  la  Queue  ef  coupée. 

E.  One  éminence  3  qui  eft  comme  vne  efpéce  de  Clitoris. 

FF.  Les  Loches  dans  lefquelles  font  les  réceptacles  de  la  liqueur  odorante  3  e  fiant  couvertes  de  la  peau >  & 
en  leur  fituation  naturelle. 

G  G.  Les  mêmes  Poches  découvertes ,  &  renverfées  en  embas. 

HH.  Z  es  mêmes  Poches  encore  plus  découvertes  3  les  mufles  efiant  SteZj. 

II.  Les  deux  ouvertures  qui  pénétrent  dans  les  facs 3  ou  réceptacles  de  la  liqueur  odorante. 

K.  V ajfemblage  des  trois  mufcles  des  Poches. 

L.  Le  conduit  dans  lequel  la  Verge  ef  cachée. 

M.  Le  col  de  la  OMéatrice. 

N  N.  Les  Leficules  du  mâle. 

O  O.  Les  Leficules  de  la  femelle.  *  '  ' 

PP.  Les  Portières  ou  Cornes  de  la  Matrice. 

OfiV  Les  Mufcles  Cremajléres. 

R.  La  Vefie. 

SS,  L’extrémité  des  Cornes  de  la  Matrice  ?  qui  femblent  avoir  quelque  rapport  au  Tuba. 


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77 

DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  DEUX  CIVETTES 

APres  avoir  fait  la  diffeélion  d’vn  Caftor  &  d’vne  Loutre  ,  il  fe  prefenta  vne  oc- 
cafion  d’y  joindre  celle  de  deux  Civettes  ,  qui  moururent  l’Hyuer  fuivant  au 
Parc  de  Verfailles.  Nous  fûmes  bien  aifes  de  pouvoir  faire  la  comparaifon  de  ces  deux 
elpeces  d’animaux,  parce  qu’ils  conviennent  en  des  organes  qui  leur  font  fort  particuliers, 
qui  font  les  réceptacles  dans  lefquels  il  s’amaffe  vne  liqueur,  dont  l’odeur  eft  remarqua¬ 
ble,  pour  eftre  extrêmement  douce  dans  les  vns,  &  fort  defagréable  dans  les  autres. 

Nous  cherchâmes  d’abord  s’il  n’y  avoir  point  quelque  railbn  particulière  de  cette 
diverfité  d’odeur ,  mais  nous  ne  trouvâmes  point  qu’il  y  en  euft  apparemment  dautre 
que  la  diverfité  du  Tempérament  de  ces  animaux  -,  car  l’vn  eft  chaud  &  fec  ,  boit  peu, 
èc  habite  des  pais  chauds  &  arides  -,  l’autre  vit  tantoft  dans  les  eaux  ,  &  tantoft  fur  la 
terre  :  &  comme  il  a  beaucoup  d’humidité ,  à  caufe  qu’il  participe  de  la  nature  des 
Poiftons ,  il  n’a  pas  affez  de  chaleur  pour  cuire  &  perfeétionner  cette  humidité.  De 
forte  que  fuppofé  que  la  bonne  tk  la  mauvaife  odeur  viennent  de  la  coction  ou  de  la 
crudité  que  la  chaleur  naturelle  plus  ou  moins  puiftante  opéré  dans  les  humeurs,  le  Caftor, 
dont  la  chaleur  naturelle  eft  affoiblie,  &  comme  étouffée  par  l’abondance  de  Ion  humi¬ 
dité,  ne  la  peut  cuire  qu’imparfaitement,  ni  y  produire  qu’vne  odeur  fort  defagréable. 

Les  deux  Civettes  dont  nous  avons  fait  la  diffeélion  ,  eftoient  l’vne  mâle  &  l’autre 
femelle ,  mais  tellement  femblables  en  tout  ce  qui  fe  voit  au  dehors  ,  qu’il  n’y  avoir 
même  aucune  apparence  de  dillinclion  de  fexe  -,  n’eftant  pas  poftible  fans  la  diffeélion, 
de  juger  qu’elles  ne  fuffent  toutes  deux  femelles.  Car  le  mâle  avoit  les  parties  qui  lui 
font  propres,  cachées  tk  renfermées  au  dedans  •  &  le  vafe  ou  réceptacle  de  la  liqueur 
odorante ,  dont  l’ouverture  a  efté  prife  par  la  plufpart  des  anciens  pour  la  marque 
du  fexe  de  la  femelle  ,  eftoit  tout  pareil  en  l’vne  ïk  en  l’autre  de  nos  Civettes. 

Elles  eftoient  longues  depuis  le  mufeau  jufqu’au  commencement  de  la  Queue  de 
vingt-neuf  pouces.  La  Queue  avoit  efté  rognée  à  l’vne  &  à  l’autre.  Celle  qui  eftoit  Ja 
plus  longue  avoit  dix  pouces.  Les  Pieds  eftoient  fort  courts  ,  principalement  ceux 
de  devant,  qui  n’avoient  depuis  le  ventre  jufqu’en  bas  que  cinq  pouces.  Les  Pattes,  tant 
celles  de  devant  que  celles  de  derrière  ,  avoient  chacune  cinq  doits ,  dont  le  plus  petit 
eftoit  en  dedans  comme  à  l’Ours  ;  mais  ce  petit  doit  nepofoit  pas  à  terre.  Outre  ces 
cinq  doits  il  y  avoit  vn  Ergot,  qui  eftoit  garni  de  fon  ongle  comme  les  doits.  Les  Ongles 
eftoient  noirs ,  non  crochus,  &  fort  peu  pointus.  La  Plante  eftoit  garnie  d’vne  peau  fort 
douce  au  toucher.  Les  Oreilles  approchoient  de  la  figure  &  de  la  grandeur  de  celles 
d’vn  Chat;  mais  elles  eftoient  moins  pointues,  &C  plus  petites:  le  refte  de  la  Telle  n’avoit 
rien  qui  tint  de  cét  animal  que  les  barbes,  qui  font  communes  à  la  plupart  de  ceux  qui 
font  carnafliers.  Car  la  telle  eftoit  étroite  -,  le  mufeau  long  ;  la  langue  douce  *,  les  yeux  pe¬ 
tits,  noirs,  troubles  &  longs-,  les  dents  Canines  courtes, &  peu  pointues,  en  forte  quelles 
paroiffoient  avoir  efté  rompues  :  tk  il  y  a  apparence  que  cét  animal  farouche  &  co¬ 
lère  fe  rompt  ordinairement  les  dents  en  mordant  les  barreaux  de  fer  de  fa  cage.  Le  Col 
eftoit  affermi  &C  fortifié  par  des  ligamens,  &  par  des  mufcles  extraordinairement  forts. 
Bartholin  a  remarqué  qu’ils  font  en  plus  grand  nombre  qu’aux  autres  animaux. 

Le  poil,  qui  eftoit  court  fur  la  Telle  &;  aux  Pattes,  eftoit  fort  long  par  le  refte  du 
corps ,  aiant  jufqu’à  quatre  pouces  &  demi  fur  le  dos ,  ou  il  eft  le  plus  long.  A  ce  long 
poil ,  qui  eftoit  dur ,  rude ,  &  droit ,  vn  autre  eftoit  entremêlé ,  plus  court ,  plus  doux ,  &C 
frifé  comme  delà  laine  ,de  même  qu’au  Caftor  ,  mais  il  n’eftoit  pas  fi  fin  :  il  avoit  par 
tout  vne  même  couleur  ,  à  fçavoir  vn  gris  brun.  Le  grand  poil  eftoit  de  trois  couleurs, 
&C  faifantdes  taches  tk  des  bandes, les  vnes  noires,  les  autres  blanches,  &  les  autres  rouf- 
faftres.  Il  y  avoit  quelques-vns  de  ces  poils  qui  eftoient  de  deux  couleurs ,  eftant  noirs 


78  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  CIVETTES. 

vers  le  milieu ,&  blancs  tantoft vers  la  racine, tantoft  vers  l’autre  extrémité.  Les  quatre 
pieds  eftoient  noirs  de  même  que  le  ventre  &:  le  deffous  de  la  gorge ,  contre  l’ordinaire 
des  autres  animaux,  qui  ont  toujours  le  ventre  &  le  deflous  de  la  gorge  dvne  couleur 
moins  brune  que  le  refte  du  corps ,  quand  tout  le  poil  n’eff  pas  d’vne  même  couleur. 
Le  refte  du  corps  eftoit  entremêlé  de  trois  couleurs  ,  entre  lefquelles  le  noir  eftoit  la 
principale.  11  y  avoit  deux  grandes  taches  noires  aux  cotez  du  mufeau ,  qui  enfermoient 
les  yeux,  &  qui  laifloient  le  refte  fort  blanc,  à  la  referve  du  nez  qui  eftoit  noir.  Le  deflus 
de  la  tefte  ,  depuis  les  yeux  jufqu’aux  oreilles  eftoit  gris ,  par  le  mélange  du  blanc  &  du 
noir  qui  eftoit  dans  chaque  poil,  ainfi  qu’il  a  efté  dit ,  tout  le  fond  eftant  noir  ,  &  l’ex¬ 
trémité  blanche.  Les  Oreilles  qui  eftoient  toutes  noires  par  dehors ,  &  feulement  bor* 
dées  de  blanc ,  eftoient  remplies  par  dedans  d’vn  long  poil  blanc.  Le  Col  avoit  de  cha¬ 
que  côté  quatre  bandes  noires  fur  vn  fond  fort  blanc  ;  &  ces  bandes  qui  commençoient 
au  deflous  des  Oreilles  ,  defcendoient  obliquement  vers  l’Eftomac.  Le  milieu  du  dos 
eftoit  couvert  de  trois  bandes-,  celle  du  milieu  eftoit  noire,  Scelles  des  cotez  rouflaftres. 
Les  Epaules  &;  les  cotez  jufques  aux  flancs  eftoient  marquetez  de  beaucoup  de  noir,&; 
de  peu  de  rouffaftre.  Les  Flancs  eftoient  bandez  de  noir  de  blanc  également ,  mais 
ces  bandes  n’eftoient  pas  fi  continues  que  celles  du  Col  -,c’eftoientplûtoft  des  taches  que 
Pline  appelle  des  Yeux  dans  la  Panthère ,  mais  dont  peu  eftoient  ifolées ,  eftant  atta¬ 
chées  la  pluipart  les  vnes  aux  autres.  La  Queue  eftoit  noire  par  deflus ,  &  mêlée  d’vn 
peu  de  blanc  par  deffous. 

L’ouverture  de  la  Poche  ou  Sac,  qui  eft  le  réceptacle  de  la  Civette,  eftoit  au  deffous 
de  l’Anus, &  non  pas  fous  la  queue,  ainfi  qu’Ariftote  la  met  en  fon  Hyene  ,  que  nous 
eftimons  avec  Belon  n’eftre  point  autre  choie  que  noftre  Civette  -,  ou  du  moins  que  noftre 
Civette  eft  vne  efpece  d’Hyene.  Et  cela  eftant  ainfi  ,  il  eft  affez  effrange  que  ce  grand 
perfonnage,  qui  reprend  Hérodote  de  s’eftre  trompé,  quand  il  a  crû  que  l’ouverture  de 
cette  Poche  eftoit  la  partie  qui  marque  le  fexe  de  la  femelle  ,  &;  qui  l’excufe  fur  ce  qu’il 
eft  difficile  de  n’y  eftre  pas  trompé  ,  fi  on  n’examine  la  choie  bien  exaétement ,  fe  foie 
laiffé  tromper  lui-même,  &C  qu’il  ait  écrit  en  plufieurs  endroits,  que  l’Anus  &  les  parties 
de  la  Génération  dans  l’vn  &  dans  l’autre  fexe  font  au-de-là  de  la  Poche. 

Cette  Poche  eftoit  entre  l’Anus  &  vne  autre  petite  ouverture,  dont  elle  eftoit  diftante 
de  deux  pouces  &  demi-,  mais  elle  eftoit  plus  proche  de  l’Anus.  Cette  Poche  avoit  deux 
pouces  &C  demi  de  largeur,  &  trois  de  longueur  :  fon  ouverture  qui  faifoit  vne  fente  de 
haut  en  bas,  avoit  deux  pouces  &  demi.  Par  les  bords  par  le  dedans  elle  eftoit  revêtue 
d’vn  poil  court  &C  tourné  de  dehors  en  dedans,  en  forte  qu’il  eftoit  afpre  de  dedans  en 
dehors.  En  écartant  les  deux  cotez  de  cette  ouverture,  on  voioit  le  dedans,  dont  la  ca¬ 
pacité  pouvoit  contenir  vn  petit  œuf  de  poule  :  le  fond  en  eftoit  percé  à  droit  &  à  gau¬ 
che  de  deux  trous  capables  de  recevoir  le  doit,  qui  penetroient  chacun  dans  vn  fac  re¬ 
vêtu  d’vne  peau  blanche  &  inégale  comme  celle  d’vn  Oifon.  Les  éminences  qui  faifoient 
cette  inégalité  eftoient  percées  d’autant  de  pores,  dont  on  faifoit  fortir,  quand  on  les 
prefloitjla  liqueur  odorante, que  les  Arabes  appellent  Zibet, qui  fignifie  écume, &  d’où 
eft  venu  le  nom  de  Civette. 

En  effet, cette  liqueur  eftoit  écumeufe  en  fortant  -,  ce  qui  fe  reconnoîffoit  en  ce  que 
quelque  temps  après  elle  perdoit  la  blancheur  qu’elle  avoit  au  commencement.  Elle 
fortoit ,  à  ce  que  nous  pûmes  juger ,  d’vn  grand  nombre  de  glandes  qui  eftoient  entre 
les  deux  tuniques ,  dont  les  facs  eftoient  compofez. 

La  petite  ouverture  qui  paroifloit  au  deffous  de  la  grande  Poche,  eftoit  l’entrée  d’vn 
conduit  dans  lequel  la  verge  du  mâle  eftoit  cachée  -,  la  femelle  avoit  vn  conduit  fem- 
blable,  qui  eftoit  le  col  de  la  Matrice,  dont  l’Orifice  interne  eftoit  fi  étroit,  &  fi  difficile 
à  dilater ,  qu’on  eut  bien  de  la  peine  à  y  faire  paffer  vn  petit  ftylet.  L’Orifice  externe 
eftoit  couvert  par  deux  petites  éminences  vn  peu  longues,  qui  fe  joignoient,  &C  faifoient 
vn  angle,  au  deffous  duquel  eftoit  vne  troifiême  éminence  qui  paroifloit  eftre  le  Clitoris. 

A  l’ouverture  du  Ventre  on  trouva  fous  la  peau  depuis  les  os  pubis  jufqu’au  nombril, 
deux  éminences  de  graiffe  dure ,  larges  &  épaiffes  d’vn  pouce,  &  longues  de  quatre.  Elles 

enfermoient 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  CIVETTES.  79 

enfermoient  les  rameaux  qui  p  a  (lent  des  veines  &  arteres  Hypogallriques  dans  les  deux 
Sacs  qui  font  la  grande  Poche  ,  pour  y  porter  la  matière  dont  la  liqueur  odorante  eft 
faite ,  &C  qui  s’y  amaffe.  Bartholin  a  cherché  avec  beaucoup  de  loin,  &  n’a  point  trouvé  les 
conduits  particuliers,  qu’il  eftimoit  eftre  neceffaires  pour  porter  cette  matière:  mais  nous 
n’avons  point  crû  qu’il  y  en  deuil  avoir  d’autres  que  les  Arteres,  de  même  que  les  Mam- 
melles ,  ni  les  Reins  n’en  ont  point  d’autres  qui  leur  portent  la  matière  du  lait,  Zk  de 
l’vrine  ;  y  aiant  vne  faculté  dans  les  glandes  qui  font  enfermées  dans  les  Sacs  du  réce¬ 
ptacle  de  la  Civette  ,  qui  leur  fait  prendre  dans  les  Arteres  ce  qui  elE  propre  à  eftre 
converti  en  liqueur  odorante, de  même  que  les  glandes  des  Mammelles  s’imbibent  de 
la  matière  qu’elles  trouvent  dans  le  fang,  propre  à  recevoir  le  charaélere  du  lait. 

Ces  vailfeaux  qui  alloient  aux  Sacs  du  réceptacle  elloient  fort  gros  dans  le  mâle; 
mais  à  peine  les  pût-on  appercevoir  dans  la  femelle.  Auffi  la  Civette  du  mâle  avoit  vne 
odeur  plus  forte  &C  plus  agréable  que  celle  de  la  femelle.  Les  Auteurs  néanmoins  difent 
prefque  tous  le  contraire  ;  &C  Quadramius  dans  fon  Livre  de  la  Theriaque  préféré  la 
Civette  de  la  femelle  à  celle  du  mâle ,  qu’il  dit  même  11e  valoir  rien  ,  fi  on  ne  la  mêle 
avec  celle  de  la  femelle.  Nous  n’avons  point  trouvé  non  plus  qu’il  fuft  vrai  que  l’odeur 
de  la  Civette  fe  perfeétionnaft ,  apres  avoir  ellé  gardée  quelque  temps  ,  ni  qu’eftant 
nouvelle  ,  elle  euft  vne  odeur  abominable  ,  comme  dit  Amatus  Lufitanus  ;  car  fon 
odeur  ne  nous  a  pas  femblé  meilleure  après  vn  an  ,  que  quand  nous  en  fîmes  la  diffe- 
élion.  Plutarque  dit  que  non  feulement  la  peau,  mais  encore  la  chair  &  les  os  de  la 
Panthère  fentent  bon  ;  mais  nous  n’avons  pas  trouvé  que  la  bonne  odeur  de  la  Civette 
fe  fuft  communiquée  aux  parties  du  dedans  :  car  il  n’y  avoit  que  le  poil  qui  euft  vne 
bonne  odeur,  &  principalement  au  mâle, dont  le  poil  eftoit  tellement  parfumé  ,  que  la 
main  qui  l’a  voit  touché  confervoit  long  -  temps  vne  odeur  fort  agréable:  ce  qui  femble 
appuier  l’opinion  de  Scaliger  ,  de  Mathiole,  &  de  plufieurs  autres ,  qui  eftiment  que  le 
parfum  de  la  Civette  n’eft  rien  autre  chofe  que  fa  fueur  ;  en  forte  qu’on  la  recueille, 
ainfi  que  Marmol  affûre  ,  des  animaux  qui  la  produifent ,  après  qu’on  les  a  fait  bien 
courir  dans  leur  cage  ;  tk  qu’on  ne  l’amaffe  pas  feulement  de  leurs  Poches ,  mais  en¬ 
core  de  plufieurs  autres  endroits,  &  principalement  d’autour  du  col  :y  aiant  néanmoins 
apparence  que  quoi  que  cette  fueur  forte  indifféremment  de  tout  le  corps,  elle  s’amaffe 
en  plus  grande  quantité  dans  les  Sacs,&  s’y  perfeétionne  mieux. 

Ces  Poches  ou  Sacs  avoient  des  mufcles  ,  dont  Bartholin  n’a  point  parlé  ,  quoi  qu’il 
les  ait  marquez  dans  fes  Figures.  Ceux  que  nous  avons  trouvez  elloient  differens  de 
ceux  qu’il  reprefente ,  tant  en  nombre  qu’en  ftruéture.  Il  en  met  quatre  ,  qui  naiffant 
des  parties  voifines,  s’inferent  aux  Poches.  Ceux  de  nos  Civettes  n’elloient  qu’au  nom¬ 
bre  de  trois,  dont  il  y  en  avoit  vn,  qui  aiant  fa  naiffance  à  l’vne  des  Poches,  alloit  s’infe- 
rer  à  l’autre: les  deux  autres  prenoient  leur  origine  de  la  partie  inferieure  de  l’os  Ifchion, 
&  chacun  venoit  fe  joindre  à  fon  antagonifte  au  milieu  des  deux  Poches  ,  &£  s’atta- 
choit  à  la  Poche  fur  laquelle  il  paffoit  pour  aller  faire  cette  jonélion. 

Il  nous  a  ellé  aifé  de  conjeéturer  quelle  doit  eftre  l’aélion  de  ces  mufcles ,  par  leur 
ftruélure ,  &c  par  leur  fituation  :  car  celui  qui  eft  commun  aux  deux  Poches ,  doit  eftre 
fait  pour  les  ferrer,  en  les  approchant  l’vne  de  l’autre-,  &  ceux  qui  partent  des  os  de  l’If- 
chion,  tirent  les  deux  Poches  enfemble  ,tantoft  à  droit ,  tantoll  à  gauche,  félon  qu’vn  des 
mufcles  s’accourcit,  pendant  que  fon  antagonifte  fe  relâche.  L’vfage  de  ces  mouvemens 
eft  vraifemblablement  pour  exprimer  &c  faire  fortir  la  liqueur  odorante, dont  la  réten¬ 
tion  eft  infupportable  à  ces  animaux,  lors  que  par  le  temps  elle  a  acquis  vne  acrimonie 
picquante  ,  qui  les  excite  à  la  faire  fortir  :  car  on  a  remarqué  que  les  Civettes  paroift 
fent  avoir  vne  inquiétude  qui  les  agite  &  qui  les  tourmente  ,  quand  elles  ont  amaffé 
quelque  quantité  de  cette  liqueur,  qu’elles  s’efforcent  de  faire  fortir. 

L’Epiploon  eftoit  double  &  quarré  à  l’ordinaire  ,  mais  fort  grand.  Il  defcendoit  juf- 
qu  aux  os  pubis  ,  &  eftoit  compofé  de  bandes  de  graiffe  qui  enfermoient  les  vaiffeaux. 
Ces  bandes  avoient  chacune  trois  angles ,  &  elloient  jointes  enfemble  par  vn  tiffu  de 
fibres  en  forme  de  réfeau. 


Rr 


80  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  CIVETTES. 

Les  Inteftins  n’eftoient  pas  fort  longs,  mais  principalement  les  gros, qui  tous  trois 
enfemble  n’avoient  pas  plus  de  fix  pouces.  La  Ratte  au  contraire  eftoit  extraordinai¬ 
rement  longue,  aiant  plus  de  fix  pouces  de  long  fur  deux  de  large,  &C  vn  quart  de  pouce 
d’épaiffeur.  La  couleur  en  eftoit  livide,  tirant  fur  le  noir. 

Le  Pancréas  eftoit  attaché  au  Duodénum  ,  &  s’étendoit  vers  la  Ratte.  Il  eftoit  large 
d’vn  pouce ,  &  long  de  quatre. 

Le  Foye  avoit  cinq  grands  Lobes,  &  vnfixiéme  plus  petit  que  les  autres,  fitué  dans 
le  milieu  de  fa  partie  inferieure.  Bartholin  en  compte  fept.  Le  Foye  de  la  femelle  eftoit 
bien  plus  pâle  que  celui  du  mâle  ,  &  il  eftoit  marqueté  d’vne  infinité  de  points  d’vn 
rouge  plus  brun. 

La  fituation  des  Reins  eftoit  telle ,  que  le  droit  eftoit  plus  haut  que  le  gauche.  Ils 
eftoient  tous  deux  attachez  aux  Lombes  par  vne  membrane  que  nous  avons  prife  pour 
la  duplicature  du  Péritoine,  qui  les  tenoit  enfermez  comme  ils  font  aux  hommes ,  &  à 
quelques  autres  animaux.  Bartholin  croit  que  cette  membrane  eft  celle  qui  leur  eft  par¬ 
ticulière,  &  qui  envelope  immédiatement  leur  Parenchyme,  mais  il  avoue  qu’elle  s’en 
feparoit  plus  aifément  que  la  membrane  propre  n’a  coutume  de  faire. 

La  Verge  eftoit  fituée  entre  les  deux  Poches  dans  vn  conduit  ,  ainfi  qu’il  aefté  dit. 
Elle  avoit  à  fon  extrémité  vn  os  long  de  fix  lignes,  large  d’vne  ligne  &  demie  à  l’endroit 
le  plus  étroit,  &  de  plus  de  deux  vers  fon  extrémité, ou  il  eftoit  le  plus  large, &  fendu-, 
de  maniéré  qu’il  avoit  comme  deux  telles ,  entre  lefquelles  il  y  avoit  vn  efpace  vuide 
en  forme  de  goutiere,  pour  donner  paffage  à  l’Utethre. 

La  Matrice  eftoit  feparée  en  deux  longues  cornes ,  au  bout  defquelles  eftoient  les 
Tellicules,  dont  la  gro fleur  n’excedoit  gueres  celle  d’vn  gros  pois,  dont  ils  imitoient 
aufli  la  figure,  eftant  prefque  ronds.  Ces  cornes  produifoient  encore  au-de-là  desTefti- 
cules  des  appendices  de  fubftance  membraneufe  &  graiffeufe,  d’vne  figure  irrégulière, 
qu’on  pouvoit  prendre  pour  les  Franges  de  la  Trompe  de  la  Matrice. 

Le  Poumon  avoit  fept  Lobes,  trois  d’vn  côté,  &  trois  de  l’autre,  &  vn  plus  petit  que 
les  autres  au  milieu  dans  la  cavité  du  Mediaftin  proche  le  Diaphragme.  Le  Poumon  de 
la  femelle  eftoit  corrompu,  &  rempli  de  pierres. 

Le  Cœur  eftoit  comme  aux  Chiens.  L’embouchure  de  l’Aorte  eftoit  endurcie , 
comme  cartilagineufe  :  &  il  y  avoit  de  la  graifle  qui  accompagnoit  les  vaifléaux  coro¬ 
naires  jufques  dans  la  fubftance  du  Cœur. 

Les  Mufcles  des  Temples  eftoient  fort  épais ,  &  couvroient  comme  au  Lion  les  deux 
cotez  du  deflus  de  la  telle.  Dans  l’os  Frontal  il  y  avoit  fix  cavitez  ou  Sinus  feparez  les 
vns  des  autres  par  des  os  Ipongieux  &  tres-minces.  Le  grand  Cerveau  eftoit  leparé  du 
Cervelet  par  vn  os  tranfverfal ,  comme  à  la  plufpart  des  brutes.  Bartholin  a  remarqué 
dans  vne  Civette  vn  os  qui  feparoit  le  grand  Cerveau  en  deux ,  &C  bien  different  de  ce¬ 
lui-ci  &;  de  tous  ceux  qui  fe  trouvent  ordinairement  aux  brutes  au  dedans  du  Crâne; 
car  il  eftoit  en  long  fuivant  la  future  Sagittale. 

La  glande  Pineale  eftoit  fort  petite,  &  feulement  grofle  comme  la  telle  d’vne  petite 
épingle. 

L’humeur  Aqueufe  de  l’Oeil  eftoit  trouble  ;  ce  qui  venoit,  à  ce  que  nous  avons 
jugé,  par  la  diflolution  du  noir,  dont  le  revers  de  l’Iris  eft  enduit.  Le  Tapis  ti¬ 
roir  fort  fur  le  blanc.  Les  Naturaliftes  difent  que  les  Yeux  de  cét  animal  éclairent  la 
nuit  comme  ceux  des  Chats.  Le  Cryftallin eftoit  plus  convexe  en  dedans  qu’en  dehors; 
mais  ce  qu’il  avoit  de  plus  remarquable  ,  eftoit  vne  dureté  extraordinaire,  qui  nous  fit 
reffouvenir  de  ce  que  Pline  dit  des  yeux  de  l’Hyene,  à  fçavoir  qu’on  en  tire  des  pierres 
précieufos  appellées  Hyeniœ. 

Cette  particularité  jointe  à  quantité  d’autres  qui  fe  trouvent  communes  à  l’Hyene 
des  anciens  ,  &  à  noftre  Civette ,  nous  fit  plus  incliner  à  l’opinion  de  Belon  ,  qui  croit 
que  ce  ne  font  point  des  animaux  differens,  qu’à  celle  de  Scaliger,  de  Ruel,  d’Alexan¬ 
der  Benedi&us ,  de  Matthiole,  de  Léo  Africanus,  de  Busbequius,d’Aldrovandus,&  de 
prefque  tous  les  Auteurs  Modernes,  qui  veulent  que  la  Civette  ait  efté  inconnue  aux 

y  Anciens, 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  CIVETTES.  81 

Anciens ,  &  que  ce  Toit  vne  efpece  de  Chat  :  car ,  ainlî  que  nous  avons  remarqué,  la  lon¬ 
gueur  de  la  telle  &  des  yeux  de  la  Civette  ,  la  petiteffe  de  fes  dents  &  de  fes  pieds,  la 
rudeffe  de  Ton  poil,  la  douceur  de  fa  langue,  la  noirceur  ,  &  la  rectitude  de  fes  ongles, 
&  la  raucité  que  tous  les  Auteurs  ont  remarquée  en  fa  voix,  qui  la  rend  plus  femblable 
à  celle  des  Chiens  qua  celle  des  Chats, font  des  chara&eres  tout-à-fait  differens  de  ceux 
qui  fe  voient  dans  toutes  les  efpeces  de. Chats.  Mais  au  contraire,  tout  ce  que  les  An¬ 
ciens  ont  dit  de  leur  Hyene  le  trouve  dans  la  Civette,  lî  on  en  excepte  des  chofes  incroia- 
bles ,  &  tout-à-fait  ridicules  ;  comme  de  rendre  les  Chiens  muets  par  fon  ombre  ,  ainfi 
qu  Ariftote  &  Elian  rapportent 5  de  fçavoir  imiter  la  parole  des  hommes,  qu’elle  appelle 
par  leur  nom ,  pour  les  faire  fortir  de  leurs  habitations ,  &  les  devorer ,  ainli  que  Pline  ra¬ 
conte-,  &:  d’avoir  auffî  des  pieds  humains ,  &  point  de  vertebres  au  col ,  de  même  que 
l’animal  que  Busbequius  prend  pour  i’Hyene  des  Anciens  -,  qui  font  des  particularitez 
que  Léo  Africanus  n’a  point  remarquées  dans  l’animal  qu’il  propofe  pour  l’Hyene. 

Car  la  defcription  des  Anciens ,  quant  à  ce  qui  regarde  la  forme  extérieure ,  confifte  en 
trois  choies ,  qui  font  de  relfembler  au  Loup  par  la  telle ,  d’avoir  vn  long  poil  herilfé  le  long 
du  dos  ,  &C  vne  ouverture  particulière  lous  la  queue,  outre  les  deux  qui  y  font  ordinaire¬ 
ment  aux  femelles  des  autres  animaux.  Les  deux  premières  marques  que  nous  avons  trou¬ 
vées  fort  diftinétement  en  nollre Civette ,  quoi  que  communes  à  d’autres  animaux, nous 
ont  femblé  bien  convaincantes,  ellant  jointes  à  la  troiliéme,  qui  eft  li  particulière,  qu’on 
peut  dire  qu’on  ne  connoifl  point  d’animal  ou  il  s’en  trouve  de  femblable.  Car  l’ouver¬ 
ture  que  les  Lièvres,  les  Gazelles ,  plufieurs  autres  animaux  ont  en  cét  endroit ,  n’a 
rien  qui  approche  de  la  figure  extraordinaire  de  celle  qui  ell  à  la  Civette,  &  qu’Arillote  a 
marquée  bien  dillinétement  dans  l’Hyene  qu’il  décrit,  en  difant  que  cette  ouverture  ell 
femblable  à  l’orifice  extérieur  de  la  Matrice  d’vne  Femme. 

La  feule  difficulté  qui  fe  rencontre  eft  que  les  Anciens  n’ont  point  parlé  de  l’odeur  de 
la  Civette  :  ce  qui  a  fait  croire  à  Gillius  qu’elle  eftoit  la  Panthère  des  Anciens ,  &  à 
Caftellus ,  que  c’eftoit  vne  Hyene  d’vne  efpece  particulière.  Mais  il  faut  confiderer 
que  la  plufpart  des  Hiftoriens  naturels  ont  compofé  leurs  Ouvrages  fur  le  rapport 
d’autrui,  Sc  qu’il  y  a  fujet  de  douter  fi  lesChaffeurs  qui  les  ont  inftruits  des  particulari¬ 
tez  des  animaux  n’eftoient  point  affez  grofïiers ,  comme  font  la  plufpart  des  Sauvages 
qui  s’adonnent  à  cét  exercice  ,  pour  eftre  incapables  de  connoiftre  la  bonté  de  l’odeur 
de  la  Civette,  &£  relfembler  en  cela  aux  belles  qui  ne  diflinguent  les  différences  des 
odeurs,  qu’entant  qu’elles  fe  rapportent  au  boire  &  au  manger  ;  puis  que  nous  fçavons 
que  l’odeur  de  la  Civette  eft  defagréable  ,  &C  fe nt  fort  mauvais  à  plufieurs  quand  elle 
eft  nouvelle  ,  &  non  mélangée  avec  d’autres  parfums  :  mais  fur  tout  les  perfonnes  rufti- 
ques  ne  trouvent  point  que  les  parfums  qui  font  doux  foient  agréables ,  8>C  aiment  mieux 
l’odeur  de  l’ail  &C  de  la  poix-rézine,  que  celle  de  l’encens  &  du  benjoin  -,  d’où  vient  que 
les  Indiens  appellent  le  Rat  mufqué  Rat  puant.  Et  prefentement  en  Afrique,  fuivant  le 
rapport  de  Gregorius  à  Bolivar,  les  Negres  qui  amaffent  la  liqueur  que  les  Civettes  ont 
laiffée  fur  les  pierres  fur  les  troncs  des  arbres ,  ne  la  connoiffent  point  à  l’odeur ,  mais  feu¬ 
lement  à  vne  ténacité  graffe  &  huïleufe,qui  leur  fait  racler  les  lieux  où  ils  la  trouvent, 
afin  d’en  tirer  la  liqueur  odorante  qui  nage  fur  l’eau  où  ils  fontboüillir  ce  qu’ils  ont  raclé. 

Cette  incapacité  de  juger  des  bonnes  odeurs  ,  dont  nous  foupçonnons  les  Chaf- 
feurs  des  Anciens,  paroifl  d’ailleurs  affez  croiable,  parce  que  les  Auteurs  ont  écrit,  que 
de  tous  les  animaux  il  n’y  avoit  que  la  Panthère  qui  eufl  vne  bonne  odeur  :  car  il  n’y  a 
point  d’apparence  que  ces  Chaffeurs  Biffent  dans  cette  croiance ,  pour  n’avoir  jamais 
rencontré  de  Civette,  de  Fouine,  de Genette  ,  de  Rat  mufqué ,  ni  aucun  des  animaux, 
que  ceux  qui  ont  l’odorat  plus  fubtil  &  plus  délicat  trouvent  fentir  bon  :  Mais  que  la 
raifon  de  cela  eftoit  le  defaut  de  leur  odorat ,  qui  n’efloit  point  le  fens  dont  ils  fe  fe  fer- 
voient  pour  juger  que  les  Panthères  euffent  vne  bonne  odeur,  ainfi  qu’Elian  avoue, 
mais  feulement  la  penfée  que  cela  devoit  eftre  ainfi  -,  cette  opinion  n’eftant  fondée  que 
fur  la  force  qu’ils  voioient  que  la  Panthère  avoit  d’attirer  à  elle  les  animaux,  qu’on  fup- 
pofoit  ne  pouvoir  eftre  autre  chofe  qu’Vne  odeur  qui  leur  eftoit  agréable. 

S  f 


82 


ication.  de  la  figuré  de  ÎËlant. 


y  _ 

CE  qu’il  y  a  de  remarquable  dans  la  figure  d’en  bas ,  eft  la  longueur  du  Poil  ,  là 

M  .-4  Ûili*  û  n  î  ï  /-*  Qr  1  a  J  !  5  /~\  *  1  J  ^  ^  1  î  1  /I  1 


I  J  1  *  n  5  Sk'At'  lu  ^  ^  1  9  *  ^ 

- grandeur  des  Oreilles  ,  &  la  forme  de  l’Oeil ,  dont  le  grand  angle  eft  beaucoup 

fendu  ,  de  même  que  la  Gueule  qui  l’eft  bien  plus  qu’au  Bœuf,  qu’au  Cerf,  &  qu’aux 
autres  animaux  qui  ont  le  Pied  fourché. 

Dans  la  fgure  d en  haut 

AD.  Eft  le  premier  &  plu?  grand  Ventricule. 

B  C.  Vne  Membrane  qui  enfermoit  le  grand  Ventricule  3  &  qui  ferv  oit  d3 Epiploon. 

B.  Elufteurs  méf  iés  pleines  de  vent  3  qui  eftoient  fur  cette  Membrane. 

D.  Le  commencement  du  fécond  Ventricule. 

E.  Le  commencement  du  Colon  '. 

F.  Le  Cæcum. 

G.  La  fn  de  /’ Iléon, 

H.  Vne  éminence  qui  fè  trouve  fur  le  Cœur  en  maniéré  de  vis . 

II.  Vn  des  Teux. 

L.  Vn  des  poils  vu  avec  le  Microfcope ,  qui  fait  voir  les  objets  trois  fois  pim  gros  quils  ne  font. 

MK.  Vn  morceau  du  poil  coupé  en  travers  3  &  vu  avec  vn  Microfcope  ,  qui  groftit  beaucoup  davatir 
tage . 

K,  La  racine  du  poil ,  qui  eft  blanche  &  transparente, 


«! 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DU  N  ELANT 

CEt  animal, qui  eft  appelle  Animal  Magnum  par  tous  les  auteurs  Septentrionaux, 
EUend  par  les  Alemans,  &  JLlce  par  les  Naturaliftes  modernes ,  ne  nous  a  point 
paru  à  l’abord  eftre  l’Alce',  dont  Cefar  parle  dans  Tes  Commentaires  ,  &  que  Polybe, 
Pline  ,  Solin  ,  Paufanias  ,  &  Strabon  ,  ont  auffi  décrit  apres  lui ,  parce  que  noftre 
Elant  ne  s’eft  pas  trouvé  tout-à-fait  conforme  à  la  defcription  que  ces  Auteurs  donnent 
de  l’Alce'  Néanmoins  quand  nous  avons  conlideré  qu’ils  ne  s’accordent  point ,  &  que 
les  defcriptions  qu’ils  font  de  l’Alce  font  plus  differentes  les  vnes  des  autres,  que  ce  en 
quoi  elles  conviennent  n’eft  different  de  noftre  Elant  j  nous  avons  jugé  que  toutes 
ces  contrariétez  ,  qui  ne  fe  trouvent  que  dans  quelques  particularitez  mal  expliquées, 
ne  font  pas  capables  d’empêcher  de  croire  que  noftre  Elant ,  &C  tous  les  Alce\  des 
Anciens  ne  fbient  vne  même  chofe. 

Car  la  raifon  de  la  diverfité  de  ces  defcriptions  des  Anciens  eft ,  que  l’Elant  ne  vit 
qu’en  des  Païs  où  ils  n’avoient  prefque  point  de  commerce.  Et  Paufanias  dit ,  qu’entre 
tous  les  animaux  l’Alce  eft  le  feul  qui  n’eft  point  connu  des  hommes,  parce  qu’il  ne  s’en 
laiffe  jamais  approcher ,  à  caufe  qu’il  les  fent  de  fort  loin  par  la  fubtilité  extraordinaire 
de  fon  odorat.  Mais  foit  par  cette  raifon,  ou  par  vne  autre,  il  paroiftque  les  Auteurs  ont 
fort  mal  examiné  l’Alce  qu’ils  ont  décrit.  Car  les  vns  ont  dit  qu’il  a  le  poil  de  differentes 
couleurs,  comme  la  plufpart  des  Chèvres  ;  les  autres,  qu’il  l’a  d’vne  même  couleur ,  comme 
le  Chameau  :  les  vns  le  font  cornu  -,  les  autres  fans  cornes  :  les  vns  difent  qu’il  n’a  point  de 
jointures  aux  jambes,  &  qu’ainfî  ne  pouvant  ni  fe  coucher,  ni  fe  relever  ,  il  dort  appuie 
contre  vn  arbre ,  que  les  Chafieurs  fcient  à  demi,  pour  faire  tomber  l’Elant ,  &  le  prendre  -, 
d’autres  que  cela  n’eft  point  vrai  d,e  1  ’Alcé,  mais  d’vn  autre  animal  nommé  Machlh.  Tou¬ 
tes  ces  particularitez ,  quoi  que  contraires,  ne  biffent  pas  de  fe  trouver  dans  noftre  Elant: 
ce  qui  fait  voir  que  ces  defcriptions  ne  font  pas  differentes ,  parce  qu’elles  font  d’ani¬ 
maux  differens  ,  mais  parce  que  ceux  qui  les  ont  faites  fur  le  rapport  d’autrui  n’avoient 
pas  bien  entendu  ce  qu’on  leur  avoit  dit.  Car  il  eft  vrai  que  nôtre  Elant  avoit  le  poil 
comme  vn  Chameau  ,  c’eft  à  dire  ,tout  d’vne  même  couleur  par  tout  le  corps  ;  &  on 
tient  auffi  que  le  poil  de  tous  les  Elants  eft  de  diverfes  couleurs ,  mais  c’eft  en  de  diffe¬ 
rentes  faifons  de  l’année.  En  effet,  noftre  Elant  qui  a  efté  diffequé  en  Hiver  avoit  tout 
le  poil  d’vn  fauve  grifaftre,  qui  eft  la  couleur  du  Chameau  -,  &  les  Hiftoriens  du  Septen¬ 
trion  difent  qu’il  change  en  Efté,  auquel  temps  le  poil  lui  devient  plus  pâle,  comme  aux 
Dains ,  dont  le  poil  eft  plus  pâle  en  Efté  qu’en  Hiver:  &ainfi  il  y  a  apparence  que  Cefar 
a  dit  que  l’Alce'  a  le  poil  de  deux  couleurs,  fur  le  rapport  de  ceux  qui  l’avoient  vu  en  Hi¬ 
ver  &  en  Efté ,  &  que  cette  diverfité  lui  aiant  efté  mal  expliquée  ,  il  l’a  entendue  de 
celle  qu’il  avoit  remarquée  dans  les  Chèvres ,  dont  la  plufpart  ont  en  même  temps  le 
poil  de  deux  couleurs. 

De  même,  quand  Cefar  a  dit  que  l’Alce' n?a  point  de  cornes,  &  que  Paufanias  lui  en 
attribue,  ils  ont  tous  deux  dit  vrai,  parce  qu’il  peut  eftre  que  les  Chaffeurs  de  Cefar  n’a¬ 
voient  rencontré  que  des  femelles ,  qui  n’ont  point  de  cornes  ;  &C  que  ceux  du  temps  de 
Paufanias  avoient  remarqué  que  les  mâles  en  ont. 

Pour  ce  qui  eft  des  jambes  de  l’Alce',  qu’on  prétend  n’avoir  point  de  jointures,  bien 
que  quelques  Auteurs  difent  qu’il  y  a  des  Elants  en  Mofcovie ,  dont  les  jambes  font 
fans  jointures ,  il  y  a  grande  apparence  que  cette  opinion  eft  fondée  fur  ce  qu’on  dit 
de  ces  Elants  de  Mofcovie ,  auffi  bien  que  de  l’Alce'  de  Cefar,  &  de  la  Machin  de  Pline, 
qu’ils  ont  les  jambes  fi  roides ,  qu’ils  courent  fur  les  glaces  fans  gliffer  -,  qui  eft  vn  moien 
qu’on  dit  qu’ils  ont  pour  fe  fauver  des  Loups  qui  ne  les  y  peuvent  fuivre  -,  5c  auffi  à 

T  t 


84  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  ELANT. 

caufe  de  la  roideur  des  coups  qu’ils  donnent  avec  leurs  pieds,  qui  font  fi  forts, que  lors 
qu’ils  manquent  le  coup  qu’ils  ruent  à  quelque  belle  ,  ils  brifent  avec  les  pieds  de  der¬ 
rière  les  arbres  comme  des  champignons ,  ainfi  qu’Olaus  Magnus  parle  ,  &;  même  que 
des  pieds  de  devant  ils  ont  fouvent  percé  desChaffeurs  d’outre  en  outre. 

Enfin  ce  qui  fait  voir  que  de  cette  diverfité  de  defcriptions ,  qui  n’eft  qu’à  l’égard 
de  quelques  particularitez ,  on  ne  doit  pas  conclure  que  l’Elant  &  Y  Alce  foient  deux 
differentes  fortes  d’animaux  ,  c’eft  que  les  defcriptions  mêmes  ,  que  les  Modernes 
font  de  l’Elant ,  ne  s’accordent  point  enfemble  ,  &  ne  font  pas  auffi  tout-à-fait  con¬ 
formes  à  ce  que  nous  avons  remarqué  dans  nôtre  fujet.  Car  quelques-vns,  comme Eraf- 
mus  Stella,  Sigifmundus ,  difent  que  l’Elant  a  le  pied  folide  comme  vn  Cheval ,  fui- 
vant  Pline,  qui  fait  l^i/tv  femblable  en  tout  à  vn  Cheval,  à  la  referve  du  col  &  des  oreil¬ 
les  ,  qu’il  a  autrement  proportionnées  5  Menabenus  auffi  ,  &  Joann.  Caius,  lui  donnent 
vne  barbe  comme  à  vn  Bouc,  &  difent  que  le  refte  de  fon  poil  n’eft  pas  plus  long  qu’à 
vn  Cheval  :  ce  qui  ne  fe  trouve  point  dans  les  autres  Auteurs ,  ni  dans  nôtre  Elant ,  qui 
avoit  le  pied  fendu,  tout-à-fait  femblable  à  celui  d’vn  Bœuf.  Son  poil  efloit  auffi  par 
tout,  non  feulement  beaucoup  plus  long  qu’aux  Chevaux,  mais  il  furpaffoit  même  àpro- 
portion  celui  des  Chèvres  fans  aucune  apparence  de  barbe. 

Nous  n’avons  point  trouvé  non  plus  ce  morceau  de  chair  que Polybe  dit,  au  rapport 
de  Strabon,  fe  trouver  fous  le  menton  de  l 'Alce ,  ni  les  crins  que  quelques-vns  lui  met¬ 
tent  fur  le  col,  &  que  Gefner  dit  avoir  vûs  dans  vne  figure  d 'Alce,  qui  lui  aeflé  envoiée 
par  Sebaftien  Munfter  ;  mais  ces  deux  particularitez  eflant  fingulieres  à  chacun  de  ces 
Auteurs,  &  perfonne  n’en  aiant  parlé  qu’eux  ,  elles  ne  doivent  pas  faire  préjudice  à  la 
commune  opinion,  qui  ne  met  point  de  différence  entre  l’Elantée  Y  Alce. 

Mais  ce  qui  confirme  davantage  cette  opinion  ,  eft  que  toutes  les  particularitez  fur 
lefquelles  les  Anciens  font  d’accord,  fe  font  trouvées  dans  noftre  Elant:  car  ils  convien¬ 
nent  tous  que  Y  Alce  efl  vn  animal  à  peu  prés  de  la  taille  du  Cerf,  auquel  il  reffemble  en¬ 
core  par  la  grandeur  des  oreilles ,  &  par  la  petiteffe  de  la  queue  ,  comme  auffi  par  les 
cornes  ,  qui  ne  fe  trouvent  point  aux  femelles  des  Elants ,  de  même  qu’elles  manquent 
aux  Biches.  Ils  s’accordent  encore  en  ce  qu’ils  difent  que  Y  Alce  efl  different  du  Cerf 
par  la  longueur  &  par  la  couleur  du  poil,  par  la  grandeur  de  la  lèvre  fuperieure,  par  la 
petiteffe  du  col,  &  par  la  roideur  des  jambes. 

Noftre  Elant  avoit  plus  de  cinq  pieds  &  demi  depuis  le  bout  du  mufeau  jufqu’au  com¬ 
mencement  de  la  queue  ,  qui  n’eftoit  longue  que  de  deux  pouces.  Il  n’avoit  point  de 
cornes,  parce  que  c’eftoit  vne  femelle  ;  &  le  col  eftoit  court,  aiant  autant  de  largeur  que 
de  longueur,  laquelle  eftoit  de  neufpouces  feulement.  Les  Oreilles  en  avoient  neuf  de  long 
fur  quatre  de  large:  &:  il  y  a  fujet  de  s’étonner,  pourquoi  ceux  qui  ont  crû  que  Y  Alce  des 
Auteurs  du  moien  temps ,  qu’ils  prennent  pour  noftre  Elant ,  eftoit  YOnager ,  ou  Afne  fau- 
vage  des  Anciens ,  ne  fe  font  point  fondez  fur  la  reffemblance  des  Oreilles ,  qui  furpaffent 
en  effet  par  leur  grandeur  celles  des  Cerfs,  des  Vaches, &  des  Chèvres, 8c  qui  n’en  ont 
point  de  comparables  que  celles  des  Afnes ,  à  qui  noftre  Elant  reffembloit  mieux  par 
ces  parties ,  que  par  le  poil ,  ni  que  par  les  pieds  3  quoi  que  Scaliger  affûre  que  les  pieds  de 
l’Elant  font  femblables  à  ceux  d’vn  Afne,&  que  Stella  &  Sigifmundus  difent  qu’il  y  a  des 
Elants  qui  ont  le  pied  folide  -,mais  il  y  a  lieu  de  croire,  fi  cela  eft  vrai,  que  c’eft  vne  chofe 
auffi  particulière  à  quelques  Elants,  qu’il  eft  extraordinaire  aux  Chevaux  d’avoir  le  pied 
fourché,  &  aux  Pourceaux  de  l’avoir  folide  ,  ainfi  que  Pline  rapporte  que  ces  animaux 
font  en  certains  Pais. 

Quant  au  poil ,  la  couleur  de  celui  de  noftre  Elant  n’eftoit  pas  fort  éloignée  de  celle 
du  poil  de  l’Afne  ,  dont  le  gris  approche  quelquefois  de  celui  du  Chameau ,  auquel 
nous  avons  déjà  comparé  en  cela  noftre  Elant:  mais  ce  poil  eftoit  d’ailleurs  fort  diffe¬ 
rent  de  celui  de  l’Afne,  qui  eft  beaucoup  plus  court,  de  celui  du  Chameau  qui  l’a 
beaucoup  plus  délié.  Ce  poil  avoit  trois  pouces  de  long  -,  &  fa  grofièur  égaloit  celle  du 
plus  gros  crin  de  Cheval.  Cette  groffeur  alloit  toujours  en  diminuant  vers  l’extrémi¬ 
té,  qui  eftoit  fort  pointue  •,&  vers  la  racine  elle  s’étreffiflbit  auffi,  mais  tout-à-coup, fai- 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  ELANT.  8* 

fan t  comme  la  poignée  dvne  lance.  Cette  poignée  elloit  dVne  autre  couleur  que  le 
relie  du  poil,  ellant  diaphane  comme  de  la  foye  de  Pourceau.  Cette  partie  tranfparente 
avoit  à  l’extrémité  vne  petite  telle  ou  rondeur ,  qui  elloit  la  racine  ;  &  il  femble  que 
cette  partie,  qui  elloit  plus  menue  &plus  flexible  que  le  relie  du  poil,  elloit  ainli  faite, 
afin  que  le  poil ,  qui  d’ailleurs  ell  allez  dur ,  fe  pûft  tenir  couché  ,  Zk  ne  demeurait  pas 
herilfé.  Ce  poil  coupé  par  le  milieu  paroiflbit  au  Microfcope  Ipongieux  en  dedans  com¬ 
me  le  jonc  :  ce  que  Gefner  n’explique  pas  allez  bien ,  quand  il  dit  Amplement  qu’il  eft 
creux.  Ce  poil  elloit  long  comme  à  l’Ours  ,  mais  plus  droit,  &  plus  couché,  Zk  tout 
dvne  même  efpéce. 

La  Lèvre  luperieure  elloit  grande, Zk détachée  des  Gencives, mais  non  pas  fi  grande 
que  Pline  la  fait  à  1  ’Alce,  quand  il  dit  que  cette  Belle  ell  contrainte  de  pailtre  à  reculons, 
afin  d’empefcher  que  fa  Lèvre  ne  s’engage  entre  les  Dents.  Et  nous  obfervâmes  dans 
la  dilfeétion ,  que  la  nature  a  autrement  pourvu  à  cét  inconvénient  ,  par  le  moyen  de 
deux  mufcles  grands  Zk  forts ,  qui  font  particuliérement  dellinez  à  élever  cette  Lèvre 
fuperieure. 

Nous  avons  aulli  trouvé  les  articulations  des  jambes  fort  ferrées  par  des  ligamens 
durs  Zk  épais.  Il  ell  vrai  néanmoins  que  fi  l’on  peut  croire  ce  qu’on  dit  de  l’Elant, 
qu’ellant  fort  fujet  à  l’Epilepfie,  lors  qu’il  ell  tombé  dans  l’accès  de  fon  mal ,  il  en  ell 
délivré  ,  en  portant  l’vn  de  fes  pieds  jufques  dans  fon  oreille ,  &  que  la  corne  de  ce 
pied  ell  vn  remède  infaillible  pour  l’Épilepfie.  Il  faut  que  cét  animal  ait  les  jointures 
bien  plus  fouples  que  celles  de  YAlce  n’ont  paru  à  ceux  qui  ont  crû  qu’il  n’en  avoit 
point ,  Zk  que  nous  ne  les  avons  trouvées  dans  nollre  Elant  -,  ou  du  moins  il  ell  necef- 
faire  que  les  convullîons  dont  il  ell  agité  ellant  en  cét  ellat,  falfent  des  efforts  bien 
étranges  fur  les  ligamens  des  articles ,  pour  les  alonger  tellement  au-de-là  de  ce  qu’ils 
font  ordinairement.  Mais  fi  Olaüs  Magnus  a  écrit  en  Hillorien,  &  fi  ce  n’ell  point  en 
raillant  qu’il  a  dit  que  des  deux  ongles  qui  font  au  bout  de  chaque  pied  de  l’Elant  ,  il 
n’y  a  que  celuy  qui  ell  en  dehors  au  pied  droit ,  qui  foit  propre  à  guérir  l’Epilepfîe  ,  il 
faut  encore  fuppofer  vne  diflocation  bien  plus  admirable  ;  &  on  peut  dire  que  la  gueri- 
fon  de  cette  maladie,  par  le  feul  attouchement  de  l’Ongle  de  l’Elant,  lors  qu’on  en 
porte  vne  bague,  n’ell  pas  plus  merveilleufe,  ni  plus  incroyable  que  la  contorfion  qu’il 
faut  concevoir  dans  ce  pied  ,  pour  faire  que  l’Ongle  qui  ell  en  dehors  puilfe  ellre  mis 
dans  l’Oreille:  de  forte  que  pour  entendre  ce  qu’Olaüs  a  voulu  dire,  il  faut  croire  qu’il 
a  eu  intention  de  fe  railler  de  la  vertu  imaginaire  du  pied  d’Elant ,  Zk  qu’il  en  a  vfé  fort 
prudemment.  Car  ne  voulant  pas  déclarer  ouvertement  fon  fentiment ,  qui  elloit  con¬ 
traire  à  celui  du  vulgaire,  qui  aime  les  Spécifiques,  entre  lefquels  l’Ongle  du  pied  d’E¬ 
lant  ell  des  plus  célébrés  ;  Zk  voyant  qu’on  n’ellime  pas  tant  les  Médecins  qui  font  pro- 
fellion  de  fe  forvir  des  remedes,  comme  d’Inllrumens  propres  à  fabriquer  des  guerifons, 
que  ceux  qui  fe  vantent  de  les  jetter ,  s’il  faut  ainfi  dire,  en  moule,  par  des  Fébrifuges  ,des 
Antipleuretiques,  des  Antipodagriques,  &  des  Antepileptiques  -,  ce  grand  homme  s’eft 
expliqué  par  vne  figure,  qui  lailfe  ceux  qui  veulent  ellre  trompez  dans  leur  erreur,  fans 
les  fcandalifer,  St  qui  fait  entendre  aux  autres  ce  qu’il  penfe.  Car  de  mefme  qu’on  dit 
qu’il  ne  faut  point  toucher  à  l’œil  que  du  coude  quand  il  ell  malade ,  pour  dire  qu’il  n’y 
faut  point  toucher  du  tout-,  il  a  fait  entendre  qu’il  n’y  a  point  d’Ongle  d’Elant  qui  guerilfe 
infailliblement  l’Epilepfie,  en  difant  qu’il  n’y  a  que  celui  du  dehors  du  pied  que  l’Elant 
peut  mettre  dans  fon  oreille, qui  le  puilfe  faire:  car  il  a  ajouté  cette  condition  impollible 
à  beaucoup  d’autres  que  les  Auteurs  apportent ,  &  qui  font  déjà  alfez  difficiles ,  mais 
abfolument  necelfaires ,  à  ce  qu’on  dit,  pour  faire  que  ce  remede  puilfe  agir,  comme  d’a¬ 
voir  efté  coupé  tout  d’vn  coup  avec  vne  hache,  l’animal  ellant  encore  vivant,  le  jour  de 
S.  Gilles ,  à  vn  mâle  qui  ell  en  rut,  Zk  qui  n’a  point  encore  engendré  ;  pour  faire  enten¬ 
dre  que  les  Impolleurs  qui  veulent  vendre  les  Ongles  d’Elant,  ont  mis  toutes  ces  con¬ 
ditions  difficiles ,  afin  que  ceux  qui  ont  éprouvé  que  l’Ongle  de  l’Elant  dont  ils  fe  font 
fervis  ell  inutile,  puilfent  croire  que  c’ell  faute  de  quelqu’vne  de  ces  conditions,  qui  ne 
manque  pas  à  celui  que  le  Marchand  leur  prefente. 


Vu 


U  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  ELANT. 

Âpres  avoir  fait  ces  réflexions  fur  la  fermeté  des  ligamens  des  jointures  de  l’Elant  * 
nous  avons  obfervé  la  figure  de  fon  Oeil ,  dont  le  grand  coin  eftoit  fendu  en  en  bas ,  beau¬ 
coup  plus  qu’il  n’ell  aux  Cerfs ,  aux  Dains ,  &C  aux  Chevreuils ,  mais  d’vne  façon  bien 
extraordinaire ,  qui  eft  que  cette  fente  n’eftoit  pas  félon  la  longueur  de  l’œil ,  mais 
faifoit  vn  angle  avec  la  ligne  qui  va  d’vn  des  coins  de  l’œil  à  l’autre.  La  difle&ion  nous 
fit  connoiftre  que  cette  fente  eftoit  proportionnée  à  la  glande  lacrymale ,  qui  s’eft  trouvée 
avoir  vn  pouce  &  demy  de  long  fur  fept  lignes  de  large. 

Les  parties  du  dedans  avoient  quelque  chofe  d’approchant  de  celles  d’vn  bœuf,  prin¬ 
cipalement  en  ce  qui  regarde  les  quatre  ventricules  les  inteftins.  Ces  parties  néan¬ 
moins  avoient  cela  de  particulier,  que  le  premier  &  plus  grand  Ventricule  eftoit  en¬ 
fermé  en  partie  par  vne  membrane  en  forme  de  fac,  qui  ayant  quantité  de  vaifleaux 
pouvoit  palier  pour  l’Epiploon  -,  &  qu’au  lieu  des  glandes  &  de  la  graille  qui  eft  ordi¬ 
nairement  en  cette  partie, il  y  avoit  feulement  vers  le  haut,  des  vemes  pleines  de  vent 
delà  grofleur  d’vne  chaftaigne.  Les  Inteftins,  qui  eftoient  longs  de  quarante-huit  pieds, 
avoient  vn  Cæcum  fans  appendice,  qui  avoit  treize  pouces  de  long,  fur  cinq  de  large. 
Il  eftoit  à  peu  prés  de  la  figure  de  celuy  de  l’homme. 

Le  Foye  eftoit  petit,  n’ayant  qu’vn  pied  de  long  fur  fept  pouces  de  large.  Il  eftoit 
continu  fans  Lobes ,  &C  mefme  fans  qu’il  y  euft  aucune  apparence  de  la  fiflure  qui 
eft  au  droit  du  Cartilage  Xiphoïde.  Il  eftoit  tellement  collé  contre  le  Diaphragme, 
qu’il  n’eftoit  pas  poflible  de  rien  feparer  de  fa  partie  convexe  fans  la  couper.  Il  n’avoit 
point  de  velicule  de  fiel ,  &  il  eftoit  par  tout,  &  jufqu’au  fond  de  Ion  Parenchyme, 
d’vne  couleur  grife  &  livide. 

La  Ratte  eftoit  aufli  fort  petite,  n’ayant  pas  plus  de  huit  pouces  de  long  fur  fix  de 
large.  La  fubftance  de  ces  deux  vifeeres  paroifloit  fort  égale  &  homogène  :  Mais  les 
Reins  eftoient  en  leur  furface  externe  marquetez  de  deux  differentes  couleurs,  qui 
la  faifoient  paroiftre  inégale  comme  du  Chagrin  ,  quoy  qu’au  toucher  on  n’y  remar¬ 
quai!:  rien  de  raboteux.  Ils  n’eftoient  point  adherans  aux  Lombes  par  la  duplicature 
du  Péritoine,  mais  attachez  feulement  par  leurs  vaifleaux. 

Le  Poulmon  eftoit  partagé  en  fept  Lobes,  dont  il  y  en  avoit  trois  de  chaque  collé, 
&  vn  au  milieu  dans  la  cavité  du  Mediaftin.  Les  Lobes  inferieurs  eftoient  chacun  deux 
fois  plus  grands  que  les  fuperieurs. 

Le  Cœur  avoit  fept  pouces  de  long, fur  cinq  de  large.  Sa  figure  eftoit  fort  pointue-, 
&  il  y  avoit  depuis  la  bafe  jufqu  a  la  pointe  vne  éminence  tournée  obliquement  en  vis, 
laquelle  éminence  répondoit  au  droit  de  la  féparation  des  deux  ventricules ,  en  forte 
qu’elle  fembloit  eftre  vn  reply  de  la  partie  externe  du  ventricule  droit  fur  le  gauche. 
Cette  éminence,  qui  fe  voit  à  peine  dans  le  cœur  des  autres  animaux  ,  eftoit  extraordi¬ 
nairement  vifible  en  celui-cy.  Le  Septum  &  le  refte  du  Parenchyme  du  Cœur,  qui  en- 
vironnoit  le  ventricule  gauche, avoient  î’épaiffeur  d’vn  pouce.  Les  Anneaux  de  l’Aipre 
Artere  eftoient  imparfaits. 

Le  Cerveau,  comprenant  le  Cervelet, n’avoit  que  quatre  pouces  de  long  iur  deux& 
demy  de  large.  La  petiteffe  de  cette  partie  comparée  avec  la  grandeur  de  la  glande  la¬ 
crymale  , qui , ainfi  qu’il  a  efté  dit, avoit  vn  pouce  &  demy  de  long ,  nous  fèmbla  eftre 
vn  argument  bien  capable  de  confirmer  l’opinion  de  ceux  qui  croient  que  la  plufpart 
des  glandes  qui  font  au  tour  du  Cerveau  n’en  reçoivent  point  les  humiditez ,  dont  elles 
font  ordinairement  abbreuvées,  mais  qu’elles  leur  font  apportées  par  les  artères,  ou  par 
les  nerfs ,  defquels  elles  reçoivent  la  matière ,  dont  elles  font  la  Lymphe.  La  curiofité 
que  nous  avions  de  chercher  exactement  les  conduits  deftinez  pour  recevoir  &  pour 
envoyer  ces  humeurs  qui  doivent  eftre  fort  vifibles  en  vne  partie  fi  extraordinaire¬ 
ment  grande  ,  ne  pût  eftre  fatisfaite  ,  à  caufe  de  la  corruption  du  fujet  qui  avoit  efté 
gardé  fi  long- temps,  que  toutes  les  parties  commençoient  à  fe  diffoudre  par  la  pour¬ 
riture. 

La  fiibftance  du  Cerveau  n’eftoit  point  differente  de  celle  du  Cervelet,  l’vne  &  l’au¬ 
tre  eftant  très -blanche,  &  affez  ferme,  nonobftant  la  corruption,  pour  la  faire  paroiftre 

bien 


DESCRIPTION  ANATOMIQJJE  D’UN  ELANT.  87 

bien  faine  en  vn  animal  fi  fujet  à  des  maladies ,  donc  on  met  le  fiége  dans  le  Cerveau, 
qui  félon  Cardan  eft  plus  froid ,  plus  humide,  &  plus  rempli  de  pituite  en  cét  animal 
qu’en  aucun  autre. 

La  Glande  Pineale  eftoit  aufli  d’vne  grandeur  extraordinaire ,  ayant  plus  de  trois  li¬ 
gnes  de  long,  de  même  que  celle  que  nous  avons  trouvée  dans  le  Dromadaire,  mais  fa 
figure  eftoit  conique  à  l’ordinaire,  au  lieu  que  là  glande  du  Dromadaire  avoir  la  forme 
d’vn  treffle.  Cette  grandeur,  qui  nous  fembla  tres-confidérable,  vu  la  petitefle  du  refte 
du  Cerveau,  nous  fit  penfer  que  ceux,  qui,  fuivant  Erafiftrate,  attribuent  à  la  differen¬ 
te  conformation  des  organes  du  Cerveau ,  les  diverfes  operations  des  fens  intérieurs, 
pourraient  fe  fortifier  dans  leur  opinion  par  des  obfervations  femblables ,  confiderant 
que  les  Lions,  les  Ours,  &  les  autres  Beftes  courageufes  &C  cruelles,  ont  cette  partie  fi 
petite,  quelle  eft  prefque  imperceptible  -,  &  qu’elle  eft  fort  grande  à  ceux  qui  font  ti¬ 
mides  comme  l’Elant,  qu’on  tient  eftre  tellement  craintif,  qu’il  meurt  de  peur  ,  quand 
il  a  reçu  la  moindre  bleflure ,  8C  qu’on  a  remarqué  qu’il  n’en  réchape  jamais ,  quand 
il  voit  couler  quelque  peu  de  fon  fang. 

Nous  trouvâmes  encore  dans  le  Cerveau  une  autre  partie  ,  dont  la  grandeur  avoit 
aufli  rapport  avec  l’Odorat,  qui  eft  plus  exquis  dans  l’Elant  que  dans  aucun  autre  ani¬ 
mal,  fuivant  le  témoignage  de  Paufanias ,  ainfi  qu’il  a  déjà  efté  dit:  car  les  Apophyfes 
Mammillaires ,  qu’on  eftime  eftre  les  organes  de  ce  fens ,  eftoient  fans  comparaifon 
plus  grandes  qu’en  aucun  animal  que  nous  ayons  diflequé,  ayant  plus  de  quatre  lignes 
de  diamètre. 


Xx 


y 


88 


/  »-  f  • 

Explication  de  la  figure  du  Coati  <$E\4ondi. 


LA  Figure  d’en  bas,  qui  reprefente  celuy  des  deux  Coatis  qui  eft  appelle  Mondi,  fait 
voir  les  differentes  couleurs  de  fon  poil, qui  eft  moins  brun  fous  le  ventre,  au  de¬ 
vant  de  l’eftomac,  que  fur  le  dos,  tk  qu’aux  pattes.  Il  eft  encore  neceffaire  d’eftre  averti, 
que  le  mufeau  eft  un  peu  plus  courbé  qu’il  n’eftoit  lorfque  la  diftedtian  a  efté  faite ,  afin 
de  reprefenter  la  mobilité  que  l’on  y  a  remarquée,  &C  la  grande  facilité  qu’il  avoit  à  eftre 
élevé  en  haut.  La  queue  eft  recourbée  en  en  bas ,  parce  quelle  a  efté  trouvée  difpofée 
de  cette  forte  dans  l’animal  mort.  Les  Auteurs  difent  neantmoins  que  le  Coati  a  de  cou¬ 
tume  de  porter  fa  queue  fort  élevée.  On  n’a  point  fait  la  figure  de  l’autre  Coati;  parce 
qu’il  différé  en  peu  de  chofe  de  cettui-cy,  ainfi  qu’il  eft  remarqué  dans  la  defcription. 


Dans  la  figure  d en  haut 

A.  Eft  la  D*nt  Canine  3  en  forme  de  dèfenje. 

B.  U  O  s  de  la  Verge. 

C.  La  Langue. 

D.  Le  Pied  droit  de  derrière. 

E.  Les  espérons  du  talon. 

F.  Le  Corps  de  la  Matrice. 

G.  La  portière  >  ou  corne  de  la  Matrice. 

H.  Le  D efticule. 

I.  Dn  conduit  en  manière  d'Epididyme  p  lifte,  &  attache'  le  long  du  E  efticule. 

K.  Lï endroit  ou  <vn  appendice  de  cèt  Epidàdjme  s’ infère  d  la  corne  de  la  Matrice. 

L.  Le  Reèlum. 

M.  La  Veftie. 

N.  Le  ligament  qui  fufpend  la  corne  de  la  Matrice . 

O.  Le  Rein. 


DESCRIPTION 


8? 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  DEUX  COATIS 

LE  Coati  eft  vn  animal  du  Bréfil,  qui  eft  diverfement  décrit  par  les  Naturalises  ;  &C 
leurs  defcriptions  ne  s’accordent  pas  entièrement  avec  ce  que  nous  avons  obfervé 
dans  les  noftres  :  ce  qui  peut  faire  croire  qu’il  y  en  a  plufieurs  efpeces.  Deleri  dans  fon 
voiage  du  Bréfil  lui  donne  vn  mufeau  long  d’un  pied ,  rond  comme  vn  ballon ,  &  auffi 
menu  vers  le  commencement  que  vers  la  fin,  à  peu  prés  comme  la  trompe  d’vn  Elé¬ 
phant,  à  laquelle  Margravius  compare  auffi  ce  mufeau:  mais  dans  fa  figure  il  le  fait  pa¬ 
reil  à  celui  de  nos  Coatis,  qui  n’ont  rien  de  la  trompe  d’vn  Eléphant  que  la  mobilité,  qui 
n’eft  gueres  autre  que  celle  du  groüin  du  Pourceau.  Il  y  a  dans  la  Bibliothèque  du  Roy, 
parmi  vn  grand  nombre  d’animaux  peints  en  miniature  avec  beaucoup  d’exaélitude ,  la 
figure  d’vn  Coati,  que  quelques-vns  de  la  Compagnie  ont  vu  vivant-,  qui  bien  qu’il  ref- 
femble  aux  noftres,  en  eft  different  en  quelques  particularitez  affez  confiderables,  telles 
que  font  la  figure  des  dents  tk  des  pieds,  qui  eft  fort  extraordinaire  dans  l’vn  de  nos  fu- 
jets,  mais  nonobstant  cela  ils  fe  font  trouvez  avoir  affez  de  rapport  à  la  figure  que  Mar¬ 
gravius,  Laët,  ÔC  Deleri  en  ont  donnée,  &  à  celle  qui  eft  dans  la  Bibliothèque  du  Roy, 
pour  faire  croire  qu’ils  doivent  eftre  mis  au  nombre  des  Coatis. 

Margravius  &£  Laët  dans  leur  Hiftoire  Brafilienne  font  deux  efpeces  de  Coati:  l’vn  a 
le  poil  roux  par  tout  le  corps,  &  eft  appelle  Simplement  Coati-,  l’autre  n’a  que  le  ventre 
Sc  la  gorge  de  cette  couleur,  ils  l’appellent  Coati  Mondi.  Nous  avons  fait  la  diffeétion 
de  T  ’vne  &c  de  l’autre  de  ces  efpeces  de  Coati,  dont  l’vn  eftoit  mafle,  l’autre  femelle. 

Le  Coati  Mondi  qui  eftoit  le  mafle  avoit  en  tout  trente-cinq  pouces  &C  demy  ;  fçavoir 
fix  pouces  <k  demy  depuis  le  bout  du  mufeau  jufqu  a  l’occiput,  tk  feize  pouces  de  l’occi¬ 
put  au  commencement  de  la  queuë,  qui  en  avoit  treize  de  long.  Depuis  le  haut  du  dos 
jufqu’à  l’extremité  des  pieds  de  devant,  il  y  avoit  dix  pouces-,  ÔC  il  y  en  avoit  douze  juf¬ 
qu  a  l’extrémité  des  pieds  de  derrière.  Le  Mufeau  eftoit  fort  long,  &C  mobile  comme  ce¬ 
lui  d  vn  Pourceau  *,  mais  il  eftoit  plus  étroit  &C  plus  long  à  proportion.  Son  mouvement 
eftoit  auffi  plus  manifefte  qu’au  Pourceau,  le  mufeau  fe  retournant  facilement  en  haut. 

Les  quatre  Pattes  avoient  chacune  cinq  doits,  dont  les  ongles  eftoient  noirs,  longs, 
crochus,  &  creux  comme  ceux  du  Caftor.  Les  doits  des  Pattes  de  devant  eftoient  vn 
peu  plus  longs  que  ceux  des  Pattes  de  derrière,  lefqueiles  eftoient  femblables  à  celles  de 
l’Ours,  à  la  referve  de  ce  que  toute  la  Plante  eftoit  dégarnie  de  poil,  dont  le  talon  de 
l’Ours  eft  couvert.  Les  paumes  &  les  plantes  de  ces  quatre  Pattes  eftoient  revêtuësd’vne 
peau  douce,  &  molle  comme  au  Singe;  &  cette  mollelfe  de  peau  eftoit  la  feule  chofè 
que  nos  fujets  euffentdu  Singe,  auquel  nous  n’avons  point  trouvé  qu’ils  reffemblaffent 
d’ailleurs,  bien  qu’ils  nous  ayent  efté  donnez  pour  des  Sagoins,  qui  font  une  efpece  de 
Guenon  :  Car  leur  queuë ,  dont  la  longueur  approchoit  en  quelque  forte  de  celle  de  la 
queuë  des  Singes,  qui  font  appeliez  Cercofttheci ,  en  eftoit  diffemblable  par  la  longueur 
du  poil ,  qui  eft  beaucoup  plus  court  à  la  queuë  des  Singes  à  proportion  de  leurs  corps. 
La  Plante  des  Pattes  de  derrière  du  Coati  Mondi  eftoit  longue,  ayant  vn  talon,  à  l’ex¬ 
trémité  duquel  il  y  avoit  plufieurs  écailles  larges  d’vne  ligne,  tk  longues  de  cinq  ou  fix. 
Elles  fortoient  par  derrière,  ramaffées  enfemble  comme  la  fleur  d’vn  foucy ,  lors  qu’il  fe 
ferme  la  nuit. 

Le  poil  eftoit  court,  rude,  &  bouchonné.  Il  eftoit  noiraftre  fur  le  dos  ,  en  quelques 
endroits  de  la  telle,  fk  aux  extrémitez  des  pattes,  fk  du  mufeau.  Au  relie  du  corps  il 
eftoit  mêlé  de  noir  &;  de  roux ,  en  forte  néanmoins  que  le  deffous  du  ventre  fk  de  la 
gorge  eftoit  d’vn  roux  plus  haut  en  couleur  en  quelques  endroits  qu’en  d’autres.  La 
Queuë  eftoit  revêtue  d’vn  poil  de  ces  deux  mefmes  couleurs ,  qui  formoient  plufieurs 
cercles ,  ou  noeuds ,  l’vn  noiraftre ,  &  l’autre  mêlé  de  noir  fk  de  roux. 

Yy 


90  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  COATIS. 

La  Langue  eftoit  coupée  de  plufîeurs  fifliires  ou  rayes ,  qui  la  faifoient  reflembler  au 
deflus  d’vne  fueïlle  d’arbre. 

Les  Yeux  eftoient  fort  petits,  comme  à  vn  Cochon.  Les  Oreilles  eftoient  rondes  com¬ 
me  celles  des  Rats,  &;  couvertes  par  le  deflus  d’vn  poil  fort  court,  mais  plus  long  en  de¬ 
dans,  &c  plus  blanchaftre. 

Il  y  avoit  foc  dents  Incifives  en  chaque  mâchoire.  Les  Canines  eftoient  fort  grandes, 
principalement  celles  delà  mâchoire  inferieure.  Leur  figure  avoit  quelque  chofe  de  plus 
particulier,  n’eftant  point  rondes,  moulfes,  Se  blanches  comme  au  Chien,  au  Loup,  ou 
au  Lion,  mais  trenchantes  parle  moyen  de  trois  angles,  qui  formoient  à  l’extrémité  vne 
pointe  aiguë  comme  vne  alefne.  Elles  eftoient  grifes,  Se  vn  peu  tranfparentes.  La  Gueu¬ 
le  eftoit  grande ,  Se  fendue  comme  à  vn  Pourceau  5  Se  la  mâchoire  d’en  bas  eftoit  aufli 
de  mefme  qu’au  Pourceau ,  beaucoup  plus  courte  que  celle  d’en  haut. 

Or  il  ne  fe  trouve  aucune  de  ces  particularitez  dans  le  Sagoin  ;  Se  ces  deux  animaux 
n’ayant  rien  de  commun  que  le  Païs  où  ils  naiflent,  qui  eft  le  Bréfil,  nous  n’avons  point 
rencontré  de  defeription  dans  les  Auteurs  qui  ont  parlé  des  animaux  particuliers  de  l’A- 
merique  Méridionale ,  qui  convienne  mieux  à  ce  que  nous  avons  obfèrvé  dans  nos  fu- 
jets,  que  celle  de  l’animal  que  Margravius  &  Laët  dans  leur  hiftoire  Braftlienne,  appel¬ 
lent  Coati. 

Dans  la  defeription  que  ces  Auteurs  font  de  cct  animal,  les  marques  que  nous  avons 
ici  décrites,  S C  que  nous  avons  trouvées  dans  nos  fttjets,  fe  rencontrent  toutes  hormis 
les  dents  &C  les  écailles,  qui  font  aux  talons  du  Coati  Mondi,  dont  ils  n’ont  point  parlé, 
&  la  queue,  qu’ils  font  à  leurs  Coatis  beaucoup  plus  longue  que  le  refte  du  corps.  Mais 
Laët  dit  que  ces  animaux  ont  accoutumé  de  ronger  leur  queuë,  &c  qu’il  en  a  nourry  vn 
quelque  temps,  qui  fe  la  mangea  enfin  toute  entière,  &  qu’il  en  mourut:  il  fe  pouvoir 
faire  que  les  noftres  euffent  ainfi  accourci  la  leur.  Ils  difent  encore  que  les  Coatis  ont  les 
mains  faites  comme  celles  des  Guenons:  ce  qui  nes’eft  point  trouvé  dans  nos  fujets,  dont 
les  pieds  néanmoins  eftoient  d’ailleurs  affez  femblables  à  la  figure  que  Margravius  a  mife 
dans  fon  Livre. 

Nous  avons  trouvé  par  la  difleétion,  que  fous  la  peau  &  entre  les  mufcles  du  Coati 
Mondi  il  y  avoit  beaucoup  de  graifle  blanche,  &  dure  comme  du  fuif.  La  Verge  eftoit 
cachée  dans  vn  conduit,  profond  d’vn  pouce,  &  large  d’autant,  dont  l’ouverture  eftoit 
fous  le  ventre,  à  quatre  doits  de  l’Anus.  Cette  Verge  eftoit  garnie  d’vn  os,  dont  la  lon¬ 
gueur  furpaffoit  de  beaucoup  à  proportion  celle  des  os  qui  fe  rencontrent  à  la  Verge  des 
autres  animaux  qui  en  ont.  Il  eftoit  gros  par  les  deux  bouts,  8c  de  figure  femblable  à  l’os 
de  la  cuiffe  d’vn  poulet.  Le  long  de  la  verge  il  y  avoit  deux  veines  fort  groffes,  ôc  plei¬ 
nes  de  fang,  qui  alloient  jufqu’au  Balanus.  Les  Tefticules  eftoient  femblables  a  ceux  des 
Chiens. 

L’Epiploon  eftoit  fort  petit.  Il  avoit  peu  de  graifle,  &  eftoit  vn  tiflu  de  fibres  &c  de  fi¬ 
lets  pluftoft  qu’vne  membrane.  Il  n’eftoit  point  couché  fur  les  inteftins,  mais  retroufle 
fur  le  ventricule.  La  Ratte  avoit  deux  pouces  &C  demy  de  longueur.  Elle  eftoit  de  cou¬ 
leur  rouge-brun  ducofté  de  l’eftomac  en  fà  partie  cave,  &  noiraftre  par  le  bord  en  fa  par¬ 
tie  gibbe.  On  n’a  point  remarqué  de  vaiffeaux  dans  la  membrane  externe  du  ventricule, 
fi  ce  n’eft  la  Coronaire  ftomachique,  qui  paroifloit  vers  l’orifice  fuperieur,  6 C  difparoif- 
foit  aufii-toft,  jettant  peu  de  rameaux. 

Le  Foye  eftoit  vn  peu  noiraftre,  &C  d’vne  fubftance  fort  homogène,  fans  apparence 
de  glandes.  Il  avoit  fept  Lobes,  deux  grands  au  codé  gauche,  &;  cinq  autres  plus  petits 
au  cofté  droit.  La  Veficule  eftoit  entre  les  deux  Lobes  fuperieurs. 

Le  Pancréas,  qui  eftoit  attaché  le  long  du  Duodénum,  tirant  plus  vers  le  Rein  droit 
que  vers  la  Ratte,  eftoit  fort  petit.  Le  Mefentere  eftoit  tout  rempli  d’vne  graifle  fort 
dure ,  qui  enfermoit ,  &  cachoit  prefque  tous  fes  vaiffeaux. 

Les  Inteftins  avoient  fept  pieds  de  long  en  tout.  Ils  eftoient  tous  d’vne  mefme  grof- 
feur ,  &;  ils  n’avoient  rien  qui  les  pûft  diftinguer  les  vns  des  autres  :  il  n’y  avoit  point 
mefme  de  Cæcum. 


Le 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  COATIS.  9i 

Le  Rein  droit  eftoit  beaucoup  plus  haut  que  le  gauche,  de  forte  que  deux  des  Lobes 
du  Foye  le  couvroient. 

Le  Poulmon  avoir  cinq  Lobes  -,  deux  grands  au  cofté  droit,  &  deux  au  codé  gauche  , 
qui  eftoient  vn  peu  plus  petits  -,  6c  vn  cinquième  dans  le  Mediaftin, 

Le  Cœur,  qui  eftoit  femblable  à  celui  du  Chien,  avoit  l’Oreille  droite  extrêmement 
grande.  Dans  le  Ventricule  droit ,  6 c  dans  l’Oreille  droite ,  on  a  trouvé  une  grande 
quantité  de  matière  glaireufe  endurcie. 

LemufcleCrotaphite,enpaffantpardeffous  le  Zigoma,  s’y  attachoit,  eflant  extraor^ 
dinairement  charnu  en  cét  endroit,  6c  mefme  jufqu’à  fon  infertion,  qui  fe  faifoit^ar  vn 
tendon  fort  large,  lequel  eftoit  enfermé  entre  deux  chairs,  beaucoup  plus  épaiflès  que 
ne  font  celles  qui  fo  trouvent  ordinairement  en  cét  endroit ,  6c  qu’on  eftime  y  eftre 
miles  pour  deffendre  6c  affermir  le  tendon  du  mufcle  des  Temples. 

L’Orbite  n’eftoit  pas  offeufe  tout  à  l’entour,  mais  elle  eftoit  fuppléée  en  la  partie 
fuperieure,  par  vn  ligament  cartilagineux,  qui  joignoit  l’apophyfe  de  l’os  Frontal  à  celle 
du  premier  os  de  la  mâchoire  fuperieure. 

L’Os  qui  fepare  le  Cerveau  du  Cervelet,  eftoit  comme  aux  Chiens.  La  Dure  Mere 
eftoit  fort  adhérente  au  Crâne.  Les  Sinus  de  l’os  Frontal  eftoient  pleins  d’vne  matière 
femblable  à  de  la  graiffe  friable.  Les  apophyfes  Mammillaires  eftoient  fort  groffes. 

Le  Globe  de  l’œil  n’avoit  pas  plus  de  quatre  lignes  6c  demi  de  diamètre.  L’ouverture 
des  Paupières  eftoit  plus  grande,  6c  la  Prunelle  feule  n’eftoit  gueres  moins  large  que 
tout  le  Globe  de  l’œil.  Le  Cryftalin  avoit  trois  lignes  de  large,  6c  deux  6c  demi  d’épaif- 
feur,  6c  eftoit  plus  convexe  en  dedans  qu’en  dehors.  Cette  groffeur  du  Cryftalin  faifoit 
que  les  deux  autres  humeurs  eftoient  en  petite  quantité.  La  Choroïde  eftoit  par  tout 
d’vne  meime  couleur ,  fçavoir  d’vn  rouge  fort  brun,  fans  qu’il  y  paruft  de  Tapis,  qui 
ne  manque  jamais  gueres  aux  yeux  des  autres  animaux. 

L’autre  fujet,  qui  eftoit  le  Coati  fimplement  dit,  eftoit  vne  femelle.  Il  avoit  le  poil 
roux  par  tout  le  corps  ;  fa  queue  eftoit  feulement  marquée  de  plufieurs  cercles  d’vn 
fauve  fort  brun;  6c  l’extremité  des  pattes,  6c  le  deffus  des  oreilles  eftoient  aufti  d’vne 
couleur  plus  brune  que  le  refte  :  l’extrémité  du  mufeau  eftoit  d’vn  gris-brun.  Il  avoit 
des  mouftaches  d’vn  poil  fort  noir,  6c  il  y  avoit  du  mefme  poil  à  la  mâchoire  inferieure 
6c  aux  joûës.  Les  pattes  de  derrière  n’avoient  point  au  talon  les  appendices  en  maniéré 
d’éperons  qui  ont  efté  trouvées  au  Coati  Mondi. 

L’Epiploon  eftoit  fort  different  de  celuy  du  Coati  Mondi,  en  ce  qu’il  avoit  beaucoup 
de  graiffe  ;  qu’il  couvroit  6 C  embrafloit  tous  les  Inteftins ,  6 c  qu’il  eftoit  compofé  de 
membranes  entières  6c  non  percées  en  forme  de  réfeau. 

Les  Cornes  de  la  matrice,  qui  alloient  jufqu’aux  reins ,  eftoient  fulpenduës  par  vn  liga¬ 
ment  attaché  à  la  dernière  des  fauffes  coftes  ,  6c  defeendant  le  long  de  la  Portière  ou 
Corne,  non -feulement  jufqu’au  corps  de  la  matrice ,  mais  mefme  jufqu  a  fon  col.  Ce  li¬ 
gament  avoit  beaucoup  de  graiftè  fort  dure.  Il  y  avoit  fur  le  tefticule  qui  eftoit  proche 
du  Rein  vn  vaiffeau  ou  conduit  fait  d’vne  membrane  blanche  6c  nerveufe  ,  pliffée  en 
onde.  Ce  vaiffeau,  qui  eftoit  appliqué  fur  le  tefticule  comme  vn  Epididyme,  defeendoit 
le  long  de  fa  partie  externe  6c  latérale,  6c  alloit  jufqu’à  plus  de  la  moitié  de  la  portière 
ou  corne,  auquel  endroit  il  difparoiffoit. 

Le  Pancréas  eftoit  double,  6c  compofé  de  deux  parties  inégales  en  grandeur,  dont  la 
plus  grande  alloit  fous  le  ventricule,  6c  l’autre,  qui  eftoit  plus  petite,  alloit  vers  le  Rein 
droit. 

Le  ventricule  eftoit  de  deux  fubftances,  la  partie  fuperieure  eftant  membraneufe ,  6c 
l’inferieure  eftant  efpaiffe  6c  charnuë.  Le  refte  des  parties  eftoit  femblable  à  celles  du 
Coati  Mondi 


Z  z 


92 


Explication  de  lafgure  du  Veau  Marin. 


LA  figure  d’en  bas  fait  voir  la  différence  qu’il  y  a  entre  les  pieds  de  devant,  qui  font 
enfermez  fous  la  peau  à  la  referve  des  pattes,  &  les  pieds  de  derrière,  qui  font  joints 
enfemble,  ayant  la  forme  de  la  queue  d’vn  poiffon.  On  y  peut  encore  remarquer  que  les 
oreilles  femblent  avoir  efté  coupées ,  n’y  ayant  point  d’oreilles  externes. 


Dans  la  jigure  d'en  haut. 


A. 

B. 

CC. 

D. 

E. 

ffff. 

F. 

GG. 

H. 

GI. 

KL. 

MM. 

N. 

O  O. 
P. 

QA 

R. 

S. 

T. 

A. 

vv. 

XX. 

YZ. 

Y. 

Z. 
a. 

b  b. 

c. 

d. 

g  g; 
hii. 

h. 

iii. 

n. 


Ejl  le  tronc  de  la  veine  Cave- 
Le  tronc  de  l'Aorte. 

Les  Veines  &  Arteres  adipeufes. 

Vn  rein  S  uccenturié. 

Le  Rein  droit  dépouillé  de  la  membrane  Adipeuf  3  ft)  fendu  par  la  partie  gibbe. 

Quatre  petits  bafmets  particuliers. 

Les  vaijfeaux  Emulgens  du  Rein  droit. 

Les  vaijfeaux  Emulgens  du  Rein  gauche. 

Le  Rein  gauche  couvert  de  fa  membrane  .Adipeufe. 

La  veine  Spermatique  gauche  qui  entre  d  l'ordinaire  dans  ï  Fmulgente  3  mais  qui  a  trois  autres  ra¬ 
meaux  qui  l'attachent  d  la  membrane  Adipeuf. 

Le  Ventricule ,  dont  vne  moitié  ejl  ojlée ,  pour  faire  voir  la  fracture  de  la  Membrane  interne  3  dont 
les  rides  font  ondées  en  la  partie  Jùperieure  3  &  droites  dans  l’inferieure. 

Le  Foye. 

La  Vefcule  du  Fiel. 

Le  Cœur. 

La  Veine  Cave ,  qui  f  va  couler  le  long  de  la  bafe  du  Cœur. 

Les  Oreilles  du  Cœur. 

L’ Aorte  qui  forme  la  Croffe. 

L’Artere  Axillaire  droite. 

L' Axillaire  gauche. 

L’Artere  du  Poulmon. 

Les  Carotides. 

Les  Nerfs  Récurrens. 

La  Veine  Cave  ouverte  d  l'endroit  où  elle  efl  attachée  au  Cœur. 

Le  trou  qui  pénétré  dans  le  Ventricule  droit. 

Le  trou  Ovalaire  3  qui  pénétré  dans  la  Veine  du  Poulmon. 

Vn  rebord  fait  par  la  Membrane  intérieure  de  la  Veine  Cave. 

Vn  des  poils  de  la  barbe  reprefenté  trois  fois  plus  grand  que  le  naturel. 

Le  Cryfallm. 

Vne  portion  de  la  Sclérotique  3  laquelle  avec  la  Cornée  que  l’on  ne  voit  point 3  fait  la  moitié  de  l'Oeil 
coupé  en  deux. 

L’Humeur  Vitrée. 

L’autre  moitié  de  l’Oeil. 

L’extrémité  du  Nerf  Optique  3  qui  entre  droit  dans  l’axe  de  l’Oeil. 

Trois  Rameaux  de  Vaifeaux  fanguinaïres ,  qui  entrent  dans  l’Oeil  avec  le  Nerf  Optique  3  &  qui  f 
répandent  dans  la  Re fine. 

La  Langue. 


DESCRIPTION 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DTJN  VEAU  MARIN 

ROnde  l et  a  remarqué  que  le  Veau  Marin  eft  de  deux  efpeces,dont  l’vne  fe  trou¬ 
ve  dans  la  Mer  Mediterranée,  &  l’autre  dans  l’Océan.  Il  ne  met  point  néanmoins 
d’autre  différence  entre  l’vne  ôc  l’autre  de  ces  efpeces  que  l’habitude  du  corps ,  qu’il  dit 
eftre  plus  pleine  dans  le  Veau  Marin  de  l’Océan  que  dans  celui  de  la  Mer  Mediterranée, 
qui  eft  moins  trapu  &  moins  racourci  que  l’autre.  Le  Veau  Marin  dont  nous  faifons  la 
Defcription  avoit  plus  de  rapport  avec  cette  fécondé  efpece  qu’avec  la  première. 

Il  avoit  le  col  long  &:  la  telle  bien  moins  ferrée  contre  les  épaules  qu’elle  n’eft  au  Veau 
de  l’Océan  tel  qu’il  eft  reprefenté  dans  les  figures  qui  s’en  voyent;  Sc  le  refte  du  corps 
efloit  aufïi  plus  aligné.  La  poitrine  efloit  large  à  caufe  de  la  fcituation  des  Omoplates,qui 
eftoient  plus  en  devant  quelles  ne  font  aux  autres  animaux  qui  ont  la  poitrine  pointue  &C 
étroite  lors  que  les  Omoplates  font  plus  en  arriére.  Tout  l’Animal  efloit  long  de  vingt- 
huit  pouces,  à  prendre  depuis  le  mufeau  jufqu  au  bout  des  pieds  de  derrière  ,  qui  félon 
la  difpofition  qu’ils  ont  naturellement  en  cét  animal,  eftoient  étendus  &  joints  l’vn  con¬ 
tre  l’autre -,  ayant  en  cela  feulement  la  forme  de  la  queue  d’vn  poiffon,  fuivant  la  Defcri¬ 
ption  d’Ariflote,  laquelle  eft  contraire  à  celle  de  Rondelet,  qui  reprefente  le  Veau  Ma¬ 
rin  tant  celui  de  l’Océan  que  celui  de  la  Mer  Mediterranée  fans  pieds  de  derrière, &c  qui 
reprend  Ariftote  de  ce  qu’il  a  dit  que  cét  animal  a  des  doigts  aux  pieds  de  derrière  pa¬ 
reils  à  ceux  des  pieds  de  devant;  en  forte  qu’il  femble  que  Rondelet  ait  confondu  le  vé¬ 
ritable  Veau  Marin,  ou  Phoca  des  Anciens,  avec  le  Bœuf  Marin  des  Indes  Occidentales 
qui  n’a  point  de  pieds  de  derrière,  mais  feulement  une  queue  de  poiffon  mal  formée, 
dont  il  fe  fert  pour  nager,  ce  qu’il  fait  avec  vne  tres-grande  viteffe,  au  rapport  de  Clufi us, 
qui  dit  en  avoir  vu  vn  que  les  Hollandois  avoient  apporté  des  Indes. 

Le  Veau  Marin  que  nous  décrivons  avoit  non  feulement  deux  pieds  de  derrière,  mais 
outre  cela  vne  queue  longue  d’vn  pouce  &  demi ,  qu’Ariflote  compare  avec  raifon  à  la 
queue  d’vn  Cerf.  11  eft  vrai  que  les  doigts  de  ces  pieds  nettoient  pas  fi  formez  ni  fi  diftinéts 
qu’aux  pieds  de  devant,  &  que  ces  deux  pieds  alongez  ainfi  qu’ils  eftoient,  &  ferrez  l’vn 
contre  l’autre,  avoient  plûtoft  la  forme  de  la  queue  d’vn  poiffon,  que  celle  des  pieds  des 
animaux  qui  en  ont,  Sc  qui  fe  replient  ordinairement  fous  le  ventre.  Ces  pieds  eftoient 
femblables  à  ceux  des  Plongeons,  qui  ne  peuvent  marcher  comme  les  autres  oifeaux  en 
tenant  leur  corps  parallèle  à  la  terre ,  mais  qui  font  contraints  d’aller  droit  comme 
l’homme. 

Ariftote  dit  que  les  pieds  du  Veau  Marin  font  femblables  à  des  mains:  il  a  voulu  dire 
apparemment  que  les  pieds  de  devant  de  cét  animal,  au  lieu  des  trois  parties  qui  com- 
pofent  le  bras  de  l’homme,  fçavoir  l’avant-bras,  le  coude,  8c  la  main,  n’ont  que  la  der¬ 
nière  qui  répond  à  la  main  de  l’homme,  en  forte  que  cette  partie  luy  fort  immédiate¬ 
ment  de  la  poitrine.  Le  Bœuf  Marin  des  Ifles  Occidentales,  qui  eft  vne  efpece  de  Veau 
Marin  d’vne  grandeur  prodigieufe,  y  eft  appellé  Manati j  parce  que,  félon  la  remarque 
d’Oviedo,  il  n’a  que  les  pieds  de  devant,' qui  font  généralement  appeliez  mains  par  les 
Efpagnols  dans  tous  les  animaux.  Dans  noftre  fujet  l’avant-bras  8c  le  coude  eftoient  en¬ 
fermez  fous  la  peau  qui  couvroit  la  poitrine;  &  il  n’y  avoit  que  les  pattes  qui  fortiffent 
dehors.  Ces  pattes  ainfi  ferrées  &  racourcies  ne  nous  ont  point  femblé  pouvoir  fervir 
à  la  femelle  pour  embraffer  fes  petits ,  ainfi  qu’Oppian  dit  qu’elle  fait  lors  qu’elle  les 
mene  promener  dans  la  mer:  elles  paroiffoient  mefme,  ainfi  que  les  pieds  de  derrière, 
plus  propres  à  nager  qu  a  marcher;  quoy-qu’à  la  vérité  ni  les  vns  ni  les  autres  de  ces 
pieds  ne  le  foient  gueres  pour  aller  commodément.  Elian  a  remarqué  que  les  femelles 
ont  vn  grand  foin  de  mener  &  de  ramener  fouvent  leurs  petits  tantoft  dans  la  mer  8c 
tantoft  fur  la  terre:  il  y  a  apparence  que  c’eft  pour  leur  apprendre  à  nager  8c  à  mar- 

A  A  a 


94  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  VEAU  MARIN. 

cher  par  vn  long  exercice, qui  produit  vne  habitude  capable  de  fuppléer  aux  difpofi- 
tions  que  la  nature  leur  a  déniées.  Il  y  a  apparence  qu’Homere  appelle  les  Veaux  Ma¬ 
rins  Nef  odes -,  parce  que  l’on  peut  dire  qu’ils  nagent  avec  les  pieds,  8c  qu’ils  marchent 
avec  des  nageoires,  8i  non  pas  parce  qu’ils  font  fans  pieds, ainfi  qu’Euftathius  a  expliqué. 
Ces  pieds  neanmoins  avoient  des  ongles  qui  ne  font  pas  neceflaires  pour  nager  comme 
ils  le  font  pour  marcher.  De-forte  qu’il  paroift  que  la  Nature  qui  a  fait  le  Veau  Marin 
pour  vivre  de  mefme  que  le  Caftor  fur  terre  8c  dans  les  eaux  ,  a  donné  des  organes  à 
chacun  de  ces  animaux  pour  aller  avec  plus  ou  moins  de  facilité,  félon  quelle  les  a  de- 
Ilinez  à  eftre  plus  ordinairement  dans  l’vnou  dans  l’autre  de  ces  élemens:  car  le  Veau 
Marin,  qui  eft  plus  fouvent  dans  la  mer  que  fur  terre,  ne  marche  pas  avec  autant  de  fa¬ 
cilité  que  le  Caftor;  8c  le  Caftor  ne  nage  pas  ft  aifément  que  le  Veau  Marin,  parce  qu’il 
n’entre  dans  l’eau  que  pour  y  prendre  du  poiflon  ,  8c  qu’il  n’y  fait  pas  fa  demeure  ordi¬ 
naire. 

Par  ces  mefmes  raifons  le  cœur  &  le  poulmon  du  Veau  Marin  ont  vne  conformation 
particulière  ,  pour  faire  que  cét  animai  puifte  demeurer  long -temps  fous  l’eau  fans  ref- 
fpirer,  ainfi  qu’il  fera  expliqué  cy- après:  mais  le  Caftor,  qui  nefe  tient  pas  long- temps 
dans  l’eau,  n’a  point  cette  conformation  particulière  du  cœur-,  du  moins  nous  ne  l’a¬ 
vons  point  trouvée  dans  deux  Caftors  que  nous  avons  diflequez,  dont  l’vn  eftoit  de  Ca¬ 
nada  ,  l’autre  de  France. 

La  Telle  n’eftoit  point  courte  8c  ronde  comme  Rondelet  la  décrit,  8c  fon  mufeau 
eftoit  allez  long  pour  le  faire  reflembler  à  la  telle  d’vn  Veau.  Mais  les  yeux  n’eftoient 
point  femblables  à  ceux  d’un  Veau,  qui  les  a  élevez,  8c  comme  hors  la  telle:  car  ceux  de 
noftre  fujet  eftoient  cachez  8c  comme  plongez  dans  vn  orbite,  dont  le  rebord  de  delfus 
n’eftoit  point  relevé  comme  il  l’eft  au  Veau.  Ces  yeux  néanmoins  eftoient  gros,  ayant 
quinze  lignes  de  diamètre.  Il  y  avoit  vne  paupière  interne  pour  couvrir  l’œil;  elle  fe  re- 
tiroit  8c  fe  cachoit  dans  le  grand  angle. 

Il  n’y  avoit  point  au  delfus  des  yeux  ces  longs  poils  que  Rondelet  8c  Severinus  y 
mettent  ;  il  y  en  avoit  feulement  aux  collez  du  mufeau, qui  eftoient  d’vne ligure  fort 
particulière,  eftant  quarrez  8c  applatis  avec  des  nœuds  d’efpace  en  elpace,  8c  fort  prés  à 
prés ,  ainfi  qu’il  eft  reprefenté  dans  la  figure. 

Au-delà  des  yeux  il  y  avoit  des  trous  pour  les  oreilles  internes  comme  auxoifeaux, 
Sc  il  n’y  avoit  point  aulfi  d’oreilles  externes.  Ariftote  a  remarqué  que  cela  eft  particulier 
au  Veau  Marin,  qui  entre  tous  les  animaux  qui  engendrent  vn  animal  vivant,  eft  le  feul 
qui  a  des  oreilles  internes,  8c  qui  n’en  a  point  d’externes. 

Toute  la  peau  eftoit  garnie  d’vn  poil  court  8c  fort  femblable  à  celuy  du  Veau  Ter- 
reftre.  Silvaticus  le  compare  mal  à  celuy  de  la  Chevre  qui  eft  très-long.  Il  eftoit  de 
couleur  entre  le  gris  8c  le  fauve,  vn  peu  plus  déchargé  au  droit  du  ventre,  que  vers  le 
dos,  qui  eftoit  parfemé  de  taches  de  la  grandeur  de  l’ongle  de  couleur  rouge -brun. 
Pline  dit  que  ce  poil  long -temps  après  que  la  peau  a  efté  arrachée  conferve  vne  telle 
fympathie  avec  la  mer,  qu’il  fuit  les  mouvemens,  8c  que  tantoft  il  fe  herifle,  tantoft  il 
s’applatit,  lors  que  la  mer  s’enfle,  ou  s’abbaifle  par  le  flus  8c  par  le  reflus.  Severinus  dit 
avoir  veû  ce  miracle  ;  mais  il  l’exprime  avec  vn  tel  excès,  qu’il  en  eft  moins  croyable.  Il 
dit  que  quand  le  vent  du  Septentrion  fouille,  les  poils  qui  s’eftoient  élevez  au  vent  du 
Midi  non  feulement  fe  couchent ,  mais  difparoilfent  entièrement.  Cardan  alfeure  que 
cette  propriété  ,  qui  avoit  palfé  pour  fabuleufe ,  a  efté  trouvée  véritable  aux  Indes. 
L’experience  nous  a  fait  connoiftre  que  cette  merveille  ne  fe  voit  pas  toujours  à  Paris: 
car  ayant  gardé  8c  obfervé  cette  peau  pendant  plulîeurs  mois,  nous  avons  trouvé  que 
le  poil  y  eftoit  de  mefme  hauteur  8c  de  mefme  fcituation  en  tout  temps. 

La  peau  eftoit  dure  8c  épaifte.  Pline  dit  que  l’on  ne  peut  tuer  le  Veau  Marin  qu’en 
luy  caftant  la  telle.  Les  Hiftoriens  des  Indes  Occidentales  difent  que  la  peau  du  Manati 
eftant  corroyée  a  plus  d’un  doigt  d’épaifleur,  8c  qu’on  en  fait  des  femelles  de  fouliers. 

Les  dents  qui  eftoient  longues  &  aiguës  dans  toutes  les  deux  mâchoires ,  eftoient 
fort  diifemblables  de  celles  du  Veau,  8c  reflembloient  mieux  aux  dents  d’vn  Loup.  De- 

forte 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  VEAU  MARIN.  9S 

forte  que  les  Efpagnols  8c  les  Allemans  ont  raifon  d’appeller  cét  animal  Loup  Marin.  Le 
naturel  doux  8c  groffier  du  Veau  Terreftre  a  encore  fort  peu  de  rapport  à  celuy  du 
Veau  Marin,  que  les  Naturaliftes  difent  eftre  adroit,  hardi,  &  entreprenant ,  vivant  de 
rapine,  ayant  l’induftrie  de  s’atrouper  avecfes  femblables,  pour  attaquer  les  plus  grands 
poilfons ,  8c  allez  de  force  pour  fe  batre  fur  terre  mefme  contre  les  Ours  :  ce  qui  eft  peu 
croyable  des  Veaux  de  la  taille  du  noftre,  6c  ne  peut  convenir  qu’à  ceux  qui  fe  pefchent 
proche  de  l’ Angleterre,  qui  félon  Gefner  font  auffi  grands  que  des  Ours;  ou  plûtoft  à 
ceux  dont  parlent  Gomara  Oviedo,  Pedro  Cieça,  8c  les  dernières  Relations  des  An¬ 
tilles,  qui  font  d’une  grandeur  fi  prodigieufe,  qu’il  s’en  trouve  de  vingt  pieds  de  long 
lür  fept  de  large.  Mais  les  noms  font  donnez  aux  poilfons  le  plus  fouvent  à  caufe  de 
quelques  relfemblances  qu’ils  ont,  à  ce  que  l’on  prétend ,  avec  de  certaines  chofes,  foit 
que  cette  relfemblance  fe  prenne  de  leur  figure ,  foit  qu’elle  fe  prenne  de  leurs  moeurs. 
Ainfi  le  Mouton  Marin  a  ce  nom, parce  qu’il  eli  blanc,  8c  qu’il  a  des  cornes  recourbées 
comme  le  Mouton  Terreftre;  &  le  Veau  Marin  eft  appelle  Loup  par  quelques- vns,  à 
caufe  qu’il  vit  de  rapine.  Cependant  par  cette  raifon  il  devroit  eftre  appelle  Mouton , 
fi  on  le  compare  au  Mouton  Marin  ;  &c  le  Mouton  Marin  au  contraire  devroit  eftre  ap¬ 
pelle  Loup  ,  parce  qu’au  rapport  d’Elian ,  le  Mouton  Marin  chafle  les  Veaux  Marins,  8c 
les  mange, 

La  Langue  eftoit  allez  femblable  à  celle  d’vn  Veau,  eftant  large,  platte,&  fans  alpre- 
té.  Elle  eftoit  fourchue  ,  &  coupée  en  deux  par  le  bout,  ainfi  qu’Ariftote  l’a  remar¬ 
qué-,  mais  non  pas  double,  ronde,  &  menue,  comme  aux  Serpens,  8c  aux  Lézards,  ainfi 
que  Pline  la  décri t. 

Le  Larynx  avoit  vne  conformation  particulière, l’Epiglotte  eftant  plus  grande  à  pro¬ 
portion  qu’aux  autres  animaux  -,  elle  palfoit  de  la  longueur  de  demi  pouce  au-delà  de 
là  Glotte ,  pour  la  couvrir.  11  y  a  apparence  que  cela  eft  fait  pour  fermer  plus  exacte¬ 
ment  l’entrée  de  l’afpre  artere,  lorfque  cét  animal  mange  fa  proye  au  fond  de  la  mer, 
8c  pour  empefcher  que  l’eau  ne  fe  coule  dans  fes  poulmons. 

Le  Ventricule  eftoit  long  en  forme  d’vn  inteftin  qui  s’étreffiffoit  vers  fes  deux  orifi¬ 
ces.  Severinusle  décrit  rond  comme  un  œuf  d’Autruche,  La  membrane  intérieure  eftoit 
pliffée ,  8c  faiibit  plufieurs  rides.  Severinus  le  décrit  fans  rides.  Ces  rides  depuis  l’orifice 
fuperieur  jufqu’au  milieu  du  ventricule  eftoient  par  ondes,  8c  delà  jufqu’au  pylore  elles 
eftoient  droites  Cela  femble  avoir  quelque  rapport  avec  les  ventricules  des  animaux  qui 
ruminent,  dans  lesquels  les  rides  du  dernier  ventricule  font  droites,  &  félon  la  longueur 
du  ventricule;  au  lieu  quelles  font  obliques  8c  tranfverfales  dans  les  premiers. 

Au  dedans  de  ce  Ventricule  on  a  trouvé  comme  vn  peloton  de  l’herbe  Marine  ap- 
peliée  Vareç  par  les  Matelots ,  qui  eft  vne  efpece  de  Fucus.  Ce  peloton  eftoit  de  la  grof. 
îèur  8c  delà  figure  d’vne  noix»  Il  bouchoit  l’orifice  fuperieur  du  ventricule,  en  forte 
qu’il  fembloit  que  ce  peloton  euft  efté  pouffé  dans  cét  orifice  par  l’effort  d’vne  com¬ 
pte®  on  extraordinaire,  8c  par  le  retreffiffement  du  ventricule. 

Le  Foye  avoir  fix  lobes,  deux  grands  en  deffous  8c  en  arriére,  8c  quatre  petits  en  def 
fus  8c  en  devant»  La  veficule  du  fiel  eftoit  entre  le  grand  lobe  droit  de  derrière  8c  le 
premier  des  petits  qui  font  en  devant  du  mefme  cofté.  Belon  dit,  fuivant  Ariftote,  que 
le  Veau  Marin  n’a  point  de  fiel,  Pline  veut  qu’il  l’ait  dans  la  poitrine  -,  ce  qui  ne  s’ac¬ 
corde  pas  bien  avec  ce  qu’il  rapporte,  que  cét  animal  vomit  fon  fiel  lors  qu’il  eft  pour- 
fuivi  par  les  Pefcheurs ,  à  caufe  de  la  connoiffance  qu’il  a  que  l’on  ne  le  veut  prendre  que 
pour  avoir  ce  fiel,  qui  eft  vtile  pour  la  guerifon  de  plufieurs  maladies:  car  il  feroit  auffi 
peu  poffible  qu’il  vomift  ce  fiel  qu’il  auroit  dans  la  poitrine ,  qu’il  eft  peu  croyable  qu’il 
puiff'e  connoiftre  les  intentions  des  Pefcheurs  :  fi  ce  n’eft  que  cette  fagacité  luy  foit 
particulière,  8c  aux  autres  amphibies,  tels  que  font  le  Caftor ,  les  Serpens,  8c  les  Gre¬ 
nouilles,  que  ce  mefme  Auteur  dit  avoir  foin  de  fe  défaire  des  chofes  pour  lefquel- 
les  on  les  cherche  -,  en  forte  que  le  Caftor  s’arrache  les  poches  où  eft  contenue  la  li¬ 
queur  médicinale  du  Caftoreum ,  les  Serpens  avallent  la  prétieufe  dépouille  qu’ils,  quit¬ 
tent  au  Printemps,  8c  les  Grenouilles  vomiffent  tous  les  jours  certaine  liqueur  falutaire 

BBb 


96  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  VEAU  MARIN, 
qui  s’engendre  dans  leur  corps,  de -peur  que  l’on  ne  les  tue  pour  avoir  cette  li¬ 
queur. 

Les  Reins  n’eftoient  point  femblables  à  ceux  de  la  Loutre,  ainfi  que  Rondelet  l’a  dit, 
parce  que  les  Reins  de  la  Loutre  font  compofez  de  plufieurs  petits  reins  feparez,  qui  ont 
chacun  leurs  vaifleaux  émulgens  8c  leurs  vreteres  particuliers,  ainiî  qu’il  fe  voit  dans  la  fi¬ 
gure  des  reins  de  l’Ours.  Les  Reins  de  noftre  fujet  eftoient  plus  femblables  aux  reins  du  V eau 
Terreftre  ,  eftant  fendus  par  deflus  feulement  en  leur  furface  par  des  coupeures  qui  ne 
penetroient  pas  fort  avant  :  mais  ces  coupeures  eftoient  beaucoup  plus  frequentes  qu’au 
Veau  Terreftre,  8c  elles  faifoient  paroiftre  ce  Rein  compofé  de  plufieurs  glandes  join¬ 
tes  enfemble.  Ces  Reins  eftoient  encore  differens  de  ceux  du  Veau  Terreftre ,  en  ce 
qu’outre  le  grand  baftinet  qui  eft  dans  la  partie  gibbe  de  ce  Rein,  il  y  en  avoir  plufieurs 
autres  petits  femez  en  plufieurs  endroits  dans  la  fubftance  du  rein ,  en  forte  qu’il  fem- 
bloit  que  chacun  de  ces  petits  baftinets  appartenoit  à  chacun  des  petits  reins  particu¬ 
liers  dont  le  grand  eftoit  compofé,  8c  que  le  parenchyme  de  chacun  de  ces  reins  par¬ 
ticuliers  eftoit  confondu  en  vne  feule  mafle.  La  Membrane  adipeufe  du  rein  eftoit 
toute  femée  de  vaifleaux  fort  apparens,  qui  ont  fait  dire  à  Rondelet  que  les  vaifleaux 
émulgens  n’entrent  point  dans  la  cavité  du  Rein  au  Veau  Marin  comme  aux  autres  ani¬ 
maux,  mais  qu’ils  fe  diftribuënt  dans  tout  le  corps  du  rein.  La  plus  grande  partie  de  ces 
vaifleaux  dans  le  rein  gauche  eftoient  les  rameaux,  ou  plûcoft  les  racines  de  la  Veine 
Spermatique,  lefquels  en  fe  réunifiant  formoient  trois  grofles  branches,  que  le  tronc  de 
la  Veine  Spermatique,  qui  fortoit  de  l’Emulgente,  retenoit  en  paflant.  Ce  Rein  gauche 
eftoit  accompagné  d’vn  Succenturié,  qui  eftoit  de  la  grofleur  d’vne  aveline,  8c  adhérant 
immédiatement  au  tronc  delà  Veine  Cave. 

Le  Poulmon  n’avoit  qu’vn  lobe  de  chaque  cofté,  qui  eftoit  feulement  vn  peu  coupé 
en  travers  par  le  milieu. 

Le  Cœur  eftoit  rond  8c  plat.  Ses  ventricules  ont  efté  trouvez  fort  grands ,  8c  fes 
oreilles  tres-petites.  Le  tronc  de  l’Aorte  fortoit  du  cœur  de  la  longueur  de  deux  pou¬ 
ces  avant  que  de  retourner  pour  faire  la  Crofle.  Au  deflbus  de  la  grande  ouverture 
par  laquelle  le  tronc  de  la  Veine  Cave  envoyé  le  fang  dans  le  ventricule  droit  du  Cœur, 
il  y  avoit  vne  autre  ouverture  qui  penetroit  dans  l’artere  veneufe,  8c  de  là  dans  le  ventri¬ 
cule  gauche,  8c  en  fuite  dans  l’Aorte.  Cette  ouverture,  qu’on  appelle  le  trou  ovalaire  dans 
le  fœtus, fait  l’anaftomofe  par  le  moyen  de  laquelle  le  fang  va  de  la  Cave  dans  l’Aorte 
fans  pafler  au  travers  du  poulmon  -,  5c  c’eft  apparemment  pour  vn  mefme  vfage  que  ce 
paflage  fe  trouve  dans  le  Veau  Marin  8c  dans  le  fœtus,  à  caufe  du  befoin  que  l’vn  8c 
l’autre  ont  de  fe  pafler  de  la  refpiration,  fçavoir  le  fœtus  pendant  qu’il  eft  dans  le  ventre 
de  fa  mere,  8c  le  Veau  Marin  pendant  qu’il  eft  plongé  dans  l’eau.  Ce  qui  fait  voir  que 
la  Refpiration  eft  neceflaire  à  la  Circulation ,  &  que  le  fang  que  le  poulmon  a  receû  d’vn 
des  ventricules  du  cœur  en  fe  dilatant,  eft  en  fuite  poufle  dans  l’autre  ventricule  par  la 
compreflion  du  Cœur.  Et  il  y  a  apparence  que  la  facilité  que  le  Veau  Marin  a  de  fe 
tenir  long  -  temps  dans  l’eau  fans  refpirer ,  doit  plûtoft  eftre  attribuée  à  cette  conforma¬ 
tion  particulière  des  vaifleaux  du  Cœur  8c  du  Poulmon,  qu’à  la  petitefle  du  Poulmon, 
qui  eft  la  raifon  que  Pline  apporte. 

Entre  ces  deux  ouvertures  qui  eftoient  dans  le  tronc  de  la  Veine  Cave, il  y  avoit  vne 
feparation  membraneufe  faite  par  vn  repli  de  la  tunique  intérieure  de  la  veine. 

On  a  trouvé  beaucoup  de  fang  dans  les  ventricules  du  cœur,  8c  dans  le  poulmon.  Pline 
dit  que  ces  parties  dans  le  Veau  Marin  contiennent  moins  de  fang  que  dans  les  autres 
animaux.  Ce  fang  ayant  efté  gardé,  s’eft  caillé  allez  ferme. 

Ariftote  8c  Pline  difent  que  les  os  du  Veau  Marin  font  cartilagineux  :  nous  avons 
trouvé  que  ce  font  de  véritables  os  qui  font  très -durs,  principalement  ceux  du  crâne. 
La  dure  mere  eftoit  attachée  au  crâne,  8c  fe  redoubloit  pour  faire  la  Faux.  Il  y  avoit  vn 
os  entre  le  grand  8c  le  petit  cerveau  de  mefme  qu’au  Chien  8c  aux  animaux  qui 
vivent  de  rapine,  8c  qui  mangent  de  la  chair,  8c  non  pas  des  herbages  comme  le  Veau. 
Cét  os  eftoit  plat  8C  pointu ,  8c  non  rond  8c  maffif,  tel  qu’eft  celui  qui  fe  trouve  dans  la 

telle 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  VEAU  MARIN.  97 
telle  du  Lamantin,  qui  eft  vne  efpece  de  Veau  Marin  des  Indes  Occidentales,  &  que 
l’on  tient  eftre  vn  Os  qui  a  vne  vertu  particulière  pour  diftbudre  la  pierre  des  reins  &; 
de  la  veftie. 

Les  replis  &  les  cavitez  du  Cerveau  eftoient  comme  au  Veau  :  mais  il  y  avoit  plus 
de  cervelle  à  proportion  qu’il  n’y  en  a  dans  la  Telle  dVn  Veau;  ce  qui  efh  contre  l’or¬ 
dinaire  des  poilîbns,  qui  n’ont  que  tres-peu  de  cervelle.  La  Glande  Pinéale  eftoit  lon¬ 
gue  de  deux  lignes,  &  avoit  vn  peu  moins  de  largeur.  Les  Naturaliftes  ont  obfervé  que 
cét  animal  ne  tient  rien  de  la  fbupidite  des  poiffons ,  mais  qu’il  égale  la  fagacité  la  plus 
fubtile  des  animaux  terrellres.  Pline  témoigne  que  l’on  en  faifoit  voir  à  Rome  qui  répon- 
doient  quand  on  les  appelloit,  &  qui  de  la  voix  &  du  gefte  falüoient  le  Peuple  dans  les 
Théâtres.  Gomara  raconte  d’vn  Manati  3  ou  Veau  Marin  des  Indes  d’vne  grandeur  pro- 
digieufe,  qui  ellant  apprivoifé,  venoit  quand  on  l’appelloit  par  fon  nom,  &  portoit  juf- 
qu’à  dix  Hommes  fur  fon  dos  dans  vn  Lac  ou  vn  Prince  Indien  le  faifoit  nourrir.  Al- 
drovande  dit  en  avoir  veû  vn  qui  chantoit  pour  les  Princes  Chrelliens,  &  non  pour  les 
Turcs. 

Le  Cryflallin  elloit  prefque  fpherique  à  la  manière  ordinaire  des  Poiffons ,  &C  fa  par¬ 
tie  la  plus  convexe  eftoit  en  devant  contre  l’ordinaire.  Toute  la  Choroïde  eftoit  enduite 
d’vne  fubftance  blanche  &:  fort  opaque.  Dans  la  Retine  il  y  avoit  trois  rameaux  de 
vaifteaux  remplis  de  fang  ,qui  entroient  dans  l’œil  avec  le  nerf  optique,  &  ferépandoient 
dans  toute  la  membrane.  Ce  nerf  optique  entroit  dans  le  milieu  de  l’œil,  &  fon  entrée 
eftoit  directement  oppofée  au  Cryflallin. 

Ces  deux  remarques  font  favorables  à  l’opinion  de  ceux  qui  tiennent  que  la  ré¬ 
ception  des  efpeces  vifuelles  fe  fait  fur  la  furface  de  la  Retine,  &i  non  fur  la  Choroïde; 
parce  que  les  vaifteaux  qui  eftant  épandus  dans  la  Retine  font  couchez  fur  la  Choroïde, 
doivent,  à  caufe  de  leur  opacité,  s’oppofer  au  paffage  des  efpeces  vifuelles,  &  empefcher 
qu’elles  n’aillent  jufqu’à  la  Choroïde:  ce  que  ces  Vaifteaux  ne  font  pas  à  l’égard  de  la 
Retine,  parce  quelle  les  couvre  de  fa  furface  qui  termine  &  enferme  l’humeur  vitrée. 
La  fituation  du  nerf  optique  qui  fe  rencontre  dans  l’axe  de  l’œil ,  &C  qui  par  confe- 
quent  reçoit  directement  les  efpeces  vifuelles ,  femble  encore  faire  voir  que  ce  n’eft 
point  la  Choroïde  qui  reçoit  les  efpeces,  puis  qu’il  n’y  a  point  de  Choroïde  au  principal 
endroit  ou  les  efpeces  tombent  ;  mais  que  c’eft  la  Retine  qui  eft  étendue  fur  le  nerf 
optique  de  mefme  que  fur  tous  les  autres  endroits  fur  lefquels  les  efpeces  peuvent 
tomber. 

L’Oeil  gauche  eftoit  retrefti ,  &  beaucoup  plus  petit  que  le  droit;  &  il  s’eft  trouvé 
gafté,  les  humeurs  eftant  à  demi  fuppurées.  On  n’a  point  trouvé  dans  les  yeux  de  ce 
fujet  les  mille  couleurs  que  les  Naturaliftes  difent  que  l’on  y  remarque. 


CCc 


S® 

Explication  de  la  figure  de  la  Vache  de  Barbarie . 

LA  figure  d’en  bas  eft  pour  faire  remarquer  la  longueur  extraordinaire  de  la  telle, 
la  firuation  des  yeux  qui  font  fort  hauts,  le  contour  des  cornes,  la  longueur  du 
col ,  la  bofife  que  les  épaules  forment  fur  le  dos  ,  celle  qui  eft  au  Sternon  comme  au 
Chameau,  la  petiteffe  de  la  queue,  &  les  autres  particularitez  qui  rendent  la  figure  de 
cet  animal  differente  de  celle  de  la  Vache  ordinaire. 


Dans  lafgure  d'en  haut 


A. 

B  B. 
CC. 
DD. 
E. 


Eft  le  grand  Ventricule. 

Les  trois  autres  Ventricules. 

E  origine  de  l’Epiploon. 

Le  Pancréas. 

Ene  portion  de  l’ Afpre  Artere  dans  fa  grandeur  naturelle. 

La  partie  membraneufè  de  l’ Afpre  Artere  fur  lamelle  l’Oefophare  eft  appliqué ,  &  qui  re¬ 
garde  les  Vertebres  du  Col 

Les  extrémité z,  des  demi- anneaux  de  l' Afpre  Artere  applaties  &  élargies }  faifant  comme  des 
ailerons  qui  couvrent  les  extrémités  des  ailerons  des  autres  demi  -  anneaux  qui  font  au 
deffous. 

La  partie  creuf  ft)  canelée  des  demi  -  anneaux . 

Le  Foye. 

La  Veficule  du  Fiel. 

Le  tronc  de  la  Veine  Porte  attaché  au  Foye. 

Ene  moitié  du  tronc  de  la  Veine  Porte  détachée  du  Foye  dans  fa  grandeur  naturelle ,  pour  faire 
voir  fa  furface  intérieure. 

Les  emboucheures  des  rameaux  de  la  Veine  Porte  qui  entrent  dans  la  fubftance  du  Foye ",  avec 
les  Valvules  qui  les  ferment  a  demi. 

La  Fejte  veüe  dans  vn  autre  afp  cri  que  celui  de  la  figure  d’en  bas >  pour  faire  connoifire  le 
contour  particulier  des  Cornes. 

LLLLL.  Les  cinq  petits  Lobes  du  Poulmon. 

M  M.  Les  deux  grands  Lobes. 

N.  Le  Ligament  qui  attache  les  deux  grands  Lobes  /'vn  a  l’autre. 


eee. 

39. 

FF. 

G. 
r. 

H. 

II. 

K. 


DESCRIPTION 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DUNE  VACHE  DE  BARBARIE 

CEt  animal  eftoit  à  peu  prés  de  la  grandeur  d’vne  Vache.  Son  poil  eftoit  roux, 
plus  pâle  vers  la  pointe  que  vers  la  racine.  Il  eftoit  vn  peu  plus  court  qu’il  n  eft 
ordinairement  aux  Vaches,  &  prefque  de  mefme  groffeur  vers  la  pointe  que  vers  la 
racine:  ce  qui  eft  contre  l’ordinaire  du  poil  des  animaux  ,  qui  le  plus  fouvent  eft  plus 
gros  vers  la  racine  que  vers  l’autre  extrémité.  Nous  avons  néanmoins  cy- devant  re¬ 
marqué  vne  irrégularité  oppofée  à  celle -cy  dans  le  poil  d’vn  Elant  ,  qui  eftoit  beau¬ 
coup  plus  menu  vers  la  racine  que  vers  fon  milieu. 

L’habitude  du  corps,  les  jambes, &l’encoleûre  le  faifoient  mieux  reffembler  à  vn  Cerf 
qu’à  vne  Vache,  dont  il  n’avoit  que  les  cornes,  lefquelles  eftoient  encore  differentes  de 
celles  des  Vaches  en  beaucoup  de  chofes.  Elles  avoient  chacune  vn  pied  de  longueur, 
&C  elles  prenoient  leur  naiffance  fort  proche  l’vne  de  l’autre,  parce  que  la  telle  eftoit 
extraordinairement  étroite  en  cét  endroit -là.  Elles  eftoient  fort  groffes,  recourbées  en 
arriére,  noires,  torfes  comme  vne  vis,  &C  vices  en  devant  &  en  deflus ,  en  forte  que 
les  colles  élevées  qui  formoient  la  vis,  eftoient  là  entièrement  effacées.  La  queue 
eftoit  plus  large  en  Ion  commencement  que  vers  fa  fin ,  à  la  manière  de  tous  les  Qua¬ 
drupèdes  à  pied  fourché  de  Barbarie  que  nous  avons  dilfequez.  Elle  n’eftoit  lon¬ 
gue  que  de  treize  pouces,  en  comprenant  vn  bouquet  de  crins  noirs  &  longs  de  trois 
pouces  qu’elle  avoit  à  fon  extrémité.  Les  Oreilles  eftoient  lituées  non  au  delïus  des 
Temples  &  au  deflous  des  Cornes  comme  aux  Vaches ,  mais  plus  en  arriére  :  du  relie 
elles  eftoient  femblables  aux  oreilles  de  la  Gazelle,  eftant  garnies  en  dedans  d’vn  poil 
blanc  en  quelques  endroits,  le  relie  eftant  pelé,  &  découvrant  vn  cuir  parfaitement 
noir  &c  licé.  Les  Yeux  eftoient  fi  hauts  &  li  proches  des  Cornes,  que  la  Telle  paroiffoit 
n’avoir  prefque  point  de  front. 

Les  Mammeîons  eftoient  tres-petits,  très- courts,  <k  feulement  au  nombre  de  deux: 
ce  qui  les  rendoit  differens  de  ceux  des  Vaches.  Les  épaules  eftoient  fort  élevées,  fai- 
fant  vne  bolfe  au  commencement  du  dos.  Il  y  avoit  vne  autre  boflè  oppofée  à  celle  du 
dos,  fçavoir  au  bas  du  fternon,  à  peu  prés  comme  au  Chameau. 

Nous  avons  trouvé  que  toutes  les  particularitez  qui  fe  remarquent  dans  cét  animal 
fe  voient  dans  le  Bubalus  qu’Aldrovande  décrit,  &  dont  la  figure  luy  a  ellé  envoyée  par 
Horatius  Fontana.  Il  n’y  a  que  la  bolfe  du  Sternon  dont  Aldrovande  ni  Fontana  ne 
parlent  point.  Il  y  a  apparence  que  cét  animal  doit  eftre  plutoll  pris  pour  le  Bubale 
des  Anciens  que  le  petit  Bœuf  Afriquain  que  Belon  décrit  :  car  Arillote  compare  le 
Bubale  au  Cerf;  Elian  dit  qu’il  eft  fort  ville  à  la  courlè;  Oppian  lui  attribue  des  cor¬ 
nes  recourbées  en  arriére, &  Pline  dit  qu’il  relfemble  toutenfemble  à  vn  Veau  &  à  vn 
Cerf.  Or  il  ne  fe  trouve  aucune  de  ces  marques  dans  l’animal  que  Belon  décrit ,  &C 
elles  font  toutes  dans  celuy  dont  nous  parlons,  ainli  qu’on  le  peut  aifément  connoiftre, 
li  l’on  fait  reflexion  fur  toutes  les  particularitez  qui  viennent  d’eftre  remarquées.  Mais 
il  ne  faut  pas  s’étonner  que  Belon  fe  foit  trompé,  en  attribuant  à  fon  petit  Bœuf  le 
nom  de  Bubale  ,  puifque  Pline  témoigne  que  mefine  de  fon  temps  ce  nom  eftoit  tres- 
équivoque  ,  &c  qu’on  le  donnoit  à  des  animaux  qui  ne  relfembloient  point  au  Bu¬ 
bale. 

Pour  ce  qui  regarde  les  parties  du  dedans,  l’Epiploon  enfermoit  Sc  couvroit  les  Ven¬ 
tricules.  11  eftoit  compofé  d’vne  membrane  fort  mince,  mais  continue  &  non  percée.  Tes 
vaiffeaux  eftoient  enfermez  dans  vne  graiffe  épaifle.  Ses  attaches  eftoient  aux  deux  der¬ 
niers  Ventricules1,  fçavoir  depuis  le  Pylore  jufqu’au  fécond  Ventricule,  à  la  partie  fupe- 
rieure  qui  touche  le  Diaphragme,  &c  de  là  il  s’étendoit  fur  les  deux  premiers,  en  fe  repliant 
vers  le  collé  gauche. 


DDd 


ioo  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UNE  VACHE  DE  BARBARIE.  ; 

Les  Ventricules  eftoient  au  nombre  de  quatre.  Le  premier  &  plus  grand  eftoit  ve¬ 
louté  par  l’affemblage  d’vne  infinité  de  petites  tetines,quifaifoient  la  furface  extérieure  de 
la  membrane  interne  de  ce  Ventricule,  ainfi  qu’elle  eil  à  la  plufpart  des  autres  animaux 
qui  ruminent  :  mais  cette  membrane  eftoit  aifément  feparable  de  l’externe  comme  à  la 
Gazelle.  Le  fécond  Ventricule  avoir  fa  membrane  interne  en  forme  de  refeau-,  8c  ce  re- 
feau,  comme  aux  Moutons,  n’eftoit  rien  autre  chofe  que  les  replis  de  cette  membra¬ 
ne  ,  qui  eftoit  plus  lâche  que  l’externe-,  8c  ces  replis  eftoient  de  differentes  figures,  les 
vnes  triangulaires  ,  les  autres  quarrées ,  8c  les  autres  pentagones.  Le  troifiéme  avoit  à 
l’ordinaire  fa  membrane  interne  encore  plus  lâche  que  le  fécond  ,  8c  les  replis  qu’el¬ 
le  faifbit  eftoient  plus  élevez  ,  mais  ils  eftoient  tous  difpofez  en  long  ,  faifant  com¬ 
me  des  feuillets  crenelez  par  la  tranche.  Le  quatrième,  qui  eftoit  plus  grand  lui  feul  que 
le  fécond  8c  le  troifiéme  enfemble,  eftoit  aufti  rempli  de  feuillets-,  mais  ils  eftoient  fans 
creneleûre,  8c  leur  fituation  eftoit  tranfverfale  comme  pour  arrefter  8c  retenir  la  nour¬ 
riture  plus  long-temps.  Une  femblable  ftruéture  a  eftë  remarquée  dans  vn  Renard  Ma¬ 
rin,  ou  la  cavité  de  l’inteftin  eftoit  interrompue  par  des  membranes  fituées  tranfverfale- 
ment,  8c  difpofées  comme  la  coquille  ou  rampe  d’vn  efcalier  en  vis-,  8c  cette  mefme  fi¬ 
tuation  tranfverfale  de  feuillets  a  encore  efté  trouvée  dans  le  Cæcum  des  Singes,  dans  le 
Colon  des  Lièvres  8c  des  Lapins,  dans  le  Colon  &  dans  les  deux  Cæcum  des  Auftruches, 
8c  dans  le  Jéjunum  de  l’Homme.  La  couleur  de  ce  dernier  Ventricule  eftoit  fort  diffe¬ 
rente  de  celle  des  autres,  eftant  d’vn  rouge  fort  brun. 

Les  Inteftins  avoient  tous  enfemble  foixante  8c  dix -huit  pieds.  Le  Cæcum  eftoit  long 
de  dix- huit  pouces,  8c  large  de  trois.  Il  avoit  vn  ligament  nerveux,  qui  néanmoins  neluy 
faifbit  point  faire  de  cellules. 

Le  Pancréas  eftoit  attaché  le  long  des  petits  Ventricules.  La  Ratte  avoit  quatre  pou¬ 
ces  de  large  fur  dix  de  long.  Elle  eftoit  attachée  au  Ventricule  par  toute  fa  moitié. 

Le  Foye  eftoit  rond  8c  fans  lobes ,  eftant  feulement  vn  peu  fendu  en  devant  8c  en  ar¬ 
riére.  On  a  obfervé  dans  le  tronc  de  la  Veine  Porte  ,  de  petites  membranes  en  for¬ 
me  de  valvules,  qui  couvroient  à  demi  les  emboucheûres  des  rameaux  qui  portent  le 
fang  du  tronc  de  la  Porte  dans  la  fubftance  du  Foye,  pour  empefcher  qu’il  ne  retourne 
dans  le  tronc.  Ces  Valvules  qui  n’ont  point  encore  efté  veûës  dans  le  Foye  d’aucun  ani¬ 
mal,  font  bien  favorables  à  la  pulfation  que  Gliffon  attribue  aux  rameaux  que  la  Porte 
jette  dans  le  Foye:  car  cette  pulfation,  qu’il  eftime  leur  eftre  communiquée  par  les  Ar¬ 
tères  qui  leur  font  jointes  8c  attachées  à  l’aide  d’vne  capfule  qui  enferme  la  Veine  avec 
l’Artere,  cette  capfule  ayant  vn  mouvement  particulier  de  conftriétion,  n’eft  pas  aifé  à 
concevoir  fans  ces  Valvules  •  eftant  difficile  que  le  fang  enfermé  dans  ces  Veines  puiffe 
former  quelque  pulfation  lors  qu’il  eft  frappé  par  la  dilatation  des  Arteres  voifines  ,  s’il 
n’eft  enfermé  8c  retenu  par  quelque  obftacle  voifin,  tel  qu’eft  celui  des  Valvules-,  autre¬ 
ment  il  obéira  en  refluant  dans  le  tronc, &  dans  les  rameaux  qui yconduifentlefang  :  car 
l’impetuofité  du  mouvement  de  ce  fang  vers  le  tronc  ne  peut  fuppléer  à  cét  obftacle, 
ainfi  que  Gliffon  prétend,  à  caufe  de  la  fbibleflé  de  la  tunique  des  Veines,  qui  apportent 
ce  fang  dans  le  tronc  :  car  ces  Veines  auroient  plus  de  befoin  d’vne  capfule  pour  eftre 
affermies,  que  les  rameaux  qui  font  dans  le  Foye,  dont  le  Parenchyme  pourroit  eftre 
fùffifant  pour  les  affermir.  De -forte  qu’il  femble  que  faute  de  ces  Valvules,  le  battement 
devroit  eftre  plus  grand  aux  rameaux  qui  apportent  le  fang  dans  le  tronc  de  la  Veine 
Porte,  qu’à  ceux  qui  le  diftribuënt  dans  la  fubftance  du  Foye-,  8c  que  ce  battement  de¬ 
vroit  eftre  autant  contraire  au  mouvement  du  fang  contenu  dans  ces  rameaux,  qu’avan¬ 
tageux  à  celuy  qui  doit  eftre  diftribué  dans  le  Foye. 

La  Veficule  du  fiel  eftoit  à  Pextremité  8c  fur  le  bord  de  la  partie  cave  au  cofté  droit. 
Elle  eftoit  attachée  par  toute  fa  moitié  interne  au  Foye ,  8c  la  membrane  qui  faifoit  la 
moitié  de  dehors  eftoit  mince  ,  délicate,  8c  toute  pliffée,  eftant  entièrement  vuide  de 
fiel. 

Le  Poulmon  avoit  fept  lobes  :  les  cinq  d’en  haut  eftoient  petits ,  les  deux  d’en  bas 
avoient  neuf  pouces  de  long  8c  cinq  de  large*  Us  eftoient  attachez  Tvn  à  l’autre  vers  leur 

milieu 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UNE  VACHE  DE  BARBARIE.  loi 
milieu  par  vn  ligament  membraneux  large  d’vn  demi -pouce  ,  &  long  de  deux  tiers  de 
pouce. 

Les  anneaux  de  l’Afpre  Artere  qui  eftoient  imparfaits ,  laifloient  l’efpace  de  la  lar¬ 
geur  d’vn  doigt  fans  cartilage  à  l’endroit  qui  regarde  l’Epine,  &  qui  touche  l’Oefophage. 
Ces  anneaux  eftoient  de  telle  figure,  &  tellement  difpofez,  que  leurs  extremitez  appla- 
ties,  &  élargies,  formoient  chacun  comme  deux  aîlerons,  ou  oreilles,  qui  eftoient  po- 
fées  les  vnes  fur  les  autres  -,  en  forte  que  par  exemple  les  aîlerons  d’en  bas  du  premier 
cartilage  eftoient  couverts  des  aîlerons  d’en  haut  du  fécond,  qui  couvroit  aufli  de  fes  ai¬ 
lerons  d’en  bas  les  aîlerons  d’en  haut  du  troifiéme,  qui  laifloit  encore  couvrir  fes  ailerons 
d’en  bas  par  les  aîlerons  d’en  haut  du  quatrième.  Cela  continuoit  de  la  mefme  manière 
dans  tous  les  cartilages  de  l’Afpre  Artere,  ainfî  qu’il  fe  voit  dans  la  figure  ,  qui  feule 
peut  faire  comprendre  cette  ftruéhire  extraordinaire.  Le  refte  de  chaque  anneau,  qui 
eftoit  la  partie  la  plus  dure,  eftoit  creux  en  fon  milieu,  &  laifloit  deux  éminences  a  fes 
coftez.  Cette  conformation  rendoit  icy  l’Afpre  Artere  plus  alpre  qu’elle  n’eft  ordinai¬ 
rement ,  parce  qu’outre  l’inégalité  des  deux  differentes  fubftan ces  qui  la  compofent, 
fçavoir  la  membrane,  &c  le  cartilage  qui  fe  rencontre  dans  toutes  les  Afpres  Arteres, 
celle-ci  avoit  encore  l’inégalité  que  les  cavitez  ou  caneleures,  qui  eftoient  dans  chaque 
anneau ,  lui  caufoient. 

A  l’Oeil  la  Cornée  eftoit  de  figure  ovale,  ainfi  quelle  eft  ordinairement  aux  autres 
Vaches.  L’Iris  eftoit  jaunaftre,  tirant  vn  peu  fur  le  ronge.  Le  Cryftallin  eftoit  plus  con¬ 
vexe  par  derrière  que  par  devant. 


EEe 


102, 


Explication  de  la  figure  du  Cormoran. 


IL  faut  remarquer  dans  la  figure  d’en  bas  la  longueur  de  la  telle,  la  petitefîe  de 
l’œil,  ôc  fa  fituadon  oblique,  la  figure  crochue  du  bec,  &c  la  ftru&ure  extraordinaire 
des  pieds  qui  ont  le  grand  doigt  en  dehors,  tk  les  autres  en  dedans,  eftant  tous  quatre 
liez  enfemble  par  des  membranes. 


Dans  la  figure  a  en  haut 


AB. 

BC. 

B. 

DE. 

E. 

FF. 

G. 

H. 

I. 

K. 

L. 

M. 

N. 

O. 

P. 

qq* 


Ql 

R. 

ST. 

T. 


EEt  l’Oeflphage  enfle 3  &  lie'  par  en  haut. 

Le  Ventricule  au  fi  enfle'. 

Efl  l’endroit  où 
L’ A fpre  Artere. 

Vn  nœud  fait  d’vn  anneau  offeux  au  bas  de  l’ A  fpre  Artere. 

Deux  ligamens  mufuleux  qui  attachent  l’A/pre  Artere  avec  les  Ve  fies  du  P  oulmon. 

Le  Cœur. 

Le  Lobe  droit  du  Foye . 

Le  Lobe  gauche. 

Le  troiféme  Lobe ,  qui  efl  fus  le s  deux  autres. 

La  Veflcule  du  Fiel. 

Le  Pylore. 

Dne  portion  de  l’Oefophage  dont  on  voit  le  dedans. 

L’orifice  fuperieur  du  Ventricule. 

Vne  portion  du  Ventricule  que  l’on  voit  par  dedans. 

La  couppe  des  membranes  du  Ventricule ,  dont  l'interne  efl  compofée  d’vne  infinité '  de  glandes  lon¬ 
guettes  conglomérées  »  ft)  dont  les  pointes  rendent  la  Jùperficie  interne  du  Ventricule  afpre  & 
comme  chagrinée. 

Le  Larynx.  * 

La  Langue. 

Le  Pied  droit.  • 

L’Ongle  dentelé  qui  efl  au  ficond  doigt. 


l’Oeflphage  s’étreflit  pour  faire  l’orifice  fuperieur  du  Ventricule. 


DESCRIPTION 


loj 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D'UN  CORMORAN 

CEt  oifeau  eft  appelle  Cormoran,  c’eft  à  dire  Corbeau  Marin  ,  parce  qu’il  eft  or¬ 
dinairement  tout  noir,  que  c’eft  vn  animal  aquatique.  Gefner  dit  que  c’eft  auftî 
par  cette  raifon  qu’il  eft  appelle  Carbo  aquations  par  Albert  le  Grand.  Gaza  croit  que  le 
Corax  d’Ariftote  eft  ce  mefme  Oifeau,  non -feulement  à  caufe  du  nom  Grec,  qui  fignifie 
Corbeau,  mais  aufti  à  caufe  des  autres  marques  par  îefquelles  ce  Philofophe  le  défigne, 
qui  conviennent  au  Cormoran  que  nous  décrivons. 

Il  avoit  vingt -fept  pouces  depuis  le  bout  du  bec  jufqu’à  l’extremité  de  la  queue,  8c 
trois  pieds  &  demi  d’vn  bout  des  ailes  étendues  jufqu’à  l’autre.  On  en  voit  de  beaucoup 
plus  grands  fur  les  bords  de  la  Mer.  Tout  fon  plumage  eftoit  noir,  ou  gris  fort  brun,  vn 
peu  verdâtre  par  les  ailes,  à  lareferve  du  ventre,  &  du  deflous  du  col,  qui  eftoient  cou¬ 
verts  de  plumes  blanches,  dont  l’extremité  eftoit  noiraftre:  ce  qui  faifoit  paroiftre  ces 
parties  blanches  tachetées  de  brun.  Gefner  dit  qu’en  Suiffe  ces  Cormorans  qui  y  font  ap¬ 
peliez  Scharbi ,  c’eft  à  dire  Charbons,  ne  laiffent  pas  d’avoir  quelques- vns  le  ventre 
blanc. 

Sous  les  grandes  plumes  qui  couvroient  Je  corps,  il  y  avoit  vn  duvet  gris  extrême¬ 
ment  fin  8£  épais,  comme  aux  Cygnes.  Aldrovande  dit  que  l’on  prépare  les  peaux  des 
Cormorans  comme  celles  des  Vautours,  &  que  l’on  s’en  fert  pour  couvrir  échauffer 
l’eftomac. 

Les  Plumes  qui  garniftoient  le  Col  eftoient  fort  courtes,  &  celles  qui  couvroient  laTefte 
encore  plus:  mais  elles  eftoient  fort  épaiffes,  &  menues  comme  de  la  frange.  Cela  fait 
voir  que  le  Cormoran  n’eft  point  le  Phalacrocorax,  qui  eft  ainfî  appellé,  parce  qu’il  n’a 
point  de  plumes  fur  la  Tefte,  &  que  Pline  s’eft  trompé,  quand  il  a  dit  que  le  Corbeau 
aquatique,  qui  eft  le  Cormoran,  eft  naturellement  chauve,  &  que  cette  particularité 
luy  a  fait  donner  le  nom  qu’il  a  parmi  les  Grecs.  Belon  a  efté  dans  la  mefme  opinion. 
Ces  Plumes  de  deffus  laTefte  eftoient  longues  de  quatre  lignes,  droites  &heriffées.  Cela 
faifoit  paroiftre  la  Tefte  moins  platte  qu’elle  n’eft  en  effet,  quoy-qu’elle  le  paroiffe  beau¬ 
coup  avec  ces  Plumes. 

11  y  avoit  vers  la  racine  du  Bec ,  tant  fuperieur  qu’inferieur ,  vne  peau  dénuée  de 
plumes:  elle  s’étendoit  aufti  au  tour  de  l’Oeil.  Cette  peau  eftoit  rouge.  Aldrovande  dit 
qu’elle  eft  ordinairement  blanche,  &  Gefner  la  met  de  couleur  de  Saffran.  Cette  mefme 
peau  s’étendoit  fous  le  Bec ,  tk  garniffoit  la  cavité  qui  y  eft  ordinairement.  Elle  eftoit 
en  cét  endroit  d’vn  jaune  pafte. 

Le  Bec  par  les  coftez  eftoit  gris  méfié  de  rougeaftre,  tk  noir  par  le  deffus.  Il  avoit 
trois  pouces  de  long,  à  prendre  depuis  l’ouverture  jufqu’à  fon  extrémité.  Il  eftoit  crochu, 
&  fort  pointu  par  le  bout.  Ce  Bec  luy  fert  à  prendre  les  poiffons  ;  mais  parce  qu’il  ne 
les  peut  gueres  attraper  que  par  derrière,  ou  par  le  cofté,  fk  qu’il  ne  les  avalerait  pas 
commodément  la  queue  la  première,  à  caufe  des  nageoires,  des  creftes,  tk  des  écailles, 
qui  les  empefcheroient  d’entrer  dans  fon  go  fier ,  il  a  accoutumé  de  les  jetter  en  l’air, 
pour  les  recevoir  la  tefte  la  première  :  ce  qu’il  fait  avec  tant  d’adreffe,  qu’il  n’y  manque 
jamais.  On  fe  fert  de  cét  Oifeau  pour  la  pefche,en  luy  mettant  vn  anneau  de  fer  au  bas  du 
col,  afin  que  les  poiffons  eftant  receûs  dans  l’Oefophage,  qui  eft  fort  large,  faifant  vne 
efpece  de  Jabot,  ne  puiffent  entrer  dans  le  Ventricule,  &  qu’on  leur  faffe  aifément  ren¬ 
dre  gorge. 

Il  n’y  avoit  au  Bec  aucune  ouverture  pour  les  Narines ,  quoy  qu’il  y  en  euft  dans 
le  Palais  vne  affez  grande  pour  laiffer  monter  les  vapeurs  à  l’organe  de  l’Odorat. 

Les  Yeux  eftoient  petits,  &  fîtuez  fort  proche  du  Bec.  Eftant  fermez,  la  ligne  que  les 
deux  Paupières  faifoient,  eftoit  vn  peuplas  oblique  quelle  n’eft  ordinairement  aux  oifeaux. 

F  Ff 


ïo4  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CORMORAN. 

Les  Pieds  eftoient  courts , ny ayant  que  quatre  pouces  depuis  le  Ventre  jufqu’à terre? 
&  il  y  en  avoit  fept  jufqu’au  bout  du  plus  grand  doigt.  Ces  Pieds  eftoient  fort  noirs,  8c 
fort  luifans,  couverts  d’écailies  longues  &c  étroites  en  dedans  du  pied,  &  fur  le  milieu 
des  doigts.  Ces  quatre  doigts  eftoient  joints  par  des  membranes,  ce  que  nous  avons  déjà 
remarqué  dans  vne  Oye  d’Ecoffe.  Ces  membranes  eftoient  picotées  comme  du  cha¬ 
grin.  Ces  quatre  doigts,  qui  eftoient  tout  d’vn  rang  ,  alloient  en  diminuant  depuis  le 
grand  jufqu’au  petit.  Le  grand  &C  le  petit  faifoient  vn  angle  droit,  le  grand  eftant  en 
dehors,  8c  le  petit  en  dedans.  Les  deux  autres  doigts  eftoient  auffi  en  dedans,  entre  le 
grand  8e  le  petit-,  ce  qui  eft  contre  l’ordinaire  des  autres  animaux  à  deux  pieds,  mais 
principalement  de  l’Homme,  dont  le  pied  a  le  grand  orteil  en  dedans,  8 c  les  autres  en 
dehors  :  car  cela  eft  ainft  fait  pour  foûtenir  8e  pour  affermir  plus  feûrement  le  corps 
fur  les  pieds,,  dans  lefquels  la  faillie  que  les  doigts  ont  en  dehors  eft  neceffaire,  pour 
empefcher  qu’il  ne  panche  de  cofté  ni  d’autre  -,  mais  cette  faillie  eft  inutile  en  de¬ 
dans,  parce  que  la  jambe  oppofite  foûtient  fufîifamment  le  corps  de  ce  cofté -là.  Ces 
doigts  avoient  des  ongles  pointus  &  crochus:  le  plus  grand  n’avoit  pas  plus  de  cinq 
lignes.  Il  y  avoit  encore  cela  de  remarquable  à  ces  ongles ,  que  ceux  du  fécond  doigt,  qui 
eft  proche  du  plus  grand,  eftoient  dentelez  à  chaque  pied,  au  cofté  qui  regarde  le  troi- 
fiéme  doigt.  Le  grand  doigt,  qui  avoit  trois  pouces  de  long  ,  eftoit  compofé  de  cinq 
os  ou  phalanges,  celuy  d’après  de  quatre,  le  troifiéme  de  trois,  &  le  quatrième,  qui  eft 
le  petit ,  de  deux.  Ce  dernier  eftoit  long  d’vn  pouce.  Ariftote  dit  que  le  Cormoran  eft 
le  feul  des  Plongeons  qui  fe  perche  fur  les  arbres ,  8c  qui  y  fait  fon  nid.  Nous  avons  re¬ 
marqué  que  des  pieds  tels  qu’eftoient  ceux  de  noftre  Cormoran ,  font  plus  commodes 
à  fe  percher  que  ne  font  ceux  des  autres  Plongeons,  quoy-  que  ces  pieds  ne  puiffent  fer¬ 
rer  les  branches  qu’avec  deux  de  leurs  quatre  doigts,  fçavoir  avec  le  plus  grand,  &  avec 
le  plus  petit:  mais  ce  petit  eft  beaucoup  plus  grand  qu’aux  autres  Palmipèdes,  qui  ont 
le  petit  doigt  de  derrière  li  court,  que  ce  n’eft  que  comme  vn  ergot  abfolument  inutile 
à  empoigner  les  branches. 

La  conftruétion  du  Pied  de  noftre  Cormoran  ne  nous  parut  pas  feulement  plus 
commode  qu’elle  n’eft  aux  autres  Palmipèdes,  à  l’égard  delà  facilité  quelle  luy  doit  don¬ 
ner  pour  fe  percher ,  mais  elle  eft  aufti  fort  avantageufe  pour  nager  :  car  au  lieu  que  les 
autres  Palmipèdes  n’ont  que  deux  membranes  qui  joignent  les  trois  doigts  de  devant, 
noftre  Cormoran  en  avoit  trois  qui  joignoient  les  quatre  doigts  enfemble:  c’eft  pour- 
quoy  ces  Oifeaux  vont  fous  l’eau  avec  vne  vifteffe  incroyable.  Gefner  dit  que  les  Pieds 
leur  fervent  auffi  quelquefois  à  prendre  le  poiflon,  &C  qu’ils  l’apportent  au  rivage  le  te¬ 
nant  d’vn  pied,  8c  nageant  de  l’autre.  Cét  vfage  particulier,  fç avoir  d’avoir  befoin  de 
nager  avec  vn  feul  pied,  peut  faire  comprendre  la  raifon  de  la  ftruéture  extraordinaire 
des  Pieds  du  Cormoran  :  car  fi  les  doigts  &  leurs  membranes  qui  forment  la  patte,  avoient 
efté  en  dehors  ,  il  auroit  efté  impoffible  à  l’Oifeau  d’aller  qu’en  tournant  en  rond  lors 
qu’il  ne  nage  que  d’vn  pied,  ainfi  qu’il  arrive  à  vn  batteau  quand  on  ne  rame  qu’a¬ 
vec  vn  aviron  -,  au  lieu  que  les  doigts  eftant  en  dedans,  il  arrive  que  lorfque  l’oifeau 
nage  d’vn  feul  pied ,  il  pouffe  l’eau  juftement  fous  le  milieu  du  ventre,  &C  ne  fait  point 
détourner  fon  corps  d’vn  cofté  ni  d’autre.  Or  cette  conformation  luy  eftoit  encore  d’au¬ 
tant  plus  neceffaire,  que  fes  Pieds  font  plus  courts:  car  s’ils  avoient  efté  plus  longs,  ils 
auroient  eû  vne  facilité  qu’ils  n’ont  pas  à  fe  tourner  obliquement  fous  le  ventre,  pour 
placer  le  pied  au  milieu,  &c  ne  pouffer  point  d’vn  cofté  plus  que  d’vn  autre. 

L’Oefophage  eftoit  fitué  au  cofté  droit  de  l’Afpre  Artere,  fous  laquelle  il  paffoit  pour 
gagner  le  Ventricule.  Lors  qu’on  l’enfloit  en  foufflant  dedans,  il  s’élargiffoit  jufqu’à  avoir 
plus  de  deux  pouces  de  diamètre.  Eftant  parvenu  au  droit  de  la  bifurcation  de  l’Afpre 
Artere,  il  fe  détournoit  à  gauche,  &  fe  retreciffoit  tout- à-coup,  ne  laiffant  pour  l’o¬ 
rifice  fuperieur  du  Ventricule  qu’vne  ouverture  de  la  groffeur  d’vn  tuyau  de  plume. 
Ce  retreciffement  ne  paroifloit  point  lorfque  l’Oefophage  &C  le  Ventricule  eftoient  en¬ 
flez-,  car  alors  ils  ne  faifoient  que  comme  vn  feul  boyau.  Ce  Ventricule  eftoit  charnu  &C 
mufculeux  vers  le  bas-,  mais  il  eftoit  membraneux  en  fa  partie  fuperieure,  peut-eftre 

pour 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CORMORAN.  ioy 
pour  s’élargir,  8c  pour  fe  rétrécir  félon  le  befoin  qu’il  en  a  pour  engloutir  les  poiffons,  8c 
pour  les  enfermer  enfuite  dans  le  Ventricule,  où  la  coétion,  qui  fe  commence  dans  l’Oe- 
fophage,  doit  s’achever:  car  c’eft  vne  chofe  furprenante  que  la  grandeur  des  Poiffons 
que  l’on  voit  avaler  à  ces  Oifeaux. 

Le  Ventricule  8c  l’Oefophage  paroilfoient  de  mefme  figure  8c  de  mefme  grandeur, 
eftant  veûs  par  le  dehors ,  apres  que  l’vn  8c  l’autre  eurent  elle  fortement  enflez  par  le 
vent  que  l’on  y  avoir  fait  entrer  avec  violence:  mais  le  Ventricule  eftoit  moins  large,  8c 
n’avoit  pas  tant  de  capacité  par  le  dedans ,  à  caufe  de  l’épaifleur  des  deux  membranes 
dont  il  eftoit  compofé ,  qui  faifoient  enfemble  l’épaiffeur  de  deux  lignes.  Le  Pylore 
n’eftoit  pas  oppofé  à  l’Orifice  ftiperieur,  ainfi  qu’il  fe  voit  ordinairement,  mais  il  eftoit 
comme  enté  dans  le  milieu  du  Ventricule,  laiflant  la  moitié  d’en  bas  pendante  comme 
vn  fac.  Cette  partie  inferieure  eftoit  charnue,  8c  comme  mufculeufe,  ainfi  qu’à  vn  Ge- 
fier;  quoy-que  cette  membrane  charnue  n’euft  ni  l’épaifleur  ni  la  dureté  qui  fe  remar¬ 
que  ordinairement  dans  le  Gefier  des  Oifeaux.  Et  il  y  a  apparence  que  cette  partie 
eftoit  ainfi  charnue  8c  mufculeufe,  pour  fervir  à  exprimer  8c  faire  monter  plus  aifément 
vers  le  Pylore  ce  qui  eft  defcendu  au  fond  long  8c  étroit  du  Ventricule,  lors  que  la 
coétion  des  alimens  y  eft  achevée  ;  la  chair  dure  8c  fibreufe  des  Gefiers  eftant  faite  pour 
comprimer  plus  fortement,  8c  comme  pour  broyer  les  grains  durs  8c  fcc  s  dont  les  Oi¬ 
feaux  fe  nourriffent,  8c  n’eftant  pas  neceffaire  à  ceux  qui  ne  vivent  que  de  chair,  ou  de 
poiflon  comme  le  Cormoran. 

La  Membrane  externe  du  Ventricule  eftoit  blanche,  8c  paroiffoit  de  deux  fubftances-, 
fa  partie  externe  eftant  nerveufe  8c  dure  par  en  haut,  8c  charnue  par  en  bas,  ainfi  qu’il  a 
efté  dit ,  8c  fa  partie  interne  eftant  plus  mollafle,  8c  comme  muqueufe,  en  forte  qu’il 
fembloit  que  par  le  moyen  de  cette  partie  interne  les  deux  membranes  du  Ventricule 
fuiïent  colées  enfemble.  La  Membrane  interne,  qui  eftoit  vn  peu  rougeaftre,  eftoit  glan- 
duleufe,  &compofée  d’vne  infinité  de  petites  glandes  longues  d’vne  ligne  8c  demie,  8c 
de  la  grofléur  environ  d’vne  grofle  épingle  :  ces  petites  glandes  fe  touchoient  les  vues 
les  autres  félon  leur  longueur,  &  eftoient  attachées  8c  comme  colées  enfemble  par  vne 
fubftance  pareille  à  la  leur,  mais  un  peu  moins  ferme,  8c  comme  glaireufe.  Leurs  extre- 
mitez  eftoient  plus  fermement  attachées ,  fçavoir  celles  d’en  bas  ,  qui  fortoient  de  la 
Membrane  externe  du  Ventricule,  8c  celles  d’en  haut,  qui  tenoient  les  vues  aux  autres, 
8c  formoient  la  fuperficie  interne  du  Ventricule,  en  forte  que  tous  les  bouts  des  glan¬ 
des  rendoient  cette  fuperficie  interne  comme  chagrinée  ;  ce  qui  reprefentoit  aflez  bien 
le  Velouté  du  grand  Ventricule  des  animaux  qui  ruminent,  fi  l’on  fe  figuroit  que  les 
petits  Mammelons  longuets  qui  compofent  ce  Velouté  fuflent  joints  les  vns  aux  autres 
comme  les  glandes  Conglomérées  le  font  ordinairement;  au  lieu  que  dans  les  animaux 
qui  ruminent,  ces  Mammelons  font  féparez  les  vns  des  autres,  eftant  feulement  atta¬ 
chez  à  la  membrane  interne  du  grand  Ventricule  par  leurs  racines.  Nous  avons  trouvé 
dans  quelques  Auftruches  la  Membrane  interne  du  Gezier  d’vne  ftru&ure  toute  pareille 
à  celle -cy. 

Dans  la  partie  fuperieure  du  Ventricule  vers  l’Orifice,  il  y  avoit  plufieurs  Vers  longs 
de  huit  à  dix  lignes,  8c  de  la  grofléur  d’vne  épingle  moyenne.  Ils  eftoient  blancs  8c 
tranfparens ,  8c  l’on  voyoit  au  milieu  de  leur  corps  comme  vne  veine  noiraftre  ,  al¬ 
lant  de  la  telle  à  la  queue,  qui  eftoit  plus  pointue  que  la  telle,  qui  eftoit  plus  menue 
que  le  milieu  du  corps.  Au  fond  du  Ventricule  il  y  avoit  une  matière  fembla- 
ble  à  du  fang  noir  à  demi  caillé.  Et  il  y  a  apparence  que  c’eftoit  effectivement  du  fang 
qui  eftoit  tombé  en  cét  endroit  ,  à  caufe  d’vn  coup  que  l’Oifeau  avoit  receû  fur  la 
telle. 

Les  Inteftins  eftoient  longs  de  fept  pieds.  Ils  n’avoient  point  ces  deux  appendices 
qui  forment  comme  deux  Cæcums ,  que  Belon  dit  le  trouver  dans  tous  les  Oifeaux.  Nous 
avons  trouvé  que  ces  fortes  d’Inteftinsmanquoient  encore  à  vne  Aigle  appelléeHaliaetos, 
8c  à  quelques  autres  Oifeaux.  Tous  les  Inteftins  de  noftre  Cormoran  eftoient  d’vne 
mefme  groffeur,  ayant  deux  lignes  de  diamètre.  Ils  eftoient  enfermez  avec  le  Ventri- 


jo6  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CORMORAN. 

cule  dans  vn  Epiploon,  que  Pline  dit  ne  fe  trouver  point  dans  ces  Oifeaux.  Cet  Epi¬ 
ploon  avoit  beaucoup  de  graille,  dure  comme  du  fuif.  Il  y  avoir  auffi  fur  le  Ventricule 
&  fur  la  Veficule  du  Fiel  de  cette  graille  attachée ,  &  feparée  de  l’Epiploon,  qui  eft  vue  - 
choie  allez  particulière. 

Les  Reins  elloient  enfermez  &  féparez  des  autres  parties  du  Bas- Ventre,  par  le 
moyen  d’vneMembrane  qui  les  couvrait.  Ils  avoient  vne  figure  extraordinaire,  n’eftant 
pas  feparez  en  trois  Lobes  comme  ils  font  ordinairement  aux  Oifeaux  ,  mais  dentelez 
comme  vne  crefte  de  Cocq  en  leur  partie  gibbe.  Ariftote  dit  que  les  animaux  qui  en¬ 
gendrent  des  œufs,  comme  les  Oifeaux  &  les  PoilTons,  n’ont  ni  Reins,  ni  Velïie,  horf- 
mis  la  Tortue  Marine.  Nous  n  avons  point  encore  trouvé  d’Oifeau  qui  neuft  des  Reins 
&  des  Ureteres.  Pour  ce  qui  eft  de  la  Velïie,  la  vérité  eft  qu’ils  n’ont  point  d’autres  ré¬ 
ceptacles  pour  recevoir  l’vrine,  que  l’extremité  du  Redum  ,  qui  eft  ordinairement  plus 
dilatée  aux  Oifeaux  qu’aux  animaux  terreftres,  &  ayant  quelquefois  vne  rondeur  fem- 
blable  à  vne  Velïie,  ainfi  qu’il  fe  voit  à  l’Aullruche.  Le  Caméléon,  qui  n’eft  pas  vn 
Oifeau,  mais  qui  fait  des  œufs,  a  auffi  des  Reins  8c  des  Ureteres  qui  conduifent  fon 
vrine  dans  la  poche  du  Redum ,  comme  aux  Oifeaux. 

Le  Foye,  qui  eftoit  d’vn  rouge  clair  comme  de  couleur  de  chair  ,  eftoit  petit.  Il 
avoit  trois  Lobes,  deux  en  devant ,  ainfi  qu’il  fe  voit  ordinairement  aux  autres  Oifeaux-, 
mais  le  gauche  n’eftoit  pas  la  moitié  li  grand  que  le  droit  :  le  troifiéme  eftoit  fous  le 
gauche,  à  peu  prés  de  fa  forme  &  de  fa  grandeur.  Tout  le  Foye  eftoit  fitué  au  collé  droit. 
Le  Ventricule  occupoit  le  collé  gauche.  La  Veficule  eftoit  féparée  du  Foye,  n’y  eftant 
attachée  que  par  fon  col  ,  ainfi  que  nous  l’avons  trouvé  dans  des  Aigles:  cela  fe  trou¬ 
ve  auffi  en  quelques  autres  Oifeaux.  Le  fond  de  la  Veficule  touchoit  au  Ventricule.  Elle 
eftoit  longue  d’vn  pouce ,  N  large  de  trois  lignes. 

La  Rate  eftoit  longue  d’vn  pouce,  épailîe  d’vne  ligne  &  demie,  de  couleur  vn  peu 
plus  brune  que  le  Foye.  Sa  figure  eftoit  d’vn  demi  difque.  Elle  touchoit  la  partie  gau¬ 
che  du  Ventricule ,  mais  elle  n’y  eftoit  attachée  par  aucuns  vailfeaux  apparens.  Elle 
eftoit  fort  adhérante  au  Pancréas ,  qui  fe  couloit  fort  loin ,  à  la  manière  ordinaire  des 
Oifeaux,  dans  la  finuofité  que  forme  le  premier  repli  des  Inteftins.  Il  eftoit  de  cou¬ 
leur  de  chair  blanchaftre  :  plufieurs  vailfeaux  l’attachoient  à  la  partie  cave  du  Foye  pro¬ 
che  de  l’origine  de  la  Veficule.  Son  infertion  dans  l’Inteftin  eftoit  proche  de  celle  de  la 
Veficule. 

L’Alpre  Artere  avoit  fes  anneaux  entiers.  A  l’endroit  où  elle  fe  fourche,  dans  le  Tho¬ 
rax,  il  y  avoit  vn  grand  anneau  oifeux  fk  fort  dur.  Il  y  avoit  deux  Mufcles  ou  Liga- 
mens  charnus,  qui  lioient  l’Afpre  Artere  vers  l’endroit  où  elle  entre  dans  le  Thorax. 
Ces  Mufcles ,  qui  dans  la  plufpart  des  Oifeaux  attachent  l’Alpre  Artere  au  Sternon, 
l’attachoient  en  celuy-cy  aux  veffies  du  Poulmon  ,  lors  que  s’eftant  divifez  en  plu¬ 
fieurs  tendons ,  ces  tendons  devenoient  membraneux  ,  &C  failbient  comme  vne  patte 
d’Oye. 

Le  Cœur  eftoit  enfermé  dans  vn  Péricarde  où  il  y  avoit  vne  eau  claire  &  limpide.  Il 
eftoit  prefque  rond,  fa  pointe  eftant  fort  moufle.  Ses  Oreilles  elloient  tres-petites,  prin¬ 
cipalement  la  gauche:  il  ne  defcendoit  point  entre  les  deux  Lobes  du  Foye  comme  à  la 
plufpart  des  Oifeaux,  le  Foye  eftant  tout-à-fait  au  delfous  de  fa  pointe. 

La  Langue  eftoit  fort  petite ,  n’ayant  pas  plus  de  trois  lignes  de  long.  Elle  eftoit  dou¬ 
ble,  ayant  deux  pointes,  dont  l’vne,  qui  eftoit  ronde  &c  charnue,  tendoit  en  dehors-, 
l’autre,  qui  eftoit  membraneufe  5c  cartilagineufe ,  tendoit  vers  le  Larynx,  qui  eftoit  dur 
ôc  oifeux. 

L’Oeil  n’avoit  que  demi  pouce  de  diamètre.  La  Cornée  eftoit  d’vn  rouge  tranfi- 
parent  &C  tres-vif,  femblable  à  ce  bel  émail  que  l’on  appelle  Rouge -clair.  Il  y  a  appa¬ 
rence  que  ce  rouge  eftoit  du  fang  extravafé  entre  les  deux  tuniques,  dont  la  Cornée 
eftoit  compofée:  car  ces  tuniques  elloient  aifément  feparables,  fk  cét  Oifeau  avoit  efté 
aflbmmé  de  plufieurs  coups  fur  la  telle.  Le  Cryftallin  eftoit  petit ,  n’ayant  gueres  plus 
d’vne  ligne  de  diamètre.  Sa  figure  approchoit  de  la  Spherique comme  elle  eft  ordi¬ 
nairement 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CORMORAN.  107 
nairement  aux  Poiflfons,  peut-eftre  à  caufe  que  cét  animal  doit  voir  clair  dans  l’eau, 
où  il  va  prendre  fa  proye.  Il  eftoit  vn  peu  comprime  en  devant. 

Cét  Oifeau  fut  tué  à  Sceaux,  lors  qu’eflant  entré  dans  la  Cuifine  d’vne  Hoftellerie,  il 
s’acharna  fur  le  Cuifmier,  qu’il  mordit.  Il  avoit  vne  aîle  rompue,  &  le  crâne  enfoncé, 
quand  on  nous  l’apporta. 


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LA  figure  d’en  bas  reprefente  les  differentes  couleurs  du  poil,  la  grandeur  des  yeux, 
le  contournement  des  cornes  en  arriére,  &  de  quelle  manière  la  lèvre  fuperieure 
elb  fendue. 


Dans  lajïgure  d’en  haut. 

A  A.  Efi  le  Lobe  droit  du  Foye. 

B.  Efi  le  Lobe  gauche. 

C.  Le  g  eût  Lobe. 

D  D.  Le  grand  Ventricule. 

EF  DE.  L’Epiploon  qui  couvre  le  premier  &  le  troifiéme  Ventricule ,  aufquels  il  efi  attache'.  E.  efi  vne 
partie  de  cét  Epiploon*  qui  eft  relevée  pour  laijfer  voir  le  grand  Ventricule. 

EF.  Le  troifiéme  Ventricule  couvert  de  l’Epiploon. 

G.  Le  fécond  Ventricule. 

H.  La  Pelotte  qui  a  efié  trouvée  dans  le  troifiéme  Ventricule. 

1 1.  Les  Vaifieaux  Spermatiques  prèparans. 

K  K.  Les  Rameaux  des  Préparans  qui  vont  d  la  Vefiie. 

LI.  Les  Rameaux  qui  vont  au  col  de  la  Matrice. 

M  M.  Les  Rameaux  qui  vont  aux  F efiicules. 

N  N.  Les  Rameaux  qui  vont  aux  Cornes  de  la  Matrice. 

O  O.  Les  Eefiicules. 

P  P.  Les  Cornes  de  la  Matrice. 

La  Vefiie. 

R.  Une  éApophifè  calleufe  d  la  pointe  du  Cœur. 

S.  Le  Cryfiallin  fendu  en  trois. 

T  T,  L’Oefophage . 

Y.  Le  Pylore . 


DESCRIPTION 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DUN  CHAMOIS 

LE  Chamois  dont  nous  faifons  la  defcription  eftoit  vn  peu  plus  grand  qu’vne  Chè¬ 
vre.  Il  avoit  les  Jambes  plus  longues  ;  le  Poil  en  recompenfe  eftoit  plus  court.  Le 
plus  long,  qui  garniffoit  le  ventre  5c  les  cuiffes,  n’avoit  que  quatre  pouces  8c  demi:  fur 
le  dos  il  eftoit  encore  plus  court.  Le  Poil  qui  couvroit  le  Dos  &  les  Flancs  eftoit  de  deux 
efpeces:  car  outre  le  grand  Poil  qui  paroiffoit,il  y  en  avoit  vn  petit  fort  court,  ÔCtres-fîn, 
caché  deffous,  autour  des  racines  du  grand,  comme  au  Caftor.  La  Telle,  le  Ventre,  5c 
les  Jambes  n’avoient  que  le  gros  Poil.  Aux  endroits  où  ce  gros  Poil  eftoit  long,  comme 
au  deffus  de  la  telle,  au  col,  au  dos,  aux  flancs,  Sc  au  ventre,  il  eftoit  vn  peu  frifé  ,  5c 
onde  comme  aux  Chevres. 

Le  deffus  du  dos,  le  haut  de  l’eftomac,  le  bas  de  la  gorge,  les  flancs,  le  deffus  de  la 
telle,  5c  le  dehors  des  oreilles,  eftoit  de  couleur  de  minime-brun.  Il  y  avoit  encore  de¬ 
puis  les  oreilles  jufqu’aux  narines,  vne  bande  de  la  mefme  couleur  ,  qui  enfermoit  les 
yeux.  Le  relie  du  Poil  eftoit  d’vn  blanc  fale  5c  rouffaftre. 

La  Queue  n’avoit  que  trois  pouces  de  long.  Les  Oreilles  en  avoient  cinq.  Elles  eftoient 
par  le  dedans  bordées  d’vn  poil  blanc.  Le  relie  eftoit  ras  Sc  de  couleur  chaftain-brun. 

Les  Yeux  eftoient  grands:  ils  avoient  vne  paupière  interne  qui  fe  retiroit  vers  le  petit 
coin  de  l’œil:  elle  eftoit  rouge.  C’eftpeut-eftre  ce  qui  a  fait  dire  à  Albert  que  le  Chamois 
a  les  yeux  ronges.  La  Lèvre  luperieure  eftoit  vn  peu  fendue,  à  peu  prés  comme  au  Lièvre. 

Les  Cornes  fortoient  au  devant  du  front  fort  peu  au  deffus  des  yeux.  La  couleur  en 
eftoit  noire.  Elles  eftoient  rondes  Sc  rayées  par  des  cercles,  Sc  non  en  vis.  Oppian  ap¬ 
pelle  le  Chamois  Strepficeros  ,  c’eft  à  dire  qui  a  les  cornes  tournées.  Aldrovande  &C  Gef- 
ner  interprètent  ce  mot  qui  eft  équivoque,  Sc  croyent  avec  raifon  qu’Oppian  a  enten¬ 
du  que  ces  cornes  font  tournées  Sc  courbées  en  arriére,  Sc  non  pas  tournées  en  vis  com¬ 
me  elles  font  au  Mouton  de  Candie  que  Belon  apelie  Strepficeros.  En  effet,  les  cornes  de 
noftre  Chamois  eftoient  tournées  en  arriére  :  mais  parce  qu’il  eftoit  encore  jeune  ,  elles 
n’eftoient  pas  crochues  comme  elles  font  aux  plus  âgez ,  à  qui  elles  deviennent  ft  cro¬ 
chues  en  arriére ,  Sc  fi  pointues  ,  que  l’on  dit  que  ces  animaux  les  font  entrer  dans  leur 
peau  en  fe  voulant  grater-,  Sc  qu’il  arrive  quelquefois  qu’elles  y  demeurent  tellement  en¬ 
gagées,  qu’ils  ne  les  en  peuvent  retirer:  ce  qui  eft  caufe  qu’ils  meurent  de  faim.  On  dit 
auffi  que  ces  crochets  leur  fervent  à  fe  retenir  quand  ils  tombent  du  haut  des  rochers 
fur  lefquels  ils  aiment  à  courir. 

On  eft  en  doute  fi  le  Chamois  eft  l’animal  que  Pline  appelle  1 \upicapra  3  ou  fi  c’eft  le 
Câpre  a:  car  Pline  dit  que  ce  font  deux  efpeces  de  Chèvres  fàuvages.  jonfton  croit  que 
le  Caprea  de  Pline  eft  noftre  Chevreuil.  Scaliger  veut  que  Caprea  foit  le  Chamois,  Scque 
le  Chevreuil  foit  le  Capreolm  que  Votton  expliquant  Columelle  ne  diftingue  point  de 
Caprea  non  plus  qu’Aldrovande,  qui  dit  que  Caprea  eft  appellé  Chevreuil  en  François: 
en  forte  que  \upicapra3  félon  Scaliger,  eft  vn  genre  commun  à  Caprea  Sc  à  Ibex.  Il  y  a 
néanmoins  apparence  que  le  \upicapra  des  anciens  eft  noftre  Chamois,  parce  que  Pline 
dit  que  le  Rupzcapra  eft  different  du  Dama  3  en  ce  qu’il  aies  cornes  tournées  en  arriére, 
Sc  que  le  Dama 3  qui  eft  vn  autre  animal  que  noftre  Dain,  les  a  tournées  en  devant:  Sc 
d’ailleurs  il  dit  que  le  Caprea  a  les  cornes  branchues,  ce  qui  convient  au  Chevreuil.  Be¬ 
lon  prétend  que  le  Chamois  a  pris  fon  nom  du  Grec  Remas:  mais  la  defcription  qu’Elian 
fait  àviRemas  3  le  fait  paroiftre  fort  different  du  Chamois:  car  il  dit  entre  autres  choies  que 
le  Remas  a  les  cornes  tournées  en  devant.  Il  dit  encore  qu’il  a  les  oreilles  garnies  d’vn 
poil  fort  épais, ce  qui  ne  s’eft  point  trouvé  dans  noftre  Chamois,  ainfi  qu’il  a  efté  remar¬ 
qué.  Or  Scaliger,  qui  fe  plaint  avec  raifon  du  peu  d’exa&itude  que  les  anciens  ont  apporté 
à  décrire,  Sc  à  bien  diftinguer  les  animaux  par  leurs  propres  noms ,  a  beaucoup  contri- 

Ili  • 


ÎXO  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CHAMOIS. 

bué  luy-mefme  à  la  confufion  qui  fe  trouve  encore  à  prefent  dans  les  noms  de  tous  ceux 
qui  tiennent  de  la  Chèvre  ,  defquels  il  s’agit  icy.  Car  outre  la  confufion  qu’il  fait  de 
Cape  a  avec  Rupkapa >  il  a  encore  donné  lieu  à  Aldrovande  &  à  Gefner  de  croire  que  le 
Kemas  J  qu’il  prend  pour  le  Chamois,  eft  appelle  Faon  en  François  cette  erreur  deSca- 
liger  vient  de  ce  qu’il  n’a  pas  fait  la  diftin&ion  qu’il  y  a  entre  Kemas,  fuivant  fa  fignifica- 
tion  ordinaire ,  &  Kemas,  félon  celle  en  laquelle  les  Poëtes  l’employent:  car  félon  la  pre¬ 
mière,  il  lignifie  à  la  vérité  noftre  Faon-  K.ema$  venant  de  Koif/Acc  3  qui  fignifie  dormir,  ou 
eftre  couché,  parce  que  les  Faons  des  belles  fauvages  n’ofent  pas  fortir  des  tanières  &  des 
cavernes  où  ils  dorment  Ôëfont  couchez  ordinairement:  mais  félon  la  fécondé  lignifica¬ 
tion  qui  eft  particulière  aux  Poëtes ,  au  rapport  d’Elian ,  il  lignifie  vn  animal  tout -à- fait 
different  du  petit  du  Cerf,  &  des  autres  animaux  que  l’on  appelle  Faon  en  François. 

Noftre  Chamois  avoit  des  dents  incifives  feulement  en  la  mâchoire  d’en  bas,  comme 
les  autres  animaux  qui  ruminent.  Elles  eftoient  au  nombre  de  huit ,  &  inégales  ;  celles 
du  milieu  eftant  beaucoup  plus  larges  que  celles  qui  eftoient  aux  collez,  à  peu  prés  com¬ 
me  à  la  Gazelle. 

Les  pieds  eftoient  fourchez,  8ë  creufez  par  delïbus,  &  non  remplis  de  chair  comme 
à  la  Gazelle-,  car  la  chair  eftoit  retirée  en  dedans,  de  manière  que  chaque  ongle  por- 
toit  en  terre  prefque  de  mefrne  qu’aux  Chevaux,  &  l’extremité  de  la  corne  qui  portoit 
à  terre,  eftoit  fort  aiguë. 

La  partie  anterieure  de  l’Epiploon  eftoit  attachée  à  gauche  au  premier  Ventricule. 
En  p  a  liant  au  codé  droit,  elle  s’attachoit  au  troifiéme:  defcendant  de  là  elle  paftbit  par 
défions  la  partie  inferieure  du  premier,  &  en  remontant  par  derrière  s’attachoit  au  fond 
de  ce  premier  Ventricule-,  en  forte  que  cét  Epiploon  u’eftcfit  point  couche  fur  les  Inte- 
ftins  comme  il  eft  ordinairement. 

Il  y  avoit  trois  Ventricules.  Le  premier,  qui  eftoit  le  plus  grand,  eftoit  compofé  de  deux 
membranes,  dont  l’interieure  eftoit  veloutée ,  6 i  fe  pouvoit  aifement  fèparer  de  1  exté¬ 
rieure.  Le  fécond,  qui  eftoit  le  plus  petit,  avoit  des  rides  élevées  en  dedans,  qui  formoient 
des  differentes  figures,  &  compofoient  comme  vn  rezeau.  Le  troifiéme,  qui  eftoit  d’vne 
grandeur  moyenne,  avoit  des  feuillets  dentelez, comme  il  y  en  a  au  troifiéme  Ventricule 
des  Bœufs.  Bartholin  a  trouvé  dans  le  Chamois  dont  il  a  fait  la  defcription  ,  que  les 
deux  Orifices  du  Ventricule  (  car  il  ne  parle  que  d’vn  Ventricule),  eftoiçnt  fort  pro¬ 
che  l’vn  de  l’autre;  mais  ils  eftoient  fort  éloignez  dans  noftre  fujet,  ainfi  que  la  figure 
fait  voir.  Le  troifiéme  Ventricule  avoit  vn  corps  étrange,  attaché  à  fa  membrane  inté¬ 
rieure.  Ce  corps  eftoit  compofé  d’vne  membrane  dure,  dans  laquelle  il  y  avoit  du  gra¬ 
vier  enfermé.  Gefner  dit  que  les  Chamois  aiment  à  avaller  le  gravier,  pour  fe  nettoyer 
la  Langue  &  le  Gozier,  qu’ils  ont  ordinairement  enduits  d’vne  pituite  qui  leur  ode  i’ap- 
petit.  Outre  ce  corps  étrange,  qui  eftoit  naturellement  adhérant,  il  y  avoit  vne  boulle, 
ou  pelotte  collée,  mais  aifément  feparable  :  elle  eftoit  de  la  figure  d’vn  œuf,  ayant  treize 
lignes  fur  dix.  L’vn  de  fes  bouts  eftoit  comme  coupé,  &  cette  coupeure  avoit  vne  legere 
cavité  par  le  milieu.  Cette  Pelotte  eftoit  de  couleur  d’Olive-brun.  Velfchius  dans  le  Trai¬ 
té  qu’il  a  fait  des  boulles  quife  trouvent  dans  le  Ventricule  des  Chamois,  les  appelle  Be- 
foart  d’Allemagne.  Cardan  les  appelle  Oeuf  de  Vache,  peut-eftre  à  caufe  que  l’on  trouve 
quelquefois  de  ces  boulles  dans  le  Ventricule  des  jeunes  Vaches,  ce  qui  a  efté  remarqué 
par  Pline.  Bartholin  dit  que  l’on  en  trouve  fou  vent  en  Dannemarc  dans  le  ventre  des  Che¬ 
vaux  8ë  des  Moutons.  Il  croit  que  ces  boulles  font  faites,  ou  du  poil  que  les  Vaches avallent 
en  fe  léchant,  ou  de  la  laine  que  les  Moutons  fe  mangent  les  vns  aux  autres,  lors  qu’ils 
paffent  l’hiver  dans  des  montagnes  couvertes  de  nege,  où  ils  ne  peuvent  trouver  d’herbe. 

La  Pelotte  que  nous  avons  trouvée  ne  paroifidit  point  eftre  compofée  de  poils ,  mais 
de  fibres  ligneufes:  ce  qui  fe  reconnoiffoit  par  l’inégalité  de  ces  fibres,  qui  n’eftoient  point 
d’vne  mefrne  groffeur,  ni  d’vne  figure  vniforme  comme  font  les  poils.  Il  faut  encore 
confiderer  que  l’on  trouve  de  ces  Pelottes  dans  le  ventre  des  Cnevaux,  qui  ne  font 
point  des  animaux  qui  fe  lèchent,  &  dans  lefquels  elles  doivent  eftre  faites  d’autre  çhofe 
que  de  poil.  Auffi  la  plufpart  des  Auteurs ,  &  entre  autres  Camerarius  &  Gefner ,  croyent 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CHAMOIS.  m 

que  ces  Pelottes  font  compofées  du  refte  des  herbes  que  les  animaux  ont  mangées, 
dont  les  fibres  les  plus  dures  n’ont  pu  eftre  digérées  ;  &  ils  difent  que  ces  fibres  font  par¬ 
ticuliérement  du  Doronic  que  quelques-vns  eftiment  eftre  vne  efpece  d’Aconit  :  car 
bien  que  les  feuilles  du  Doronic  foient  tendres  &  molles ,  elles  ont  des  nerfs  fibreux ,  à 
peu  près  de  mefrne  que  le  Plantain.  Pline  lemble  appuyer  cette  opinion ,  quand  il  dit 
que  les  Chamois  vivent  de  poifon  de  mefrne  que  les  Cailles:  car  quoy  que  les  Botaniftes 
ne  foient  pas  d’accord  fur  le  poifon  du  Doronic,  &  que  quelques-vns  doutent  s’il  eft 
poifon  aux  hommes ,  ils  conviennent  néanmoins  qu’il  eft  poifon  à  la  pluïpart  des  beftes. 
On  croit  que  les  Chamois  mangent  le  Doronic ,  pour  fe  garantir  du  vertige ,  auquel  ils 
pourroient  eftre  fujets  lors  qu’ils  courent  fur  les  pointes  des  hauts  rochers.  Velfchius  afi- 
îèure  que  ces  Pelottes  ne  fe  trouvent  que  dans  le  premier,  ou  dans  le  fécond  Ventricule: 
celle  que  nous  avons  trouvée  eftoit  dans  le  troifiéme.  Camerarius  remarque  que  c’eft  vers 
le  mois  de  Novembre  quelles  s’engendrent:  noftre  difteétion  a  efté  faite  en  Décembre. 

Tous  les  Inteftins  enfemble,  fans  comprendre  le  Cæcum,  avoient  quarante  pieds  de 
longueur.  Le  Cæcum  eftoit  de  huit  pouces.  Le  Colon  n’avoit  pas  plus  d’vn  pied. 

La  Ratte  eftoit  ronde,  &  platte  comme  vn  gafteau:  elle  eftoit  épaifte  de  huit  lignes 
dans  la  moitié  qui  eftoit  adhérante  au  grand  Ventricule  •  l’autre  moitié,  qui  n’eftoit  point 
adhérante,  alloit  toujours  en  diminuant  fon  épaifleur  jufqu’au  bord  qui  eftoit  fort  mince. 

Le  Foye  avoit  trois  Lobes,  deux  grands,  8c  vn  petit.  La  Veficule  du  Fiel  eftoit  au  mi¬ 
lieu  du  Lobe  droit.  Entre  les  animaux  qui  n’ont  point  de  fiel,  Pline  met  les  Chèvres,  dont 
le  Chamois  eft  vne  efpece.  Celuy  que  Barthoîin  a  diftequé  n’en  avoit  point. 

Les  Reins  eftoient  longs  de  deux  pouces.  La  Membrane  adipeufe  n’eftoit  pas  jointe 
&C  ferrée  à  l’ordinaire  fur  le  corps  du  Rein,  mais  elle  laiftoitvne  efpace  vuide  entre  deux. 
La  mefrne  chofe  a  efté  remarquée  par  Barthoîin  dans  fon  Chamois.  Le  haut  de  la  Mem¬ 
brane  adipeufe  du  Rein  droit  eftoit  attaché  au  petit  Lobe  du  Foye. 

Les  Portières  de  la  Matrice  eftoient  extraordinairement  longues,  &  recourbées  avec 
plufieurs  replis  &C  circonvolutions.  Le  Tefticule  eftoit  joint  à  l’extremité  de  la  Portière, 
qui  eft  proprement  la  Trompe  de  la  Matrice  des  Brutes.  Les  Vaiftéaux  Préparans  jet- 
toient  des  Rameaux,  non-feulement  dans  le  Tefticule,  &  dans  la  Matrice,  mais  mefrne 
dans  la  Veftie.  Les  Ligamens  ronds  prenoient  leur  origine  aux  coftez  de  la  Matrice  à 
l’endroit  où  elle  fe  fourche  pour  former  les  deux  Trompes  ou  Portières,  &  defcendoient  à 
l’ordinaire  dans  les  Aines  où  iis  fe  dilatoient,  pour  faire  ce  que  l’on  appelle  la  Patte  d’oye. 

Le  Po’ulmon  avoit  huit  Lobes,  quatre  au  cofté  droit,  trois  au  gauche,  ÔC  le  huitième 
au  dedans  de  la  duplicature  du  Mediaftin. 

Le  Coeur  eftoit  long  &  pointu.  Vers  la  pointe  il  y  avoit  vne  Apophyfe  calleufe , 
blanche,  dure,  &C  ronde  :  elle  fortoit  hors  du  Cœur  de  la  grofteur  du  bout  du  petit  doigt. 

Le  Cerveau  eftoit  grand  à  proportion  du  Corps,  ayant  deux  pouces  de  largeur  fur 
trois  de  longueur,  y  comprenant  le  Cervelet.  Les  Anfraduofitez  eftoient  plus  frequen¬ 
tes,  &plus  diverfifiées  qu’elles  ne  font  ordinairement  dans  les  Brutes. Quoy  que  le  grand 
Cerveau  fuft  divifé  en  partie  droite  &  gauche,  par  vne  longue  cavité  à  l’ordinaire,  il 
n’y  avoit  point  néanmoins  de  produétion  de  la  dure  -  mere ,  pour  faire  ce  qui  s’appelle  la 
Faux:  il  y  avoit  feulement  vne  ligne  tres-peu  élevée,  qui  répondoit  à  la  cavité  du  Cer¬ 
veau.  Le  Lacis  Choroïde  eftoit  fort  dilaté  par  l’affluence  du  fang  qui  avoit  efté  retenu 
dans  les  VaiiTeaux  dont  il  eft  compofé.  La  glande  Pinéale  eftoit  grofle,  ayant  plus  d’vne 
ligne  de  diamètre:  fa  figure  eftoit  plus  ronde  qu’à  l’ordinaire. 

Le  Nerf  Optique  entroit  dans  le  globe  de  l’Oeil  hors  l’axe,  beaucoup  plus  vers  le 
front  que  vers  la  joue.  En  dedans  du  globe  de  l’Oeil,  il  entroit  par  l’extremité  du  Ta¬ 
pis  ,  qui  eftoit  de  couleur  brune. 

Le  Cryftallin  eftoit  plus  convexe  en  dehors  qu’en  dedans.  Il  eftoit  naturellement  di¬ 
vifé  eri  trois  fur  la  fuperficie  de  fa  partie  intérieure.  La  Membrane  Arachnoïde  eftoit  fort 
épaifte  &  dure, en  forte  quelle  fe  feparoit  aifément  du  Cryftallin. 


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Explication  de  la  figure  du,  Porc-Epic  &  du  Heriffon. 

LA  figure  d’en  bas  fait  voir  la  différence  de  des  deux  efpeces  d’ Animaux  qui  fontdif» 
fèmblables,  non  feulement  par  leur  grandeur ,  mais  auffi  par  leurs  picquans,qui  font 
tous  d’vneefpece  dans  le  Heriffon,  &  beaucoup  plus  courts,  à  proportion  du  corps,  que 
dans  le  Porc-Epic,  qui  a  des  picquans  gros  &  durs  fur  le  dos  &  fur  les  flancs,  &  qui  n’a 
fur  le  col,  fur  la  telle,  &;  aux  codez  des  mâchoires  que  des  fbyes  longues ,  menues, 
&  pliables.  6 


Dans  la  figure  à  en  haut , 


A. 

B. 

C. 

D. 

EFG. 

H. 

IL 

K. 

L. 

MM. 
N  N. 
O  O. 
P. 
qq. 
r. 

QCh 


R. 

SS. 

T. 

y. 

xx. 

Y  Y. 
Z. 

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T. 

AA. 

et  et. 

9>p>. 

y  y. 

ee. 

0. 

a  a. 
nu. 

AA. 


Efi  le  Ventricule  du  Porc-Epic. 

L’Intefiin  Duodénum  ,  qui  peut  paffer  pour  vn  quatrième  Ventricule . 

La  grande  Patte. 

La  petite  Patte  3  qui  e fi  collée  fur  le  Ventricule  par  fin  milieu  3  tri)  attachée  par  fin  bout  d’en  bas  a 
l’Intefiin  Iléon  ‘vers  E. 

L’Intefiin  Iléon . 

L’ Inteflin  Cæcum. 

L’Intefiin  Colon. 

L’Oreille  externe  fèmblable  d  celle  de  l’Homme. 

Une  des grojfes  Dents  du  Porc-Epic. 

Les  Paraftates. 

Les  E efiicules  du  Porc-Epic  mafle. 

Les  Profiates . 

La  Veffie. 

Des  Lïgamens  qui  ajfermiffent  les  Eefticules  3  &  pajfent  dans  les  Cuijfes . 

L’Epididyme  naturellement  fiparé  du  Eefiicule. 

Un  morceau  de  la  Peau  qui  paroi  fl  comme  gaufrée  en  dedans 3  d  caufie  quelle  efi  inégale  par  des 
petites  cavitez>  en  forme  de  losange.  Il  y  a  aufii  vn  des  picquans  du  Porc-Epic  que  l’on  a 
laiffié  attaché  d  ce  morceau  de  Peau  3  pour  faire  voir  comme  il  efi  peu  adhérant  3  d  caufi  de  la 
petitejfc  de  fia  racine }  qui  ne  pénétré  guère  s  avant  dans  la  Peau. 

On  des  Êuyaux  qui  ef latent  fur  le  Croupion  du  Porc-Epic. 

Les  Peins. 

Le  Rein  Succenturié  droit  attaché  immédiatement  d  la  Veine  -  Cave  &  d  lEmulgente . 

Le  Succenturié  gauche  attaché  immédiatement  au  grand  Rem  3  &  par  le  moyen  d’vn  Vaiffeau  d 
lEmulgente . 

Les  deux  Cornes  de  la  Matrice. 

Les  Eefiicules  du  Porc-Epic  femelle. 

La  Veffie. 

Les  Lïgamens  larges  de  la  Matrice. 

Le  Rein  Succenturié  gauche  coupé  par  la  moitié.  Il  est  vne  fois  aufii  grand  que  le  naturel 
Les  Lefiicules  du  Heriffon  mafle  renfermez. ,  au  dedans  du  Ventre  3  ainfi  quils  font  ordinairement 
aux  femelles  des  autres  Animaux. 

LEpididyme. 

Les  Paraftates. 

Les  Profiates. 

Des  Membranes  charnues  qui  fervent  de  Cremaftéres. 

One  Membrane  tranfparcnte, 

La  VeJfie. 

Des  Membranes  en  manière  de  Ligamens  larges  de  la  Matrice  dans  le  Herijfon  mafle.  Ces  Mem¬ 
branes  fint  épaiffes  &  fort  differentes  de  la  Membrane  qui  eft  tranfparente . 

Les  Vaijfeaux  Spermatiques  préparant . 

La  Langue  du  Porc  -  Epie. 


DESCRIPTION 


\  I 


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A* 

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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  SIX  P  O  R  CE  PICS 

ET  DE  DEUX  HERISSONS. 

LE  Porc-Epic  &:  le  Heriffon,  félon  les  Anciens,  font  des  Animaux  d’un  mefme 
genre,  à  eau fe  des  Eguillons  dont  l’vn  &  l’autre  font  reveftus.  Le  nom  du  genre 
eit  Echinos  3  Echinw.  Le  Porc-Epic  eft  appelle  Hyflrix  par  les  Grecs  &  par  les  Latins.  Le 
Heriffon  eft  appelle  iflivog  en  Grec  par  Oppian,  minor  Echinus  en  Latin,  comme 
ft  toute  la  diftinétion  de  ces  deux  efpeces  ne  confiftoit  qu’en  la  différence  de  la  gran¬ 
deur.  Nous  avons  remarqué  néanmoins  que  les  Animaux  de  ces  deux  efpeces  eftoient 
encore  differens  par  d’autres  chofes  plus  eflentielles ,  fçavoir  par  la  région  où  ils  naiflent, 
par  leurs  éguillons,  fk  par  la  figure  du  refte  de  leur  corps  :  car  le  Porc  -  Epie  naift  en 
Afrique,  le  Heriffon  eft  commun  dans  l’Europe*,  les  Eguillons  de  nos  Heriflons  eftoient 
plus  courts  à  proportion  de  leur  corps  que  ceux  des  Porc-Epics  ;  &  la  Forme  de  mefme 
que  l’vfage  de  ces  Eguillons  eftoit  auftifort  differente,  ainfi  que  de  leurs  Pieds,  de  leur 
Mufeau,  fk  de  toutes  les  parties  de  dedans. 

Le  plus  grand  des  fix  Porc-Epics  dont  nous  faifons  la  defeription,  avoit  dix  -  huit  pou¬ 
ces  depuis  le  Mufeau  jufqu’à  l’extremité  des  Pieds  de  derrière  allongez.  Us  avoient  tous 
par  tout  le  corps  vne  foye  ou  gros  poil  luifant,  femblable  par  fa  groiïeur,  fa  confiftance, 
fa  figure,  fk  fa  couleur,  à  la  foye  du  Sanglier:  ce  qui  a  donné  à  cét  Animal  le  nom  de 
Hyflrix 3  qui  vient  de  vog  c’eft  à  dire  Poil  de  Porc.  Et  en  effet,  cette  foye  reflem- 
bloit  mieux  à  celle  du  Pourceau  qu’à  celle  du  Sanglier ,  en  ce  qu’elle  n’eftoit  point  en- 
tremeflée  d’vn  autre  Poil  plus  court,  femblable  à  de  la  laine  qui  garnit  la  racine  de  la 
foye  du  Sanglier-,  mais  elle  eftoit  par  tout  d’vne  mefme  longueur  &  d’vne  mefme  efpece. 
Elle  avoit  environ  trois  pouces  de  long  par  tout  le  corps,  à  la  referve  du  deffus  du  col, 
où  elle  eftoit  longue  d’vn  pied,  fk  trois  fois  auffi  greffe  qu’allieurs.  Cette  mefme  foye 
faifbit  auffi  comme  vn  pannache  fur  la  tefte,  d’environ  huit  pouces,  &  des  mouftaches 
de  fix  pouces  de  long.  La  foye  de  ce  Pannache  eftoit  blanche  depuis  la  racine  jufqu’au 
milieu,  fk  de  couleur  de  chaftain  brun  depuis  le  milieu  jufqu’à  l’extremité. 

Outre  cette  foye  il  y  avoit  encore  fur  le  dos  des  picquans  de  deux  efpeces,  les  vns 
plus  forts,  plus  gros,  plus  courts,  fk  plus  pointus,  dont  les  pointes  eftoient  tranchantes 
par  deux  angles  en  maniéré  d’alefne.  Claudian  met  cette  efpece  de  picquans  fur  la  tefte 
du  Porc-Epic,  fk  dit  qu’ils  luy  tiennent  lieu  de  cornes:  ce  que  nous  n’avons  point  trou¬ 
vé  dans  nos  fujets.  Les  autres  picquans  eftoient  beaucoup  plus  longs  &  plus  flexibles: 
ils  avoient  vn  pied  de  longueurs  pointes  eftoient  applaties,  fk  moins  fortes  qu’aux  autres. 
Les  plus  courts  fk  plus  forts  eftoient  blancs  vers  la  racine ,  &  de  couleur  de  chaftain 
brun  en  l’extremité.  Les  plus  longs  eftoient  blancs  à  la  racine  &  à  l’extremité; &  dans  le 
milieu  ils  eftoient  variez  de  blanc  tk  de  noir  par  intervalles.  Tous  ces  poils  tk  picquans 
eftoient  durs  &  luifans  en  leur  furface  :  le  dedans  eftoit  d’vne  fubftance  fpongieufe  tk 
blanche. 

Il  y  avoit  encore  vne  autre  efpece  de  picquans  dont  l’extremité  fembloit  avoir  efté 
coupée ,  le  refte  eftant  creux  comme  un  tuyau  de  plume  ;  mais  ce  qui  compofoit  ce 
tuyau  eftoit  beaucoup  plus  mince  que  n’eft  le  tuyau  d’aucune  plume.  Ces  tuyaux 
avoient  vn  peu  plus  d’vne  ligne  de  diamètre,  &  trois  pouces  de  long:  ils  eftoient  blancs 
&£  tranfparens  comme  des  plumes  à  écrire ,  fk  rayez  de  petites  rides  félon  leur  longueur. 
Ils  eftoient  au  nombre  de  douze,  fk  pofez  fur  l’extremité  du  Coccyx,  vn  peu  relevez 
en  enhaut.  Leur  racine  eftoit  tres-menuë, n’ayant  pas  plus  que  la  groffeur  d’vne  épingle, 
qupy  qu  elles  euffent  plus  de  fix  lignes  de  longueur. 


LL  1 


ii4  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  SIX  PORC-EPICS 

Ceux  des  picquans,  qui  eftoient  les  plus  forts  &  les  plus  courts,  eftoient  aifez  à  ar¬ 
racher  de  la  peau,  n’y  eftant  pas  attachez  fermement  comme  les  autres:  auffi  (ont -ce 
ceux  que  ces  Animaux  ont  accouftumé  de  lancer  contre  les  Chafleurs  en  fecoüant 
leur  peau  comme  font  les  Chiens  quand  ils  fortent  de  l’eau.  Claudian  dit  élégamment 
que  le  Porc-Epic  eft  lu  y  -  mefme  Tare,  le  carquois,  &  la  flèche  dont  il  Xe  fert  contre  les 
Chafleurs. 

Les  pieds  de  devant  n’avoient  que  quatre  doigts  ;  ceux  de  derrière  en  avoient  cinq,  & 
eftoient  formez  comme  ceux  de  l’Ours,  le  gros  Orteil  eftant  en  dehors.  Toute  la  Jambe 
fk  le  Pied,  de  mefme  que  le  Ventre,  eftoit  couvert  de  la  grofle  foye  dont  il  a  déjà  efté 
parlé,  n’y  ayant  que  la  Plante  qui  en  fuft  dégarnie.  Ces  Pieds  n’eftoient point  femblables 
à  ceux  du  Pourceau,  comme  Albert  a  dit  qu’ils  font.  Nous  avons  auffi  trouvé  que  le 
Mufeau  de  nos  Porc  -  Epies  n’eftoit  point  fait  comme  le  Grouïn  d’vn  Pourceau  ,  ainft 
qu’il  eft  reprelenté  par  Claudian,  à  qui  neanmoins  le  Porc-Epic  devoit  eftre  familier, 
eftant  né  en  Egypte,  ou  cét  Animal  eft  fort  commun.  Ce  Mufeau  reffembloit  à  celuy 
d’vn  Lièvre,  la  Lèvre  fuperieure  eftant  fendue  :  celle  d’en  bas  eftoit  encore  percée, 
&C  faifoit  comme  vn  eftuy  dans  lequel  eftoient  enfermées  les  deux  Dents  inciftves  de  la 
Mâchoire  inferieure.  Ces  Dents  de  mefme  que  celles  de  la  Mâchoire  fuperieure  reflem- 
bloient  à  celles  du  Caftor,  eftant  fort  longues,  &  fltuées  de  manière  que  la  partie  tran¬ 
chante  de  celles  d’en  bas  ne  rencontroit  point  la  partie  tranchante  de  celles  d’en  haut, 
en  manière  de  tenaille,  ainfi  qu’à  la  plufpart  des  Animaux*,  mais  ces  parties  pafloient 
l’vne  fur  l’autre  en  manière  de  cifeaux.  Les  Dents  Molaires  n’eftoient  qu’au  nombre  de 
fîx  à  chaque  Mâchoire  en  quatre  de  nos  fujets-,  le  cinquième  en  avoit  huit.  Elles  eftoient 
courtes,  ne  fortant  pas  d’vne  ligne  &  demie  hors  de  l’Os  de  la  Mâchoire.  Elles  eftoient 
coupées  par  defliis  fort  également.  Il  paroifîoit  par  leur  coupe  quelles  n’eftoient  pas  en¬ 
tièrement  folides,  mais  que  l’Os  eftoit  comme  replié  ou  feuilleté,  y  ayant  entre  les  replis 
de  la  fubftance  ofleufe  vne  autre  fubftance  noiraftre  8>C  fpongieufe.  Ces  replis  n’eftoient 
pas  feulement  en  la  furface  où  ils  paroiflbient,  mais  ils  eftoient  dans  toute  la  Dent,  ainft 
que  l’on  a  reconnu  après  l’avoir  rompue. 

La  Langue  eftoit  garnie  par  deflus  en  fon  extrémité  de  plufîeurs  petits  corps  ofleux 
en  forme  de  Dents.  Les  plus  grands  eftoient  larges  d’vne  ligne  :  leur  extrémité  eftoit 
tranchante  &  divifée  par  trois  rayes  ou  coupeûres,  qui  faifoient  comme  quatre  petites 
Dents  inciftves. 

Les  Oreilles  eftoient  legerement  couvertes  d’vn  poil  fort  délicat:  elles  eftoient  fem¬ 
blables  à  celles  de  l’Homme.  En  l’vn  de  nos  fujets  elles  s’en  font  trouvées  differen¬ 
tes  par  la  partie  d’en  haut,  qui  eftoit  pointue  comme  on  la  peint  aux  oreilles  des  Sa¬ 
tyres. 

Les  Yeux  eftoient  petits  comme  au  Pourceau,  n’ayant  que  quatre  lignes  d’vn  de  leurs 
coins  à  l’autre.  La  fttuation  des  coins  de  cét  Oeil  eftoit  fort  extraordinaire ,  le  grand 
coin  eftant  de  beaucoup  plus  haut  que  le  petit. 

Au  droit  de  l’Os  Tubk  proche  de  XJLnw  3  il  y  avoit  vne  tumeur  de  la  grofleur  d’vn 
oeuf  fans  poil  tk  (à ns  piquans.  Au  milieu  de  cette  tumeur  de  proche  de  XJhm3  il  y  avoit 
vne  petite  ouverture  moindre  que  celle  de  XJhm.  Albert  dit  que  le  Porc-Epic  a  deux 
lAnus  3  peut -eftre  à  caufe  de  cette  fécondé  ouverture,  qui  eft  affedtée  aux  parties  de 
la  génération ,  qui  ne  font  point  differentes  en  dehors  aux  differens  fexes,  à  peu  prés 
comme  à  la  Civette  de  au  Caftor ,  la  Verge  du  malle  eftant  cachée  dans  la  Poche, 
dont  on  la  faifoit  fortir  par  l’ouverture  voifine  de  X*Anus3  lors  que  l’on  prefîoit  fur  la 
Poche. 

La  Peau  eftant  écorchée  paroifîoit  en  fà  furface  interne,  inégale  par  des  enfonceûres, 
en  forme  de  Iozange,  de  la  grandeur  de  deux  lignes.  Toute  la  Peau  au  droit  du  Dos  de 
des  Flancs  eftoit  adhérente  au  Mufcle  peauflier,  qui  eftoit  fort  dl  charnu  ,  principale¬ 
ment  le  long  du  Dos,  à  l’endroit  où  les  forts  picquans  font  attachez.  Ce  Mufcle  avoit 
fon  origine  aux  Apophyfes  tranfverfes,  de  aux  Obliques  des  Vertebres  du  Col.  De  là  il 
setendoit  le  long  des  Vertebres  du  Dos,  &  s’alloit  inferer  aux  Os  innominez,  eftant 

attaché 


ET  DE  DEUX  HERISSONS.  nj 

attaché  en  paffant  aux  Vertebres  de  l’Epine.  Il  edoit  fort  adhèrent ,  non  feulement  au 
cuir,  ainfi  qu’il  a  elle  dit,  mais  encore  à  la  Membrane  commune  des  Mufoles.  Sur  la 
furface  interne  de  ce  Mufcle  il  y  avoit  vne  grande  quantité  de  Nerfs  qui  y  edoient  cou¬ 
chez  &C  entrelacez  en  forme  de  rezeau.  Le  cuir  n’edoit  pas  feulement  remué  par  ces 
Mufcles,  ainfi  qu’il  l’ed  à  la  plufpart  des  brutes ,  mais  il  en  avoit  encore  quatre  autres  de 
chaque  codé  pour  remuer  feparément  differens  endroits  de  la  peau ,  de  mefme  que  le 
grand  Peauffier  ed  pour  remuer  toute  la  peau.  Ces  quatre  Mufcles  nailïoient  des  Inter- 
codaux,  où  ils  avoient  une  bafe  large,  qui  aboutilîbit  en  pointe  à  un  petit  tendon, 
femblable  à  une  chanterelle  de  Luth.  Les  tendons  de  ces  quatre  Mufcles  s’inferoient  à  la 
peau  qui  couvre  les  Codez  Sc  les  Flancs. 

Le  Cartilage  Xiphoïde  edoit  extraordinairement  large. 

L’Epiploon  ,  qui  defcendoit  en  la  partie  gauche  jufque  dans  l’Aine,  edoit  fermement 
attaché  en  cét  endroit  au  Péritoine ,  5c  ne  dottoit  pas  librement  fur  les  Intedins  à  l’ordi¬ 
naire.  En  l’un  des  fujets  il  edoit  encore  adhérant  à  la  Veille. 

Le  Ventricule  edoit  prefque  rond,  quoy-que  divifé  en  trois  poches  inégales.  Celle  du 
milieu,  qui  edoit  la  plus  grande,  defcendoit  plus  bas  que  les  autres.  L’Orifice  fuperieur 
edoit  fort  edroit.  Il  edoit  au  milieu  &  au  droit  de  la  grande  Poche.  L’Orifice  inferieur 
edoit  fort  dilaté,  ayant  un  pouce  &  demy  de  large-,  en  forte  que  le  Duodénum  fembloit 
edre  un  quatrième  Ventricule  joint  aux  trois  Poches  qui  en  reprefentoient  trois  autres: 
mais  cét  Intedin  fe  retreciffoit  pour  faire  le  Jéjunum  qui  edoit  fort  edroit,  5c  l’Ileon  en¬ 
core  davantage.  Le  Cæcum  edoit  fort  grand:  il  avoit  fept  pouces  de  long  Ô£  deux  de 
large  vers  l’Ileon,  fe  terminant  en  pointe,  &C  faifant  en  toute  fa  longueur  la  figure d’vne 
faux.  11  avoit  trois  ligamens  félon  fa  longueur,  qui  l’accourcidbient,  Ô£  faifoient  des  cel¬ 
lules  comme  au  Colon  des  Hommes.  Le  ligament  qui  edoit  dans  la  courbeure  que  cét 
Intedin  faifoit, edoit  fort  large,  c’edoit  une  portion  du  Mefentere,  mais  il  n’edoit  atta¬ 
ché  à  llntedin  que  par  un  codé-,  le  rede  edoit  flottant.  Le  Colon  avoit  aufli  des  cel¬ 
lules ,  qui  n’efloient  pas  fi  bien  marquées  que  celles  du  Cæcum 3  quoy- qu’il  y  eud  deux 
ligamens  pour  les  former.  Cét  Intedin  edoit  edroit:  il  avoit  quarante  pouces  de  long-,  il 
edoit  replié  en  deux,  5c  les  deux  parties  edoient  edroitement  attachées  l’une  à  l’autre 
par  toute  leur  longueur. 

Le  Foye  edoit  fufpendu  au  Diaphragme  par  un  ligament  membraneux  5e  fort  large, 
lequel  naifloit  du  Cartilage  Xiphoïde,  5e  defcendant  verticalement, s’inferoit  depuis  la  fif- 
fure  du  Foye  jufqu’au  milieu  de  fa  partie  gibbe.  Il  y  avoit  fept  Lobes,  quatre  grands, 
deux  de  chaque  codé  de  la  fiflure,  5e  trois  petits,  dont  l’vn  edoit  au  milieu  de  la  fif- 
fure,  attaché  par  une  Membrane  à  la  Veine  Cave-,  le  troifiéme  edoit  en  deflous,  entre 
les  quatre  grands.  Les  deux  grands  Lobes  du  codé  gauche  edoient  attachez  enfemble  en 
leur  extrémité  par  une  Membrane  affez  forte. 

La  Veficule  du  Fiel  edoit  petite,  applatie,  5c  prefque  vuide. 

Le  Pancréas  edoit  fort  grand  ayant  trois  pouces  5c  demy  de  long,  5c  flx  lignes  de 
large  à  l’endroit  le  plus  large. 

La  Ratte  edoit  differente  dans  nos  fujets.  Il  y  en  avoit  vn  dans  lequel  nous  avons 
trouvé  deux  Rattes.  La  plus  grande,  qui  avoit  cinq  pouces  de  long  fur  dix  lignes  de  large, 
edoit  attachée  au  codé  gauche  du  Ventricule ,  par  les  rameaux  fpleniques  qui  font  le 
Vas  breve  :  elle  edoit  aufli  adhérante  à  l’Epiploon.  L’autre  Ratte, qui  avoit  trois  pouces 
de  long  fur  huit  lignes  de  large,  edoit  collée  au  Ventricule  ,  fans  apparence  d’aucuns 
vaiffeaux  qui  l’y  attachaffent.  Elle  edoit  encore  attachée  à  l’Epiploon  par  le  bout  d’en 
haut,  5c  à  l’Intedin  Iléon  par  le  bout  d’en  bas.  Dans  les  autres  fujets  où  elle  edoit  vni- 
que  à  l’ordinaire,  elle  avoit  fept  pouces  de  long  fur  dix  lignes  de  large.  Elle  edoit  atta¬ 
chée  immédiatement  par  fa  tede  à  la  partie  fuperieure  du  Ventricule,  5 i  par  fa  partie 
cave  au  codé  gauche  du  Ventricule  par  le  moyen  du  rameau  Splenique ,  qui  jettoit 
trois  branches  dans  le  Ventricule ,  &  autant  dans  la  Ratte.  Les  rameaux  qui  alloient 
au  Ventricule  avoient  jufqu’à  trois  pouces  de  long:  ceux  de  la  Ratte  navoient  qu’vn 
pouce.  Dans  l’vn  de  nos  fujets  la  Ratte,  outre  les  attaches  du  Vas  breve 3  ôc  des  Mem- 

MMm 


ii6  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  SIX  PORC-EPICS 
bran  es  par  lefquelles  elle  tenoit  au  Ventricule  &  à  l’Epiploon,  avoit  encore  vn  liga¬ 
ment  qui  la  pendoit  au  Diaphragme.  Dans  tous  nos  fujets  la  Rat  te  eftoit  d’vn  rouge  fort 
brun,  principalement  en  fa  partie  cave  qui  regarde  le  Ventricule,  ou  elle  eftoit  preft* 
que  noire. 

Les  Reins  eftoient  doubles  de  chaque  cofté,  y  en  ayant  vn  Succenturié  gros  du  tiers 
du  vray  Rein.  Le  vray  Rein  avoit  deux  pouces  de  long  &  vn  pouce  de  large.  Il  eftoit 
fortfolide,  n’y  ayant  aucune  cavité  pour  le  Baffinet.  Jl  avoit  feulement  extérieurement 
vne  cavité  ou  dépreftion  en  fa  partie  anterieure.  Le  Parenchyme  des  Succenturiez  eftoit 
fort  different  de  celuy  des  vrais  Reins,  eftant  plus  mollaffe;  il  eftoit  auflfi  compofé  de 
deux  differentes  fubftances,  fçavoir  l’vne  charnue  &  rouge,  comme  au  vray  Rein;  l’au¬ 
tre  glanduleufe  6c  blanchaftre  :  ces  deux  fubftances  eftoient  meflées  enfemble ,  en  for¬ 
te  que  ce  Rein  faifoit  paroiftre  dans  fa  coupe  comme  des  rayons  qui  alîoient  de  la 
circonférence  au  centre ,  à  peu  prés  de  la  manière  que  l’on  voit  dans  le  Cervelet  de 
l’Homme.  Au  centre  de  ce  Rein  il  y  avoit  vne  cavité  capable  de  contenir  vne  moyen¬ 
ne  feve.  Les  vaiffeaux  Emulgens  faifoient  vn  angle  aigu  avec  les  troncs  de  la  Cave  & 
de  l’Aorte,  ayant  leur  origine  beaucoup  plus  haut  que  les  Reins,  qui  paroiffoient  tirez 
en  bas. 

La  Veflie  eftoit  fort  grande  6c  épaiffe,  eftant  compofée  de  deux  Tuniques  qui  enfer- 
moient  entre  elles  une  fubftance  fpongieufe,  6c  en  quelque  façon  charnue.  Dans  l’vn  des 
fujets,  ainfi  qu’il  a  efté  dit,  elle  eftoit  adhérante  par  toute  la  partie  pofterieure  à  la  partie 
inferieure  de  l’Epiploon  fur  lequel  elle  eftoit  couchée.  La  partie  de  devant,  qui  touche  le 
Péritoine,  eftoit  moins  charnue.  En  cét  endroit  elle  eftoit  flottante,  fans  avoir  d’attache 
avec  le  Péritoine. 

LesTefticules  des  malles  eftoient  longs  &  eftroits ,  ayant  feulement  quatre  lignes 
de  large  fur  vn  pouce  6c  demy  de  long.  Les  vaiffeaux  préparans  s’attachoient  à  la  par¬ 
tie  inferieure  du  Tefticule,  &c  formoient  vn  Epididyme  feparé  du  Tefticule.  Cét  Epi- 
didyme  eftoit  attaché  à  vn  ligament,  qui  paffant  dans  les  Cuiffes ,  fembloit  eftre  fait 
pour  affermir  le  Tefticule ,  6c  faire  l’office  que  l’on  attribue  au  ligament  rond  de  la 
Matrice. 

Les  Paraftates  eftoient  extraordinairement  grandes:  elles  eftoient  longues  de  deux 
pouces  &c  demy,  &C  fe parées  en  trois  branches,  6c  en  quelques-vns  de  nos  fujets  en  cinq 
en  maniéré  de  branches  de  Coral.  Il  y  avoit  au  bout  de  la  Verge  vn  Os  de  la  longueur 
d’vn  pouce. 

Dans  les  femelles  le  ligament  large  de  la  Matrice  eftoit  fortement  attaché  au  droit  des 
Reins  fur  les  faufiles  Coftes.  Les  Tefticules  eftoient  d’vne  fubftance  glanduleufe ,  fans 
apparence  de  Veffies  ni  d’Oeufs. 

Le  centre  nerveux  du  Diaphragme  eftoit  fl  mince  &  ft  tranfparent,  que  l’on  voyoit 
les  Poulmons  au  travers.  Il  y  avoit  cinq  Lobes  principaux,  qui  eftoient  chacun  refendus 
en  deux.  Les  Anneaux  de  l’Afpre  Artere  n’eftoient  pas  entiers.  Le  tronc  de  l’Artere 
Veneufe  &c  fe  s  premiers  rameaux  eftoient  d’vne  longueur  extraordinaire.  Dans  l’vn  de 
nos  fujets  ayant  lié  l’Azygos,  &  introduit  vn  chalumeau  au  deffous  de  la  ligature,  lors 
que  l’on  a  foufflé ,  la  V eine  Cave  s’eft  enflée ,  commençant  à  s’enfler  par  l’Iliaque ,  à  caufe 
de  la  communication  d’vn  rameau  de  l’Azygos,  qui  paffant  au-delà  du  Diaphragme  ,  al- 
loit  faire  anaftomofe  avec  vn  des  rameaux  de  l’Iliaque. 

Le  Cœur  avoit  deux  pouces  de  long  depuis  la  bafe  jnfqu’à  la  pointe ,  6c  quatorze 
lignes  de  large  par  fon  milieu  entre  la  pointe  &  la  bafe,  eftant  vn  peu  plus  large  en  cét 
endroit  qua  la  bafe  :  il  eftoit  moufle  par  la  pointe,  6c  la  chair  du  Ventricule  gauche 
eftoit  ferme  &  dure.  Il  avoit  vne  éminence  qui  le  faifoit  paroiftre  comme  tourné  en  vis. 
L’Oreille  droite  fembloit  n’eftre  qu’vne  dilatation  de  la  Cave.  En  l’vn  des  fujets  les  deux 
Oreilles  du  Cœur  eftoient  remplies  d’vne  fubftance  glaireufe,  blanche,  6c  fortfolide,  6c 
les  Ventricules  d’vn  fang  noir  &  caillé. 

Le  Cerveau  eftoit  à  peu  prés  comme  celuy  du  Pourceau.  Il  n’y  avoit  point  d’Os  entre 
le  grand  6c  le  petit  Cerveau. 


Le 


ET  DE  DEUX  HERISSONS.  1x7 

Le  Globe  de  l’Oeil  n’avoit  que  quatre  lignes  de  diamètre: il  eftoit  prefque  Sphærique. 
La  Cornée  s’élevoit  comme  vn  demy  Globe  fur  vn  autre  Globe  formé  par  la  Scléro¬ 
tique.  Le  Cryftallin  eftoit  auffi  prefque  Sphærique  en  IVn  des  fujets,  eftant  plus  convexe 
en  devant  qu’en  arriére.  En  ce  mefme  fojet  le  Cryftallin  avoit  comme  vn  noyau,  fa  par¬ 
tie  interne  eftant  dure  à  la  maniéré  d’vn  cartilage ,  6c  non  moins  tranfparente  que  le 
relie.  Cette  partie  ainfi  endurcie  n’avoit  pas  la  figure  Sphærique  comme  tout  le  Cry¬ 
ftallin,  mais  elle  eftoit  applatie  6c  lenticulaire.  Le  Nerf  Optique  entroit  par  le  milieu 
du  Globe  de  l’Oeil.  L’Uvée  eftoit  d’vn  rouge -brun.  La  Membrane  qui  luy  eft  appli¬ 
quée  au  fond  de  l’Oeil,  6c  que  nous  appelions  le  Tapis,  eftoit  blanchaftre,  6c  femée  de 
plufieurs  petites  pointes  rouges.  Cette  couleur  blanchaftre  du  Tapis  faifoit  que  le  trou 
de  l’Uvée  paroilfoit  moins  brun  que  l’Iris. 

LE  S  deux  Heriflons  que  nous  avons  diffequez  eftoient  vn  Malle  6c  vne  Femelle.  Ils 
avoient  huit  pouces  depuis  le  Mufeau  jufqu’au  bout  des  Pieds  de  demeure  étendus, 
qui  n’avoient  pas  plus  de  deux  pouces.  Le  Mufeau  à  l’vn  6c  à  l’autre  eftoit  court  6c  rond, 
relfemblant  mieux  à  vn  Mufeau  de  Chien  qu’à  vn  Mufeau  de  Pourceau  ;  en  forte  qu’ils 
eftoient  de  l’elpece  de  Heriflon  appellée  Canine  par  Matthiole,  qui  en  met  deux,  fça- 
voir  l’vne  qui  tient  du  Chien,  6c  l’autre  du  Pourceau  :  6c  cette  efpece  femble  eftre  plus 
commune  que  l’autre,  parce  qu’en  Anglois  le  Herilfon  eft  abfolument  appelle  Heg- 
gehogg ,  c’eft  à  dire  Pourceau  de  haye  ,  6c  6en  yfere  Ven\en  en  Hollandois,  c’eft  à  dire 
Pourceau  ferré  ou  armé. 

Ils  avoient  l’vn  6c  l’autre  la  Telle,  le  Dos,  6c  les  Flancs  couverts  d’aiguillons.  Le 
Mufeau,  la  Gorge,  le  Ventre,  6c  les  Pieds  eftoient  feulement  parfemez  d’vn  petit  poil 
fort  délié  6c  fort  clair  femé.  Hermolaus  dit  que  le  Herilfon  a  des  aiguillons  par  tout 
le  Corps,  hormis  au  Mufeau  6c  aux  Pattes  :  mais  nous  avons  trouvé  que  cela  n’eftoit 
vray  dans  nos  Sujets,  que  lors  qu’eftant  ramaflez  en  rond,  leur  derrière  6c  leur  Mufeau 
approchez  l’vn  contre  l’autre  couvroient  entièrement  leur  Ventre. 

Tout  l’Animal  eftoit  d’vne  mefme  couleur  ;  la  Peau,  le  Poil  6c  les  aiguillons  eftant 
d’vn  gris-brun  jaunaftre.  Les  aiguillons  eftoient  longs  d’vn  pouce  6c  demi,  6c  fort  dif- 
ferens  de  ceux  du  Porc-Epic:  car  ils  eftoient  vn  peu  applatis,  6c  fort  femblables  aux 
piquans  des  coques  des  chaftaignes. 

Les  Pattes  eftoient  compofées  de  cinq  doigts,  dont  il  y  en  avoit  trois  grands  au  milieu, 
6c  deux  plus  petits,  vn  de  chaque  collé.  Iis  avoient  des  Ongles  longs,  pointus, 6c  caves, 
faifant  la  figure  d’vne  plume  taillée. 

Les  Dents  eftoient  difpofées  de  telle  forte,  qu’en  bas  il  n’y  avoit  que  des  Molaires  6c 
des  Incifives.  Ces  dernières  n’eftoient  qu’au  nombre  de  deux,  qui  eftoient  vn  peu  plus 
longues  que  les  Molaires.  En  haut  il  n’y  avoit  point  d’Incilives ,  mais  feulement  deux 
Canines,  qui  lailfoient  vn  efpace  vuide  dans  lequel  les  Incifives  d’en  bas  fe  logeoient. 
Les  Canines,  qui  eftoient  encore  plus  longues  que  les  Incifives,  avoient  auffi  chacune 
vne  place  pour  fe  loger  dans  la  Mâchoire  d’en  bas, entre  les  Canines  6c  les  Incifives,  qui 
lailfoient  vn  intervalle  pour  cela. 

La  Femelle  avoit  huit  Mammelons,  quatre  de  chaque  collé,  difpofez  en  deux  ran¬ 
gées  le  long  du  Ventre  6c  de  la  Poitrine,  les  deux  plus  hauts  eftant  fitués  fur  le  Muf- 
cle  pedtoral. 

La  Peau  ayant  efté  levée,  l’on  a  trouvé  vnMufclePeauffier,qui  de  mefme  qu’au  Porc- 
Epic  eftoit  étendu  depuis  les  Os  innommez  jufqu’au  delfous  de  l’Oreille  6c  du  Mufeau, 
coftoyant  l’Epine  du  Dos  fans  y  eftre  attaché.  Ce  qui  fait  connoiftre  que  ce  Mufcle 
ne  fert  pas  au  Herilfon  pour  fecoüer  fa  Peau  comme  au  Porc  -  Epie  qui  darde  lès 
piquans  par  cette  aélion,  mais  pour  faire  approcher  la  Telle  du  derrière,  6c  ramalfer 
tout  le  corps  comme  en  vne  boule  ;  ce  que  le  Herilfon  a  accouftumé  de  faire  lors  qu’il 
ne  fe  peut  fauver  à  la  courfe  :  car  eftant  en  cét  eftat,  il  eft  couvert  de  fes  aiguillons 
de  tous  collez ,  6i  les  Chiens  ne  fçauroient  le  prendre  fans  fe  picquer.  Pline  dit  que 
fi  nonobftant  cette  précaution,  il  fe  fent  en  danger  d’eftre  pris,  il  lafehe  fon  vrine, qu’il 


hB  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  SIX  PORC-EPICS 

fçait  avoir  la  force  de  corrompre  fa  peau ,  de  faire  tomber  fes  aiguillons ,  comme 
pour  priver  les  Chafleurs  du  principal  fruit  de  leur  travail,  qui  eft  cette  Peau,  dont 
les  anciens  faifoient  vn  grand  eftat,  à  caufe  quelle  leur  fervoit  de  vergettes  à  nettoyer 
les  habits. 

Le  Foye  avoit  fept  Lobes,  dont  il  y  en  avoit  vn  fendu  en  deux.  La  Veficule  eftoit  au 
milieu  des  deux  Lobes  fuperieurs ,  qui  eftoient  les  plus  grands.  Sa  forme  efloit  ovale. 
Elle  eftoit  longue  de  huit  lignes ,  fort  pleine ,  &  de  couleur  bleue. 

Les  Veines  La&ées  eftoient  blanches  &  fort  apparentes  dans  le  Mefentere-,  &  le  Ré¬ 
ceptacle  du  Chyle  eftoit  grand,  ample,  &  rempli. 

La  Ratte  eftoit  couchée  fur  le  Ventricule  auquel  elle  eftoit  attachée  par  douze  Ra¬ 
meaux  du  Vas  breve.  Elle  eftoit  longue  8c  recoupée  comme  vne  Crefte  de  Coq.  Le 
Pancréas  auquel  elle  eftoit  attachée,  avoit  la  mefme  forme:  elle  en  eftoit  feulement  dif¬ 
ferente  en  couleur,  le  Pancréas  eftant  blanchaftre,  &:  la  Rate  d’vn  rouge  noiraftre. 

Les  Inteftins  eftoient  tous  femblables  en  fubftance  &;  en  grofleur.  Il  n’y  avoit  point 
de  Cæcum.  Ils  avoient  tous  enfemble  quatre  pieds  de  long. 

Les  Reins  avoient  vn  pouce  de  long  &  huit  lignes  de  large.  Ils  eftoient  de  couleur 
d’olive,  le  droit  eftant  fitué  plus  haut  que  le  gauche. 

La  Veffie  eftoit  longue  d’vn  pouce  Sc  demi,  &  large  d’vn  pouce. 

Au  malle  lesTefticules  eftoient  renfermez  dans  le  Ventre-,  ce  qui,  félon  Ariftote,  eft 
particulier  auHerifton,qui  entre  tous  les  animaux  à  quatre  pieds  qui  engendrent  vn  ani¬ 
mal  parfait  St  vivant,  eft  le  feul  dont  les  Tefticules  foient  enfermez  au  dedans  comme 
aux  oifeaux.  Ces  Tefticules  avoient  vn  Epididyme  fort  grand,  qui  recevoit  les  Vaifleaux 
Spermatiques  Préparans  divifez  en  quatre  Rameaux,  &  qui  leur  eftoient  inferez  fepa- 
rément  depuis  le  bas  jufqu’à  plus  de  la  moitié  de  leur  longueur.  Cét  Epididyme  n’eftoit 
pas  feparé  du  Tefticule  comme  au  Porc-Epic  -,  il  y  eftoit  attaché  par  toute  fa  longueur. 
Les  Vaifleaux  Spermatiques  Deferans  fortoient  par  le  haut  de  l’Epididyme.  Le  Tefticule 
&  fes  Vailfeaux  eftoient  liez  &  fufpendus  par  vn  ligament  qui  pouvoit  palier  pour  vn 
Mufcle  cremaftere ,  parce  que  c’eftoit  vne  Membrane  qui  paroilfoit  vn  peu  charnue 
proche  le  Tefticule.  Le  refte  de  cette  Membrane  s’étendoit  &£  s’élargilfoit  en  la  ma¬ 
niéré  des  ligamens  larges  de  la  Matrice.  Elle  avoit  beaucoup  de  Vailfeaux  dont  deux 
des  principaux  faifoient  vne  anaftomofe  fort  conliderable ,  en  fe  croifant  au  milieu.  Us 
fortoient  des  Vailfeaux  Spermatiques  Préparans,  comme  de  leur  Tronc  ,  &C  fe  diftri- 
buoient  par  toute  cette  Membrane  étendue  en  manière  des  ailes  d’vne  Chauve-Souris, 
comme  à  la  Matrice-,  en  forte  que  vu  la  grofleur  &  le  nombre  de  ces  Vaifleaux,  qui 
n’eftoient  point  proportionnez  à  la  quantité  de  la  nourriture,  dont  vne  Membrane  peut 
avoir  belbin,  on  pouvoit  croire  avec  quelque  probabilité,  que  l’ufage  de  cette  ftruâure 
eftoit  de  faire  que  FArterre  Spermatique  envoyai!  à  cette  Membrane  vne  partie  du  Sang 
qu’elle  porte  au  Tefticule,  pour  eftre  préparée  dans  ce  grand  nombre  de  Rameaux  , 
dans  lefquels  ce  qui  eft  de  refte,  &  ne  peut  eftre  employé  à  la  nourriture  de  la  Mem¬ 
brane,  fembloit  eftre  retenu  quelque  temps,  &  perfectionné  par  cette  longue  retenue, 
pour  pouvoir  refluer  enfuite  dans  le  Tronc  de  l’Artere  Spermatique,  &  fe  nieller  avec 
le  fang  qui  va  au  Tefticule;  n’y  ayant  rien  qui  répugné  à  ce  reflus,  dont  on  doit  fup- 
pofer  la  liberté  dans  toutes  les  Arterres,  qui  pour  cela  font  deftituées  des  Valvules  qui 
fe  trouvent  dans  les  Veines-,  St  la  compreffion  que  le  mouvement  de  la  relpiration  caufe 
à  tous  les  Vifceres,  eftant  une  caufe  impulfîve  luffifante  pour  ce  reflus. 

Aux  deux  coftez  du  col  de  la  Veffie  il  y  avoit  des  Poches  d’vne  fubftance  moitié 
glanduleufe,  moitié  membraneufe.  Elles  eftoient  fort  jaunes  :  c’eftoit  apparamment  les 
Paraftates.  Les  Proftates  eftoient  vn  peu  au  deflous,  d’vne  grandeur  extraordinaire,  de 
mefme  que  les  Paraftates. 

Dans  la  femelle  la  Matrice  eftoit  compofée  d’vn  Col  &  de  deux  Cornes.  Le  Col 
eftoit  compofé  de  deux  Membranes  :  l’externe  eftoit  épaifle  &  charnue ,  l’interne  eftoit 
plus  mince,  membraneufe,  Sc  nerveufe.  Les  Cornes  eftoient  inégales,  la  gauche  eftant 
plus  petite  que  la  droite ,  dans  laquelle  il  y  avoit  vn  Fœtus. 


Le 


'4 


ET  DE  DEUX  HERISSONS. 


119 


Le  Poulmon  avoit  cinq  Lobes ,  fçavoir  trois  de  médiocre  grandeur  au  cofté  droit, 
&  deux  au  gauche,  dont  lvn  eftoit  plus  grand,  &  l’autre  plus  petit  que  tous  les  autres. 
Ce  petit,  que  la  cavité  du  Mediaftin  renfermoit,  eftoit  fourchu  par  le  bout.  Le  Cœur 
eftoit  prefque  rond.  L’Oreille  droite  eftoit  d’vn  rouge  prefque  noir.  La  gauche  eftoit 
blanchaftre. 

Le  Globe  de  l’Oeil  n’avoit  que  deux  lignes  de  diamètre  :  il  avoir  vne  Paupière  in¬ 
terne.  Des  trois  humeurs  de  l’Oeil  on  n’a  trouvé  que  le  Cryftallin,  qui  empliftbit  tout  le 
Globe,  fans  aucune  apparence  d’humeur  aqueufe,  ni  de  vitrée.  La  Retine  touchoit  im¬ 
médiatement  au  Cryftallin,  &c  y  eftoit  comme  collée  du  cofté  du  fond  de  l’Oeil ,  de 
mefme  que  la  Cornée  le  couvroit  &;  le  touchoit  en  devant.  L’Uvée  eftoit  noire  par  tout, 
fans  Tapis.  Elle  ne  faiioit  point  auiïi  de  repli  en  devant  pour  former  l’Iris  ;  en  forte  que 
l’Oeil,  lors  que  les  Paupières  eftoient  ouvertes,  ne  montroit  que  du  noir. 


OOo 


120 


Explication  de  la  figure  des  deux  Sapajous  &  des  deux 

autres  Guenons. 


LA  figure  d’en  bas  fait  voir  comment  les  Mains  &  les  Pieds  du  Singe  font  differents 
des  Pieds  &  des  Mains  de  l’Homme,  le  Pouce  de  la  Main  eftant  petit,  &;  le  gros 
Orteil  du  Pied  fort  grand,  Scies  autres  Orteils  extraordinairement  longs.  On  n’a  point 
fait  la  figure  du  quatrième  Singe ,  qui  eft  le  fécond  Sapajou  ,  parce  qu’il  eftoit  entière¬ 
ment  femblable  à  celuy  qui  eft  icy  reprefentè,  à  la  referve  du  Mufeau,  qu’il  avoit  plus 
long. 


Dans  la  figure  d’en  haut. 


À  Eft  la  Veine  Ombilicale. 

B  B.  Sont  les  deux  Lobes  droits  du  F oye. 

C  C.  Les  deux  Lobes  gauches. 

D.  Le  cinquième  refendu ,  &  faifmt  comme  deux  feuillets. 

E.  La  Veficule  du  Fiel. 

F.  Le  Canal  Cyfique. 

G  G  G.  Les  trois  Canaux  Pfepatiques. 

4  y  6.  Les  trois  Rameaux  qui  forcent  du  premier. 

H.  Le  Canal  commun. 

I.  Le  Ventricule. 

K.  La  Ratte. 

L.  Le  Pancréas. 

M.  Le  Cacum. 

N.  E  extrémité  de  /’  Iléon. 

O.  Le  commencement  d.u  Colon. 

P.  SJ  ne  Glande  attachée  au  bas  du  tronc  de  la  Veine  Cave. 

QjQ^  Deux  autres  Glandes  attachées  aux  Veines  Iliaques . 

RR.  Les  Eeficules. 

5  S.  Les  Prof  at es  glanduleufs. 

0.  La  Ve f fie  renouer fee  en  forte  quelle  cache  la  Verge. 

T  T.  La  partie  gofeneure  du  Cerveau  fans  anfraétuoftezo . 

V.  La  Veffie  en  fa  ftuation  naturelle }  &  ouverte  pour  faire  voir  la  Caruncule  T»  &  tépaiffeur  des 
P  ro fat  es  j>  j. 

X  X.  Les  Parafâtes  Cyrfoides. 

Y.  La  Caruncule  qui  ef  au  commencement  de  l’Vrethre. 

3  3.  Les  Profates  glanduleufs  >  qui  m  parafent  que  comme  vn  épaiffiffement  du  col  de  la  Veffie. 


l 


DESCRIPTION 


121 


D  ESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  DEUX  SAPAJOUS 

ET  DE  DEUX  AUTRES  GUENONS. 

LES  efpeces  des  Singes  font  en  grand  nombre.  Pline  les  réduit  fous  deux  genres, 
fçavoir  ceux  qui  ont  des  Queues ,  &  ceux  qui  n’en  ont  point.  Le  Singe  qui  eft  fans 
Queue  eft  appellé  fimplement  Simia  par  les  Latins.  Ceux  qui  ont  une  Queue  font  de 
deux  efpeces.  Les  Latins  ont  emprunté  des  Grecs  les  noms  qu’ils  leur  donnent:  car  les 
uns  font  appeliez  Cercoÿytheci ,  du  nom  du  genre,  c’eft  à  dire,  Singes  qui  ont  une  Queue  -, 
les’autres  Cynocephali ,  c’eft  à  dire,  qui  ont  uneTefte  de  Chien,  à  caufe  delà  longueur  de 
leur  Mufeau.  Les  différences  des  Singes  fe  prennent  en  François ,  principalement  de 
leur  grandeur  -,  car  les  grands  font  fimplement  appeliez  Singes ,  foit  qu’ils  ayent  vne 
Queue ,  ou  qu’ils  n’en  ayent  point  ;  ou  foit  qu’ils  ayent  le  Mufeau  long  comme  vn 
Chien ,  ou  qu’ils  Payent  court  -,  &c  les  Singes  qui  font  petits  font  appeliez  Guenons. 

Les  quatre  Singes  que  nous  décrivons  efloient  du  genre  des  Cercopytheques,  parce 
qu’ils  avoient  des  Queues;  mais  leur  petiteffe  ne  permet  pas  qu’ils  puiffent  eftre  rangez 
que  fous  le  genre  des  Guenons. 

Ils  n’avoient  que  quatorze  pouces  depuis  le  fommet  de  la  Telle  jufqu’au  commen¬ 
cement  de  la  Queue,  qui  avoit  vingt  pouces.  Le  Bras  avoir  quatre  pouces.  Il  y  avoit 
depuis  le  Coude  jufqu’à  l’extremité  des  Doigts,  fix  pouces.  La  Cuiffe  avoit  quatre 
pouces  &£  demi:  la  Jambe  en  avoit  cinq,  &  le  Pied  quatre,  à  prendre  depuis  le  Talon 
jufqu’à  l’extremité  du  plus  long  Doigt.  Ils  convenoient  encore  tous  en  plufieurs 
autres  chofes,qui  font  communes  prefque  à  tous  les  Singes*,  fçavoir  i.  Qtfils  avoient 
des  Cils  à  chaque  Paupière,  ce  qu’Ariflote  a  remarqué  eflre  particulier  au  Singe,  entre 
les  Animaux  à  quatre  pieds.  Ces  Cils  efloient  aufli,fuivant  la  remarque  d’Ariftote,  telle¬ 
ment  déliez,  que  l’on  avoit  peine  à  les  voir.  2.  Que  dans  la  Mâchoire  d’en  bas  il  y 
avoit  une  poche  ou  fac  de  chaque  codé,  dans  lequel  ces  Animaux  ont  accouflumé  de 
forrer  ce  qu’ils  veulent  garder.  3.  Que  les  Dents  efloient  fort  blanches,  &C  femblables 
à  celles  de  l’Homme,  à  la  referve  des  Canines, qui  efloient  fort  longues  en  la  Mâchoire 
d’en  haut,  &C  fort  étroites  en  celles  d’en  bas,  fans  avoir  de  pointe,  Sc  n’eflant  differentes 
des  Incifives,  que  parce  quelles  efloient  plus  étroites  &  plus  longues.  4.  Que  les  Pieds 
efloient  prefque  femblables  aux  mains,  ainli  qu’ils  font  ordinairement  aux  autres  Brutes , 
les  Doigts  des  Pieds  ellant  auiïi  longs  que  ceux  des  Mains  -,  ce  qui  n’efl  pas  en  l’Hom¬ 
me,  qui  a  les  Doigts  des  Pieds  les  deux  tiers  plus  courts  que  ceux  des  Mains.  Les  Pieds 
de  nos  Singes  efloient  mefme  plus  femblables  aux  Mains  de  l’Homme  que  leurs  Mains, 
à  caufe  de  la  conformation  du  gros  Orteil,  qui  reffembloit  à  un  Pouce,  eflant  long, 
menu , &  beaucoup  écarté  du  premier  Doigt-,  au  lieu  qu’en  la  Main  le  Pouce  efloit  fi 
court,  &  tellement  ferré  contre  le  premier  Doigt,  qu’il  paroiffoit  prefque  inutile,  y.  Que 
les  Parties  de  la  génération  dans  trois  de  nos  Sujets,  qui  efloient  malles,  efloient  diffe¬ 
rentes  de  celles  de  l’Homme ,  n’ayant  point  de  Scrotum  dans  deux  de  ces  Sujets ,  &C 
les  Teflicules  ne  paroiffant  point,  à  caufe  qu’ils  efloient  cachez  dans  le  ply  de  l’Aine. 
11  eft  vray  que  le  troifiéme,  qui  efloit  l’vn  des  Sapajous,  avoit  un  Scrotum ,  mais  il  efloit 
tellement  racourci,  qu’il  ne  paroiffoit  point.  6.  Que  la  Peau  efloit  fortement  adhérante 
au  droit  des  Feffes. 

Les  trois  Mafles  ne  paroiffoient  eftre  differens  entre  eux  que  par  la  couleur  de  leur 
Poil.  Le  quatrième  Sujet,  qui  efloit  une  femelle,  efloit  du  genre  des  Cynocéphales, 
n  ayant  pas  une  face  plate  comme  les  autres,  mais  un  Mufeau  un  peu  long*,  à  la  manière 
des  petits  Chiens  de  Boulogne.  Sa  longue  Queue  le  faifoit  eftre  néanmoins  du  genre 

PPp 


i2z  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  SAPAJOUS 
des  Cercopytheques  comme  les  autres,  dont  les  différences  parmi  les  anciens  eftoient 
prifes  de  la  couleur  du  Poil;  les  Cercopytheques  Amplement  dits,  eftant  ceux  qui  n’ont 
qu’vne  couleur,  8c  ceux  qui  en  ont  plufîeurs  eftant  appeliez  Cep,  c’eftà  dire,  Jar¬ 
dins,  à  caufe  de  la  diverfité  des  couleurs  dont  ils  femblent  eftre  fleuris,  ainfî  que  difoit 
Pythagore  au  rapport  d’Elian. 

Le  premier  de  nos  Singes  eftoit  delà  première  efpece  des  Cercopytheques,  eftant 
tout  d’vne  couleur,  fçavoir  d’vn  roux  tirant  vn  peu  fur  le  verdaftre.  Cette  mefme  cou¬ 
leur  qui  regnoit  par  tout,  eftoit  feulement  quelque  peu  plus  brune  fur  le  Dos,8c  plus 
déchargée  à  la  Poitrine  8c  au  Ventre. 

Le  fécond  eftoit  de  la  fécondé  efpece,  parce  quoutre  la  couleur  rouffe  -  verdaftre  du 
Poil  qui  luy  cou vr oit  le  Dos,  le  Poil  qui  garnifloit  le  Ventre,  la  Poitrine, 8c  le  dedans 
des  Cuifles  8c  des  Bras  eftoit  gris. 

Le  troifiéme  8c  le  quatrième  eftoient  encore  plus  diverfifiez  de  couleur:  cette  efpece 
eft  appellée  Sapajou.  Ces  deux  Sujets  eftoient  differens ,  non  feulement  en  couleur  8c 
par  la  diverfe  figure  de  leurs  taches,  mais  aufli  par  la  forme  de  leur  Mufeau,  qui  eftoit 
long  en  l’vn,  8c  plat  en  l’autre.  Le  premier,  qui  eftoit  vn  mafle,  eftoit  blanc  au  Ventre, 
à  l’Eftomac,  à  la  Gorge,  au  dedans  des  Bras  8c  des  Cuifles,  8c  aux  Feffes.  Tout  le  Dos, 
depuis  les  Omoplates  jufqu’à  la  Queue,  eftoit  d’un  rouge  -  brun.  Les  Flancs,  le  dehors 
des  Bras  8c  des  Cuifles,  les  Jambes  8c  le  deflus  de  la  Telle  eftoit  noir,  8c  chaque  Poil 
noir  avoit  encore  de  petites  taches  de  roux  8c  de  blanc ,  y  ayant  deux  taches  rouffes 
vers  l’extremité,  8c  toute  la  moitié  vers  la  racine  eftant  blanche.  Il  y  avoit  au  Menton 
vne  Barbe  blanche  pointue ,  8c  longue  d’vn  pouce.  Le  Poil  fur  le  Dos  eftoit  long  d’vn 
pouce:  au  tour  du  Col  il  avoit  vn  pouce  8c  demi  ;  il  eftoit  en  cét  endroit  plus  heriflfé 
qu’au  refte  du  Corps,  8c  il  y  formoit  comme  vne  fraife.  Le  Front  avoit  comme  vn 
bandeau  blanc ,  fur  lequel  vn  rang  de  Poil  fort  noir  s’élevoit  en  manière  de  Sourcils. 
Les  Yeux  avoient  l’Iris  d’vn  jaune  rougeaftre.  La  Pupille  eftoit  fort  dilatée.  La  Telle 
eftoit  ronde  avec  vne  efpece  de  vifage  plat,  reflfemblant  au  vifage  d’vn  Homme  qui 
auroit  le  Nez  retroulfé  8c  applati. 

L’autre  Sapajou,qui  eftoit  femelle,  avoit  le  Mufeau  long  tirant  fur  le  Cynocéphale. 
Son  Poil  eftoit  de  trois  couleurs,  fçavoir  roux,  gris,  8c  chaftain-brun.  Le  Ventre  8c  la 
Poitrine  eftoient  mellez  de  roux  8c  de  gris.  Les  Bras  8c  les  Jambes  eftoient  de  chaftain- 
brun:  le  dos  avoit  le  chaftain  8c  le  roux  mellez  enfemble  ,  de  forte  qu’en  quelques  en¬ 
droits  il  y  avoit  plus  de  roux  ,  en  d’autres  plus  de  chaftain;  ce  qui  faifoit  de  grandes  ta¬ 
ches  à  peu  prés  comme  aux  Chats.  Il  n’avoit  ni  le  bandeau,  ni  la  barbe  de  l’autre  Sa¬ 
pajou. 

Les  Oreilles  du  premier  Sapajou  eftoient  rondes  8c  fi  petites,  qu’elles  ne  s’étendoient 
pas  autour  du  trou  de  plus  d’vne  ligne  8c  demie,  eftant  entièrement  cachées  fous  le  Poil. 
Ceux  qui  ont  écrit  de  la  Phyfionomie,  ont  apparemment  fondé  la -deflus  le  jugement 
qu’ils  font  des  Oreilles  petites  8c  rondes,  qu’ils  mettent  comme  vn  ligne  d’vn  naturel 
trompeur  8c  malin  tel  qu’eft  celuy  du  Singe. 

Les  Auteurs  font  mal  d’accord  touchant  les  parties  internes  du  Singe.  Ariftote,  Pline 
8c  Galien  difent  qu’elles  font  tout-à-fait  femblables  à  celles  de  l’Homme.  Albert  au 
contraire  afleûre  qu’autant  que  les  Singes  font  femblables  à  l’Homme  par  le  dehors,  au¬ 
tant  en  font-ils  differens  par  le  dedans  ;  en  forte  qu’il  n’y  a  point  d’animal,  à  ce  qu’il  dit, 
qui  ait  les  entrailles  fi  differentes  de  celles  de  l’Homme  que  le  Singe.  Les  obfervations 
que  nous  avons  faites  font  contraires  à  l’vne  8c  à  l’autre  de  ces  opinions,  qui  font  trop 
outrées.  Nous  avons  néanmoins  trouvé  que  nos  Singes  eftoient  plus  femblables  à  l’Hom¬ 
me  par  les  parties  du  dehors  que  par  celles  du  dedans ,  8c  qu’il  y  a  plus  d’animaux  qui 
ont  les  parties  intérieures  aufli  femblables  à  celles  de  l’Homme  que  nos  Singes ,  qu’il 
n’y  en  a  qui  reflémblent  autant  à  l’Homme  que  nos  Singes  par  la  figure  extérieure. 

Les  anneaux  ou  trous  du  Péritoine  eftoient  difpofez  comme  aux  Chiens.  L’Epiploon 
eftoit  different  de  celuy  de  l’Homme  en  plufîeurs  choies.  i.  Il  n’eftoit  pas  attaché  au 
Colon  en  tant  d’endroits,  n’ayant  point  de  connexion  avec  la  partie  gauche  de  cét 

Inteftin. 


ET  DE  DEUX  AUTRES  GUE  N  O  N  S.  123 

Inteiiin.  2.  Il  avoir  vne  autre  attache  qui  ne  fe  trouve  point  en  l’Homme,  fçavoir  avec 
les  Mufcles  du  bas  Ventre  parle  moyen  du  Péritoine,  qui  formoit  vn  ligament  -,  ce  que 
nous  avons  remarqué  dans  la  Biche  de  Canada.  3.  Les  Vai fléaux  de  l’Epiploon,  qui  dans 
l’Homme  ne  viennent  que  des  Rameaux  de  la  Veine  Porte,  venoient  encore  en  l’vn  de 
nos  Sujets  en  partie  de  la  Cave  ,  y  ayant  vn  des  rameaux  de  l’Hypogaftrique  ,  qui  fe 
mefloit  aux  rameaux  de  la  Porte.  4.  Enfin  tout  l’Epiploon  eftoit  plus  grand  fans  comT 
paraifbn  qu’il  n’eft  ordinairement  dans  l’Homme,  parce  qu’il  ne  couvroit  pas  feulement 
tous  les  Inteftins,ce  qui  fe  voit  rarement  en  l’Homme,  quoy-qu’en  dife  Galien,  mais 
mefme  il  les  envelopoit  par  deflous ,  ainfi  qu’il  fait  à  plufieurs  des  autres  Brutes ,  où  il  fe 
voit  fouvent  que  l’Epiploon  eft  plus  grand  qu’en  l’Homme, principalement  dans  les  ani¬ 
maux  qui  courent  ,  &C  qui  fautent  avec  beaucoup  de  legereté;  comme  s’il  eftoit  ainfi  re¬ 
doublé  fous  lès  Inteftins,  pour  les  garnir  &  les  deffendre  avec  le  refte  des  Vifceres  contre 
les  rudes  fecouffes  que  ces  parties  reçoivent  dans  la  courfe.  Il  eft  vrai  que  les  Membra¬ 
nes  de  l’Epiploon  eftoient  entières  &  continues  comme  en  l’Homme,  &  non  pas  per¬ 
cées  en  manière  de  Rezeau,  ainfi  quelles  font  en  la  plufpart  des  Brutes. 

Le  Foye ,  qui  eft  vn  des  principaux  Vifceres,  eftoit  encore  fort  diflemblable  du 
Foye  de  l’Homme,  ayant  cinq  Lobes  comme  au  Chien,  fçavoir  deux  au  cofté  droit, 
deux  au  cofté  gauche,  &  vn  cinquième  couché  fur  la  partie  droite  du  corps  des  Verte^ 
bres.  Ce  dernier  eftoit  encore  fendu  ,  faifant  comme  deux  feuillets.  En  l’vn  de  nos  Sujets 
la  fubftance  du  Foye  eftoit  tachetée  de  plufieurs  pointes  d’vne  couleur  plus  obfcure 
que  le  refte,  &  de  figure  hexagone-,  ce  que  nous  avons  vu  aflez  fouvent  dans  les  Brutes, 
éc  jamais  dans  les  Hommes.  La  Vefîcule  eftoit  attachée  au  premier  des  deux  Lobes  qui 
occupoient  le  cofté  droit.  Elle  eftoit  longue  d’vn  pouce,  &  large  d’vn  demi  pouce  :  elle 
jettoit  vn  gros  conduit,  qui  s’inferoit  immédiatement  au  deflous  du  Pylore.  Ce  conduit 
en  recevoit  trois  autres,  qui  eftoient  au  lieu  de  celuy  qui  eft  vnique  en  l’Homme,  ÔC 
que  l’on  appelle  l’Hepatique.  Ces  trois  conduits  avoient  leurs  rameaux  difperfez  comme 
des  racines  dans  tous  les  Lobes  du  Foye,  en  forte  que  le  premier  avoit  quatre  racines, 
fçavoir  vne  dans  chacun  des  trois  Lobes  droits,  &  vne  dans  le  premier  des  gauches  :  le  fé¬ 
cond  &C  le  troifiéme  conduit  avoient  tous  deux  leurs  racines  dans  le  fécond  des  Lobes 
gauches.  Ces  Rameaux  fe  gliflbient  fous  la  Tunique  du  Foye,  en  forte  qu’ils  eftoient  ap- 
parens,  Ôc  non  pas  cachez  dans  le  Parenchyme,  ainfi  qu’ils  font  à  l'ordinaire.  Le  Sapajou 
avoit  cela  de  particulier  en  fon  Foye,  qu’il  eftoit  marqueté  de  quantité  de  points  noirs: 
ce  qui  eft  contre  l’ordinaire  des  autres  Foyes  que  nous  avons  vus  avec  des  taches-,  car 
elles  font  toujours  d’vne  couleur  plus  claire  que  le  refte  de  la  fubftance  du  Foye.  Il  y  a 
apparence  que  cette  noirceur  procedoit  de  la  rareté  fpongieufe  de  ces  parties  ,qui  eftant 
imbeûës  d’vne  plus  grande  abondance  de  fang  que  le  refte  du  Parenchyme,  en  paroif- 
foient  plus  brunes. 

Le  Ventricule  eftoit  encore  different  de  celuy  de  l’Homme  ,  fon  Orifice  inferieur 
eftant  fort  large  &£  fort  bas-,  car  il  n’eftoit  pas  élevé  aufïi  haut  que  le  fuperieur,  comme 
il  eft  à  l’Homme,  où  il  n’eft  pas  appellé  inferieur  à  caufe  de  fa  fituation,  mais  à  caufe 
que  c’eft  par  cette  ouverture  que  le  Ventricule  fe  vuide. 

Les  Inteftins  n’eftoient  gueres  plus  femblables  aux  Inteftins  de  l’Homme  que  les  au¬ 
tres  parties.  Ils  n’avbiènt  dans  les  Sapajous  que  cinq  pieds  deux  pouces  de  long  en  tout, 
&;  huit  dans  les  deux  autres  Singes.  Ils  eftoient  prefque  tous  d’vne  mefme  groffeur. 
L’Ileon  eftoit  à  proportion  beaucoup  plus  court  qu’en  l’Homme.  Le  Cæcum  n’avoit 
point  d’appendice  Vermiforme.  Il  eftoit  fort  grand,  ayant  deux  pouces  &C  demi  de 
long  ,  ÔC  vn  pouce  de  diamètre  à  fon  commencement.  Il  alloit  en  pointe  ,  &  eftoit  for¬ 
tifié  par  trois  ligamens  à  la  maniéré  que  le  Colon  l’eft  en  l’Homme, pour  y  former  des 
Cellules:  cette  conformation  eft  tout -à- fait  differente  de  celle  du  Cæcum  de  l’homme. 
Le  Colon  avoit  les  Cellules  à  l’ordinaire  ,  mais  il  n’eftoit  point  replié  en  S  comme  à 
l’Homme,  eftant  tout  droit.  Il  n’avoit  point  le  retreciffement  qui  le  fepare  du  Reéhitn 
dans  l’Homme.  Outre  les  Cellules  on  y  a  remarqué  des  feuillets  en  dedans,  pareils  à 
ceux  qui  fe  voient  dans  le  Colon  de  l’Autruche,  &  que  nous  avons  depuis -peu  remar- 


124  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  SAPAJOUS 
quez  dans  le  Jéjunum  de  l’Homme,  Ces  feuillets  s’étendoient  tranfverfalement,  abou- 
tilTant  aux  ligamens  qui  font  étendus  félon  la  longueur  de  cét  Intellin.  II  avoit  treize 
pouces  de  long  fur  vn  pouce  de  diamètre. 

La  Rate  eftoit  iituée  le  long  du  Ventricule  comme  à  l’Homme,  mais  fa  figure  eftoit 
differente  en  l’vn  de  nos  Sujets,  eftant  faite  comme  le  cœur  eft  reprefenté  dans  le  bla- 
fon.  Sa  Bafe  avoit  vn  pouce.  Le  Pancréas  n’avoit  que  fa  figure  qui  le  fift  eftre  fembla- 
ble  à  celuy  de  l'Homme ,  fa  connexion  &:  fon  infertion  eftant  tout-à-fait  particulière  ;  car 
il  eftoit  fortement  attaché  à  la  Ratte,  &  l’infertion  de  fon  canal  dans  l’Inteftin,  qui  dans 
l’Homme  eft  toujours  proche  du  canal  de  la  Bile,  en  eftoit  éloignée  de  prés  de  deux 
pouces. 

Les  Reins  avoient  vne  figure  &C  vne  fituation  qui  n’eftoit  pas  moins  extraordinaire. 
Ils  eftoient  ronds  &  applatis.  Leur  fituation  eftoit  plus  inégale  qu’à  l’Homme  ,  le 
droit  eftant  fans  comparaifon  plus  bas,  à  l’égard  du  gauche,  fçavoir  de  toute  la  moitié 
de  fa  largeur.  La  Glande  appellée  le  Capfule  Atrabilaire,  eftoit  fort  vifible,  à  caufe  que 
le  Rein  eftoit  dégarni  de  graifle.  Cette  Glande  eftoit  blanche,  &;  le  Rein  d’vn  rouge 
clair  :  fa  figure  eftoit  triangulaire. 

Ariftote  dit  que  les  parties  de  la  Génération  du  Singe  refiemblent  à  celles  du  Chien. 
Nous  avons  trouvé  dans  nos  Sujets  qu’elles  en  eftoient  differentes  aufli-bien  que  de 
celles  de  l’Homme  ;  car  aux  Malles  la  Verge  n’avoit  point  d’os,  comme  elle  en  a  au 
Chien-,  &c  les  Tefticules,  qui  dans  quelques -vns  de  nos  Sujets  eftoient  cachez  dans 
l’Aîne,  fans  avoir  de  Scrotum,  ainfi  qu’il  a  efté  dit,  avoient  vne  figure  tres-particuliére, 
eftant  longs  &C  étroits ,  &C  n’ayant  qu’vne  ligne  de  large  fur  huit  de  long.  Dans  l’vn  des 
Sapajous  ils  ont  efté  trouvez  d’vne  figure  tout-à-fait  oppofée,  &C  prefque  aufti  éloignée 
de  la  figure  de  ceux  de  l’Homme  ,  eftant  parfaitement  ronds  :  ils  eftoient  enfermez 
dans  vn  Scrotum  qui  les  ferroit  étroitement  contre  la  racine  de  la  Verge.  Les  Proftates 
glanduleufes  eftoient  petites.  Les  Paraftates  Cyrfoïdes  eftoient  fort  grandes  en  recom- 
penfe;  elles  avoient  vn  pouce  de  long  :  leur  largeur  eftoit  inégale,  ayant  quatre  lignes 
vers  le  col  de  la  Veftie,  &:  vne  ligne  &  demie  par  l’autre  bout,  eftant  differentes  en  cela 
de  celles  de  l’Homme,  qui  les  a  plus  étroites  proche  du  Col  de  la  Veflîe.  Elles  eftoient 
compofées  comme  de  plufieurs  petits  facs,  qui  s’ouvroient  les  vns  dans  les  autres.  La 
Caruncule  de  l’Urethre  eftoit  petite,  mais  fort  femblabîe  à  celle  de  l’Homme. 

Les  parties  de  la  Génération  de  la  femelle  avoient  aufti  beaucoup  de  chofes  qui  les 
rendoient  differentes  de  celles  des  Chiennes .  eftant  en  cela  femblables  à  celles  des 
Femmes  :  il  y  en  avoit  aufti  qui  eftoient  comme  aux  Chiennes,  &  d’vne  autre  manière 
qu’à  la  Femme  :  car  l’Orifice  extérieur  eftoit  rond  &  étroit  comme  aux  Chiennes,  6c 
à  la  plufpart  des  autres  Brutes,  &  n’avoit  ni  Nymphes,  ni  Caruncules.  Le  Col  delà 
Veftie  avoit  aufti  fon  ouverture  autrement  qu’à  la  Femme, eftant  fort  avant  dans  le  Col 
de  la  Matrice, fçavoir  environ  vers  fon  milieu,  à  l’endroit  où  commençoient  fes  rugofi- 
tez,  qui  ne  fe  voyoient  que  vers  l’extremité  du  conduit  proche  de  l’Orifice  interne.  Les 
Trompes  de  la  Matrice  eftoient  encore  differentes  de  celles  des  Femmes,  ôc  approchan¬ 
tes  de  celles  des  Brutes,  en  ce  quelles  eftoient  plus  longues  à  proportion,  &:  plus  repliées 
par  des  contours  differens.  Le  Clitoris  avoit  aufti  quelque  chofe  de  plus  conforme  à  ce¬ 
luy  qui  fe  voit  dans  les  autres  Brutes  qui  en  ont,  qu’en  celuy  de  la  Femme,  eftant  plus 
grand  à  proportion,  &  plus  vifible  qu’il  n’eften  la  Femme.  Il  eftoit  compofé  de  deux 
ligamens  nerveux  &C  fpongieux,  qui  naiflànt  de  la  partie  inferieure  des  Os  Pubis,  ôc 
s’avançant  obliquement  aux  cotiez  de  ces  Os ,  s’vnifloient  pour  former  vn  troifiéme 
corps  qui  avoit  dix  lignes  de  long.  Il  eftoit  formé  par  l’affemblage  des  deux  premiers, 
qu’vne  Membrane  allez  forte  joignoit  enfemble,  allant  de  l’vn  des  ligamens  à  l’autre, 
outre  vne  membrane  dure  &:  nerveufe  qui  les  envelopoit.  Ils  fe  terminoient  à  vn 
Gland  femblabîe  à  celuy  de  la  Verge  du  Malle.  Les  petits  Mufcles,  qui  font  attachez  à 
ces  ligamens,  fortoient  à  l’ordinaire  de  la  tuberofité  de  l’Ifchion.  Ces  ligamens  eftoient 
d’vne  fubftance  tellement  rare  &  fpongieufe,que  le  vent  y  pénétrait,  &  les  faifoit  enfler 
aifément,  lors  que  l’on  fouffloit  dans  le  Lacis  de  Veines  &C  d’Arteres  qui  eft  en  cét  en¬ 
droit. 


ET  DE  DEUX  AUTRES  GUENONS.  ny 

droit.  Ce  Lacis  eftoit  vifible  dans  ce  Sujet,  eftant  compofé  de  Vaififeaux  plus  grands 
qu’ils  ne  font  à  proportion  dans  les  Femmes.  Il  eftoit  fitué  à  l’ordinaire  fous  la  fécondé 
paire  des  Mufcles  du  Clitoris.  Sa  figure  eftoit  pyramidale,  aboutiftant  d’vne  bafe  fort 
large  en  vne  pointe,  qui  fe  gliftoit  le  long  du  troifiéme  ligament  jufqu’à  Ion  extrémité, 
vers  le  Gland. 

Le  refte  des  parties  de  la  Génération  eftoit  allez  femblable  à  celles  des  Femmes.  Le 
Col  de  la  Matrice  avoit  fes  Mufcles  comme  à  la  Femme  :  car  on  voyoit  vn  grand  nom¬ 
bre  de  Fibres  charnues,  qui  fortant  du  Sphin&er  de  l’Anus,  s’attachoient  aux  collez  du 
Col  de  la  Matrice  &:  d’autres  Fibres  pareilles  qui  venoient  du  Sphinder  de  la  Veiïie 
pous  s’inferer  au  mefme  endroit.  Le  corps  de  la  Matrice,  fes  Membranes,  fon  Orifice 
interne,  fes  ligamens  tant  les  Ronds  que  les  Larges,  &  tous  fes  Vailfeaux  avoient  vne 
conformation  entièrement  pareille  à  celle  que  ces  mefmes  parties  ont  dans  les  Femmes. 
Les  Tefticules,  qui  avoient  trois  lignes  de  long  fur  deux  de  large,  eftoient,  comme  aux 
Femmes ,  compofez  d’vn  grand  nombre  de  petites  Veficules ,  &  attachez  prôche  les 
Membranes  qui  font  à  l’extremité  des  Trompes ,  &  que  l’on  appelle  leur  Frange. 

Les  Mammelles  eftoient  femblables  à  celles  de  la  Femme,  tant  en  ce  qui  regarde  leur 
fituation  qui  eftoit  fur  les  Mufcles  Pedoraux,  qu’en  ce  qui  appartient  à  leur  compofî- 
tion  ,  qui  eftoit  d’vn~  corps  glanduleux,  &  d’vn  Mammelon. 

A  l’endroit  ou  la  Veine  Cave  fe  divife  pour  produire  les  deux  Iliaques,  il  y  avoit  vne 
Glande  de  la  figure  &  de  la  grofteur  d’vne  moyenne  olive,  ayant  cinq  lignes  de  long 
fur  trois  de  large ,  noire  en  dehors ,  &  encore  davantage  en  dedans.  Elle  eftoit  abreuvée 
d’vne  humeur  Lymphatique,  dont  fa  fubftance  Ipongieufe  eftoit  remplie.  Il  y  avoit  dans 
ce  mefme  Sujet,  qui  eftoit  l’vne  des  deux  premières  Guenons,  deux  autres  Glandes  pa¬ 
reilles,  mais  plus  petites,  vers  l’origine  des  Crurales,  vne  de  chaque  cofté. 

A  l’ouverture  de  la  Poitrine  l’on  a  trouvé  à  la  plulpart  vne  grande  quantité  d’eau 
répandue  dans  toute  fa  capacité.  Le  Thymus  eftoit  fort  grand.  Le  Poulmon  avoit 
fept  Lobes,  trois  au  cofté  droit,  Sc  autant  au  gauche  :  le  feptiéme  eftoit  dans  la  cavité 
du  Mediaftin  comme  à  la  plupart  des  Brutes.  Cela  fait  encore  vne  notable  différence  en¬ 
tre  les  parties  internes  du  Singe,  &  celles  de  l’Homme,  dont  le  Poulmon  n’a  ordinaire¬ 
ment  tout  au  plus  que  cinq  Lobes,  le  plus  fouvent  que  quatre,  &:  quelquefois  que  deux. 
Vefale  avoue  n’avoir  jamais  vu  dans  l’Homme  ce  cinquième  Lobe  qu’il  dit  eftre  dans  les 
Singes,  fuppofant  qu’ils  n’en  ont  que  cinq.  Ce  grand  nombre  de  Lobes  du  Poulmon  fait 
voir  que  les  Anatomiftes  n’ont  pas  raifon  de  dire  que  les  Brutes  ont  le  Poulmon  divifé 
en  plus  de  Lobes  que  l’Homme,  à  caufe  qu’elles  ont  la  Face  &;  la  Poitrine  tournée  vers  la 
terre,  puifque  le  Singe  a  ordinairement  la  Face  &  la  Poitrine  tournée  comme  l’Homme. 

Le  Cœur  eftoit  beaucoup  plus  pointu  qu’il  n’eft  ordinairement  à  l’Homme:  ce  qui 
eft  encore  du  caraétere  des  Brutes.  Il  avoit  neanmoins  dans  la  face  intérieure  de  fes 
Ventricules,  ce  grand  nombre  de  Fibres  &  de  Colomnes  charnues  qui  fe  voyent  dans 
l’Homme. 

La  Luette,  qui  n’eft  point  dans  les  autres  Brutes,  s’eft  trouvée  dans  nos  Singes  toute 
femblable  à  celle  de  l’Homme. 

Le  Crâne  avoit  vne  figure  fort  conforme  à  celle  du  Crâne  de  l’Homme,  eftant  rond, 
&  vn  peu  applati  par  les  coftez,  &  n’ayant  point  cét  os  triangulaire  qui  fepare  le  Cer¬ 
veau  fk  le  Cervelet  dans  la  plufpart  des  Brutes. 

Le  Cerveau  eftoit  grand  à  proportion  du  Corps.  Il  pefoit  deux  onces  &  demie.  La 
Dure  Mere  entroit  bien  avant  pour  former  la  Faux.  Les  Anfra&uofitez  de  la  partie  ex¬ 
terne  du  Cerveau  eftoient  allez  femblables  à  celles  de  l’Homme  en  la  partie  anterieu¬ 
re-,  mais  en  la  pofterieure  vers  le  Cervelet,  il  n’y  en  avoit  prelque  point:  elles  eftoient 
en  recompenfe  beaucoup  plus  enfoncées  à  proportion.  Les  Apophyfes,  que  l’on  ap¬ 
pelle  Mammillaires ,  qui  font  les  grands  Nerfs  qui  fervent  à  l’Odorat ,  n’eftoient  pas 
mollalfes  comme  en  l’Homme,  mais  dures  &membraneufes.  Les  Nerfs  Optiques  eftoient 
aufll  d’vne  fubftance  plus  ferme  &  plus  dure  qu’à  l’ordinaire.  La  Glande  Pinéale  eftoit 
de  figure  conique,  &  fa  pointe  eftoit  tournée  vers  le  derrière  de  la  Telle. 


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iz6  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  DE  DEUX  SAPAJOUS 

Il  n’y  avoit  point  de  Rets  admirable  :  car  la  Carotide  edant  entrée  dans  le  Cerveau, 
fe  gliffoit  par  vn  féal  &  vnique  tronc  de  chaque  collé  du  rebord  de  la  Telle  du  Sphé¬ 
noïde  pour  percer  la  Dure  Mere ,  &:  fe  didribuër  à  l’ordinaire  dans  la  bafe  du  Cer¬ 
veau. 

Pour  achever  la  defcription  des  parties  tant  externes  qu’internes  des  Singes  que  nous 
avons  diffequez,  en  les  comparant  avec  celles  de  l’Homme,  nous  avons  fait  vne  recher¬ 
che  exa&e  de  tous  les  Mufcles  de  ces  Animaux,  que  nous  avons  trouvez  la  plufpart 
conformes  à  ceux  de  l’Homme:  de-forte  que  nous  ne  rapportons  icy  que  les  chofes  qui 
fe  font  trouvées  particulières  à  nos  Sujets. 

Les  Mufcles  de  la  Face,  dans  celuy  qui  tenoit  du  Cynocéphale,  avoient  beaucoup 
de  rapport  avec  ceux  des  Chiens  -,  &  dans  les  Singes  qui  avoient  la  Face  plate  comme 
l’Homme,  il  ne  laiffoit  pas  d’y  avoir  quelques  Mufcles  pareils  à  ceux  des  Brutes:  com¬ 
me  entre  autres  les  Maffeteres  Sc  ies  Crotaphites ,  qui  edoient  beaucoup  plus  grands  à 
proportion  qu’en  l’Homme. 

Les  Mufcles  de  l’Os  Hyoïde,  de  la  Langue,  du  Larynx,  &  du  Pharynx,  qui  fervent 
la  plufpart  à  articuler  la  parole,  edoient  entièrement  femblables  à  ceux  de  l’Homme, 

beaucoup  plus  que  ceux  de  la  Main-,  dont  néanmoins  le  Singe,  qui  ne  parle  point,  fe 
fert  prefque  avec  autant  de  perfe&ion  que  l’Homme  :  ce  qui  fait  voir  que  la  parole  eft 
vne  aélion  plus  particulière  à  l’Homme ,  &  qui  le  didingue  davantage  des  Brutes  que  la 
Main ,  qu’Anaxagore ,  Aridote,  &:  Galien  ont  edimé  edre  l’organe  que  laNature  a  don¬ 
né  à  l’Homme  comme  au  plus  fage  de  tous  les  animaux,  peut-edre  faute  d’avoir  fait  cette 
reflexion.  Car  le  Singe  fe  trouve  pourveû  par  la  Nature  de  tous  ces  Organes  merveil¬ 
leux  de  la  parole  avec  tant  d’exa&itude  ,  que  mefme  les  trois  petits  Mufcles  qui  pren¬ 
nent  leur  origine  de  l’Apophyfe  Styloïde,  ne  luy  manquent  pas,  quoy-que  cette  Apo- 
phyfe  foit  extrêmement  petite.  Cette  particularité  fait  encore  voir  que  ceux  là  n’ont  pas 
raifon,  qui  tiennent  que  les  agens  exercent  leurs  a&ions,  parce  qu’il  fe  rencontre  qu’ils 
ont  des  Organes  pour  cela:  car  félon  ces  Phiiofophes  les  Singes  devroient  parler,  puis 
qu’ils  ont  les  indrumens  neceffaires  à  la  parole. 

Dans  les  Mufcles  de  la  Tede  &  du  Col,  il  n’y  avoit  encore  rien  de  particulier  que 
les  flechiffeurs  de  la  Tede,  qui  dans  l’Homme  s’inferent  aux  Apophyfes  Madoïdes:  car 
ils  edoient  attachez  à  la  partie  latérale  &  poderieure  de  l’Os  Occipital,  parce  que  la 
Tede  du  Singe  n’a  point  d’Apophyfes  Madoïdes.  Entre  les  Mufcles  des  Bras  il  n’y  avoit 
que  le  Palmaire  qui  eud  quelque  chofe  de  remarquable.  Il  edoit  extraordinairement 
gros.  Le  grand  Dentelé,  qui  dans  l’Homme  ne  prend  fon  origine  que  de  l’Omoplate, 
naiffoit  encore  dans  nos  Sujets  de  la  quatrième  ,  cinquième,  &  fixiéme  Vertebre  du 
Col. 

Le  Mufcle  droit,  qui  dans  l’Homme  ne  va  que  jufques  au  bas  du  Sternon,  montoit 
jufqu’au  haut,  paffant  fous  le  Peéloral  Sc  fous  le  petit  Dentelé.  Il  n’edoit  charnu  que  juf- 
qu’à  la  moitié  du  Sternon,  le  rede  n’edant  qu’vn  pur  Tendon. 

Dans  la  Cuiffe  celuy  des  Quadrigemeaux  qui  fervent  à  écarter  la  Cuiffe  appellé  Py- 
riforme,  edoit  beaucoup  plus  petit  qu’en  l’Homme  -  &  au  lieu  de  prendre  fon  origine 
de  la  partie  inferieure  8c  externe  de  l’Os  Sacrum,  il  fortoit  de  1  Ifchion  proche  (a  cavité 
Cotyloïde.  Les  Mufcles  Feffiers  avoient  vne  figure  differente  de  ceux  de  l’Homme, 
edant  plus  courts,  à  caufe  que  les  Os  des  Iles  au  Singe  font  beaucoup  plus  étroits  qu’en 
l’Homme.  Il  y  avoit  fur  les  Mufcles  Pfoas  deux  autres  petits  Mufcles,  qui  ne  fe  trouvent 
point  en  l’Homme.  Chacun  de  ces  Mufcles  ayant  mefme  origine  que  le  Pfoas,  venoit  par 
vn  long  Tendon  s’inferer  à  la  partie  fuperieure  &  interne  de  l’Os  Pubis. 

Parmi  les  Mufcles  de  la  Jambe ,  celuy  de  fes  flechiffeurs,  qui  s’appelle  Biceps,  n’avoiü 
point  vne  double  origine  comme  en  l’Homme.  Il  fortoit  tout  entier  de  la  tuberofite  de 
f Ifchion ,  &  s’inferoit  à  la  partie  fuperieure  du  Péroné.  Cette  Tede  vnique  edoit  en  ré¬ 
compensé  fort  groffe  ÔC  fort  rohude. 

Le  gros  Orteil  avoit  des  Mufcles  fomblables  à  ceux  du  Pouce  de  la  Main,  de  mefme 

qu’il  en  a  i’adion  :  ce  qui  n’ed  point  au  Pied  de  l’Homme,  où  le  gros  Orteil  a  des 
^  Mufcles 


ET  DE  DEUX  AUTRES  GUENONS.  n7 
Mufcles  fort  differents  de  ceux  du  Pouce  de  fa  Main ,  parce  que  l’a&ion  de  ces  deux 
parties  eft  fort  differente  dans  l’Homme. 

On  peut  ajouter  à  l’hiftoire  des  Mufcles  du  Singe,  la  defcription  de  la  Poche  qu’ils 
ont  dans  la  bouche.  Elle  eftoit  compofée  de  Membranes  6c  de  Glandes,  8c  de  beaucoup 
de  Fibres  mufculeufes  S c  charnues.  Sa  fïtuation  elloit  fur  le  dehors  de  chaque  Mâchoire 
inferieure,  allant  obliquement  depuis  le  milieu  de  la  Mâchoire  jufqu’au  deffous  de  fon 
angle ,  paffant  fous  vne  portion  du  Mufcle  appelle  Treflarge.  Elle  elloit  longue  d’vn 
pouce  8c  demi,  8c  prefque  auflï  large  vers  fon  fond.  Elle  s’ouvroit  dans  la  Bouche  entre 
le  bas  de  la  Joue  8c  le  bas  de  la  Gencive.  C’eft  dans  cette  Poche  que  les  Singes  ont  ac¬ 
coutumé  de  ferrer  ce  qu'ils  veulent  garder-,  8c  l’on  peut  croire  que  les  Fibres  mufcu¬ 
leufes  quelle  a,  fervent  à  la  refferrer,  8c  à  la  relâcher,  pour  recevoir,  8c  pour  faire  fortir 
ce  que  ces  animaux  y  mettent  en  referve. 


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Explication  de  la  figure  du  Cerf  de  Canada  &  de  la  Biche 

de  Sardaigne. 

LA  figure  d’en  bas  fait  voir  la  difproportion  qui  eft  entre  le  Cerf  &  la  Biche,  le 
Cerf  eftant  prefque  vne  fois  auffi  grand  que  la  Biche.  Elle  fait  auffi  voir  de  quelle 
manière  le  Bois  du  Cerf  eft  couvert  de  peau ,  &  comment  la  Biche  a  le  dos  &  les  flancs 
marquez  de  plufîeurs  taches  de  differentes  figures. 

Dans  la  figure  d’en  haut. 

A  A.  Efi  le  Foje. 

B.  Le  grand  Ventricule  du  Cerf. 

C.  Le  petit  Ventricule. 

D.  E extrémité'  du  Vaiffeau  Spermatique  préparant. 

E.  Le  Corps  du  Eefiicule. 

F.  Le  Vaifeau  Spermatique  déférant. 

G  H  H.  L’Epididjme. 

I.  La  Matrice. 

K  K.  Les  Cornes  de  la  Matrice. 

L  L.  Les  Ligamens  ronds  de  la  Matrice . 

M.  La  Vejfie. 

N.  Vne  des  Cornes  de  la  Matrice  ouverte  pour  faire  voiries  deux  feuillets  E  El,  qu’elle  a  en  dedans . 

O  O.  La  Carotide  ouverte  pour  faire  voir  les  Lignes  transverfdles  quelle  a  en  dedans. 

PP.  La  fugulaire  ouverte  pour  faire  voir  les  fix  rangs  de  Valvules  quelle  a 3  fçavoir  quatre  mar¬ 
que  ou  elles  font  trois  à  trois  j  &  deux  marquez^  K  y  où  elles  font  deux  a  deux. 

SS.  Vn  morceau  de  la  Jugulaire  en  grand ,  pour  faire  voir  plus  difiinttement  vn  rang  des  trois 
Valvules  marquées  V. 

XYZn.  Le  bout  d’vn  des  Andouillers  du  Cerf. 

X.  V  endroit  qui  efi  découvert  3  vne  portion  de  la  Peau  e  fiant  levée  3  pour  faire  voir  les  Sillons  dont 

le  Bois  du  Cerf  efi  ordinairement  creufé 3  pour  donner  place  aux  Vaiffeaux  de  la  Peau  qui 
le  couvre. 

Y.  Le  morceau  de  la  Peau  qui  efi  levée ,  &  au  dedans  de  laquelle  on  voit  les  Vaiffeaux  dont  elle 

efi  pleine. 

Z  H.  Le  refie  de  l' Andouiller  qui  efi  couvert  de  la  Peau  peluë. 


DESCRIPTION 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

D'UN  CERF  DE  CANADA 


ET  DUNE  BICHE  DE  SARDAIGNE. 


LE  Cerf  eftoit  très -grand,  ayant  quatre  pieds  depuis  le  haut  du  dos  jufqu’à  terre. 

Son  Bois  avoit  trois  pieds  de  long,  &  les  Andouïllers  vn  pied.  Il  y  en  avoit  fix  à 
chaque  Bois,  qui  eft  le  plus  grand  nombre  que  les  Cerfs  portent,  félon  Ariftote  &C 
Pline ,  ce  qui  n’eft  pourtant  pas  vray  en  ce  pais,  ou  l’on  trouve  des  Cerfs  qui  en  ont 
jufqu’à  vingt -deux. 

Tout  le  Bois  eftoit  couvert  d’vne  peau  fort  dure,  garnie  d’vn  poil  épais  &  court, 
de  mefme  couleur  que  celuy  qui  couvroit  le  Corps:  il  eftoit  détourné  en  forme  d’épy 
en  plulieurs  endroits.  Pline  appelle  fort  improprement  ce  poil ,  des  plumes  molles 
comme  un  duvet.  Toute  cette  Peau  avoit  vne  grande  quantité  de  Veines  &C  d’Arteres 
remplies  de  beaucoup  de  Sang,  qui  les  enfloit  en  dedans  du  cofté  de  la  Corne  ,  qui 
eftoit  toute  fillonnée  pour  donner  place  aux  vaifteaux  ,  de  la  mefme  manière  que  le 
Crâne  eft  fillonné  en  dedans  félon  la  diftribution  des  vaifteaux  de  la  Dure-Mere.  Gef- 
ner  a  cru  que  les  filions  qui  fe  voyent  fur  la  furface  des  Cornes  du  Cerf ,  font  faites 
par  des  vers  qui  s’y  engendrent  FEfté ,  &  qui  la  rongent;  ce  qui  n’a  aucune  vray-fem- 
blance.  Pline  aufti  n’avoit  pas  bien  examiné  la  nature  des  Cornes  du  Cerf,  quand  il  a  dit 
qu’elles  eftoient  comme  la  Ferule  &  comme  la  Canne:  car  les  tiges  de  ces  plantes ,  qui 
font  ou  creufes,  ou  moelleufes,  expriment  mal  la  folidité  qui  eft  particulière  aux  Cornes 
du  Cerf. 

Démocrite  a  mieux  philofophé  fur  la  génération  de  ces  Cornes  :  car  il  dit  que  dans 
le  Cerf,  parce  qu’il  a  beaucoup  de  làng,  &  qu’il  devient  fort  gras  au  commencement 
de  l’Efté,  la  nature  conlume  vne  partie  de  la  nourriture  dont  il  eft  trop  chargé,  en  l’en¬ 
voyant  par  des  vaifteaux  qu’il  a  en  très-grand  nombre,  &  d’vne  grofteur  confidérable, 
à  l’endroit  ou  les  Cornes  naiflent.  Et  en  effet ,  c’eft  vne  chofè  furprenante  que  l’abon¬ 
dance  du  fang  que  nous  avons  trouvée  entre  cette  peau  &  le  bois  qui  en  eftoit  couvert, 
lors  qu’arrachant  cette  peau,  les  Tuniques  des  Veines  qui  eftoient  tres-déliées  venoient 
à  fe  rompre. 

Cette  obfervation  nous  a  fait  faire  réflexion  fur  la  differente  génération  des  Cornes 
des  Animaux,  qui  eftant  de  deux  natures,  fçavoir  les  vnes  caves,  &  les  autres  folides, 
ont  auflî  deux  manières  denaiftre  &  de  croiftre:  car  celles  qui  font  folides,  &  fans  cavité, 
comme  celles  du  Cerf,  font  immédiatement  attachées  à  l’Os  frontal ,  duquel  elles  fem- 
blent  naiftre ,  cét  Os  eftant  beaucoup  plus  rare  &:  plus  fpongieux  qu’aux  autres  ani¬ 
maux,  ainfi  que  Démocrite  a  remarqué.  Mais  fl  la  première  origine  ou  germination  du 
Bois  du  Cerf  vient  de  quelque  fubftance  qui  fort  de  l’Os ,  fon  accroiftèment  dépend 
principalement  de  la  peau  qui  le  couvre ,  &  qui  luy  fournit  vne  grande  quantité  de 
nourriture  par  le  grand  nombre  de  vaifteaux  qu’elle  contient. 

Les  Cornes  qui  font  caves  comme  celles  des  Bœufs,  s’engendrent  &  croiflent  d’vne 
manière  toute  oppofée:  car  elles  ne  font  point  attachées  immédiatement  au  Crâne,  mais 
elles  ont  chacune  leur  cavité  remplie  par  vn  Os  qui  eft  vne  appendice  de  l’Os  frontal  ;  &C 
cette  Appendice  de  mefme  que  le  refte  du  Crâne  eft  couverte  du  Pericrane  ,  par  le 
moyen  duquel  ces  Cornes  tiennent  au  Crâne,  &:  s’engendrent  &  croiflent  de  ce  quelles 
reçoivent  des  Vaifteaux  du  Pericrane:  car  fur  le  Pericrane  qui  revet  l’appendice  de  l’Os 
Frontal  il  fe  fait  vne  croufte ,  apparemment  par  la  tranfludation  d’vne  matière  contenue 
dans  les  Vaifteaux  de  cette  Membrane,  que  nous  avons  trouvez  dans  la  cavité  des  Cor¬ 
nes  des  Gazelles  fans  comparaifon  plus  gros,  plus  remplis  de  fang,  &  en  plus  grand  nom¬ 
bre,  qu’ils  ne  font  dans  le  refte  du  Pericrane  qui  couvre  les  autres  Os  de  la  Telle.  De- forte 

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ISO  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’VN  CERF  DE  CANADA 
qu’il  faut  entendre  que  de  mefme  que  les  Cornes  Solides  prennent  leur  nourriture  &  leur 
accroiffement  par  leur  fuperficie  externe,  celles  qui  font  caves  la  prennent  par  la  fuper- 
ficie  interne  :  car  lors  que  la  première  croufte  commence  à  s’endurcir  fur  la  produéiion 
du  Pericrane  qui  couvre  les  Appendices  pointues  de  l’Os  Frontal,  en  s’endurciffant  a 
peu  prés  de  la  manière  que  les  Ongles  s’endurciflènt  aux  bouts  des  Doigts,  il  s’engendre 
entre  cette  première  croufte  &  le  Pericrane  vne  autre  croufte  qui  fe  colle  à  la  première, 

qui  la  poulie  ;  &  ainfi  fucceflivement  il  s’engendre  plulieurs  crouftes  les  vues  fur  les 
autres,  à  peu  prés  de  la  mefme  forte  que  les  coquilles  des  Limaçons,  &  les  écailles  des 
Huiftres  s’engendrent  &  fe  compofent  de  plulieurs  lames  ou  feuillets  collez  les  vns  aux 
autres.  C’eft  ce  qui  fait  que  les  Cornes  Caves  font  ordinairement  ridées  goderonnées 
comme  les  coquilles ,  &  qu’elles  fe  féparent  aifément  en  plulieurs  feuillets. 

Ariftote  a  donné  quelque  idée  de  cette  manière  de  la  génération  des  Cornes  Caves, 
en  difant  qu’il  entre  dans  leur  cavité  quelque  chofe  de  dur,  qui  naill  du  Crâne  -,  ce  qui  fe 
doit  entendre  de  l’Os  qui  entre  dans  la  cavité  des  Cornes:  mais  il  ne  parle  point  du  Pe¬ 
ricrane  auquel  la  Corne  eft  immédiatement  attachée,  &  d’où  il  y  a  apparence  qu’elle 
prend  fa  naiffance  fa  nourriture. 

La  génération  des  Cornes  Caves  efb  encore  differente  de  celle  des  Cornes  Solides, 
par  la  differente  qualité  de  la  matière ,  qui  eh:  plus  aqueufe  dans  les  Cornes  Caves , 
plus  terreftre  dans  les  Solides.  Les  Cornes  creufes  s’amolliffent  aifément  eftant  appro¬ 
chées  du  feu,  comme  n’ayant  point  leur  concrétion  par  l’exficcation  tk  la  confomption 
des  parties  aqueufès,  mais  par  le  figement  d’vne  matière  qui  n’auroit  point  vne  con- 
fiftance  fi  ferme  fans  le  froid  qui  l’a  endurcie  ;  &  les  Cornes  Solides  font  de  la  nature  de 
l’Os  duquel  elles  naiffent,  eftant  d’vne  matière  terreftre,  qui,  félon  Ariftote  &  Pline, 
s’endurcit  fur  la  Telle  des  Cerfs  par  la  chaleur  du  Soleil.  Ariftote  fait  encore  vne  remar¬ 
que  qui  donne  à  connoiftre  que  la  matière  des  Cornes  du  Cerf  eft  terreftre,  feche,  &C 
de  nature  de  pierre:  car  il  dit  que  l’on  a  quelquefois  pris  des  Cerfs,  fur  le  Bois  defqueîs 
il  s’eft  trouvé  du  Lierre  qui  y  avoir  pris  racine  comme  il  fait  fur  les  pierres  :  fk  les  Na- 
turaliftes  ont  obfervé  que  le  Lierre  naift  fouvent  dans  les  lieux  où  l’on  a  enterré  des 
Cornes  de  Cerf.  Cette  penfée  peut  encore  eftre  confirmée  parla  confédération  de  cette 
excroiffance  qui  eft  particulière  au  Cerf  appellé  Lacryma  Cervi,  qui  luy  fort,  à  ce  qu’on 
dit,  du  grand  coin  de  l’œil,  eftant  fortement  attachée  à  l’Os,  d’où  elle  naift  félon  Sca- 
liger  :  car  cette  excroiffance  eft  tellement  femblable  à  vne  pierre,  que  quelques -vns 
croyent  qu’elle  en  eft  vne  en  effet,  &  quelle  ne  vient  point  du  Cerf,  bien  loin  d’ajoûter 
foy  à  ce  que  les  Auteurs  difent  de  fa  génération,  fçavoir  qu’elle  fort  du  coin  des  yeux 
du  Cerf,  lors  que  pour  fé  guérir  des  vers  qu’il  a  dans  les  Inteftins ,  il  a  mangé  des  fër- 
pens,  qu’il  s’eft  plongé  dans  l’eau  jufqu’aux  yeux.  L’Os  qui  fe  trouve  à  la  bafe  du 
Cœur  du  Cerf ,  eft  encore  vne  marque  que  cét  Animal  abonde  beaucoup  en  vn  fuc  ca¬ 
pable  de  fe  convertir  aifément  en  vne  nature  offeufe  &  comme  pierreufe. 

Les  Inteftins  eftant  pris  tous  enfemble,  avoient  quatre- vingts-feize  pieds  de  long» 
Les  grefles  eftoient  de  foixante  &  fix  pieds,  tk  les  gros  fans  le  Cæcum  avoient  vingt 
pieds.  Le  Cæcum  avoit  vn  pied  dix  pouces  de  long  êk  fix  pouces  de  large  vers  fa  bafe. 
Il  alloit  en  diminuant  vers  fa  pointe  à  l’ordinaire.  Cette  longueur  extraordinaire  des  In¬ 
teftins  ,  qui  eft  proportionnée  à  la  grandeur  du  Ventricule,  aux  Animaux  qui  vivent 
d’herbages,  ne  fe  trouve  point  dans  ceux  qui  fe  nourriffent  de  chair-,  parce  que  les  her¬ 
bages  n’eftant  pas  fi  faciles  à  eftre  changez  en  fang,  &  cette  nourriture  luy  fourniffanc 
bien  moins  de  matière  que  la  chair,  il  eftoit  neceffaire  que  les  Ventricules  fuffent  ainfi 
amples,  pour  contenir  vne  grande  quantité  d’herbes,  &  que  les  Inteftins  fuffent  longs  à 
proportion,  pour  donner  lieu  à  la  chaleur  naturelle  d’agir  long -temps  fur  la  nourriture 
retenue  fk  conduite  par  de  longs  détours. 

Il  y  avoit  deux  Ventricules ,  fçavoir  vn  grand  &C  vn  autre  plus  petit,  qui  fembloit 
eftre  le  Duodénum  élargi.  Le  grand  Ventricule  eftant  enflé  avoit  cinq  pieds  de  tour» 
Il  eftoit  compofé  comme  de  plufieurs  autres  Ventricules  amaffez  en  vn  ,  à  caufe  de 
quatre  ou  cinq  baffes  qu’il  avoit  jointes  enfemble  par  vne  Membrane  qui  les  aflèmbloit, 

&  faifoit 


ET  D’UNE  BICHE  DE  SARDAIGNE.  131 

Sc  faifoit  former  à  ce  Ventricule  plufieurs  Cellules.  Sur  cette  Membrane  il  y  en  avoit 
vne  autre  qui  couvroit  5c  enfermoit  tout  le  Ventricule.  Cette  Membrane  eiloit  adhé¬ 
rante  par  derrière  au  Ventricule  ;  par  devant  elle  ne  luy  eiloit  attachée  que  par  le  haut, 
ellant  du  refte  tout-à-fait  féparée,  5c  fort  tendue ,  à  caufe  d  vne  quantité  de  vents  qu’elle 
enfermoit  avec  le  Ventricule  5c  les  Intellins  qu’elle  couvroit  auffi  comme  vn  Epi¬ 
ploon.  La  partie  fuperieure  qui  couvroit  le  Ventricule  eiloit  mince,  dure,  tranfparen- 
te,  fans  grailfe,  fans  glandes,  5c  fans  vailfeaux  apparens:  la  partie  qui  defcendoit  pour 
enfermer  les  Intellins  avoit  quelques  vailfeaux  5c  quelque  grailfe,  mais  en  très -petite 
quantité. 

La  Ratte  eiloit  ronde,  mince, 5c  tout-à-fait  adhérante  au  grand  Ventricule.  Elle  avoit 
fix  pouces  de  diamètre.  Les  vailfeaux  qui  font  le  Va*  brève  elloient  tout-à-fait  imper¬ 
ceptibles.  La  partie  gibbe  5c  fuperieure  eiloit  attachée  au  Diaphragme  par  trois  forts 
Ligamens. 

Le  Foye  n’avoit  qu’vn  Lobe,  5c  eiloit  feulement  fendu  par  devant,  5c  tout  continu 
par  derrière.  Le  collé  droit  s’allongeoit  vn  peu  plus  que  le  gauche ,  5 C  faifoit  vne  pointe 
vers  le  Rein.  Il  n’y  avoit  point  de  Velicule  du  Fiel. 

Le  Rein  eiloit  fort  grand, ellant  long  de  cinq  pouces  ,  5c  large  de  trois.  Il  n’y  avoit 
point  de  Rein  Succenturié. 

La  Verge  n’avoit  point  d’Os.  La  Membrane  propre  du  Tefticule  eiloit  immédiate¬ 
ment  attachée  à  la  fubllance  glanduleufe,  en  forte  quelle  en  eiloit  abfolument  infépa- 
rable,  5c  plus  qu’à  l’ordinaire  des  autres  Animaux.  Cette  Membrane  eiloit  parfemée 
d’vne  infinité  de  vailfeaux  remplis  de  fang,  dont  les  vns  elloient  droits  5c  gros  comme 
vn  fer  d’aiguillette-,  les  autres  elloient  ondoyez,  5 C  comme  frifez  fort  menu,  de  la  grof- 
feur  d'vne  chanterelle  de  Luth.  La  fubllance  glanduleufe  du  corps  du  Teflicule  eiloit 
jaune  -,  celle  de  l’Epididyme  eiloit  d’vn  rouge  pafle  livide.  L’alfemblage  des  Vaif- 
feaux  Préparans  entortillez  5c  confondus  ,  faifoit  un  Tuyau  de  la  grolfeur  du  doigt, 
qui  produifoit  l’Epididyme  ,  lequel  couvroit  ôc  embralfoit  le  haut  du  corps  du  Telli¬ 
cule  de  mefme  que  fait  le  Calice  d’vn  Gland.  Cëtte  portion  en  forme  de  Gland  pro¬ 
duifoit  vn  corps  de  la  grolfeur  du  doigt,  qui  defcendoit  le  long  du  corps  du  Tellicule,  y 
ellant  attache",  5c  faifoit  vers  le  bas  comme  vn  Mammellon,  d’où  il  retournoit  le  long 
du  cofté  oppofé  à  celuy  par  lequel  il  eiloit  defcendu,  5c  formoit  le  vailfeau  déférant, 
qui  eiloit  de  la  grolfeur  d’vne  plume  de  Cygne. 

Le  Poulmon  avoit  fept  Lobes,  quatre  au  codé  droit ,  5c  trois  au  gauche.  Le  Coeur 
eiloit  fort  grand,  prefque  rond  &  mollalfe,  parce  que  les  Ventricules  elloient  fort  am¬ 
ples.  Il  y  avoit  vn  Os  à  l’ordinaire  des  Cerfs. 

NO  u  s  joignons  la  defcription  de  la  Biche  à  celle  du  Cerf,  pour  faire  voir  en  quoy 
ces  deux  Animaux  convenoient,  5c  en  quoy  ils  elloient  dilfemblables ,  outre  la 
différence  du  fexe. 

La  hauteur  de  cette  Biche  eiloit  de  deux  pieds  huit  pouces,  à  prendre  depuis  le 
dos  jufqu’à  terre.  Le  Col  eiloit  long  d’vn  pied.  La  Jambe  de  derrière,  à  prendre  de¬ 
puis  le  Genou'il  jufqu’à  l’extremité  du  Pied,  eiloit  de  deux  pieds,  5c  jufqu’au  Talon  d’vn 
pied. 

Le  Poil  eiloit  de  quatre  couleurs,  fçavoir  fauve,  blanc,  noir,  8c  gris.  II  y  en  avoit  de 
blanc  fous  le  Ventre  5c  au  dedans  des  Cuilfes  5c  des  Jambes:  fur  le  dos,  il  eiloit  d’vn 
fauve  brun:  furies  flancs,  d’vn  fauve  ifabelle:  l’un  5c  l’autre  fauve  au  tronc  du  Corps 
eiloit  marqué  de  taches  blanches  de  differentes  figures:  le  long  du  Dos  il  y  en  avoit 
deux  rangs  en  ligne  droite  -,  le  relie  eiloit  femé  fans  ordre.  Le  long  des  Flancs  il  y  avoit 
de  chaque  collé  vne  ligne  blanche.  Le  Col  5 C  la  Telle  elloient  gris.  La  Queue  eiloit 
toute  blanche  par  delfous,  5c  noire  par  delfus,  le  Poil  ellant  long  de  fix  pouces. 

L’Epiploon  eiloit  attaché  au  Péritoine  au  droit  du  Nombril,  5c  enveloppoit  les  In- 
te  fli  ns  jufqu  es  par  delfous.  11  eiloit  compofé  de  membranes  Tort  déliées,  5c  de  vailfeaux 
menus  fans  grailfe  :  il  eiloit  double. 

LVVu 


132 DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CERF  DE  CANADA 

Le  Foye  eftoit  petit,  8c  femblable  à  celuy  du  Cerf,  en  ce  qu’il  n  eftoit  point  féparé 
en  plufieurs  Lobes ,  ayant  feulement  la  fiffeure ,  qui  eft  ordinairement  en  haut  vers  le 
milieu,  8c  vne  autre  en  deffous,  tirant  au  cofté  droit.  Il  n’y  avoit  point  auffi  de  Veficule 
du  Fiel. 

Les  quatre  Ventricules  eftoient  mieux  diftinguez  8c  fé parez  les  vns  des  autres  qu’ils 
n’eftoient  au  Cerf,  où  l’on  n’en  voyoit  diftinéfcement  que  deux.  Le  premier  &  plus  grand 
Ventricule  avoit  en  dedans  vne  Membrane  aifément  réparable  de  celle  de  dehors  com¬ 
me  à  la  Gazelle.  Cette  Membrane  interne  eftoit  afpre  par  vne  infinité  de  Mammel- 
lons,  ainfî  qu’elle  fe  voit  ordinairement  aux  Animaux  qui  ruminent.  Tout  ce  grand  Ven¬ 
tricule  eftoit  reflerré  en  plufieurs  endroits,  8c  féparé  en  differentes  poches  comme  au 
Cerf  :  il  eftoit  rempli  d’herbes ,  parmi  lefquelles  on  a  trouvé  plufieurs  pièces  de  cuir,  de 
femelles  de  fouîiers  de  la  grandeur  d’un  Ecu  blanc,  quelques  morceaux  de  plomb  de  la 
grandeur  de  l’ongle  ,  qui  paroifloient  vfez,  8c  rongez,  8c  quelques  fragmens  d’ardoife. 
Cela  peut  faire  croire  que  ces  fortes  d’Animaux  amaffent  à  la  hafte  leur  nourriture  dans 
les  champs,  8c  qu’ils  attendent  à  l’éplucher  à  loifir  lors  qu’ils  ruminent.  Le  fécond,  troi- 
fiéme,  8c  quatrième  Ventricule  n’eftoient  point  differents  de  ceux  du  Mouton. 

Les  Inteftins  eftoient  très-longs  comme  au  Cerf,  mais  moins  à  proportion.  Ils  avoient 
en  tout  quarante  pieds.  Il  y  en  avoit  de  deux  fortes:  les  premiers,  qui  faifoient  environ 
le  quart ,  eftoient  grifaftres,  8c  pliez  par  des  replis  de  fix  pouces  de  long  :  les  autres 
eftoient  d’vn  rouge  brun ,  8c  pliffez  fort  menu  par  cellules.  Le  Mefentere  eftoit  com- 
pofé  de  Membranes  fort  déliées. 

LaRatte  eftoit  couverte  d’vne  Membrane  dure,  épaiffe,  Ôcblanchaftre:  fa  figure  eftoit 
ronde;  elle  eftoit  comme  celle  du  Cerf,  fortement  attachée  au  Ventricule,  8c  au  Dia¬ 
phragme. 

Les  Cornes  de  la  Matrice  eftoient  longues  8c  recourbées  en  plufieurs  anfraétuofitez. 
Leur  extrémité  eftoit  appliquée  au  Tefticule  qui  eftoit  petit.  Au  dedans  de  chacune 
de  ces  Cornes  il  y  avoit  deux  replis  de  la  Membrane  interne ,  qui  formoient  des  feuil¬ 
lets  difpofez  félon  la  longueur  de  la  Corne,  à  peu  prés  de  la  mefme  manière  que  l’on 
en  voit  dans  le  troifiéme  8c  dans  le  quatrième  Ventricule  des  Animaux  qui  rumi¬ 
nent. 

Le  Cœur  eftoit  extf&ordinairement  grand  8c  mollaffe:  fes  Ventricules  eftoient  ten¬ 
dus  par  vne  quantité  de  fan  g  caillé  qui  les  rempliffoit.  Le  Poulmon  avoit  fept 
Lobes. 

Les  Troncs  des  deux  jugulaires,  tant  de  l’interne  que  de  l’externe,  avoient  chacun 
feize  Valvules  difpofées  en  fix  rangs  éloignez  environ  de  deux  pouces  l’vn  de  l’autre. 
Les  quatre  rangs  d’en  haut  eftoient  de  trois  Valvules  chacun  :  les  deux  d’en  bas  n’en 
avoient  que  deux ,  mais  elles  eftoient  plus  grandes  que  celles  des  rangs  d’en  haut.  La 
difpofition  de  ces  Valvules  eftoit  telle  que  l’ouverture  des  Sacs  qu’elles  formoient, 
eftoit  tournée  du  cofté  de  la  Tefte,  pour  arrefter ,  ainfi  qu’il  y  a  apparence  ,  la  trop 
grande  impetuofité  du  fang  qui  tombe  en  retournant  du  Cerveau  dans  les  Rameaux 
axillaires.  Ceux  des  modernes  qui  ont  ignoré  quel  eft  le  mouvement  du  Sang  dans  les 
Veines,  ont  donné  céf  vfage  à  toutes  les  Valvules  de  ces  vaiffeaux,  la  fituation  defquel- 
les  fe  trouve  eftre  contraire  au  mouvement  8c  au  cours  du  Sang  de  la  manière  qu’ils 
l’entendent,  8c  favorable  au  cours  qu’il  a  effeélivement  pour  la  Circulation, c’eft  à  dire, 
pour  fon  retour  vers  le  Cœur.  Bartholin  a  remarqué  deux  Valvules  dans  vne  des  Jugu¬ 
laires.  Riolan,  qui  eft  le  premier  inventeur  de  ces  deux  Valvules ,  affeûre  qu’elles  ne 
fe  trouvent  jamais  que  dans  la  Jugulaire  interne,  quoy-que  nous  en  ayons  toujours 
trouvé  dans  l’externe  de  mefme  que  dans  l’interne:  Mais  cette  fituation  des  Valvules 
contraire  au  mouvement  du  fang  vers  le  Cœur ,  n’a  point  encore  efté  veûë  que  par 
Amatus  Lufitanus,  qui  en  a  obfervé  de  cette  nature  au  commencement  de  l’Azygos, 
8c  qu’il  croit  fervir  &  empefteher  que  le  fang  de  l’Azygos  ne  retourne  dans  le  Tronc  de 
la  Cave-,  mais  cette  conformation  eft  extraordinaire ,  quoy-que  die  cét  Auteur,  qui  af¬ 
feûre  l’avoir  vue  mille  fois;  parce  que  tous  les  Anatomiftes,  d’vn  commun  confente- 

ment, 


ET  D’UNE  BICHE  DE  SARDAIGNE.  iS3 

ment,  témoignent  avoir  toujours  vu  le  contraire,  &:  n’avoir  jamais  rencontré  de  Valvu¬ 
les  dans  les  Veines,  dont  la  fituation  ne  fufl  favorable  au  mouvement  du  fang  vers  le 
Coeur. 

Les  Carotides  ayant  efté  ouvertes  en  long,  on  a  remarqué  qu’elles  avoient  plufîeurs 
rayes  comme  des  coupeûres  tranfverfàles ,  qui  interrompoient  la  continuité  des  Fibres, 
qui  font  félon  la  longueur  de  la  Membrane  interne  de  cette  Artere  :  ce  qui  paroilïoit 
eftre  fait  pour  nouer  ces  Fibres ,  8c  les  fortifier  de  mefme  qu’il  fe  voit  aux  Fibres  du 
Mufcle  droit  du  Ventre,  qui  font  ainfi  interrompues  par  les  lignes  tranfverfales ,  que 
l’on  appelle  les  Enervations.  On  a  cherché  fi  la  mefme  chofe  fe  trouveroit  dans  l’ Ar¬ 
tere  crurale,  mais  elle  efloit  lice  &  égale,  Sc  n’avoit  point  ces  coupeûres. 

Le  Globe  de  l’Oeil  avoit  vn  pouce  &  demi  de  diamètre.  Le  Cryflallin  efloit  plus 
convexe  en  derrière  qu’en  devant. 


XXx 


134 


Explication  de  la  figure  de  la  Peintade. 


LA  Peintade  qui  efl:  reprefentée  dans  la  figure  d'en  bas, n’a  point  de  bouquet  à  la 
racine  du  Bec,  comme  celle  dont  la  Tefte  efl  reprefentée  en  grand  dans  la  figure 
d’en  haut.  A  l’égard  des  autres  particularitez,  les  dix  dont  on  a  fait  la  defcription,  avoient 
toutes  ce  que  celle-cy  a  de  remarquable,  fçavoir  la  Queue  tournée  en  embas  comme 
elle  efl  aux  Perdrix 5  le  Col  &:  les  Jambes  plus  longues  que  les  Perdrix  ne  les  ont*,  les 
Pieds  garnis  de  membranes  à  la  manière  des  Oifeaux  Aquatiques  *,  la  Tefte  couverte 
d’vn  Cafque  $  le  deffus  du  Bec  garni  de  deux  appendices  ;  &  tout  le  Plumage  noir, 
ou  gris-brun,  parfemé  de  marques  blanches. 


Dans  la  figure  d'en  haut. 


AB.  Efl  vne  des  Plumes  de  I Aile.  A 3  efl  la  -partie  de  la  Plume  qui  efl  decouverte.  B 3  efl  celle  qui  efl 
recouverte  par  vne  autre  Plume. 

C  D.  'Vne  des  Plumes  du  Ventre.  C  3  efl  la  partie  de  la  Plume  qui  couvre  le  duvet  marqué  D. 

EFG.  La  Tefle  en  grand.  E  3  est  le  bouquet  qui  s’élève  a  la  racine  du  Bec.  F  3  le  Cafque  ou  Bonnet 
G ,  les  Barbes  charnues. 
g.  Le  trou  de  l’Oreille. 

H  H.  Les  petits  Muficles  de  l’ A fpre  Artere. 

1 1.  L’ Artere  du  Poulmon  fieparée  en  deux  branches. 

K  K.  Les  Carotides ,  dont  la  gauche  fimble  fbrtir  immédiatement  du  Cœur . 

L.  La  Croffe  de  l’Aorte  détournée  au  collé  droit . 

M  N.  Le  Cœur. 

N.  L’Oreille  droite. 

OO.  Le  Foje. 

La  Vèflcule  du  Fiel. 

Le  Conduit  qui  porte  la  bile  dans  l’Inteflin. 

L’ Int  ef tin. 

Le  Ventricule  ou  Gefier. 

Les  Veines  Iliaques. 

Vn  Eeflicule  vnique  attaché  d  la  bifurcation  des  Veines  Iliaques. 

Les  Veines  Emulgentes. 

La  continuation  du  Eronc  de  l’ Aorte  par-deld  les  Veines  Iliaques. 

Les  Arteres  Iliaques  qui  fervent  d’ Emulgentes. 

Les  Reins. 

Les  Vreteres. 


% 

R. 

S. 

TT. 

V. 

XX. 
Y. 
aa. 
b  b. 
c  c. 


$ 


DESCRIPTION 


\ 


13  s 

DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  DIX  PEINTADES 

LES  Oifeaux  que  nous  décrivons  font  d’vne  efpece  de  Poulie  appellée  Peintade, 
à  caufe  de  la  juflefle  des  figures  qui  femblent  avoir  efté  peintes  fur  fon  Plumage, 
ces  figures  n’eftant  point  irrégulières  6c  comme  faites  au  hazard  ,  ainfi  qu’en  la  plufpart 
des  autres  Oifeaux.  Quelques -vns  des  Anciens  fe  font  fondez  fur  cette  mefme  raifon 
dans  le  choix  des  noms  qu’ils  ont  donné  à  ces  Poulies  :  car  elles  font  appellées  Varia 
par  Yarron  6c  par  Pline,  6c  Guttatœ  par  Martial,  à  caufe  des  marques  blanches  dont 
tout  leur  corps  efl  diverfifié  6c  femé  comme  de  plusieurs  gouttes.  Leurs  Oeufs  font  aufîi 
peints,  6c  marquetez  de  blanc  6c  de  noir:  tant  cette  forte  de  marqueture  efl  vne  chofe 
naturelle  6c  perpétuelle  à  ces  Oifeaux,  que  cette  particularité  distingue  des  Poulies  com¬ 
munes  ,  qui  dans  le  genre  des  Oifeaux  font  prefque  les  feuls  qui  nont  point  le  Plumage 
toujours  avec  les  mefmes  couleurs  dans  leur  efpece,  les  Poulies  efiant  indifféremment 
blanches,  noires,  grifes,  fauves,  ou  méfiées  de  toutes  ces  couleurs.  Les  autres  Auteurs 
ont  donné  aux  Peintades  des  noms  pris  du  Païs  ou  elles  naiffent  ordinairement,  qui  efl: 
l’Afrique,  en  les  appellant  Poulies  d’Afrique,  de  Barbarie,  de  Numidie,  de  Guinée,  de 
Mauritanie,  de  Tunis,  de  Pharaon  ,  c’eft  à  dire  d’Egypte.  Margravius  dit  qu’elle  efl: 
appellée  Quefele  au  Royaume  de  Congo.  Pline  rapporte  qu’elles  font  aufli  appellées 
Meleagrides ,  parce  qu’à  ce  qu’on  difoit  de  fon  temps,  elles  paffoient  tous  les  ans  d’A¬ 
frique  en  Bœotie,  &  venoient  fe  battre  prés  du  Tombeau  de  Meleagre,  dont  la  Fable 
feint  que  les  Sœurs  furent  changées  en  ces  Oifeaux.  11  y  en  a  qui  croyent  que  Meleagris 
efl:  le  Coc-d’Inde:  ce  qui  fera  examiné  dans  la  fuite. 

Les  dix  Peintades  dont  nous  avons  fait  la  difleétion,  efloient  de  la  grandeur,  6c  à  peu 
prés  de  la  forme  d’vne  Poulie  ordinaire.  Quelques -vns  trouvent  quelles  reffemblent 
mieux  à  la  Perdrix-,  mais  la  longueur  de  leur  Col,  &  de  leurs  Jambes,  qui  furpafloit  mef¬ 
me  celle  du  Col  6c  des  Jambes  des  Poulies,  ne  nous  ont  point  fait  approuver  cette  ref- 
femblance:  nous  avons  feulement  trouvé  qu’elles  avoient  la  Queue  courbée  en  embas 
comme  la  Perdrix,  6c  non  pas  retrouflce  en  enhaut  comme  la  Poulie.  Mais  elles  n’ont 
point  de  caraétere  plus  particulier  de  Poulie  que  les  Appendices  charnues  qui  leur  pen¬ 
dent  aux  deux  coftez  des  Joues,  qui  ne  fe  trouvent  en  aucun  autre  Oifeau,  6c  qui  mef¬ 
me  dans  la  Peintade  ont  quelque  chofe  de  different  de  celles  qui  font  aux  Poulies,  ainfi 
qu’il  fera  expliqué  cy- après. 

Tout  leur  Plumage  n’eftoit  que  de  deux  couleurs,  fçavoir  de  blanc  6c  de  noir.  Le 
blanc  eftoit  parfaitement  blanc  par  tout  :  le  noir  eftoit  aufli  en  quelques  endroits  par¬ 
faitement  noir,  mais  en  la  plufpart  il  eftoit  affoibli,  6c  tirant  fur  le  gris-brun. 

Le  haut  du  Col  au  lieu  de  Plumes,  eftoit  feulement  garni  d’vn  duvet  noir,  qui  refi- 
fembloit  mieux  à  du  Poil  qu’à  des  Plumes.  Ces  Poils  longs  d’environ  deux  lignes, 
efloient  tournez  en  enhaut  contre  la  fituation  ordinaire  du  Poil  6c  des  Plumes.  En  l’vn 
de  nos  Sujets,  vers  le  derrière  de  la  Telle,  ces  Poils  efloient  longs  de  prés  d’vn  pouce, 
&C  faifoient  comme  vne  houppe.  Le  bas  du  Col  avoit  de  petites  Plumes  de  gris-brun 
marqué  de  blanc.  Ces  Plumes  alloient  infenfiblement  croiflant  en  grandeur  jufqu’à  la 
Poitrine,  ou  elles  avoient  prés  de  trois  pouces  de  long  fur  vn  pouce  de  large.  La  moitié 
de^  ces  Plumes  vers  la  racine  6c  des  deux  collez  du  tuyau  eftoit  garnie  de  barbes  en  ma¬ 
niéré  de  duvet  gris -blanc,  longues  de  plus  de  demi -pouce  de  chaque  collé.  Chaque 
duvet  ou  barbe  eftoit  effilée,  8c  divifée  comme  en  plufîeurs  brins  de  loye  très -fine 
vers  fon  extrémité.  Prés  du  tuyau  les  racines  de  chaque  barbe  efloient  jointes  en- 
femble  par  les  crochets  dont  les  barbes  des  Plumes  qui  fervent  à  voler,  ont  accoutumé 
deftre  attachées,  6c  qui  font  décrites  dans  l’Autruche.  L’autre  moitié  de  ces  Plumes 

YYy 


i$6  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

eftoit  compofée  de  ces  mefmes  fortes  de  barbes,  qui  font  plus  dures  &£  plus  fermes.  Elles 
elloient  d’vn  gris-bun  parfemé  de  marques  blanches  rondes  ,  de  deux  lignes  de  diamètre 
pour  le  plus.  Elles  faifoient  par  vn  ordre  égal ,  trois  rangs  à  chaque  collé  de  fix  à  cha¬ 
que  rang  ;  en  forte  que  la  fixiémë  de  chaque  rang,  qui  eftoit  commune  au  rang  oppofé, 
dont  elle  faifoit  aufli  la  fixiéme,fe  rencontrait  fur  la  queue  du  tuyau.  Ce  tuyau, qui  eftoit 
noir,  devenoit  blanc  à  l’endroit  de  la  marque,  comme  fi  l’on  avoit  jette  fur  vn  cuir  noir 
des  gouttes  d’eau  forte  qui  l’eulfent  déteint:  ce  qui  explique  la  penfée  de  Martial,  par 
qui  les  Peintades  font  appellées  Guttatœ. 

Les  Plumes  des  Aîles  eftoient  marquetées  d’vne  autre  façon,  ayant  de  deux  fortes  de 
marques  ,  dont  les  vnes  eftoient  rondes,  Sc  les  autres  longues.  Ces  marques  eftoient 
blanches,  fur  vn  fond  brun  de  trois  differentes  manières:  car  à  l’endroit  où  la  Plume  eft 
couverte  d’vne  autre  Plume,  ce  fond  eftoit  Amplement  gris-brun;  au  refte  de  la  Plume 
ce  fond  eftoit  abfolument  noir  au  tour  de  la  marque  blanche  -,  le  refte  eftoit  méfié  de 
points  blancs  &C  de  points  noirs. 

Clytus  Milefîen  difciple  d’Ariftote ,  qui  décrit  la  Peintade  dans  Athenée  avec  vne 
grande  exaéhitude,  s’eft  principalement  étendu  furies  particularitez  de  la  figure  ÔC  de 
la  couleur  des  marques  de  ces  Plumes,  &c  jufqu’à  avoir  obfervé  que  le  noir  qui  borde  les 
marques  fe  mefle  réciproquement  avec  le  blanc  en  forme  de  fcie,  ce  qu’il  eft  affez  diffi¬ 
cile  de  comprendre ,  fi  l’on  ne  voit  oes  Plumes,  ou  leur  figure:  c’eft  pourquoy  nous  les 
avons  fait  peindre  fort  exactement. 

La  Queue,  ainfi  qu’il  a  efté  dit, «eftoit  vn  peu  recourbée  en  deflbus  comme  aux  Per¬ 
drix.  Les  Jambes  eftoient  couvertes  de  petites  Plumes  couchées ,  &  comme  collées  fur 
la  peau  :  elles  eftoient  de  gris-brun,  marquetées  de  blanc  comme  toutes  les  au¬ 
tres. 

La  Telle  eftoit  fans  Plumes.  La  Paupière  fuperieure  avoit  feulement  de  longs  poils 
noirs,  qui  fe  relevoient  en  enhaut.  Au  deflus  de  la  Tefte  il  y  avoit  vne  Crefte,  ou  manière 
de  Cafque,  que  les  Auteurs  modernes  comparent  au  Bonnet  du  Doge  de  Venife.  Cette 
Crefte  eft  appellée  Cutacée  par  Margravius:  nous  avons  trouvé  quelle  eftoit  feulement 
reveftuë  par  deflus  d’vne  peau  feche  &£  ridée  de  couleur  de  fauve-brun ,  qui  s’étendoit 
depuis  le  bec  jufqu’au  derrière  de  la  tefte  quelle  couvroit,  eftant  échancrée  au  droit 
des  yeux  -,  mais  le  dedans  eftoit  d’vne  fubftance  fpongieufe  ,  moins  dure  que  l’os ,  &C 
reffemblant,  comme  dit  Clytus,  à  vne  chair  deffechée  &C  endurcie  comme  du  bois:  ce 
qui  peut  faire  croire  que  d’Alechamp  &  Cafaubon  n’ont  pas  eu  raifon  de  corriger  les 
anciens  exemplaires  d’Athenée,  où  il  y  a  que  cette  Crefte  eft  r  cwjjj*  ZvteetÂç  3  en  mettant 
?o  %pci$[jLa3  au  lieu  de  ?>  owfxoi:  car  quoy-que  la  couleur  de  cette  Crefte  ait  rapport  à  quel¬ 
que  bois ,  il  eft  vray  de  dire  que  fa  fubftance  a  plus  de  rapport  à  toute  forte  de  bois 
que  fa  couleur ,  parce  que  les  couleurs  des  bois  font  bien  plus  differentes  entre  elles 
que  leurs  fubftances.  D’Alechamp  s’eft  encore  peut-eftre  trompé,  quand  il  a  dit  que 
cette  Crefte  eft  particulière  aux  malles  ;  car  nous  l’avons  trouvée  en  tous  nos  Sujets 
tant  malles  que  femelles. 

L’Oeil  eftoit  grand  &  ouvert.  Le  Poëte  Sophocle ,  au  rapport  de  Pline,  alfeûre  que 
l’Ambre  jaune  eft  fait  des  larmes  qui  coulent  des  yeux  des  Peintades  qui  font  au-delà 
des  Indes. 

Le  Bec  eftoit  femblable  à  celuy  d’vne  Poulie.  Nous  avons  trouvé  en  deux  de  nos  Sujets 
fur  le  milieu  de  la  racine  du  Bec,  vn  bouquet  compofé  de  douze  ou  quinze  filets  de  la 
longueur  de  quatre  lignes,  &  de  la  grolfeur  d’vne  petite  épingle,  de  couleur  &  de  fub¬ 
ftance  pareille  à  de  la  foye  de  Pourceau.  De  chaque  collé  du  Bec  vne  peau  bleuaftre  s’é¬ 
tendoit  vers  l’Oeil ,  quelle  entouroit ,  &c  devenoit  noire  en  cét  endroit.  Belon  dit  abfo¬ 
lument  qu’elle  eft  blanche  autour  de  l’Oeil.  Cette  peau  formoit  les  Paupières ,  Se  re- 
veftoit  deux  appendices  d’vne  fubftance  moitié  charnue,  &  moitié  cartilagineufe :  elles 
pendoient  aux  deux  collez  des  Joués,  eftant  attachées  à  la  Mâchoire  fuperieure,  &  non 
à  l’inferieure,  comme  elles  font  aux  Poulies,  &  comme  Selon  les  a  fait  peindre  dans  fa 
Peintade.  Nous  les  avons  trouvées  de  differentes  figures  en  nos  Sujets  :  car  en  quel- 

'  ,  .  ques- 


DE  DIX  PEXNTADES.  137 

ques-vns  elles  eftoient  ovales,  en  d'antres  quarrées  ,  en  d’autres  triangulaires.  Elles 
eftoient  auffi  de  couleur  differente.  Margravius  dit  Amplement  qu  elles  font  rouges. 
Nous  avons  remarqué  quelles  eftoient  ronges  aux  femelles,  de  bleues  aux  malles  ;  quoy- 
que  tous  les  Auteurs  difent  que  cét  Oilèau  n’a  aucune  marque  extérieure  qui  falfe  la 
diftinélion  du  fexe.  Columelle  fonde  fur  cette  différence  de  couleurs  vne  diftinétion 
entre  la  Poulie  Afriquaine  ou  Numidique,  de  le  Meleagris ,  difant  que  la  Poulie  Afri- 
quaine  a  fes  appendices  rouges,  de  que  le  Meleagris  les  a  bleues:  mais  il  n’y  a  point 
d’apparence  qu’vne  telle  différence  puilfe  conftituer  des  efpeces  diverfes ,  puifque  ces 
couleurs  peuvent  changer  aifément  en  vn  mefme  individu  par  de  legeres  occalions,  ainll 
qu’il  fe  voit  au  Cocq-  d’Inde,  à  qui  la  Greffe  devient  rouge,  quand  il  eft  en  colere,  dC 
qui  l’a  ordinairement  bleue. 

A  cofté  des  appendices  en  arriére,  on  voyoit  à  découvert  l’ouverture  de  l’oreille  qui 
eft  cachée  aux  autres  Oifeaux  par  les  plumes  qui  garniffent  la  tefte  :  cette  ouverture 
eftoit  extraordinairement  petite,  peut-eftre  parce  quelle  eft  découverte. 

Les  Pieds,  qui,  ainli  qu’il  a  efté  dit,  eftoient  fort  hauts,  eftoient  de  gris-brun. 
De  grandes  écailles  les  couvroient  en  devant-,  de  ils  n’avoient  par  derrière  qu’vne  peau 
raboteufe  par  vne  infinité  de  petites  éminences  pareilles  à  celles  du  chagrin.  Les  trois 
Doigts  de  devant  avoient  jufqu’au  tiers  de  leur  longueur  ,  des  peaux  qui  les  joignoient 
enfemble  comme  à  l’Oye.  Le  Doigt  de  derrière  eftoit  court ,  de  les  malles  n’avoient 
point  d’Ergot  au  derrière  du  Pied. 

Apres  avoir  fait  ces  remarques  fur  la  Peintade,  de  après  avoir  leu  ce  que  les  Anciens 
ont  écrit  de  l’Oifeau  appellé  Meleagris ,  nous  eftimons  qu’il  eft  bien  difficile  d’eftre  de 
l’opinion  de  Turnerus,  de  Belon,  de  Gefner,  d’Aldrovande,  de  de  tous  les  Auteurs  qui 
ont  écrit  de  ces  Oifeaux,  de  qui  veulent  que  le  Meleagris  des  Anciens  foit  le  Cocq- 
d’Inde,  de  non  pas  la  Poulie  Afriquaine,  ou  Peintade:  car  il  eft  aile  de  vérifier  que  tout 
ce  que  les  Anciens  ont  dit  de  l’Oifeau  Meleagris  fe  trouve  dans  la  Peintade,  de  que  rien 
de  tout  cela  ne  fe  voit  dans  le  Cocq-d’Inde,  qui  au  contraire  a  des  chofes  particulières 
qui  ne  font  point  dans  le  Meleagris  des  Anciens.  Car  les  particularitez  que  Clytus  attri¬ 
bue  à  l’Oifeau  Meleagris,  fçavoir  le  Bonnet  de  couleur  de  de  fubftance  ligneufe,  les  bar¬ 
bes  ou  appendices  des  joues,  les  marques  blanches  en  grand  nombre  femées  prés  à  prés 
régulièrement  de  avec  fymmetrie  furies  plumes, de  la  figure  &;  de  la  grandeur  d’vne Len¬ 
tille,  les  jambes  fans  ergots  au  malle,  &lareffemblance  parfaite  du  malle  &  de  la  femelle, 
fe  voyent  dans  la  Peintade,  de  ne  fe  trouvent  point  dans  le  Cocq-d’lnde.  Ce  que  Pline  dit 
de  l’Oifeau  Meleagris,  convient  encore  fort  bien  à  la  Peintade,  de  nullement  au  Cocq- 
d’Inde:  car  il  dit  que  Meleagris  eft  vn  Oifeau  qui  vit  dans  les  Lacs  de  dans  les  Rivières: 
or  les  peaux  que  la  Peintade  a  entre  les  doigts  des  pieds  ne  fe  trouvent  qu’aux  Ani¬ 
maux  qui  aiment  les  lieux  aquatiques,  ou  l’on  fçait  que  le  Cocq-d’Inde  ne  fe  plaift  point. 
Enfin,  dans  l’exaéte  defcription  que  les  Anciens  ont  faite  de  Meleagris, il  eft  impollible, 
s’il  eftoit  le  Cocq-d’Inde,  qu’ils  euflènt  obmis  les  chofes  remarquables  de  particulières 
qui  fe  voyent  dans  le  Cocq-d’Inde,  de  qui  ne  fe  trouvent  point  dans  la  Peintade,  telles 
que  font  la  manière  d’étaller  fa  queue,  de  traifner  fes  ailes  contre  terre,  d’allonger  de  de 
laifler  pendre  la  Crefte  qu’il  a  fur  la  tefte,  d’avoir  le  col  raboteux  de  tout-à-fait  dénué 
de  plumes,  de  d’avoir  vn  bouquet  de  crin  noir  à  l’eftomac. 

Pour  ce  qui  regarde  les  parties  du  dedans,  nous  avons  trouvé  l’Oefophage,  ainfiqu’à 
la  plufpart  des  Oifeaux,  rangé  au  cofté  droit  de  l’Afpre  Artere.  Il  s’élargiffoit  avant  que 
d’entrer  dans  la  Poitrine,  de  faifoit  vn  jabot  de  la  groffeur  d’vne  balle  à  jouer  à  la  paulme 
lors  qu’il  eftoit  enflé  ;  en  fuite  il  fe  retrecifloit  pour  paffer  au  travers  de  la  Poitrine.  Cette 
partie  retreffîe  avoit  deux  pouces  de  demi  de  long.  Tout  cét  Oefophage  eftoit  femé  d’vne 
grande  quantité  de  vaifleaux,qui  n’eftoient  pasfi  vifibles  dans  le  conduit,  qui  de  la  dilata¬ 
tion  que  nous  avons  prife  pour  vn  jabot,  paflbit  jufqu’au  Gefier,  ce  conduit  eftant  d’vne 
fubftance  plus  dure,  plus  blanche,  de  plus  nerveufeque  le  relie.  Le  Gefier  eftoit  comme 
à  la  Poulie.  On  11e  l’a  trouvé  en  la  plufpart  rempli  que  de  gravier.  Sa  Membrane  interne 
eftpit  fort  pliflée ,  de  aifément  féparable  de  la  partie  charnue.  Sa  fubftance  eftoit  fembla- 

ZZz 


i3B  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

ble  à  de  la  colle -forte;  en  forte  que  cette  Membrane  eftant  feparée  du  Gefier*  fe  defle^ 
choit  aifément*  &:  devenoit  dure  tk  caftante  comme  du  verre. 

Les  Inteftins  avoient  trois  pieds  de  long  fans  compter  les  deux  Cæcum,  qui  avoient  cha¬ 
cun  fix  pouces.  Le  Duodénum  eftoit  fans  comparaifon  plus  large  que  les  autres,  ayant  plus 
de  huit  lignes.  Les  Cæcum  n’eftoient  pas  d’vne  largeur  vniforme  comme  à  la  plufpart  des 
Oifeaux,  mais  alloient  en  s’élargiffant.  Ils  eftoient  attachez  par  les  Membranes  du  Me- 
fentere ,  fk  en  recevoient  des  vaiifeaux  comme  les  autres  Inteftins.  Il  n’y  avoit  point  de 
Pancréas. 

Le  Foye  eftoit  partagé  en  deux  Lobes ,  qui  avoient  par  en  haut  chacun  vne  cavité  pour 
recevoir  la  pointe  du  Cœur.  La  cavité'  du  Lobe  droit  eftoit  plus  grande, &  plus  enfoncée 
que  celle  du  gauche,  parce  que  la  pointe  du  Cœur  eftoit  tournée  vers  le  cofté  droit. 
L’extremité  inferieure  des  Lobes  eftoit  attachée  au  Diaphragme  qui  defcend  du  haut  en 
bas ,  Sc  aux  Veilles  que  le  Poulmon  forme  aux  Oifeaux  dans  le  bas  Ventre.  Dans  la 
plufpart  de  nos  Sujets  le  Foye  eftoit  fcirrheux,&  rempli  d’une  grande  quantité  de  grains 
durs  de  couleur  jaune,  fk  gros  les  vns  comme  des  pois,  les  autres  moindres.  Nous  n’a¬ 
vons  trouvé  de  Velicule  du  Fiel  que  dans  deux  de  nos  Sujets.  Dans  l’vn  elle  eftoit  lon¬ 
gue  de  neuf  lignes  fur  fix  de  large.  Elle  jettoit  vn  conduit  par  fon  fond  ,  qui  s’inferoit 
à  l’Inteftin  proche  du  Pylore.  En  l’autre  elle  eftoit  longue  d’vn  pouce  tk  demi,  &  large 
de  quatre  lignes,  eftant  attachée  à  la  partie  cave  du  Lobe  droit,  tk  elle  jettoit  vn  con¬ 
duit  qui  fortoit  de  fon  milieu ,  tk  non  de  fon  extrémité  inferieure ,  fk  ailoit  s’inferer  à 
l’Inteftin ,  quatre  doigts  au  deflous  du  Pylore.  Dans  les  autres  Sujets  qui  eftoient  fans 
Veficule,  l’on  a  trouvé  le  rameau  Hépatique  fort  gros  tk  fort  manifefte.  Il  eftoit  long 
de  cinq  pouces,  &  s’inferoit  dans  l’Inteftin  fix  pouces  au  -  delà  du  Pylore. 

Vers  la  partie  fuperieure  du  Gefier  il  y  avoit  vn  corps  de  figure  ovale  de  la  lon¬ 
gueur  de  neuf  lignes,  de  couleur  de  rouge -brun,  de  fubftance  ferme.  11  avoit  conne¬ 
xion  avec  le  Tronc  de  la  Veine- Porte,  avec  celuy  de  la  Cave  tk  celuy  de  l’Aorte, 
avec  les  Inteftins,  tk  avec  le  Ventricule  par  des  Rameaux  très  -  vifibles.  Quelques 
Auteurs  modernes  ont  remarqué  que  les  Oifeaux  dont  le  Ventricule  eft  charnu  font 
fans  Ratte.  Nous  avons  néanmoins  jugé  que  ce  corps  ne  pouvoit  eftre  autre  chofe 
qu’vne  Ratte,  tant  à  caufede  ces  connexions,  que  de  la  fympathie  qu’il  paroiftbit  avoir 
avec  le  Foye,  à  caufe  que  l’on  a  trouvé  que  dans  tous  les  Sujets  où  le  Foye  eftoit  fcir- 
rheux,  cette  partie  l’eftoit  de  la  mefme  manière-,  quoy-que  la  fubftance  dure  &  com¬ 
pare  de  ce  corps  dans  les  Sujets  où  il  n’eftoit  point  fcirrheux,  fk  fa  figure  fi  régulière¬ 
ment  ovalaire  puflent  faire  croire  que  c’eftoit  vn  Tefticule:  mais  il  y  avoit  deux  autres 
corps  ronds  de  quatre  lignes  de  diamètre,  couchez  fur  les  Lombes,  tk  attachez  aux 
Troncs  de  la  Veine  Cave  &  de  l’Aorte,  qui  eftoient  les  véritables  Tefticules.  En  vn  des 
Sujets  ce  corps  rond  eftoit  vnique,  fk  attaché  fur  l’endroit  de  la  divifion  des  Iliaques. 

L’air  ayant  efté  pouffé  avec  vn  foufltet  dans  l’Afpre  Artere,  on  fit  enfler  toutes  les 
Veffies  qui  reçoivent  l’air  apres  qu’il  a  paffé  au  travers  du  Poulmon,  fk  dont  il  y  en  a  qui 
defcendent  dans  le  bas  Ventre  des  Oifeaux,  on  obferva  que  le  Péricarde  s’enfloit  aufli. 
Cette  remarque  peut  eftre  de  quelque  importance  pour  découvrir  les  vfages  de  la  Refpi- 
ration,  fk  les  vtilitez  que  l’air  eftant  introduit  par  fon  moyen  dans  la  Poitrine,  peut  ap¬ 
porter  au  Cœur  par  la  compreflion  qu’il  y  peut  caufer ,  par  l’impreftion  de  fes  qualitez, 
par  la  réception  des  fumées  qu’il  exhale  inceffamment  dans  l’embrafement  continuel  dans 

lequel  il  eft,  ïkc.  ^ 

La  Membrane  du  Péricarde  n’eftoit  pas  jufte,  &  ferrée  au  Cœur  comme  elle  eft  a 
l’ordinaire ,  mais  elle  eftoit  beaucoup  allongée  vers  la  pointe ,  faifant  vn  fac  ou  appen¬ 
dice  de  plus  d’vn  demi -pouce  de  longueur.  En  l’vn  des  Sujets  cette  appendice  eftoit 
beaucoup  plus  longue  -,  car  defcendant  entre  les  deux  Lobes  du  Foye ,  elle  s’alloit  atta¬ 
cher  au  Gefier. 

L’Afpre  Artere,  après  avoir  pénétré  dans  la  cavité  du  Thorax,  avoit  deux  petits  Muf- 
cles  qui  luy  eftoient  attachez  à  fa  partie  anterieure ,  fk  qui  fe  détournant  de  cofté  ÔC 

d’autre ,  &  vn  peu  en  embas,  s’attachoient  par  plufîeurs  fibres  aux  vaiifeaux  du  Cœur. 

?  Ces 


DE  DIX  PEINTADES.  139 

Ces  Mufcles  eftoient  longs  chacun  de  prés  d’vn  pouce,  ronds  comme  vne  corde ,  &  de 
la  gro fleur  des  deux  tiers  d’vne  ligne.  Nous  avons  trouvé  ces  mefmes  Mufcles  en  beau¬ 
coup  d’Oifeaux  :  en  la  plufpart  ils  attachent  l’Afpre  Artere  au  Sternon. 

Les  Poulmons  efloient  des  chairs  (pongieufes ,  8c  percées  de  plufieurs  petits  trous 
à  pafler  la  telle  d’vne  petite  épingle  ,  femez  régulièrement  autant  plein  que  vuide , 
recouverts  d’vne  Tunique  fort  déliée.  Ils  efloient  d’vn  rouge- pafle  tirant  fur  le  cendré , 
ayant  deux  pouces  tk  demi  de  long  fur  neuf  lignes  en  leur  plus  grande  largeur,  &  cinq 
lignes  en  leur  plus  grande  épaifleur. 

Le  Cœur  avoir  vn  pouce  de  demi  de  long  fur  vn  pouce  de  large:  vers  fa  baie  il  eftoit 
fort  pointu.  L’Aorte  eftant  fortie  du  Ventricule  gauche,  fe  détournoit  à  droit  eftant  en¬ 
core  dans  le  Cœur,  de  couverte  de  l’Oreille  droite,  en  forte  qu’elle  paroifloit  lortir  du 
Ventricule  droit,  de  elle  faifoit  fa  crofle  en  cét  endroit,  pour  defcendre  au  coflé  droit. 
Par  cette  mefme  railbn  la  Carotide  gauche  fembloit  aufli  fortir  du  Cœur,  quoy  qu’elle 
fortift  du  Tronc.  La  diviflon  du  Tronc  de  l’Aorte  qui  forme  les  rameaux  Iliaques,  eftoit 
vn  pouce  de  demi  plus  bas  que  la  diviflon  des  Iliaques  de  la  Cave.  Ces  rameaux  efloient 
beaucoup  plus  petits  que  ceux  de  la  Cave.  Ils  fervoient  de  rameaux  Emulgens,  les 
Reins  y  eftant  attachez.  Les  rameaux  Emulgens  de  la  Cave  fortoient  aufli  des  ra¬ 
meaux  Iliaques  de  la  Cave-,  de  après  s’eftre  attachez  aux  Reins,  pafloient  outre,  de  mef¬ 
me  que  les  Arteres.  Le  mefme  Tronc  de  l’Aorte,  après  fa  diviflon  en  rameaux  Iliaques, 
continuoit,  de  defcendoit  jufqu’à  l’Anus,  jettant 
pour  former  les  Crurales. 

Le  Cerveau  n’avoit  rien  de  particulier.  On  a  feulement  obfervé  qu’il  y  avoit  deux 
Apophyfes  ofleufes  de  la  grofleur  d’vne  petite  épingle,  tk  longues  de  deux  lignes,  qui 
fortant  des  deux  codez  du  Crâne,  venoient  fè  joindre,  tk  faire  vn  angle  entre  le  grand 
de  le  petit  Cerveau. 

Le  Cryftallin  eftoit  plus  convexe  en  dedans  l’Oeil  qu’en  dehors. 


plufleurs  Rameaux  a  droite  de  a  gauche, 


A  A  Aa 


W°  '  •  ' 

Explication  de  la  figure  de  l’Aigle. 

A  figure  d’en  bas  ne  reprefente  que  l’vne  des  Aigles  qui  font  icy  décrites ,  parce 
quelles  eftoient  prefque  toutes  femblables.  La  principale  différence  eftoit  aux 
Plumes  du  Col ,  qui  n’eftoient  compofées  que  d’vn  duvet  fort  long  &  fort  délié  dans 
le  Maûe  ;  au  lieu  qu’aux  Femelles  elles  eftoient  en  manière  d’Ecailles.  Il  faut  encore  re¬ 
marquer  que  la  grandeur  de  lOngle  du  Doigt  de  derrière  n’a  pû  eftre  reprefentée  telle 
qu’elle  paroiftroit ,  fi  ces  Ongles  n’eftoient  pas  cachez  comme  ils  font  neceffairement 
par  le  tronc  fur  lequel  FAigie  eft  perchée. 

T  *  >  *  |  i  < 

k.  -  •  ■  t  - 

Dans  la  Jigure  d'en  haut. 


A. 

B. 

C. 

D. 

E. 

F. 

G  G  G. 
i  x  3. 

H. 

I. 

K. 

L.  , 

M. 

N. 

O. 

P. 

R. 

S. 

TTVX. 


Y  Y. 


Eft  le  Tronc  de  la  Veine  Porte . 

Le  Col  de  la  Veficule  du  Fiel. 

Le  Canal  Cyftique. 

Le  Canal  Hépatique. 

La  Ratte. 

Le  Pancréas. 

Les  Rameaux  de  la  Veine  Porte  &  de  l’Artere  Cœliaque ,  qui  vont  d  la  Ratte  &  aux  Inteftins . 
Les  trois  Canaux  Pancréatiques. 

L’AJpre  Artere. 

L’Oefophage  enflé. 

En  corps  glanduleux  attache'  au  haut  de  l’Oefbphage. 

Le  Ventricule.  -  -,  : 

La  Ratte. 

Les  Rameaux  qui  fè  distribuent  d  la  Ratte  aux  Intestins.  . 

Le  Pancréas. 

La  Langue. 

U  Oeil. 

H  ne  des  Plumes  de  la  (forge  qui  neSt  composée  que  de  filets  en  forme  de  duvet .  &  qui  a  deux 
tuyaux  comme  deux  branches  qui  fbrtent  d’vn  autre  tuyau  qui  en  eSt  comme  le  tronc. 

La  Moelle  de  l’Epine  fendue  &  fiparée  comme  en  deux  branches  qui  Je  rejoignent  en  fuite. 

La  me  fine  Moelle  coupée  en  travers  3  pour  faire  voir  comme  les  deux  parties  EE}  qui  fiparent 
en  deux  le  Eronc  de  la  Moelle  en  devant  >  font  jointes  par  la  partie  pofterieure  X  3  pour 
former  la  Cavité  V 

Deux  petites  Appendices  qui  tiennent  lieu  de  Cacum  ,  ayant  en  dedans  vne  cavité  fort  petite . 


DESCRIPTION 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  TROIS  AIGLES 

CE  s  trois  Aigles  effoient  prefque  femblables  en  grandeur,  en  figure,  &  en  plu¬ 
mage.  Les  parties  du  dedans  effoient  differentes  en  quelque  chofo,  principalement 
parce  qu’elles  effoient  de  different  fexe. La  plus  grande,  qui  elloit  vne Femelle ,  avoir  de¬ 
puis  l’extremité  du  bec ,  jufqu’à  celle  de  la  queue ,  deux  pieds  neuf  pouces  ;  du  bout 
d’vne  aile  jufqu’au  bout  de  l’autre,  quand  elles  eltoient  étendues,  fept  pieds  &  demi. 
Le  Bec  avoir  deux  pouces  &  demi  de  long ,  fans  comprendre  la  courbeure  qui  avoir 
neuf  lignes.  Toute  la  Telle,  comprenant  le  bec,  avoit  quatre  pouces  &  demi  ;  le  Col 
cinq  pouces  &c  demi-,  la  Jambe  compris  la  Cuiffe,  jufqu’à  l’extremité  des  Ongles,  quinze 
pouces.  Elle  pefoit  dix  livres.  Tout  fon  plumage  elloit  d’vn  challain  prefque  noir,  à  la 
referve  du  bas  du  col  en  devant,  &  du  ventre ,  qui  elloit  d’vn  blanc  faili  par  vn  gris 
rouffaftre.  Les  Pieds  effoient  petits  à  proportion  du  Corps,  &C  d’vn  gris  bleuaftre.  Le  Bec 
elloit  tout  noir. 

Les  deux  autres ,  dont  l’vne  elloit  Malle,  St  l’autre  Femelle ,  8c  qui  effoient  vn  peu 
plus  petites,  avoient  le  Bec  noir  par  le  bout,  jaune  vers  le  commencement,  &C  bleuaftre 
par  le  milieu.  Les  Pieds  effoient  jaunes,  couverts  d’écailles  de  differentes  grandeurs-, 
celles  du  deffus  des  doigts  ellant  grandes  en  table,  principalement  vers  lextremité; 
les  autres  ellant  fort  petites.  Les  Ongles  effoient  noirs,  crochus,  &  fort  grands, fur  tout 
celuy  du  doigt  de  derrière ,  qui  elloit  prefque  vne  fois  auffi  grand  que  les  autres. 

Le  Plumage  elloit  de  trois  couleurs,  fçavoir  challain  -  brun ,  roux,  &C  blanc.  Le  deffus 
de  la  Telle  elloit  meflé  de  challain  &  de  roux.  La  Gorge  &  le  Ventre  effoient  mellezde 
blanc,  de  roux,  &C  de  challain:  les  Ailes  avoient  beaucoup  de  challain,  peu  de  roux,  8c 
encore  moins  de  blanc.  Les  Tuyaux  des  grandes  plumes  des  Ailes  avoient  neuf  lignes 
de  tour.  Les  plumes  de  la  queue  effoient  fort  brunes  vers  lextremité ,  ayant  quelque 
peu  de  blanc  vers  leur  origine.  Les  Cuiffes  &  les  Jambes  jufqu’au  commencement  des 
Doigts,  effoient  couvertes  de  plumes  moitié  blanches,  &;  moitié  roufles,  chaque  plu¬ 
me  ellant  rouffe  par  le  bout,  &  blanche  vers  fon  origine. 

Les  Naturaliftes  difent  que  les  Aigles  ont  ainlî  les  Jambes  garnies  de  plumes ,  tant 
pour  les  munir  contre  les  coups  du  bec  &C  des  ongles  des  Oifeaux ,  quand  elles  les  pren¬ 
nent  dans  leurs  ferres  ,  que  pour  les  défendre  du  froid  des  neges,  auquel  elles  font  expo- 
fées  fur  le  haut  des  montagnes  où  elles  le  tiennent  ordinairement.  Belon  qui  a  décrit  plu- 
fieurs  efpeces  d’ Aigles,  les  a  toutes  dépeintes  avec  les  jambes  dégarnies  de  plumes. 

Outre  les  grandes  plumes  qui  couvroient  le  Corps ,  il  y  avoit  à  leur  racine  vn  duvet 
fort  blanc  &c  fort  fin,  de  la  longueur  d’vn  pouce.  Ce  duvet  eft  encore  auffi  pour  munir 
les  Aigles  contre  le  froid ,  auquel  elles  font  fort  fenfibles  :  ce  qui  fait  que  les  Fauconniers, 
lors  qu’ils  fe  fervent  des  Aigles  pour  le  haut  vol,  leur  oftent  vne  partie  de  ce  duvet  &C 
des  autres  plumes  qui  leur  garniffent  le  Ventre,  afin  qu’elles  ne  s’élèvent  pas  trop  haut, 
en  ellant  empefchées  par  le  froid  de  la  moyenne  région  de  l’air.  Les  autres  plumes  qui 
couvroient  le  dos  &  le  ventre  de  nos  Aigles ,  avoient  quatre  &C  cinq  pouces  de  long. 
Celles  qui  couvroient  les  cuiffes  en  dehors,  avoient  jufqu’à  fix  pouces,  &  elles  Ibrtoient 
de  trois  pouces  au-delà  du  talon.  Celles  dont  la  gorge  &c  le  ventre  effoient  garnies  au 
Malle  avoient  fept  pouces  de  long  trois  de  large:  elles  effoient  molles,  n’ayant  des 
deux  collez  du  tuyau  qu’vn  long  duvet,  dont  les  fibres  n’eftoient  point  acrochées  en- 
femble,  comme  elles  font  ordinairement  aux  plumes  fermes  qui  font  arrangées  en  écaille. 
Ces  Plumes  effoient  doubles  :  car  chaque  tuyau ,  après  eftre  fortide  la  peau  environ  deux 
lignes  &  demie,  jettoit  deux  tiges  inégales,  l’vne  ellant  vne  fois  plus  grande  que  l’autre; 
Nous  avons  remarqué  la  mefme  choie  aux  plumes  du  col  &;  du  ventre  d’vn  Perroquet, 
de  dans  toutes  les  plumes  d’vti  Cazuél.  Belon  dit  que  l’Oifeati  qu’il  appelle  Cocq  de  bois, 

BBBb 


i4*  DESCRIPTION  ANATOMI QJJ  E 

&C  qu’il  croit  eftre  le  Tetrix  d’ Ariftote,  a  de  ces  fortes  de  plumes,  &  qu’il  n’a  point  vu 
qu’aucun  autre  Oifeau  en  ait, 

L’Oeil  qui  eftoit  enfoncé  dans  l’Orbite,  &C  couvert  par  vne  faillie  de  los  du  front  qui 
fâifoit  comme  vn  fourcil  avancé ,  eftoit  de  couleur  ifabelle  fort  vive ,  &;  ayant  l’éclat 
d’vne  topafo.  La  Cornée  s’éievoit  avec  vne  grande  convexité  fur  la  Sclérotique,  qui  fai- 
foit  vn  rebord  relevé  autour  delà  Cornée.  Ce  rebord  eftoit  dur  &  offeux.  La  Conjonéti- 
ve  eftoit  d’vn  rouge  fort  vif.  Les  Paupières  eftoient  grandes,  chacune  eftant  capable  de 
couvrir  tout  l’Oeil.  Outre  les  Paupières  fuperieures  &  inferieures,  il  y  en  avoit  vne  in¬ 
terne  ,  qui  fe  retiroit  dans  le  grand  coin  de  l’Oeil ,  &C  qui  eftant  étendue  vers  le  petit, 
couvroit  entièrement  la  Cornée. 

Ariftote  ÔC  Pline  font  fix  efpeces  d’ Aigle,  qui  font  Tygargus ,  Morphnos,  Percnopteros , 
Melanaëtos ,  Haliaëtos  3  &  fhryfaëtos  ;  mais  ils  ne  conviennent  pas  tout-à-fait  dans  la  défi- 
cription  qu’ils  en  font ,  principalement  en  ce  qui  regarde  la  grandeur:  dans  le  refte  de 
la  defcription  ils  n’ont  pas  pu  eftre  fi  differens  à  caufe  des  noms  que  les  Grecs  leur  ont 
donnez,  par  lefquels  ces  efpeces  font  défignées ,  en  leur  attribuant  des  marques  qui  les 
diftinguent.  Ces  marques  nous  ont  aufti  fait  trouver  l’efpece  à  laquelle  nous  croyons 
que  nos  Aigles  doivent  eftre  rapportées,  tant  à  caufe  des  particularitez  qui  les  font  con¬ 
venir  avec  cette  efpece,  qu’à  caufe  que  les  particularitez  des  autres  efpeces  leur  man¬ 
quent.  Ainfi  nous  avons  jugé  que  deux  de  nos  Aigles  qui  eftoient  les  moins  grandes, 
pouvoient  eftre  rangées  fous  la  derniere  efpece,  qui  eft  la  véritable  Aigle,  appellée  com¬ 
munément  Royale  en  François,  Gnefios  par  Ariftote,  &C  Chryfaëtos  &  Afîerias  par  Elian, 
à  caufo  que  la  couleur  roufte  &  comme  dorée  de  leurs  Plumes,  eft  exprimée  par  le  nom 
Grec  Chryfaëtos  3  &  que  les  taches  qu’elles  avoient  fur  le  Ventre  &:  fur  les  Cuilfes,  repre- 
fentent  les  Etoilles  lignifiées  par  le  nom  Mflerias,  que  tous  les  Interprètes  difent  n’avoir 
efté  donné  à  cette  efpece  d’Aigle,  qu’à  caufe  de  ces  taches  rouftes.  D’ailleurs  ces  Aigles 
ne  peuvent  eftre  ni  le  Tygargus,  c’eft  à  dire  Aigle  à  la  queue  blanche  ;  ni  le  Morphnos, 
c’eft  à  dire  Aigle  dont  tout  le  plumage  eft  de  couleur  obfcure  ;  ni  le  Melanaëtos , 
c’eft  à  dire  Aigle  toute  noire*,  ni  le  Percnopteros 3  c’eft  à  dire  Aigle  dont  les  ailes  font  ta¬ 
chées  de  noir-,  ni  le  Haliaëtos,  c’eft  à  dire  Aigle  qui  demeure  proche  de  la  Mer,  que 
l’on  dit  avoir  les  pieds  bleuaftres:  parce  que  ces  deux  Aigles,  ainfi  qu’il  paroift  par  la 
defoription ,  n’avoient  point  la  queue  blanche ,  n’avoient  point  tout  le  plumage  de  cou¬ 
leur  obfcure,  n’eftoient  point  toutes  noires,  n’avoient  point  les  ailes  tachées  de  noir,  &C 
n’avoient  point  les  pieds  bleuaftres; en  forte  que  noftre  grande  Aigle,  qui  avoit  les  pieds 
bleuaftres,  pourroit  eftre  l’Aigle  qui  vit  proche  de  la  Mer  appellée  Haliaëtos  par  cette  rai- 
fon,  outre  qu’elle  n’avoit  point  les  plumes  dorées  comme  les  autres;  qu’elle  avoit  les  ailes 
fort  brunes,  ainfi  qu’Ovide  la  décrit  dans  la  Metamorphofe  du  Roy  Nifus,  qui  fut  chan¬ 
gé  en  cét  Oifeau  ;  qu’elle  avoit  la  gorge  &  le  ventre  blanc ,  fuivant  la  defcription  de 
l 'Haliaëtos  faite  par  vn  anonyme  qu’Aldrovande  cite  ;  que  fes  pieds  eftoient  prefque  tous 
couverts  d’écailles  quarrées ,  y  en  ayant  beaucoup  moins  en  table  qu’aux  autres  Aigles  : 
ce  que  Belon  dit  eftre  particulier  à  cette  efpece  d’Aigle,  à  laquelle  Ariftote  attribue  ce 
que  l’on  dit  de  toutes  les  Aigles ,  fçavoir  quelles  rejettent  ceux  de  leurs  petits  qui  ne 
peuvent  regarder  fixement  le  Soleil. 

On  pourroit  faire  quelque  difficulté  fur  la  grandeur  qui  eftoit  médiocre  dans  nos  deux 
Aigles  Royales,  ne  pefant  chacune  que  fix  livres-,  au  lieu  que  l’Aigle  Chryfaëtos 3  qu’Al¬ 
drovande  décrit,  en  pefoit  dix.  Mais  il  faut  confiderer  que  nos  Aigles  eftoient  jeunes, 
ainfi  qu’il  paroifloit  aux  plumes  blanches  quelles  avoient  au  col,  aux  ailes  ,  &  à  la  queue, 
qui  changent  de  couleur  aux  Aigles  quand  elles  vieilliflènt ,  &  deviennent  de  couleur 
dorée  ou  chaftain-brun ,  ainfi  que  Gefner  a  remarqué  ;  joint  qu’ainfi  qu’il  a  efté  dit,  Ari¬ 
ftote  &  Pline  ne  font  pas  d’accord  fur  la  grandeur  des  Aigles  de  differente  efpece  ;  Ari¬ 
ftote  faifant  celle  qu’il  appelle  Çnefios ,  qui  eft  celle  qu’Elian  &  Pline  appellent  Chryfaëtos , 
la  plus  grande  de  toutes,  &  Pline  difant  qu’elle  n’eft  que  d’vne  grandeur  moyenne,  &  que 
celle  qui  eft  appellée  Percnopteros 3  eft  la  plus  grande. 

Pline  dit  que  les  Oifeaux  n’ont  point  d’Epipioon:  néanmoins  nos  deux  Aigles  Roya¬ 
les 


DE  TROIS  AIGLES.  143 

les  avoient  vne  membrane ,  qui  en  forme  de  fac  enfermoit  les  Intedins ,  le  Foye  ,  8c  le 
Ventricule;  ce  que  Cortefius  a  auffi  remarque  faifant  la  didé&ion  d’vne  Aigle:  nous 
avons  trouvé  vn  pareil  Epiploon  dans  d’autres  Oifeaux,  Cette  membrane  naiffoit  de 
celles  qui  forment  les  Veilles  qui  font  dans  le  bas  Ventre  aux  Oifeaux,  8c  qui  s’en¬ 
flent  par  la  Refpiration.  Elle  avoit  beaucoup  de  graille ,  8c  principalement  au  droit  du 
Ventricule-,  ce  qui  pouvoit  faire  croire  que  cette  graille  avoit  le  mefme  vfage  dans 
cét  Oifeau  que  dans  les  Animaux  terrellres,  où  l’on  croit  quelle  fert  dans  l’Epiploon 
à  Fomenter  par  fa  chaleur  celle  du  Ventricule  -,  du  moins  on  remarque  que  les  Ani¬ 
maux  qui  fe  nourrilfent  de  chair  ont  l’Epiploon  garni  de  beaucoup  de  grailfe. 

L’Oefophage  qui  edoit  au  collé  droit  de  l  Afpre  Artere  s’élargilfoit  jufqu’à  avoir 
deux  ponces  8c  demi  de  diamètre  ,  8c  fix  pouces  de  long  lors  que  l’on  fouffloit  de¬ 
dans.  Vers  le  haut  il  y  avoit  vn  corps  glanduleux  dur  8c  fermement  attaché  à  la  mem¬ 
brane  :  il  elloit  de  la  grolfeur  d’vn  pois-,  on  ne  l’a  trouvé  que  dans  l’vn  des  Sujets.  Au 
deffous  de  l’endroit  où  l’Alpre  Artere  fe  fepare  en  deux  l’Oefophage  s’étrecilfoit,  8c  paf 
foit  dellous,  puis  s’élargilfoit  pour  former  le  Ventricule  qui  luy  elloit  femblable  en  gran¬ 
deur,  en  figure  ,  8c  mefme  en  fubllance  :  car  l’vn  8c  l’autre  elloit  compofé  de  mem¬ 
branes  dures,  folides,  blanches,  8c  parfemées  deplulieurs  vailfeaux  par  le  dehors.  Le 
dedans  elloit  different-,  le  bas  de  l’Oefophage,  qui  formoit  vn  Jabot,  elloit  compofé 
de  petites  glandes ,  qui  vers  le  bas  avoient  la  grolfeur  d’vn  grain  de  navette  ,  8C 
alloient  toujours  en  diminuant ,  jufqu’à  devenir  infenfiblement  imperceptibles.  Le 
Ventricule  avoit  quelques  rides ,  qui  fe  multipliant  vers  le  fond ,  le  rendoient  plus 
épais  que  vers  le  haut.  Ces  deux  cavitez,  tant  celle  du  Jabot  que  celle  du  Ventricule, 
edoient  fort  amples,  8c  proportionnées  à  la  voracité  de  cét  Oifèau ,  que  les  Natura- 
lifbes  difent  ellre  fi  extraordinaire  ,  qu’il  ravage  tous  les  lieux  voifins ,  qui  fufïifent  à 
peine  à  luy  fournir  la  proye  qui  ell  neceffaire  pour  fa  nourriture.  Audi  remarque- 
t-on  qu’il  ne  fe  rencontre  point  deux  Aigles  en  vn  mefme  quartier.  Elian  rapporte 
que  les  Aigles  n’ellant  pas  contentes  des  grands  Oifeaux  qu’elles  prennent,  comme  des 
Grues  8c  des  Oyes,  elles  chaffent  les  Lapins,  les  Lièvres,  8c  les  Chévreaux,  qu’elles 
enlevent,  8c  quelles  emportent;  8c  que  mefme  elles  ont  l’adreffe  de  tuer  des  Tau¬ 
reaux,  en  les  faifant  tomber  dans  des  précipices,  pour  les  manger,  après  qu’ils  s’y  font 
brifez  par  leur  cheute. 

Les  Inteflins  efloient  petits ,  à  la  manière  des  Animaux  voraces ,  8c  qui  fe  nour- 
riffent  de  chair ,  au  contraire  de  ceux  qui  ne  vivent  que  d’herbages ,  8c  principale¬ 
ment  de  ceux  qui  ruminent,  où  ils  font  ordinairement  longs  8c  amples  quatre  8c  cinq 
fois  plus  qu’aux  autres.  Dans  nos  deux  Aigles  Royales  ils  efloient  menus  8c  courts, 
Sc  n’avoient  point  de  Cæcum  dans  le  Mafle.  La  Femelle  en  avoit  deux  longs  chacun 
de  deux  pouces.  Dans  l’Aigle  Haliaëtos 3  au  lieu  de  Cæcum,  il  y  avoit  deux  petites 
boffes  fort  peu  apparentes  en  dehors  ,  mais  qui  ne  laiffoient  pas  d’avoir  en  dedans 
deux  poches  formées  par  des  Tuniques  en  manière  de  Valvules.  Le  Reétum  fe  re- 
treciffoit  tout- à -coup  proche  de  l’Anus,  8c  faifoit  en  fuite  vne  poche  de  la  grof- 
feur  8c  de  la  figure  d’vn  œuf,  à  l’extrémité  de  laquelle  les  Ureteres  s’inferoient :  on 
voyoit  au  deffous  de  cette  poche  la  petite  bourfe  de  Fabrice,  dont  la  figure  efl  dans 
la  Planche  de  l’Otarde. 

La  Ratte  aux  deux  Aigles  Royales  efloit  ronde  en  dehors  ,  plate  en  dedans  8c 
du  codé  du  Ventricule,  auquel  elle  efloit  immédiatement  adhérente:  c’efloit  au  codé 
droit  quelle  edoit  attachée.  Elle  avoit  huit  lignes  de  diamètre.  Sa  couleur  edoit  vn 
rouge  beaucoup  plus  brun  que  celuy  du  Foye  ,  qui  edoit  d’vn  rouge  fort  vif  Ses 
Vailfeaux  qu’elle  recevoit  de  la  Porte  8c  de  l’ Artere  Cœliaque  edoient  gros  8c  vari¬ 
queux.  A  F  Aigle  Haliaëtos  elle  edoit  fituée  fous  le  Lobe  droit  du  Foye,  8c  attachée 
au  troifiéme  repli  de  l’Intedin  par  des  rameaux  de  la  Veine -porte  8c  de  F  Artere 
Cœliaque,  comme  aux  deux  autres 

A  cette  mefme  Aigle  le  Pancréas  edoit  fitué  comme  à  la  plufpart  des  Oifeaux  dans  le 
premier  repli  de  flntedin,  mais  il  avoit  vne  figure  tout-à-fait  extraordinaire.  Il  edoit 

CCCc 


144  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

rond  par  le  bout  d’en  bas,  faifant  comme  vne  telle;  le  relie  elloit  plus  plat  fk  plus  menu» 
Cette  telle  elloit  percée  pour  donner  partage  au  Canal  Hépatique  ,  qui  fans  avoir  au¬ 
cune  communication  avec  les  Canaux  Pancréatiques,  s’alloit  inferer  dans  l’Intellin.  Les 
Canaux  Pancréatiques  elloient  au  nombre  de  trois  :  il  y  en  avoir  deux  qui  s’inlèroient 
dans  l’Inteftin  entre  le  Canal  Cyllique  &  l’Hepatique;  le  troifiéme  s’inferoit  au-deffus 
de  l’Hepatique.  L ’infertion  de  ces  Canaux  avoit  deux  choies  particulières;  la  première 
elloit  que  leur  infertion  fe  faifoit  dans  le  Duodénum,  au  lieu  quelle  le  fait  ordinaire¬ 
ment  aux  Oifeaux  dans  l’extremité  du  premier  repli  des  Intellins,  qui  appartient  au  Jéju¬ 
num.  La  fécondé  Particularité  eft  que  l’emboucheûre  de  tous  ces  Canaux  elloit  recou¬ 
verte  chacune  de  fon  Mammelon ,  au  lieu  qu’ordinairement  il  n’y  a  qu’un  Mammelon 
pour  tous  les  Canaux,  tant  Pancréatiques  que  Cylliques  &  qu’Hepatiques.  Le  Pancréas 
aux  deux  Aigles  Royales,  elloit  aurti  fitué  fort  proche  du  Pylore,  mais  il  elloit  attaché 
à  l’Intellin  par  vn  Canal  fi  délicat  &  fi  court,  qu’il  elloit  difficile  à  voir  :  par  l’autre  bout 
il  tenoit  à  la  Ratte  qui  elloit  attachée  à  la  partie  fuperieure,  ÔC  au  collé  droit  du  Ven¬ 
tricule,  ainfi  qu’il  a  efté  dit. 

Le  Foye  elloit  beaucoup  plus  grand  à  ces  deux  Aigles  qu’a  l’autre:  aux  vues  &  aux 
autres  le  Lobe  gauche  elloit  le  plus  grand.  La  Veficule  elloit  aurti  tres-grande  atomes  les 
trois ,  ayant  la  grorteur  &  la  figure  d’vne  groffe  Challaigne.  Elle  elloit  jointe  au  Lobe 
droit  du  Foye  feulement  par  fon  col,  qui  elloit  vn  conduit  gros  d’vne  ligne  &  demie. 
Le  Canal  Cyllique  fortoit  du  fond ,  à  l’oppofite  du  Col.  Ce  Col  elloit  joint  au  Foye  en 
deux  differentes  manières  :  car  aux  deux  Aigles  Royales  il  pendoit  au  bout  du  Lobe 
droit  qui  elloit  le  plus  court,  ainfi  qu’il  a  efté  dit:  cela  faifoit  que  la  Veficule  elloit  toute 
hors  du  Foye.  En  l’autre  Aigle ,  le  Col  elloit  attaché  au  milieu  de  la  partie  cave  du  Lobe 
droit  à  l’ordinaire. 

Aux  deux  Aigles  Royales,  les  Reins  elloient  petits,  ayant  feulement  huit  lignes  de 
diamètre:  ils  elloient  ronds  &  applatis,  de  couleur  tannée  vn  peu  rougeallre.  L’Aigle 
Haliaëtos  les  avoit  à  peu  prés  comme  les  autres  Oifeaux ,  qui  les  ont  ordinairement  fort 
grands  à  proportion  des  autres  Animaux,  &  d’vne  figure  particulière. 

Les  Tellicules  à  l’Aigle  Royale  marte,  elloient  deux  petits  corps  glanduleux,  enfer¬ 
mez  dans  des  membranes.  Ils  elloient  chacun  de  la  groffeur  d’vn  pois,  vn  peu  applatis,  de 
couleur  de  chair,  tirant  fur  le  jaune. 

Les  Femelles  avoient  l’Ovaire  tk  le  conduit  de  l’Ovaire  à  l’ordinaire  des  Oifeaux ,  fk 
tel  à  peu  prés  qu’il  eft  dépeint  dans  la  ligure  de  la  Demoifelle  de  Numidie. 

La  Langue  elloit  cartilagineufe  par  le  bout,  &  charnue  par  le  milieu,  ayant  à  fa  ra¬ 
cine  deux  pointes  dures,  femblables  à  celles  qui  font  au  bas  du  fer  d’vne  fléché.  Elle  elloit 
large  de  cinq  lignes,  longue  d’vn  pouce  &c  deux  tiers,  à  prendre  depuis  l’ouverture  du 
Larynx  jufqu’au  bout,  qui  n’eftoit  point  en  pointe  comme  à  laplulpart  des  Oifeaux  qui 
ont  le  bec  droit,  mais  qui  elloit  quarré  comme  au  Perroquet. 

Les  petits  Mufcles,  qui  attachent  l’Afpre  Artere,  ne  prenoient  point  leur  origine  de 
la  fécondé  Clavicule  comme  à  la  plufpart  des  Oifeaux ,  mais  de  la  partie  interne  du 
haut  du  Sternon. 

Le  globe  de  l’Oeil  dans  la  Femelle  avoit  dans  fa  plus  grande  largeur  vn  pouce  &  demi 
de  diamètre.  Celuy  du  Malle  avoit  trois  lignes  moins.  La  Cornée  avoit  vne  convexité 
qui  la  faifoit  élever  fur  le  relie  du  globe  de  l’Oeil  qui  elloit  applati  en  devant,  ainfi  qu’il 
ell  ordinairement  aux  Oifeaux  &  aux  Portions  ,  qui  n’ont  pas  le  globe  de  l’Oeil  fi  Iphæ- 
rique  que  les  Animaux  Terreftres.  La  Cornée  dans  l’vn  des  yeux  du  Malle  n’eftoit  point 
tranfparente  ,  mais  elle  avoit  vne  blancheur  opaque.  Entre  la  Cornée  8>C  le  Cryllallin , 
on  a  trouvé  dans  ce  Sujet  toute  l’humeur  Aqueufe  endurcie  &;  comme  pétrifiée,  de  l’é- 
paiffeur  de  deux  lignes.  Cette  Catara&e  elloit  pofée  fur  l’Iris,  qui  elloit  de  couleur  mi¬ 
nime  ,  &C  qui  fembloit  en  avoir  efté  altérée.  Le  Cryllallin  elloit  large  de  quatre  lignes  8c 
demie,  fk  épais  de  trois  &  demie,  eftant  plus  convexe  en  dedans  qu’en  dehors.  Dans  la  Fe¬ 
melle  il  y  avoit  aurti  vn  des  Yeux  galle,  toutes  les  humeurs  &  les  membranes  du  dedans 
eftant  corrompues,  en  forte  que  tout  elloit  fondu  en  vne  eau  rouffe  ,  fans  qu’il  y  euft 

apparence 


DE  TROIS  AIGLES.  14  s 

apparence  ni  deCryftallin,ni  d’humeur  Aqueufe,  ni  d’humeur  Vitrée.  Le  trou  de  l’Uvée 
eftoit  fermé  par  vne  membrane  mince,  dure,  8e  tranfparente.  Cortefius  qui  a  obfervé 
cette  membrane  dans  les  yeux  d’vne  Aigle ,  dit  quelle  ne  fe  trouve  que  dans  l’efpece 
appellée  Oflifrage  ,  qu’Ariftote  appelle  à  caufe  de  cela  Epargemos ,  c’eft  à  dire  qui  a 
comme  vn  nuage  fur  les  yeux.  Noltre  Aigle  eftoit  néanmoins  fort  differente  de  l’Offi- 
frage,  qui  n’eft  pas  vne  véritable  Aigle ,  mais  vne  efpece  de  Vautour,  dont  le  plumage 
eft,  félon  Ariftote,  d’vn  gris  blanchaftre:  ce  qui  n’a  aucun  rapport  avec  noflre  Aigle. 

Le  Nerf  Optique  eftoit  extraordinairement  mollafle  en  cét  Oeil.  La  membrane  qui 
eft  particulière  aux  Oifeaux,  &  qui  fort  du  Nerf  Optique  ,  faifant  comme  vne  bourfe 
qui  va  s’attacher  par  l’autre  bout  au  ligament  Ciliaire,  eftoit  fort  noire,  &  mefme  plus 
que  la  Choroïde.  Quoy-que  nous  l’appellions  membrane,  parce  quelle  paroiftoit  vne 
membrane  pliiïee  ,  ce  n’eftoit  pourtant  qu’vn  amas  de  grofles  fibres  noires ,  qui  en 
avoient  quelques- vnes  de  rougeaftres  enfermées  au  milieu  ,  &C  qui  eftoient  apparem¬ 
ment  des  Vaifleaux.  Le  Nerf  Optique  d’où  cette  Membrane  fbrtoit,  eftoit  applati,  fai¬ 
fant  comme  vne  fente  de  la  longueur  de  trois  lignes.  La  bafe  de  cette  membrane  qui 
eftoit  de  figure  triangulaire,  avoit  la  mefme  largeur,  &  cinq  lignes  de  fa  bafe  à  fa  pointe. 
La  Retine  eftoit  fort  épaifle  &c  fort  opaque,  principalement  dans  le  fond  de  l’Oeil ,  où 
elle  eftoit  pliffée  &  ridée.  En  cét  endroit  il  n’y  avoit  point  de  tapis  fur  la  Choroïde. 

On  a  fait  vne  remarque  dans  l’vn  de  ces  Sujets,  fur  la  ftruéture  de  la  Moelle  Epiniere, 
que  l’on  croyoit  d’abord  eftre  particulière  à  ce  Sujet ,  mais  que  l’on  a  reconnu  depuis 
eftre  commune  à  d’autres  Oifeaux.  On  a  trouvé  que  vers  le  milieu  du  dos  la  partie  ex¬ 
térieure  de  la  Moelle  fe  fend  &  fe  fepare  en  deux,  &  fe  rejoint  en  fuite  ;  la  partie  inté¬ 
rieure  demeurant  entière,  8-C  eftant  feulement  dilatée:  ce  qui  fait  la  figure  d’vne  fronde. 
Cette  féparation  de  la  partie  extérieure,  &  cette  dilatation  de  l’exterieure,  eftoit  de  la 
longueur  d’vn  pouce  &c  demi,  Sc  de  la  largeur  de  huit  lignes  dans  ce  Sujet,  &C  aux  au¬ 
tres  Oifeaux  à  proportion.  On  a  toujours  trouvé  la  Cavité  que  les  deux  parties  écartées 
Liftent  au  milieu  ,  remplie  d’vne  humeur  blanche  tk  gluante ,  qui  paroiftoit  eftre  de  l’hu¬ 
meur  lymphatique  épaiffie. 

Si  le  principal  vfage  des  Ventricules  du  Cerveau  eft  de  recevoir  leurs  excremens, 
on  peut  dire  avec  quelque  probabilité,  que  cette  Cavité  qui  eft  particulière  aux  Oifeaux, 
eft  comme  vn  Ventricule  de  la  Moelle  Epinière,  qui  eftant  enfermée  dans  des  os  qui 
n’ont  pas  vn  mouvement  libre,  tel  qu’eft  celuy  de  l’Epine  flexible  des  autres  Animaux, 
elle  n’a  pas  les  moyens  que  cette  agitation  luy  pourroit  donner,  de  fe  dégager  de  ces  ex¬ 
cremens,  &c  de  les  diftiper  ;  en  forte  qu’elle  a  befoin  de  quelque  réceptacle  pour  les  re¬ 
cevoir.  Cette  penfée  nous  donnera  lieu  de  chercher  s’il  y  a  quelques  conduits  particu¬ 
liers  pour  la  décharge  de  ces  fuperfluitez. 


DDDd 


1^.6 


DE  S  deux  Cocqs  Indiens,  on  a  reprefenté  dans  la  figure  d’en  bas  celuy  dont  le 
Bec  n’avoit  point  de  bofTe ,  mais  qui  avoit  trois  pointes  par  le  bout  ;  &  qui  n’a- 
voit  point  de  Plumes  blanches  au  deflus  de  la  Queue,  parce  que  l’autre  fe  trouve  peint 
&  décrit  dans  Aldrovande. 


A.  Eft  v ne  des  Plumet  de  la  Crefte  dans  fia  grandeur  naturelle. 

B.  ‘Une  autre  des  Plumes  de  la  Crefte ,  dont  les  fibres  font  enfermées  jufqu’a  la  moitié  dans  cvn  canal 

membraneux. 

C.  Le  Bec,  qui  na  point  de  bojfe ,  vu  par  le  dejfus  dans  fa  grandeur  naturelle ,  &  divifé  en  trois  par 

le  bout. 

A.  Le  Bec  qui  avoit  vne  bojfe. 

D.  Le  Foje. 

E.  La  Ve  feule  Ovale. 

F.  Le  Rameau  Cyftique. 

G.  Les  deux  Rameaux  Hépatiques. 

H.  Le  Pancréas  vnique. 

I.  Le  Canal  Pancréatique. 

K.  L’Afpre  Artere  applatie ,  mais  moins  repliée  que  l’autre. 

L.  L’Afpre  Artere  la  plus  repliée. 


M  M.  Les  Reins. 

N  N.  L’ Aorte. 

O  P  P.  La  Veine  Cave,  qui  fe  divife  en  deux  Rameaux  PP,  couchez,  furies  Reins 3  aufquels  ils  font  at¬ 


tachez,  ,  &  frvent  d’Emulgens. 


QAff  Les  Rameaux  de  l’Aorte  qui  font  les  Arteres  Crurales. 

R  S.  Les  Vreteres. 

T  V.  Les  Vaijfeaux  Deferans. 

X  X.  Les  Eejticules. 

Y  Y.  Les  Epididymes. 

Z  Z.  L’ extrémité  du  Rectum. 

r.  La  Verre  attachée  an  Rectum ,  &  relevée  en  enhaut ,  pour  laijfer  voir  l’ouverture  du  Rectum  qui 

_  ^  >  Tl  .  1  C~y  *  rï.  ^  —  /  -  Tj  /)  XX  .  .  w  ru  <  /  y)  //  /I  4  J  f—T  1  b  l  J  nn  S,  SS  lé- 


eft  %ntre  T  &  n,  &  l’ouverture  du  Sac  qui  eft  fous  le  Rettum  ,  laquelle  ouverture  eft  au 


4>.  La  Veficule  Anfractueufi ,  ayant  la  figure  d’vn  Cæcum, 

«.  Les  deux  Canaux  Hépatiques, 

y.  Le  Canal  Cyftique. 

e.  Les  deux  Canaux  Pancréatiques. 

|  Le  Pancréas  droit  qui  eft  fus  le  Meftntere. 


deffous  de  n. 


y- 

i'e. 

Z  t 


Le  Pancréas  gauche  qui  eft  couche  fur  le  DÆefntere , 


DESCRIPTION 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  DEUX  COCOS  INDIENS 

N  O  us  appelions  cét  Oifeau  Cocq  Indien,  pour  le  diftinguer  de  celuy  qui  eft  fort 
commun  parmi  nous  appelle  Cocq -d’Inde.  Il  a  elle  apporté  d’Afrique,  ou  l’on 
nous  a  dit  qu’il  eft  appelle  Ano.  Mais  parce  que  ce  nom  n’eft  point  connu-,  que  tous 
les  Auteurs  qui  ont  parlé  de  cét  Oifeau  l’ont  mis  dans  le  genre  des  Cocqs  ;  &C  que  Gallus 
Indiens  eft  le  nom  que  Longolius,  Gefner,  &c  Aldrovande  luy  ont  donné,  Jonfton  eftant 
le  feul  qui  l’appelle  Çallus  Terficuss  nous  l’avons  appellé  Indien  ,  fuivant  le  fentiment  des 
Auteurs  que  nous  venons  de  citer,  8c  à  l’exemple  de  ceux  par  qui  l’Oifeau  que  l’on  croit 
eftre  le  Meleagris  des  Anciens,  eft  appellé  Cocq -d’Inde,  quoy-  qu’il  vienne  d’Afrique: 
joint  aufti  que  félon  nos  conjectures  l’Oifeau  dont  nous  parlons, fè  trouve  aux  Indes  Oc¬ 
cidentales  ,  où  félon  Margravius  il  eft  appellé  Mitu-fiorangaj  que  Benzo  dans  Clufius 
dit  eftre  vne  efpece  de  Paon. 

Nous  en  avons  diffequé  deux  qui  eftoient  Malles.  Aldrovande  décrit  la  Femelle,  Si 
la  fait  differente  en  quelque  chofe  du  Mafle,  qu’il  n’a  pourtant  vû  qu’en  peinture  -,  8c 
il  ne  dit  point  en  quel  eftat  il  a  vû  cette  Femelle.  Longolius  n’a  vû  aufti  qu’en  peau 
le  Cocq  Indien  dont  il  parlé.  Les  deux  que  nous  décrivons,  n’eftoient  differens  l’vn  de 
l’autre  que  par  le  Bec.  Ils  eftoient  de  la  grandeur  d’vn  médiocre  Poulet -d’Inde.  Leur 
Plumage  eftoit  parfaitement  noir  à  la  Telle  8c  au  Col:  tout  le  refte  avoit  vn  œil  ver- 
daftre méfié  avec  le  noir,  à  la  reférve  du  dos,  dont  les  plumes  vers  la  racine  eftoient 
d’un  gris  de  couleur  de  bois  de  Noyer.  Le  bas  ventre ,  le  haut  des  cuifles  en  arriére,  8 C 
le  deffous  de  la  queue  avoient  des  plumes  blanches.  Margravius  dit  que  le  Cocq  In¬ 
dien  du  Brefileft  vert,  peut-eftre  parce  qu’il  a  moins  de  brun  que  le  noftre,  8c  que  le 
vert  l’emporte  fur  le  brun  :  mais  le  plus  ou  le  moins  dans  la  couleur  ne  doit  pas  chan¬ 
ger  vne  efpece ,  quand  elle  eft  établie  par  d’autres  circonftances  plus  importantes ,  telles 
que  font  les  chofès  dans  lefquelles  le  Cocq  Indien  de  Margravius  8c  le  noftre  convien¬ 
nent. 

Sur  la  Tefte  depuis  le  Bec  jufqu’au  commencement  du  derrière  du  Col ,  il  y  avoir 
vne  Crefte  ou  Pennache  de  plumes  noires,  longues  de  deux  pouces  8c  demi,  larges  de 
deux  lignes  8c  demie,  élevées,  8c  vn  peu  couchées  en  arriére,  leur  extrémité  eftant  re¬ 
courbée  en  devant.  Le  Col  vers  le  haut  eftoit  garni  de  petites  plumes  de  la  largeur 
de  celles  de  la  Crefte  ,  mais  beaucoup  plus  courtes,  n’ayant  pas  plus  de  quatre  lignes 
de  long  proche  de  la  Tefte  :  elles  devenoient  plus  grandes  à  mefure  qu’elles  appro- 
choient  du  bas  du  Col  vers  la  Poitrine,  jufqu’à  avoir  deux  pouces  de  long,  8c  vn  pouce 
de  large. 

Les  plumes  de  la  Queue  eftoieiîf  méfiées ,  les  vnes  eftant  noires,  les  autres  blanches. 
A  l’vn  des  Sujets  il  n’y  en  avoit  de  blanches  que  deffous  la  Queue  -,  à  l’autre  il  y  en 
avoit  aufti  de  blanches  meflées  aux  noires  au  deffus  de  la  Queue.  Il  y  avoit  plufieurs  de 
ces  plumes  dont  les  barbes  eftoient  renfermées  dans  vn  long  tuyau  fait  d’vne  membrane 
blanche  fort  déliée  qui  les  enveloppoit  quelquefois  jufqu’au  bout,  ne  laiflant  paroiftre 
qu’vn  petit  bouquet.  Ce  tuyau,  quand  il  enfermoit  les  fibres  des  plumes  noires,  paroif- 
foit  bleu,  à  caufe  que  la  membrane  eftoit  en  quelque  façon  tranfparente.  Quelques-vnes 
des  plumes  des  Ailes  8e  de  celles  qui  faifoient  la  Crefte ,  eftoient  enfermées  dans  ce  tuyau 
membraneux,  qui  fe  trouve  aufti  dans  les  plumes  de  la  Queue  des  Poulets- d’Inde.  Tou¬ 
tes  les  Cuifles  eftoient  couvertes  de  plumes. 

Le  Col  avoit  neuf  pouces  de  long.  Du  deffous  du  Ventre  à  l’extremité  des  pieds 
alongez,  il  y  avoit  quatorze  pouces.  Les  Pieds  eftoient  gros  8c  forts.  Les  Jambes  eftoient 
.  couvertes  par  devant  8c  par  derrière  d’écaiiles  larges,  quarrées,  8£  en  table.  Parles  coftez 

EEEe 


i48  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

elles  eftoient  petites ,  n’ayant  gueres  pins  d’vne  demi -ligne  ,  de  figure  hexagone.  Les 
Ongles  eftoient  noirs,  longs,  crochus.  Il  n’y  avoit  point  au  derrière  de  la  Jambe  cét 
Ergot  qui  eft  particulier  aux  Cocqs. 

Le  Bec  efloit  grand ,  ayant  neuf  lignes  de  large  à  fon  commencement ,  &  deux  pouces 
de  long.  Vers  le  bout  il  efloit  noir,  &;  fort  dur:  le  refie  efloit  jaune,  &:  couvert  d’vne 
membrane,  qui  efloit  tellement  enflée  en  l’vn  des  Sujets,  qu’il  luy  faifoit  vne  bofle  ron¬ 
de,  tk  relevée  de  la  grofleur  d’vne  petite  noix,  &C  de  la  manière  qu’Aldrovande  la  dé¬ 
peinte.  Celuy  qui  n’avoit  point  cette  bofle  avoit  le  bout  du  Bec  partagé  en  trois  comme 
fl  c’eufl  eflé  trois  Becs  joints  enfemble. 

Le  Foye  dans  l’vn  fk  dans  l’autre  des  Sujets ,  efloit  d’vne  couleur  rouge  fort  vive , 
d’vne  fubflance  fort  tendre.  Il  efloit  partagé  en  deux  Lobes.  Le  droit  efloit  plus  gros, 
le  gauche  efloit  plus  long.  La  Veficule  du  Fiel  efloit  prefque  au  milieu  des  deux  Lobes, 
mais  plus  attachée  au  gauche  qu’au  droit.  En  l’vn  des  Sujets  elle  efloit  anfraétueufe ,  6 C 
de  la  figure  que  l’on  donne  aux  Larmes  -,  ce  qui  la  partageoit  comme  en  trois  Cellules. 
Elle  s’attachoit  par  en  haut  à  la  furface  du  Foye ,  par  le  moyen  de  fa  Tunique  exté¬ 
rieure,  qu’elle  empruntait  de  la  Capfule,  &:  par  en  bas  à  l’Inteflin ,  qui  tient  la  place  du 
Jéjunum .  Sa  couleur  efloit  verte ,  fa  longueur  d’vn  pouce ,  fa  grofleur  d’vn  demi- 
pouce. 

Le  Canal  Cyflique  dans  ce  mefme  Sujet,  fortoit  de  la  partie  fuperieure  de  la  Veficule, 
&  defeendoit  droit  en  bas,  pour  s’inferer  à  la  partie  pofterieure  de  l’Inteflin:  il  efloit  de 
la  grofleur  du  tuyau  d’vne  plume  de  Poulie,  ëè  d’vn  pouce  de  longueur.  Il  y  avoit  deux 
Canaux  Hépatiques,  ce  qui  efl  rare  aux  Oifeaux.  Ils  fortoient  l’vn  ëc  l’autre  à  coflé  de 
la  Veine  Porte.  Ils  eftoient  de  grofleur  differente,  l’vn  eftant  aufli  gros  que  le  tuyau 
d’vne  plume  de  Poulie,  &  l’autre  égalant  à  peine  vne  médiocre  épingle.  Ils  defeendoient 
en  droite  ligne  la  longueur  d’vn  pouce,  &  perçoient  llnteftin  tout  proche  de  l’infertion 
du  Cyflique. 

Dans  l’autre  Sujet  la  Veficule  efloit  plus  petite,  de  figure  ovale:  le  Canal  Cyflique  for- 
toit  du  milieu  de  la  Veficule.  Il  y  avoit  aufli  deux  Canaux  Hépatiques,  qui  s’inferoient 
dans  l’Inteftin  de  la  mefme  manière  qu’à  l’autre  Sujet  :  mais  tous  ces  Canaux  biliaires 
eftoient  moins  gros  qu’au  Sujet  où  la  Veficule  efloit  anfradueufe. 

Le  Pancréas  qui  s’eft  trouvé  double  dans  l’vn  des  Sujets ,  efloit  placé  à  l’ordinaire  des 
Oifeaux,  dans  l’intervalede  la  première  circonvolution  des  Inteftins,  qui  fait  vne  finuo- 
fité ,  au  bas  de  laquelle  ces  deux  Pancréas  prenoient  leur  origine  -,  ë£  paflant  l’vn ,  fçavoir 
le  droit,  fous  le  Mefentere,  ë£  l’autre  par  defllis,  montoient  pour  s’attacher  à  la  partie 
gauche  du  Foye,  &  au  Pylore.  De  cét  endroit  ils  envoy  oient  chacun  vn  Canal  fort  délicat, 
ë£  de  fix  lignes  de  long ,  qui  venoit  s’inferer  au  voifinage  des  trois  Cholidoques.  Ces 
cinq  trous  dont  l’Inteflin  efloit  percé  en  cét  endroit  par  les  trois  Cholidoques  &£  les 
deux  Pancréatiques  ,  s’aflembloient  tous  fous  la  ride  que  l’Inteftin  fait  pour  former 
comme  vn  Mammelon.  La  fubflance  glanduleufe  du  Pancréas  efloit  d’vn  rouge-pâle: 
ils  eftoient  minces  vers  leur  origine,  mais  fort  épais  à  leur  extrémité  vers  le  Foye.  L’au¬ 
tre  Sujet  n’avoit  qu’vn  Pancréas,  &C  qu’vn  feul  Canüfî. 

L’Oefophage,  qui  efloit  fort  étroit,  n’ayant  pas  plus  dVn  demi-pouce  de  tour,  fe  di- 
latoit  vers  l’entrée  de  la  Poitrine,  pour  former  vn  Jabot  qui  avoit  quatre  pouces  de  tour, 
&  vn  pouce  de  long.  Après  s’eftre  ainfi  dilaté,  il  fe  retrecifloit,  &  paflant  au  travers  de 
la  Poitrine,  fe  dilatoit  encore  pour  former  comme  vn  Ventricule  garni  de  glandes,  qui 
avoient  la  forme  &  la  grandeur  d’vn  grain  de  Segle:  elles  eftoient  arrangées  comme  cel¬ 
les  qui  font  décrites  dans  l’Otarde.  La  Tunique  charnue  de  ce  Ventricule  efloit  tres- 
mince.  Le  Gefîer,  qui  avoit  deux  pouces  ëc  demi  de  long  fur  deux  de  large,  n’avoit  rien 
de  remarquable,  fi  ce  n’eft  que  fa  partie  charnue  efloit  très -mince,  &  fon  velouté 
épais,  dur,  ë£  caftant  comme  du  verre.  Cette  dureté  arrive  au  velouté  des  Gefiers 
des  Cocqs  -  d’Inde ,  lors  qu’eftant  feparez  du  Gefîer ,  on  les  a  laifle  quelque  temps  fe- 
cher-,  mais  dans  ces  Sujets-cy,  on  les  a  trouvez  ainfi  endurcis  à  l’ouverture  du  corps,  ë£ 
eftant  encore  recens. 


Les 


DE  DEUX  COCQS  INDIENS.  149, 

Les  Inteftins  eftoient  d’vne  longueur  extraordinaire  ,  ayant  douze  pieds.  Chaque 
Cæcum  en  avoit  fix*,  mais  leur  cavité  eftoit  fort  étroite,  n’ayant  qu’vne  ligne  de  diamè¬ 
tre.  Dans  l’Anus,  à  l’extremité  du  Reétum,  il  y  avoit  vne  ouverture  de  deux  lignes  de 
large,  qui  eftoit  l’entrée  d’vn  Sac  de  cinq  lignes  de  long  fur  trois  de  large.  Ce  Sac,  qui 
eftoit  fous  le  Reétum,  eft  décrit  dans  l’Otarde. 

Les  Tefticules  eftoient  fituez  fur  l’Aorte,  à  la  partie  fuperieure  des  Reins  :  leur  fub- 
ftance  eftoit  glanduleufe,  d’vn  rouge-pâle.  Us  avoient  cinq  lignes  de  long  fur  deux  de 
large;  8c  l’on  voyoit  à  leur  partie  inferieure,  vne  autre  glande  noire  abfolument,  qui 
leur  eftoit  fortement  attachée:  c’eftoit  i’Epididyme,  quienvoyoit  par  fon  extrémité  d’en 
bas  vn  conduit  tres-délicat,  qui  eftoit  le  Canal  Déférant,  qui  s’eftant  coulé  le  long  de  la 
Veine  Emulgente,  fe  changeoit  en  vne  Tunique  très -mince. 

La  Verge  eftoit  placée  à  la  partie  inferieure  de  l’Anus,  qui  eft  oppofée  au  Croupion. 
Sa  figure  eftoit  pyramidale,  ayant  quatre  lignes  de  long,  &  trois  lignes  de  large  vers  là 
bafe.  Elle  eftoit  compofée  de  deux  corps  durs  8c  nerveux ,  reveftus  de  quelques  mem¬ 
branes  déliées ,  8c  fpongieufès.  On  voyoit  auffi  quelques  chairs  mufculeules ,  qui  ve- 
noient  s’attacher  à  fa  bafe. 

Les  Reins,  qui  eftoient  tachetez  de  plufîeurs  petits  points,  les  vns  blancs,  les  autres 
minimes ,  faifoient  comprendre  que  leur  fubftance  eft  du  nombre  des  glandes  conglo¬ 
mérées.  Ils  eftoient  à  l’ordinaire  des  Oifeaux,  coupez  par  plufieurs  divifions  profon¬ 
des  ,  chaque  Rein  ayant  deux  pouces  8c  demi  de  long  fur  fix  lignes  de  large.  Les  Ar¬ 
tères  8c  les  Veines  Emulgentes  avoient  leur  diftribution  à  l’ordinaire,  8c  les  Ureteres 
venoient  s’inferer  à  l’extremité  du  Reétum ,  apres  s’eftre  coulez  le  long  de  la  furface  ex¬ 
térieure  du  Rein. 

L’Afpre  Artere  dans  l’vn  des  Sujets  defcendoit  en  droite  ligne  jufqü’au  milieu  de  la 
Fourchete  ,  qui  termine  le  haut  de  la  Poitrine  aux  Oifeaux ,  où  elle  fe  dilatoit ,  8c  s’appla- 
tifToit.  Là  fe  détournant  en  arriére,  elle  formoit  vn  repli  pour  remonter  à  la  hauteur  d’vn 
pouce  8c  demi,  ôc  s’attacher  par  vne  membrane  tres-forte,  au  mefme  endroit  de  la  Four¬ 
chete.  Delà  elle  defcendoit  dans  la  Poitrine.  Dans  l’autre  Sujet  elle  ne  faifoit  pas  vn  fi 
grand  repli ,  mais  elle  fe  dilatoit  de  mefme.  Cette  dilatation  alloit  jufqu’à  avoir  deux 
pouces  8c  demi  de  circonférence ,  laquelle  n’eftoit  pas  d’vn  pouce  dans  tout  le  refte  de 
fon  étendue. 

Le  Cœur  eftoit  tres-petit,  n’ayant  pas  vn  pouce  de  long  fur  demi-pouce  de  large  à  fa 
bafe:  la  pointe  eftoit  fort  aigue.  Le  Sac  de  la  Valvule  charnue  qui  eft  à  l’emboucheûre 
de  la  Veine  Cave  aux  Oifeaux,  avoit  vne  ligne  de  profondeur. 

Le  Globe  de  l’Oeil  avoit  dix  lignes  de  diamètre,  8c  la  Cornée  cinq.  Le  Cryftallin 
eftoit  plus  convexe  en  arriére  qu’en  devant:  il  avoit  trois  lignes  de  diamètre.  L’humeur 
vitrée  eftoit  d’vne  confiftance  fort  dure.  La  Choroïde  eftoit  noire  par  tout,  mefme  au 
droit  du  Tapis,  où  il  ne  fe  voyoit  aucune  des  couleurs  qui  y  font  ordinairement.  L’Iris 
eftoit  d’vn  roux  obfcur.  La  Sclérotique  eftoit  dure  8c  cartilagineufe  en  devant  félon  l’or¬ 
dinaire  des  Oifeaux  8c  des  Poiftons.  Le  Nerf  Optique  eftoit  fort  à  cofté;  8c  après  avoir 
percé  la  Sclérotique  8c  la  Choroïde,  s’élargiftoit,  8c  formoit  vn  rond,  de  la  circonférence 
duquel  il  partoit  plufieurs  filets  noirs ,  qui  s’vniftoient  pour  former  vne  membrane  que 
nous  avons  trouvée  dans  tous  les  Oifeaux,  8c  qui  eft  décrite  en  plufieurs  endroits  de  ces 
Mémoires. 


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Explication  de  la  figure  de  l O  tarde. 


LES  fix  Otardes  n’eftoient  pas  tout-à-fàit  femblables.  Il  y  en  avoit  dont  le  Col 
eftoit  plus  long  à  proportion  des  Jambes  -,  d’autres  l’avoient  plus  court.  Quel¬ 
ques- vnes  avoient  le  Bec  plus  pointu  qu’il  n’eft  icy  dépeint-,  la  plulpart  néanmoins  l’a- 
voient  ainfi.  Il  y  en  avoit  vne  où  les  plumes  qui  couvrent  l’Oreille  efloient  vn  peu  plus 
longues  quelles  ne  font  icy. 


AA. 

B. 

C. 

DD. 

EF. 

G. 

HH. 

I. 

KKK 

LL. 


MM. 

N. 

O  O. 

P. 

P- 

et 

RR. 

SS. 

TT. 

V. 

X. 

Y. 

22. 


Dans  la  figure  d'en  bas. 

Sont  les  deux  Lobes  du  Foye. 

La  Veficule  du  Fiel . 

Le  Canal  Cyfiique. 

Le  Canal  Hépatique. 

Les  Canaux  Pancréatiques. 

Un  repli  de  la  T unique  interne  de  l’Intefiin  formant  vn  Mammelon  qui  couvre  les  quatre  em~ 
boucheures  des  Rameaux  Cyfiiques  3  Pfepatiques ,  &  Pancréatiques . 

Le  Pancréas. 

U  extrémité  de  l' Oefiphage  qui  commence  a  s'élargir. 

.  La  Membrane  externe  de  ï Oefiphage  3  qui  efi  commune  a  l’ Oefiphage  &  au  Ventricule  ou  Ge- 
fier  quelle  couvre. 

La  Membrane  interne  qui  couvre  les  glandes  du  bas  de  l’ Oefiphage .  Cette  Membrane  efi  encore 
recouverte  d’vne  autre  qui  fait  le  velouté 3  &  qui  s'étend  aufit  fur  la  Membrane  MM.  Elle 
rieFt  point  icy  reprefintée ,  pour  éviter  la  confufion  3  &  aufit  parce  qu’il  eéi  facile  de  la  fuppléer 
par  l'imagination. 

La  Membrane  interne  du  Gefier3  qui  eft  plifiée  3  &  goderonnée. 

Les  Glandes  qui  font  au  bas  de  l’ Oefiphage  fimblables  a  des  bouts  de  tuyaux  3  &  arrangées  les 
vnes  fur  les  autres. 

La  partie  charnue  &  mufiuleufi  du  Cefier3  enfermée  entre  la  Membrane  KKK 3  &  la  Mem¬ 
brane  MM. 

Zln  des  Pieds  reprefenté  en  grand  3  quoy- qu’il  naît  que  la  moitié  de  fit  grandeur  naturelle. 

Vn  des  Ongles  coupé  3  pour  faire  voir  qu’il  n  efi  pas  creux  en  dejfous  3  mais  rond  comme  en 
deffus. 

JJ  extrémité  de  l Iléon. 

Le  commencement  des  deux  Cæcum. 

La  grande  Poche  3  qui  efi  proche  de  l’ extrémité  du  ReBum.  Elle  efi  ouverte ,  pour  faire  voir  les 
emboucheüres  des  Vreteres  3  &  du  troifiéme  Cæcum. 

Les  Vreteres. 

Le  troifiéme  Cæcum  appelle '  vulgairement  la  Bourfi  de  Fabrice. 

L’Emboucheûre  du  troifiéme  Cæcum, 

Vn  repli  de  la  Membrane  interne  de  la  grande  Poche  du  ReBum  3  faifdnt  vn  petit  Sac  au  deffus 
de  l’emboucheûre  de  la  Bourfi. 

Les  Emboucheures  des  Vreteres. 


DESCRIPTION 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  SIX  OTARDES 

LA  plus  grande  des  Otardes  que  nous  avons  diffiequées,  n’avoit  que  trois  pieds  de¬ 
puis  l’extremité  du  Bec  jufqu’à  celle  des  Pieds  étendus.  Cette  grandeur  n’appro¬ 
che  point  de  celle  que  Belon  8c  Turnerus  donnent  à  l’Otarde,  qu’ils  difënt  eftre  le  plus 
grand  de  tous  les  Oifeaux  apres  l’Autruche.  Le  Cafuel  8c  le  Griffon  que  nous  avons 
diffëquez,  eftoient  de  beaucoup  plus  grands,  8c  les  autres  Auteurs  ne  font  point  i’Otarde 
plus  grande  que  celle  que  nous  décrivons.  Ariftote  dans  Athenée  la  fait  mefme  encore 
plus  petite-,  car  il  la  compare,  pour  ce  qui  regarde  la  grandeur,  à  vn  grand  Cocq.  Et 
il  éft  étrange  que  Belon  8c  Turnerus,  qui  apparemment  avoient  vu  des  Otardes,  en 
ayent  ainfi  parlé,  pour  fuivre  Pline,  qu’ils  femblent  mefme  n’avoir  pas  bien  entendu: 
car  l’Oifëau,  qui,  félon  Pline,  eft  le  plus  grand  après  l’Autruche,  eft  la  fécondé  efpece 
de  Tetrao  3  qui  n’efl  point  l’Otarde;  8c  Pline  dit  feulement  que  la  grandeur  de  YOtis, 
qui  apparemment  eft  noflre  Otarde ,  approche  de  celle  du  Tetrao  :  mais  on  ne  fçait 
point  certainement  ce  que  c’eft  que  le  Tetrao  3  8c  ce  qu’on  en  dit  n’a  aucun  rapport 
avec  l’Otarde-,  cét  Oifëau,  fuivant  la  defcription  de  Pline,  eftant  noir  par  tout  le  corps, 
à  la  referve  des  plumes  qu’il  a  au-deffius  des  yeux,  qui  font  rouges:  ce  qui  ne  fe  trouve 
point  dans  l’Otarde,  qui  a  bien  quelque  rouge  8c  quelque  noir,  ou  quelque  brun  dans 
ion  plumage,  mais  ces  couleurs  s’y  trouvent  placées  tout  d’vne  autre  façon. 

Le  Col  8c  les  Pieds  eftoient  bien  plus  longs  dans  nos  Otardes,  que  dans  celles  que 
Gefner  8c  Aldrovande  ont  décrites  :  du  relie  elles  rapportent  alfez  à  la  defcription  que 
ces  Auteurs  en  font.  Elles  avoient  le  Col  long  d ’vn  pied ,  8c  les  Jambes  d’vn  pied  8c 
demi.  Les  Ailes  n’elloient  gueres  plus  longues  que  les  Jambes  ;  en  forte  qu’ellant  éten¬ 
dues  ,  elles  ne  faifoient  pas  plus  de  quatre  pieds  -,  ce  qui  n’a  pas  de  proportion  avec  la 
malfe  du  relie  de  leur  corps.  C’eft  pourquoy  cét  Oifëau  vole  avec  tant  de  difficulté, 
qu’on  le  peut  atteindre  à  la  courfe.  Opian  dit  que  de  tous  les  Oifeaux  il  n’y  a  que  l’O- 
tarde  qui  craigne  les  Chiens,  parce  quelle  s’élève  fi  peu  de  terre, & va  fi  lentement,  qu’ils 
la  peuvent  prendre  aifément. 

C’eft  par  cette  raifon  qu’elle  a  elle  appellée  * Avis  tarda  par  les  Latins,  d’où  eft  venu 
le  nom  d’Otarde  en  François,  fi  ce  n’eft  qu’il  ait  efté  pris  de  fon  nom  Grec,  qui  eft  Otk ; 
quoy-que  les  Anciens  ayent  parlé  allez  diverfëment  de  1  ’Otn 3  pour  faire  douter  fi  c’eft 
noflre  Otarde.  Albert  l’appelle  Bitîarda  3  8c  donne  à  ce  nom  mal  emprunté  d’Avis 
tarda  3  vne  étymologie  encore  plus  mal  prifë 5  car  il  croit  qu’elle  eft  ainfi  nommée,  parce 
quelle  fait  ordinairement  deux  fauts  quand  elle  commence  à  voler. 

Le  Plumage  eftoit  de  fix  couleurs  :  il  y  en  avoit  de  blanc,  de  noir,  de  gris-cendré, 
de  gris-brun,  8c  de  couleur  de  rofe.  Le  Ventre,  les  Cuiffes,le  deffious  delà  Queue,  8c 
le  deffious  des  Ailes  eftoit  blanc.  11  y  a  apparence  que  Belon,  qui  fait  le  deffius  des  Ailes 
blanc  à  l’Otarde ,  s’eft  trompé  ;  parce  que  généralement  les  Oifeaux  qui  ont  quelque 
couleur  brune  dans  leur  plumage,  l’ont  ordinairement  fur  les  ailes  8c  fur  le  dos:  ce  qui 
fe  remarque  aux  autres  Animaux,  qui  ont  aufti  le  dos  plus  brun  que  le  ventre.  Le  devant 
du  Col,  la  Telle,  8c  le  milieu  du  deffius  des  Ailes  efloient  d’vn  gris-cendré.  Le  derrière 
du  Col,  le  Dos,  le  deffius  des  Aîles  par  le  haut,  8c  le  deffius  de  la  Queue  eftoient  de  roux 
traverfé  de  taches  noires,  longues ,  inégales,  8c  comme  rompues ,  ainfi  qu’aux  Perdrix. 
Cela  fait  croire  qu  Elian  à  entendu  parler  de  l’Otarde,  quand  il  a  die  qu’il  y  a  aux  Indes 
des  Perdrix  aufti  grandes  que  des  Oyes.  Les  extremitez  des  Aîles  eftoient  de  gris  -  brun. 
Toutes  les  plumes  généralement,  à  la  referve  des  grandes  qui  font  au  bout  des  Aîles, 
avoient  proche  de  la  peau  vn  duvet  d’vn  rouge  fort  vif,  8c  tirant  fur  la  couleur  de  rofe. 
Le  Tuyau  eftoit  aufti  de  cette  mefme  couleur  par  en  bas.  Il  y  avoit  quelques- vnes  des 
Plumes  qui  outre  ce  duvet  attaché  au  bas  du  tuyau,  en  avoient  vn  autre,  qui  d’vne  nia- 


i$z  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

niére  fort  extraordinaire  ,  fortoit  de  leur  extrémité,  le  milieu  de  la  plume  ellant  corn- 
pofé  de  barbes  fermes  8c  acrochées  les  vnes  aux  autres ,  ainfi  qu’elles  font  aux  plumes 
qui  fervent  à  voler,  8c  le  relie  ellant  comme  éfilé  8c  divifé  en  vne  infinité  de  fibres  fort 
déliées. 

Le  Bec  elloit  d’vn  gris  vn  peu  plus  brun  que  le  plumage  de  la  Telle.  Il  elloit  long  de 
trois  pouces,  à  prendre  depuis  l’Oeil  jufqu’à  fon  extrémité.  U  avoit  à  peu  prés  la  forme 
du  Bec  d’vn  Poulet-d’Inde,  8c  ne  relfembloit  point,  ainfique  Gefner  dit,  au  Bec  de  l’Ai¬ 
gle  ,  qui  effc  fort  crochu. 

Les  Jambes  8c  prés  de  la  moitié  des  Cuilfes  elloient  revelluës  de  petites  écailles  de  fi¬ 
gure  hexagone ,  dont  les  plus  grandes  n’avoient  qu’vne  ligne  en  tout  fens.  Les  Doigts  des 
Pieds  elloient  couverts  par  delfus  d’écaillesen  table,  longues  8c  étroites.  Toutes  les  écail¬ 
les  elloient  de  couleur  grife ,  8c  recouvertes  d’vne  petite  peau  qui  s’enlevoit  comme  la 
dépouille  d’vn  ferpent.  Le  delfous  du  Pied  elloit  reveftu  d’vne  peau  picotée  comme  du 
chagrin.  Les  Doigts  n’elloient  qu’au  nombre  de  trois.  Celuy  de  derrière  manquoit,  &  à  la 
place  il  y  avoit  vne  callofité  delagrolfeur  d’vne  petite  noix.  Le  plus  grand  des  Doigts  avoit 
deux  pouces  neuf  lignes  de  long.  Les  Ongles  elloient  larges,  courts,  peu  crochus,  peu 
pointus,  &  prefque  lèmblables  à  ceux  de  l’homme,  ellant  de  figure  ovale:  mais  ce  qu’ils 
avoient  de  plus  remarquable,  eft  qu’ils  elloient  convexes  en  delfous  de  mefme  qu’en 
delfus-,  ce  qui  rendoit  leur  lèélion  lenticulaire.  Belon  dit  que  l’efpece  d’ Aigle  nommée 
Haliaëtos ,  a  ainfi  les  Ongles  ronds  en  delfous,  de  mefme  qu’en  delfus,  contre  l’ordinai¬ 
re  des  Ongles  des  autres  Animaux  ,  qui  font  creux,  ou  du  moins  plats  8c  quarrez  en 
delfous. 

L’Otàrde  ne  fait  point  fon  nid  fur  les  arbres,  félon  Albert,  parce  qu’elle  n’y  peut  vo¬ 
ler:  mais  il  y  a  encore  apparence  que  c’ell  parce  qu’elle  ne  s’y  peut  tenir,  à  caufe  de  la 
conformation  extraordinaire  de  fes  Pieds,  qui  n’ell  pas  commode  pour  cela,  n’ayant 
point  de  Doigt  derrière,  8c  le  delfous  du  Pied  ellant  arondi  8c  rempli  d’vne  grolfe  callo¬ 
fité  qui  l’empefehe  de  fe  pouvoir  percher. 

Arillote  dit  que  l’Otis  en  Scythie  ne  couve  point  fes  œufs  comme  les  autres  Oifeaux, 
mais  quelle  les  enveloppe  dans  vne  peau  de  Lièvre,  ou  de  Renard,  8c  les  cache  au  pied 
d’vn  arbre,  au  haut  duquel  elle  fe  perche,  pour  ellre  en  garde  contre  les Chalfeurs, qu’elle 
empefehe  d’approcher,  en  les  frappant  de  fes  aîles  comme  les  Aigles  font:  ce  qui  fait 
voir  que  le  nom  d 'Otk  eft  bien  ambigu  parmi  les  Anciens,  8c  qu’il  lignifie  quelquefois 
nollre  Otarde,  &  quelquefois  vn  autre  Oifeau  qui  en  eft  bien  different  :  car  l’Otarde 
n’ell  point  capable  ni  de  fe  percher  fur  le  haut  d’vn  arbre ,  ni  de  fe  batre  contre  les 
Chalfeurs. 

Le  trou  de  l’Oreille  dont  on  prétend  que  la  grandeur  a  donné  le  nom  à  cét  Oifeau, 
n’avoit  rien  d’extraordinaire.  En  quelques-vns  de  nos  Sujets  il  elloit  couvert  de  plumes 
allongées  vn  peu  plus  que  les  autres:  mais  elles  ne  formoient  point  de  longues  Oreilles 
comme  en  laDemoifelle  de  Numidie,  qui,  félon  nos  conjeétures,  eft  le  véritable  Otm  des 
Anciens,  8c  que  l’on  confond  avec  1  ’Qtu,  ainfi  qu’on  le  fait  voir  dans  la  defeription  de 
la  Demoilelle  du  Numidie. 

Le  Foye  elloit  fort  grand,  le  Lobe  droit  ayant  en  quelques-vns  de  nos  Sujets  jufqua 
cinq  pouces-,  en  forte  qu’il  delcendoit  jufqu’aubas  du  ventre.  Il  elloit  d’vne  fubllance 
ferme,  8c  d’vn  rouge  vermeil. 

La  Veficule  du  Fiel,  qui  elloit  cachée  lous  le  Lobe  droit,  n’elloit  attachée  au  Foye 
que  par  fa  partie  luperieure ,  qui  elloit  comme  fon  Col  :  le  relie  pendoit ,  ellant  dégagé 
du  Foye,  8 C  adhérant  par  en  bas  à  l’Intefhin  Jéjunum.  Elle  avoit  deux  pouces  8c  demi 
de  long,  8c  vn  pouce  de  large,  ellant  de  figure  ovale.  Le  Canal  Cyllique  en  quelques- 
vns  de  nos  Sujets  elloit  court,  parce  qu’il  fortoit  du  fond  de  la  Veficule,  Sc  s’alloit  infé¬ 
rer  à  la  partie  fuperieure  du  Jéjunum.  En  d’autres  ce  Canal  elloit  plus  long,  parce  qu’il 
lbrtoit  de  la  partie  fuperieure  de  la  Veficule  proche  de  fon  Col,  8c  s’inferoit  au  mefine 
endroit  que  les  autres  qui  elloient  plus  courts.  Le  Canal  Hépatique  fortoit  proche  du 
col  de  la  Veficule,  8c  s’inferoit  auffi  au  Jéjunum,  deux  pouces  plus  bas  que  le  Cyllique, 

feulement 


DE  SIX  O  TARDES.  m 

feulement  aux  Sujets  où  le  Cyftique  fortoit  du  col  de  la  Veficule  -,  aux  autres  il  eftoit  in¬ 
féré  immédiatement  au  deflbus  du  Cyftique,  ainfi  qu’il  eft  -ordinairement  à  la  plufpart 
des  Oifeaux. 

La  fubftance  de  la  Ratte  eftoit  mollafîe,  6c  d’vn  rouge -  brun.  Elle  eftoit  faite  comme 
le  Rein  des  Animaux  Ter  relire  s  :  elle  avoit  feulement  dix  lignes  de  long  fur  fix  de 
large. 

Le  Pancréas  eftoit  placé  dans  la  première  circonvolution  des  Inteftins,  dans  laquelle 
il  defeendoit  à  l’ordinaire.  Sa  fubftance  eftoit  dure ,  6c  d’vn  rouge  pâle  :  il  eftoit  fort 
mince  par  fa  Queue,  6c  fort  épais  par  fa  Tefte,  d’où  fon  Canal  fortoit,  qui  avoit  feule¬ 
ment  cinq  lignes  de  long.  En  l’vn  de  nos  Sujets  il  y  avoir  deux  Canaux  Pancréatiques, 
qui  lbrtoient  d’vn  mefrne  Pancréas;  en  vu  autre  il  y  avoit  deux  Pancréas*  qui  avoient 
chacun  leur  Canal.  Ces  Canaux  s ’i  nier  oient  tous  au  vorfinage  des  Cyftiques  ,  ayant 
chacun  vne  entrée  feparée  ;  mais  elles  eftoient  toutes  couvertes  par  vne  melme  Appen¬ 
dice  en  forme  de  Mammelon,  qui  paroiflbit  eftre  vn  repli  de  la  membrane  interne  de 
l’Inteftin. 

Ariftote  dans  Athenée ,  remarque  que  l’Otarde  n’a  point  de  Jabot.  Dans  nos  Sujets 
l’Oefophage  eftoit  étroit  par  tout:  il  s’élargiffoit  feulement ,  6c  s’épaicilfoit  vn  peu  avant 
que  de  fie  joindre  au  Gelier  ;  ce  qui  contenoit  .environ  l’elpace  de  deux  pouces.  Il  y  avoit 
en  cét  endroit  vue  grande  quantité  de  glandes  enfermées ,  outre  les  deux  membranes 
de  l’Oefophage.  Ces  glandes  eftoient  arrangées  comme  les  alvéolés  des  Mouches  à  Miel: 
chacune  eftoit  percée  félon  fa  longueur,  formant  vn  petit  canal  ou  tuyau.  La  figure  de 
toute  la  glande  eftoit  conique,  6c  de  la  groffeur  de  plus  d’vne  ligne  par  vn  bout,  6c  de 
la  longueur  de  deux ,  allant  en  pointe.  Ces  glandes  eftoient  couchées  l’vne  fur  l’autre, 
en  forte  qu’on  ne  voyoit  paroiftre  que  le  gros  bout,  où  eftoit  l’ouverture  du  petit  canal. 
La  membrane  interne  de  l’Oefophage  qui  eftoit  couchée  fur  ces  petites  glandes,  eftoit 
fi  mince ,  qu’on  les  voyoit  paroiftre  au  travers ,  6c  que  lors  qu’on  les  prefloit ,  elles  faifoient 
fortir  vne  liqueur  qui  pafloit  auffi  au  travers  de  la  membrane.  Cette  membrane  eftoit 
encore  recouverte  d’vne  autre,  qui  s’étendoit  dans  toute  la  cavité  du  Gefier  de  mefme 
que  dans  celle  de  l’élargiflement  de  l’Oefophage  où  eftoient  les  glandes.  Cette  dernière 
membrane  tenoit  lieu  du  velouté,  qui  reveft  ordinairement  le  dedans  du  Ventricule  des 
Animaux. 

Cette  ftruéture  de  la  partie  inferieure  de  l’Oefophage  ,  6c  cét  amas  de  glandes  fe 
trouve  dans  la  plufpart  des  Oifeaux,  mais  elle  ne  fe  voit  pas  d’ordinaire  fi  diftmdement 
que  dans  rOtarde.  Acantius  qui  a  fait  la  difleéfion  d’vne  Otarde,  appelle  ces  glandes 
de  l’Oefophage  des  Caruncules,  6c  dit  quelles  font  rondes-,  mais  il  y  a  apparence  qu’il 
n’a  vu  ces  glandes  qu’au  travers  de  la  membrane  interne,  qui  ne  laide  voir  que  le  gros 
bout  de  chaque  glande,  qui  eft  arondi  ;  le  refte,  qui  s’allonge ,  6c  fait  vne  pointe,  eftant 
caché  fous  les  autres  glandes. 

Le  Gefier  eftoit  long  de  quatre  pouces,  6c  large  de  trois.  Il  paroiflbit  avant  que  d’ê¬ 
tre  ouvert  aflez  femblable  au  Gefier  des  Poulies,  à  caufe  de  fa  dureté,  qui  dans  les  Poul¬ 
ies  vient  de  répaifleur  de  la  partie  charnue:  mais  dans  toutes  nos  Otardes  cette  partie 
charnue  eftoit  fort  mince,  n’ayant  pas  plus  d  vne  ligne  d’épaifleur;  6c  toute  la  dureté  qui 
fie  remarquoit  en  ce  Gefier  avant  qu’il  fuft  ouvert,  ne  venoit  que  de  la  membrane  inter¬ 
ne,  qui  eftoit  non- feulement  épaiflé  6c  dure,  mais  qui  avoit  des  plis  6c  des  godrons  en 
plufieurs  façons  -,  chaque  godron  eftant  frifé  6c  repliffé ,  ce  qui  occupoit  beaucoup  de 
place. 

Cette  membrane  du  dedans  du  Gefier  pliflée  6c  goderonnée,  eftoit  d’vn  jaune  doré, 
6c  elle  n’avoit  point  de  continuité  avec  la  membrane  étendue  fur  les  glandes  du  Jabot 
qui  eftoit  blanche  ;  mais  elle  en  eftoit  feparée  comme  feroient  deux  doubleûres  coufuës 
bout  a  bout  l’vne  de  l’autre  :  elle  eftoit  auffi  aifement  feparable  de  la  partie  charnue  du 
Gefier. 

Ce  Gefier  eftoit  rempli  de  pierres  6c  de  doubles:  il  y  avoit  des  pierres  de  la  grofleur 
d’vne  noix.  Dans  l’vn  des  Sujets  on  a  trouvé  jufqu’à  quatre-vingt-dix  Doubles,  vfez  6c 

HHHh 


154  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

polis  par  leur  frotement  mutuel,  &C  par  celuy  des  pierres  qui  eftoient  méfiées  avec,  fans 
aucune  apparence  d’érofion-,  ce  qu’il  eftoit  aile  de  juger,  de  ce  qu’ils  n’eftoient  vfez  qu’en 
leurs  parties  gibbes  &C  éminentes ,  les  parties  caves  eftant  demeurées  entières  &C  fans  po- 
Meures,  parce  qu’elles  n’avoient  pu  eftre  touchées  &  frotées  comme  les  autres.  On  ne 
voyoit  aufti  aucune  marque  d’érofion  dans  ces  parties,  n’eftant  ni  rouïllées,  ni  afpres, 
ni  inégales.  On  a  trouvé  dans  l’vn  des  Sujets  le  Ventricule  rempli  d’vne  grande  quan¬ 
tité  de  foin.  Athenée  dit  que  les  Otardes  ruminent.  Dans  vn  Perroquet,  qui  eft  vn  Oi- 
feau  que  l’on  voit  remâcher  ce  qu’il  a  déjà  avalé,  nous  avons  remarqué  deux  Ventri¬ 
cules  feparez  l’vn  de  l’autte  par  vn  long  conduit  ;  ce  qui  femble  eftre  fait  pour  cét 
vfage  de  la  rumination  :  mais  nous  n’avons  rien  trouvé  de  femblable  dans  l’Otarde. 

Les  Inteftins  avoient  quatre  pieds  de  long ,  fans  compter  les  deux  Cæcum  3  dont  le 
droit  avoit  vn  pied,  Sc  le  gauche  onze  pouces  -,  ce  qui  n’eft  pas  vne  grande  longueur 
pour  vn  animal  qui  mange  du  foin.  Les  deux  Cæcum  fortoient  à  l’ordinaire  de  l’endroit 
où  le  Colon  fe  joint  à  l’Ileon ,  à  la  diftance  de  fept  pouces  de  l’Anus.  Ils  ne  tendoient 
point  de  haut  en  bas,  ainfi  qu’Arantius  dit  l’avoir  obfervé-,  mais  de  bas  en  haut ,  ainfi 
qu’on  le  trouve  aux  autres  Oifeaux.  La  Tunique  interne  de  l’Ileon  eftoit  pliffée  félon 
fa  longueur,  à  la  manière  du  dernier  Ventricule  des  Animaux  qui  ruminent  :  elle  avoit 
vers  l’extremité  de  cét  Inteftin  quelques  rides  en  travers,  qui luy  tenoient  lieu  de  la  Val¬ 
vule  du  Colon. 

A  la  diftance  d’vn  pouce  de  l’Anus,  l’Inteftin  fe  retreciflbit ,  &:  en  fuite  fe  dilatoit, 
faifant  vne  poche  capable  de  contenir  vn  œuf.  Les  deux  Ureteres  s’inferoient  dans  cette 
poche.  Vers  fon  milieu  on  découvroit  vn  petit  trou,  qui  conduifoit  dans  vn  fac  qui  eftoit 
comme  vn  troifiéme  Cæcum,  que  l’on  appelle  vulgairement  la  Bourfe  de  Fabrice,  du 
nom  de  celuy  qui  l’a  premièrement  décrite.  Cette  Bourfe  ou  Sac,  avoit  deux  pouces  de 
long,  fur  trois  lignes  de  large  à  fon  commencement ,  où  il  eftoit  vn  peu  plus  étroit  que 
vers  fon  extrémité.  Au  deiïiis  du  trou,  qui  du  milieu  de  la  Poche  penetroit  dans  le  troi¬ 
fiéme  Cæcum,  il  y  avoit  vn  repli  de  la  membrane  interne  de  la  Poche ,  qui  fervoit  appa¬ 
remment  de  Valvule  capable  d’empefcher  le  reflus  vers  le  haut  du  Reélu  ni,  &:  de  fa- 
vorifer  l’entrée  dans  le  troifiéme  Cæcum. 

Cette  obfervation  d’vn  troifiéme  Cæcum  eft  contraire  à  ce  qu’Ariftote  a  remarqué 
aux  Inteftins  de  l’Otarde,  qu’il  dit  avoir  moins  d’Appendices  à  leur  extrémité  inferieu¬ 
re,  que  les  autres  Oifeaux  n’ont  coutume  d’avoir. 

Les  Reins  avoient  trois  pouces  de  long  :  ils  eftoient  recoupez  fort  profondément 
en  trois  Lobes,  à  l’ordinaire  des  Oifeaux.  Leurs  Vaifleaux  eftoient  aufti  difpofez  comme 
dans  les  autres  Oifeaux,  à  la  referve  des  deux  Arteres  Crurales,  qui  font  doubles  ordinai¬ 
rement  ,  qui  ont  coutume  de  pafler  toutes  deux  par  deftous  le  Rein  :  car  dans  nos 
Sujets  il  y  en  avoit  vne  qui  paftoit  par  deiïus,  &;  vne  autre  qui  paflbit  par  deftous,  pour 
aller  dans  la  Cuifte. 

Chaque  Tefticule  avoit  fix  lignes  de  long  fur  deux  de  large,  ayant  la  figure  d’vne 
petite  amande,  d’vne  fubftance  allez  ferme,  &  fort  blanche.  L’Epididyme,  qui  eftoit  par¬ 
faitement  noire,  &  de  rnefrne  figure  que  le  Tefticule ,  avoit  quatre  lignes  de  long  fur 
deux  de  large.  Outre  les  deux  Tefticules  ,  il  s’eft  trouvé  dans  l’vn  de  nos  Sujets  vn 
corps  glanduleux,  qui  fembloit  en  eftre  vn  troifiéme.  Il  avoit  neuf  lignes  de  long  fur 
fix  de  large,  de  couleur  d’olive.  Le  Canal  Déférant,  qui  fortoit  de  l’extremité  de  l’Epi- 
didyme  de  chacun  des  deux  vrais  Tefticules ,  fe  gliftbit  fur  la  Veine  Emulgente,  à  la¬ 
quelle  il  eftoit  attaché,  &  defcendoit  fur  le  Rein  le  long  de  l’Uretere. 

A  la  Lèvre  fuperieure  de  l’Anus,  il  y  avoit  vne  petite  Appendice,  qui  tenoit  lieu  de 
la  Verge.  Entre  tant  de  Sujets  de  cette  efpece  que  nous  avons  diflequez,  il  ne  s’en  eft 
point  rencontré  de  Femelle. 

La  Langue  n’eftoit  point  ofteufe,  ainfi  qu’Ariftote  la  décrit  dans  Athenée:  elle  eftoit 
charnue  en  dehors,  ayant  en  dedans  vn  Cartilage  attache  a  la  baie  de  1  Os  Pîyoide,  com¬ 
me  à  la  plufpart  des  Oifeaux.  Ses  coftez  eftoient  heriffez  de  quelques  pointes  d’vne  fub¬ 
ftance  moyenne  entre  la  membrane  le  cartilage. 

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DE  SIX  OTARDES.  ïjy 

Les  Anneaux  de  l’Afpre  Artere  eftoient  entiers.  En  quelques-vns  des  Sujets  il  y  avoit 
de  chaque  cofté  vne  caruncule  ou  glande  rouge,  immédiatement  attachée  à  l’Afpre  Ar¬ 
tere,  &  aux  Carotides,  par  le  moyen  d’vn  rameau  de  la  grofleur  d’vne  grofle  épingle;  ce 
qui  eft  aftèz  ordinaire  aux  Oifeaux. 

Le  Cœur  avoir  deux  pouces  &  demi  de  large.  Le  Sac  qui  ferme  la  Valvule  charnue, 
qui  fé  rencontre  ordinairement  dans  le  Ventricule  droit  du  Cœur  des  Oifeaux  à  l’entrée 
delà  Veine  Cave,  avoit  quatre  lignes  de  profondeur.  La  chair  du  Ventricule  gauche 
eftoit  épaifte  de  cinq  lignes  vers  fa  baie,  &  d’vne  vers  fa  pointe. 

Dans  l’Oeil  la  Membrane  Sclérotique  avoit  vn  rebord  cartilagineux  en  devant,  large 
d’vne  ligne,  qui  faifoit  comme  vn  cercle  au  tour  de  la  Cornée.  L’Uvée  eftoit  rougeaftre 
&  parfeniée  d’vn  grand  nombre  d’Arteres,  de  Veines,  &de  Nerfs.  L’Iris  eftoit  de  cou¬ 
leur  ifabeîle.  Le  Cryftallin  avoit  trois  lignes  de  diamètre-,  tout  le  Globe  de  l’Oeil  en 
avoit  neuf. 

Le  Nerf  Optique  ayant  pénétré  au  dedans  de  l’Oeil,  s’applatiftoit,  &  formoit  vn  re¬ 
bord  blanc,  de  figure  ovale ,  longue ,  8c étroite,  d’oii  fortoit  la  Membrane  noire  en  forme 
de  bourfe,  qui  fe  va  attachera  cofté  vers  le  bord  du  Cryftallin.  Cette  Membrane  eft 
plus  particuliérement  décrite  &  figurée  dans  la  Defcription  de  l’Autruche. 

Dans  le  Palais,  &  dans  la  partie  inferieure  du  Bec,  qui  eft  comme  vne  Mâchoire  in¬ 
ferieure,  il  y  avoit  fous  la  membrane  qui  reveft  ces  parties,  plufieurs  corps  glanduleux, 
qui  s’ouvroient  dans  la  cavité  de  la  Bouche  par  plufieurs  tuyaux  fort  vifibles. 


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1 56 


Explication  de  la  figure  de  la  Demoifelle  de 


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A  figure  d’en  bas  fait  voir  de  quelle  manière  de  longues  Plumes  blanches  s’éle- 
fvent  comme  des  Oreilles  aux  deux  collez  de  la  Telle  de  cét  Oifeau-,  comment 
des  Plumes  brunes,  longues,  ôc  éfilées  luy  pendent  au  bas  du  Col.  Mais  ce  qui  efb  de 
plus  remarquable,  eft  la  dilpolition  dans  laquelle  on  Fa  mis,  en  le  reprefentant  comme 
s’il  danfoit-,  parce  que  cette  adtion  iuy  eft  ordinaire. 


D  ans  la  figure  à  en  haut. 


A. 

B. 

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D  D  DD, 
EE. 

FF. 

G. 

H. 

I. 

K. 

L. 

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P. 

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X. 

2. 

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Eft  le  Tronc  de  l Aorte. 

L’ Artere  Cœliaque  qui  va  au  Ventricule ,  d  la  Ratte ,  &  au  Foye . 

La  èMefinterique  qui  va  au  Pancréas  &  aux  Inteftins. 

Les  Arteres  Emulgentes. 

La  Crurale  fiuperieure. 

La  Crurale  inferieure. 

Lextremité  de  l’Aorte  qui  fie  diftribuè  d  l’Os  Sacrum  &  aux  parties  voifines. 

Le  Tronc  de  la  Veine  Cave. 

Le  Rameau  Iliaque  de  la  Cave. 

La  Veine  Emulgente. 

La  Veine  Crurale. 

Le  Rameau  de  la  Crurale  qui  pajfe  fous  le  Rein  >  &  va  fi  joindre  en  JA  3  d  fit  compagne , 
Le  Rein  droit. 

Le  Tejticule  du  JAafie.  . 

L’Epididyme. 

Le  Vaiftfeau  Spermatique  Déférant. 

E'Vretere. 

Le  Tefticule  de  la  Femelle. 

EOvaire. 

La  Portière  appellée  Ovidudtus. 

L’ Entonnoir  de  /’Ovidu&us. 

Le  Ligament  qui  attache  la  Portière  avec  le  Rein  comme  vu  Mefintere. 

La  Circonvolution  de  h  Afp re  Artere. 

L’Os  du  Sternon  3  dams  lequel  la  Circonvolution  de  l’Afpre  Artere  eft  engagée. 

En  des  Anneaux  de  lAftre  Artere  ayant  deux  échancreâres. 

En  morceau  de  l’Afpre  Artere ,  qui  fait  voir  la  manière  dont  fis  Anneaux  font  entrelac 
La  partie  qui  regarde  les  Vertehres  du  Col. 

La  partie  qui  regarde  le  dehors  du  Col. 


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Explication 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  SIX  DEMOISELLES 


DE  NUMIDIE. 


C  Et  Oifeau  eft  ainfi  appelle,  à  caufe  de  certaines  façons  de  faire  qu’il  a,  par  lefquel- 
les  on  a  trouvé  qu’il  fembloit  imiter  les  geftes  d’vne  Femme  qui  affeéte  d’avoir 
de  la  grâce  dans  fon  marcher  ,  dans  fes  reverences  ,  ôt  dans  fa  danfe.  Cette  reftem- 
b lance  doit  eftre  réputée  avoir  quelque  fondement  raifonnable,  puifque  depuis  plus  de 
deux  mille  ans  les  Auteurs  qui, félon  nos  conjectures,  ont  traité  de  cét  Oifeau,  l’ont  dé¬ 
ligné  par  cette  particularité  de  l’imitation  des  geltes  &  des  contenances  de  l’homme. 
Ariftote  luy  adonné  Je  nom  de  Bafteleur  &  de  Comédien.  Pline  l’appelle  Paralite& Ba¬ 
ladin.  Athenée  le  nomme  Antropoeide,  c’ell  à  dire  ayant  forme  humaine,  à  caufe  qu’il 
imite  ce  qu’il  voit  faire  aux  hommes,  &  non  pas  parce  qu’il  imite  la  parole  de  l’homme 
comme  le  Perroquet,  ainfi  que  Gillius  l’entend.  Car  Athenée  rapporte  la  manière  dont 
Xenophon  dit  que  les  Chaffeurs  fe  fervent  pour  prendre  ces  Oifeauu ,  qui  efl  de  fe  fro- 
ter  les  yeux  en  leur  prefence,  avec  de  l’eau  mife  dans  des  vailfeaux  qu’ils  emportent, 
lailfant  d’autres  vaiffeaux  femblabîes  remplis  de  glu  ,  dont  ces  Oifeaux  fe  collent  les 
pieds  &  les  yeux,  lors  qu’ils  tâchent  d’imicer  ce  qu’ils  ont  vu  faire. 

11  y  a  apparence  que  cét  Oifeau  danfeur  &  bouffon,  eftoit  rare  parmi  les  Anciens, 
parce  que  Pline  croit  qu’il  eft  fabuleux,  en  mettant  cét  Animal,  qu’il  appelle  Satyrique, 
au  rang  des  Pegafes,  des  Griffons,  &£  des  Sirenes.  11  eft  encore  croyable  qu’il  a  efté 
jufques  à  prefent  inconnu  auu  Modernes,  puis  qu’ils  n’en  ont  point  parlé  comme  l’ayant 
vû,  mais  feulement  comme  ayant  leû  dans  les  écrits  des  Anciens  la  defcription  d’vn 
Oifeau  appelle  Scops  &  Otus  par  les  Grecs ,  &  Afio  par  les  Latins ,  à  qui  ils  avoient 
donné  le  nom  de  Danfeur,  de  Bafteleur,  &  de  Comédien.  De -forte  qu’il  s’agit  de 
voir  fi  noftre  Demoifelle  de  Numidie  peut  paffer  pour  le  Scops  &  pour  XQtus  des 
Anciens. 

La  Defcription  qu’ils  nous  ont  laiffée  de  Y  Otus  ou  Scops  3  confifte  en  trois  particulari- 
tez  remarquables  qui  fe  voyent  dans  la  Demoifelle  de  Numidie,  bien  qu’il  ne  fe  trou¬ 
ve  point  qu’aucun  des  Modernes  l’ait  décrite,  &  qu’il  l’ait  rapportée  à  quelqu’vn  des 
Oifeaux  dont  les  Anciens  ont  parlé.  Ces  trois  particularitez ,  font  les  poftures  ex¬ 
traordinaires  que  tous  les  Auteurs  luy  attribuent ,  &  qui  l’ont  fait  appeller  Scops , 
de  mtMav  3  qui  félon  Athenée  fignifie  quelquefois  vfer  d’vne  plaifanterie ,  qui  confifte 
à  miter  les  geftes  de  quelqu’vn  :  8c  le  mefme  Auteur  dit  que  Scops  eftoit  vne  eft 
pece  de  danfe  ainfi  appellée  ,  à  caufe  de  l’Oifeau  Scops  J  qui  en  eftoit  comme  l’in¬ 
venteur.  La  fécondé  particularité  par  laquelle  Ariftote  &  Pline  ont  défigné  cét  Oifeau, 
confifte  en  des  éminences  de  Plume  qu’ils  luy  mettent  aux  deux  coftez  de  la  Tefte,  en 
manière  de  grandes  Oreilles.  La  troifiéme  eft  la  couleur  de  fon  Plumage ,  qu’Ale- 
xandre  Myndien  dans  Athenée,  dit  eftre  bleuaftre ,  &  de  couleur  de  plomb,  à  quoy 
il  faut  encore  ajoufter  qu’ils  difent  que  cét  Oifeau  eft  d’Afrique. 

Il  n’y  a  perfonne  de  ceux  qui  ont  vû  les  Demoifelles  de  Numidie  dans  le  Parc  de 
Ver-failles,  qui  n’ait  remarqué  que  leur  marcher,  leurs  geftes,  &  leurs fauts,  ont  beau¬ 
coup  de  rapport  aux  façons  de  faire  des  Bohémiennes,  dont  elles  femblent  imiter  la 
danfe.  Et  l’on  diroit  qu’elles  fe  plaifent  grandement  à  faire  voir  leur  grâce,  $£  leur  belle 
diipofition  a  fauter,  Ôe  qu’elles  fuivent  le  monde ,  non  pour  avoir  ce  qu’on  leur  jette 
pour  manger,  ainfi  que  font  ordinairement  les  Animaux  fauvages  quand  üs  font  appri- 
voiièz,  mais  pour  le  faire  confiderer  -,  ne  manquant  jamais,  lors  qu’elles  voyent  qu’on 
les  regarde  ,  à  fe  mettre  à  danfer,  &  à  chanter. 

Toutes  celles  que  nous  avons  diffequées  avoient  les  Oreilles  de  plume,  qui  ont 

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ijB  DESCRIPTION  A  N  A  T  OMI  QU  E 

donné  le  nom  à  VOtrn  des  Anciens,  C’efloient  des  appendices  longues  de  trois  pouces  & 
demi,  compofées  de  plumes  blanches  faites  défibrés  longues  &  déliées ,  à  la  manière 
des  plumes  que  les  Aigrettes  ont  fur  le  dos  proche  des  Ailes.  Tout  le  refie  du  Plumage 
efloit  d’vn  gris  plombé  ,  tel  qu’il  eft  décrit  par  Alexandre  Myndien  dans  XOtm 3  à  la 
referve  feulement  des  grandes  plumes  des  Ailes,  qui  efloient  d’vn  gris  plus  brun  à  [en¬ 
droit  où  la  plume  efl  découverte,  &:  de  quelques  plumes  de  la  Telle  &;  du  Col  :  mais 
cela  n’empefche  point  qu’en  général  leur  Plumage  ne  puiffe  paffer  pour  eflre  de  cou¬ 
leur  plombée. 

A  quelques-vns  de  nos  Sujets  la  Telle  avoit  fur  fon  fommet  des  plumes  élevées  en 
forme  de  Crelle,  &;  longues  d’vn  pouce  &;  demi.  Ces  plumes  efloient  de  ce  mefme 
gris  plombé,  qui  regnoit  par  tout  le  corps.  A  toutes,  les  collez  de  la  Telle  ,  &  le  der¬ 
rière  efloient  garnis  de  plumes  noires,  &  plus  courtes  que  les  autres.  Du  coin  de  cha¬ 
que  Oeil  il  partoit  vn  trait  de  plumes  blanches,  qui  alloit  palier  lous  l’appendice,  qui 
formoit  les  grandes  Oreilles  de  plume.  Le  devant  du  Col  elloit  orné  de  plumes  noi¬ 
res,  compofées  de  longues  fibres  encore  plus  déliées  &  plus  molles  que  celles  de  l’Ai¬ 
grette  :  elles  pendoient  fur  l’ellomac  de  la  longueur  de  neuf  pouces  avec  beaucoup  de 
grâce. 

Depuis  le  bout  du  Bec  jufques  à  l’extrémité  des  Pieds  allongez,  il  y  avoit  trois  pieds 
&C  demi.  Le  Bec  avoit  deux  pouces  de  long:  il  elloit  droit  &c  pointu.  Le  Col  avoit  qua¬ 
torze  pouces.  Depuis  l’os  de  la  Cuilfe  jufques  à  l’extrémité  du  plus  grand  doigt,  il  y 
avoit  dix  pouces. 

Les  Yeux  eftoient  grands  ,  ayant  les  paupières  noires.  La  paupière  interne  elloit 
blanche ,  femée  de  quantité  de  vailfeaux  remplis  de  fang. 

Les  Jambes  elloient  couvertes  par  devant  de  grandes  écailles,  qui  avoient  cinq  lignes 
de  long  fur  quatre  de  large  :  par  derrière  elles  elloient  garnies  de  petites  écailles  de 
figure  hexagone.  La  plante  du  pied  elloit  picotée  comme  du  chagrin.  Les  Ongles 
efloient  noirs,  &  médiocrement  crochus.  Le  plus  grand  Doigt,  qui  elloit  celuy  du  mi¬ 
lieu,  avoit  quatre  phalanges; le  plus  petit,  qui  elloit  en  dehors,  en  avoit  cinq;  le  moyen, 
qui  elloit  en  dedans, en  avoit  trois;  celuy  de  derrière  n’en  avoit  qu’vne. 

Le  Foye  elloit  fi  grand  en  l’vn  de  nos  Sujets,  qu’il  emplilfoit  prefque  toute  la  capa¬ 
cité  du  bas  ventre.  Aux  autres  le  Lobe  droitavoit  feulement  quatre  pouces  de  long,  Sc 
le  gauche  trois.  Dans  ce  Lobe  qui  couvrait  le  Gefier,  il  y  avoit  vn  creux  pour  recevoir 
la  partie  anterieure  du  Gefier,  qui  elloit  aiguë,  faifant  comme  vn  trenchant.  Dans  qua¬ 
tre  de  nos  Sujets  le  Foye  elloit  fcirrheux  ,  ellant  rempli  d’vne  grande  quantité  de 
petits  grains  jaunes ,  femblables  à  du  Millet.  Cette  conflitution  fcirrheufe  donnoit  en 
quelque  façon  à  connoillre  que  ces  Foyes  elloient  compofez  comme  de  plufieurs  pe¬ 
tits  Lobes,  compofez  encore  chacun  de  l’amas  de  plnlieurs  glandes.  On  voyoit  auffî 
de  quelle  manière  les  rameaux  capillaires  de  la  Veine  Porte ,  de  la  Cave  &  des  con¬ 
duits  de  la  bile,  alloient  aboutir  à  chacun  des  Lobes-,  &  mefme  l’on  pouvoit  juger  qu’il 
y  en  avoit  qui  elloient  dillribuez  à  chacune  des  glandes,  parce  qu’ayant  foufflé  dans 
ces  conduits ,  on  voyoit  que  dans  les  Foyes ,  qui  n’elloient  pas  encore  entièrement 
endurcis,  les  petits  Lobes  ,  tk  mefme  les  petites  Glandes,  dont  les  petits  Lobes  font 
compofez,  fe  fbûlevoient  quelquefois  enfemble ,  &  quelquefois  feparément.  Enfin,  de 
mefme  que  les  Foyes  fains  paroilfent  avoir  vne  fubllance  vne,  homogène,  &  continue, 
à  caufe  de  la  molleffe  qui  efl  égale  dans  toutes  les  parties  qui  conllituënt  leur  Paren¬ 
chyme;  ils  paroilfent  auffi  compofez  de  plufieurs  parties  dillinéles  &  feparées,  que  nous 
appelions  des  Lobes ,  encore  compofez  de  glandes ,  dans  ceux  qui  ont  elle  endurcis 
par  la  maladie;  à  caufe  que  cét  endurcilfement  n’occupant  pas  également  toutes  les  par¬ 
ties,  il  fait  connoillre  leur  diflinètion;  les  interllices  des  Lobes  &  des  Glandes  ellant  moins 
durs  ,  à  caufe  de  quelque  refie  de  fang  demeuré  dans  ces  interllices ,  dont  les  glandes 
elloient  dellituées.  Il  faut  néanmoins  demeurer  d’accord  que  l’experience  par  laquelle 
on  vofcfoûlever  feparément  differentes  parties,  lors  que  l’on  fouffle  dans  les  vailfeaux 
qui  fe  diflribuënt  aux  differens  Lobes  du  Foye,  fournit  vne  conjeèlure  plus  certaine, 

pour 


DE  SIX  DEMOISELLES  DE  NUMIDIE.  159 

pour  conclure  que  la  fubftance  de  ce  Vifcere  eft  glanduleufe  ,  que  n’efi:  celle  de  la 
differente  conftftance  que  la  diipofîtion  fcirrheufe  caufè  dans  le  Foye  -,  parce  qu’il  arrive 
fouvent  que  laRatte,  lors  qu’elle  eft  fcirrheufe,  fait  voir  des  grains  endurcis,  pareils  à 
ceux  qui  font  dans  le  Foye  fcirrheux,  quoy-  qu’il  foit  certain  que  la  Ratte  n’eft  point 
glanduleufe  à  la  manière  du  Foye  :  car  cela  peut  faire  croire  que  cét  argument  eft 
équivoque,  6c  que  ces  grains  peuvent  eftre  produits  auffi-bien  par  des  obftru&ions  qui 
bouchent  des  conduits  tels  que  font  ceux  de  laRatte,  que  par  l’endurciffement  des  glan¬ 
des  telles  que  font  celles  dont  le  Foye  eft  compofé. 

Nous  n’avons  point  trouvé  de  Veficule  de  Fiel  dans  deux  de  nos  Sujets-,  aux  autres 
elle  eftoit  petite,  de  figure  ovale,  n’ayant  que  cinq  lignes  de  long  fur  quatre  de  large.  Elle 
eftoit  attachée  au  Lobe  droit  par  fonCol,  le  refte  eftant  pendant.  Le  canal  Cyftique 
fortoit  proche  du  Col ,  6c  s’inferoit  au  Jéjunum,  ayant  vne  ligne  de  groffeur,  6c  qua¬ 
tre  pouces  quatre  lignes  de  long  :  l’Hepatique  fortoit  du  Foye  plus  bas  que  la  Vefî- 
cule ,  6c  n’avoit  que  deux  pouces  de  long  :  il  s’inferoit  dans  le  voifinage  du  Cyftique. 

La  Ratte  eftoit  d’vne  fubftance  fort  femblable  à  celle  du  Foye  ,  paroiffant  eftre 
compofée  de  Lobes  6c  de  Glandes ,  6c  eftant  fcirrheufe  aufti.  Sa  figure  approchoit 
de  celle  des  Reins  des  Animaux  Terreftres,  les  vaiffeaux  Spléniques  entrant  par  fa  par¬ 
tie  gibbe,  de  la  mefme  manière  que  les  Emulgens  entrent  dans  les  Reins.  Elle  eftoit 
fituée  au  deffus  du  Rein  gauche,  6c  entre  les  deux  Lobes  du  Foye  ,  en  forte  qu’elle 
paroiffoit  eftre  vn  troifiéme  Lobe.  Elle  eftoit  attachée  au  fécond  Ventricule  par  le 
moyen  d’vne  membrane  qui  conduifoit  les  rameaux  Spléniques. 

Au  bas  de  l’Oefophage,  à  l’endroit  où  il  commence  à  fe  dilater,  il  y  avoit  deux  Glan¬ 
des  longues  de  trois  lignes  ,  de  figure  ovale,  rouges,  6c  ayant  vne  cavité  en  leur  mi¬ 
lieu:  elles  eftoient  attachées  à  quelques  rameaux  des  Nerfs  de  la  fixiéme  paire.  L’Oefo- 
phage  fe  dilatoit  vers  le  bas ,  pour  faire  vn  Jabot  d’environ  quinze  lignes  de  diamètre, 
6c  de  fix  pouces  de  long.  Sa  partie  inferieure ,  qui  avoit  deux  pouces  de  long  ,  eftoit 
d’vne  fubftance  differente  de  la  fuperieure ,  fa  Membrane  externe  eftant  plus  épaiffe 
&  plus  charnue  ,  6c  y  ayant  entre  cette  Membrane  6c  l’interne  plufieurs  petites  Glandes 
arrangées  les  vnes  fur  les  autres  par  vn  ordre  régulier ,  ainfi  quelles  fe  voyent  en  plu¬ 
fieurs  Oifèaux,  6c  qu’elle  eft  décrite  6 c  figurée  dans  l’Otarde. 

Le  Gefier  avoit  deux  pouces  6 c  demi  de  long  fur  deux  de  large.  Il  eftoit  affez  fem- 
bîable  à  celuy  d’vne  Poulie,  ayant  vne  chair  épaiffe  6c  dure.  Il  en  eftoit  different  par 
fa  Membrane  intérieure,  qui  eftoit  jaune,  dure,  6c  prefque  toute  feparée  de  la  partie 
charnue.  Cette  Membrane  eftant  deffechée,  fe  caffoit  comme  du  verre,  ainfi  quelle  fait 
au  Cocq-d’lnde.  En  l’vn  de  nos  Sujets  on  a  trouvé  dans  le  Gefier  plufieurs  pierres,  qui 
fembloient  eftre  vfées  par  leur  frotement  mutuel. 

Les  Inteftins  avoient  fix  pieds  de  long  fur  deux  lignes  de  large.  Leurs  Tuniques 
eftoient  extrêmement  déliées.  Chaque  Cæcum  avoit  fix  pouces  de  long.  Le  Reétum 
fe  dilatoit  vers  fon  extrémité  ,  où  il  avoit  vne  Cavité  fort  ample,  dans  laquelle  les  Ure¬ 
tères  joints  avec  les  vaiffeaux  Spermatiques  Deferans  aboutiffoient  au  Mafle  ;  aux  Fe¬ 
melles  les  Ureteres  avec  le  canal  appellé  Oviduiïm ,  qui  eft  leur  Matrice,  aboutiffoient 
aufti  en  cét  endroit. 

Il  y  avoit  deux  Pancréas  de  longueur  inégale,  le  droit  ayant  cinq  pouces,  6c  le 
gauche  quatre.  Ils  eftoient  attachez  au  Mefentere ,  qui  leur  fourniffoit  quantité  de 
vaiffeaux  fort  vifibles.  Leur  fubftance  eftoit  molle,  6c  fi  legere,  que  les  deux  enfemble 
ne  pefoient  qu’vne  dragme.  Les  canaux  Pancréatiques  fortoient  de  leur  partie  fuperieu¬ 
re.  Le  Canal  droit  avoit  dix  lignes  ;  le  gauche  n’en  avoit  que  huit.  Quoy -qu’ils  s’infe- 
raffent  en  deux  endroits  differens ,  leur  emboucheûre  eftoit  en  dedans  fort  proche 
l’vne  de  l’autre ,  6c  joignant  l’emboucheure  des  canaux  Biliaires ,  eftant  recouverts 
d’vn  mefme  Mammelon  à  l’ordinaire. 

Les  Tefticules  avoient  fix  lignes  de  long  fur  quatre  de  large:  ils  eftoient  attachez 
immédiatement  au  tronc  de  l’Aorte i  6c  à  celuy  de  la  Cave,  eftant  fituez  vers  la  par¬ 
tie  fuperieure  des  Reins.  Ils  avoient  vn  Epididyme  détaché  du  Tefticule,  qui  pendoit 

LLL1 


i6o  DESCRIPTION  ANATOMI  QU  E 

par  vn  bout.  Il  avoit  cinq  lignes  de  long,  de  couleur  verte ,  le  Tefticule  eftant  d'vn 
jaune  blanchaftre.  Le  canal  Déférant  ne  fortoit  pas  de  l’Epididyme ,  mais  de  la  partie 
inferieure  du  Tefticule,  d’où  defcendant  le  long  de  la  Veine  Emulgente,  il  s’attachoit  à 
l’Uretere,  en  forte  que  l’Uretere  &  le  Déférant  ne  faifoient  qu’vn  canal. 

Les  Femelles  avoient  des  Tefticules  femblables  à  ceux  des  Malles,  à  la  referve  de  l’E- 
pididyme  qui  leur  manquoit.  Immédiatement  au  deffous  des  Tefticules  l’Ovaire  eftoit 
placé.  C’eftoit  vn  amas  de  quantité  de  petits  œufs  differens  en  grandeur ,  les  vns  eftant 
gros  comme  de  petits  pois,  les  autres  aufli  petits  que  des  grains  de  navéte.  Le  canal 
appelle'  Ovidutfus 3  qui  lémble  avoir  rapport  à  la  partie  appellée  Tuba,  dans  la  Matrice  des 
Animaux  Terreftres,  eftoit  élargi  par  le  haut  en  forme  d’entonnoir,  qui  embralfoit 
vne  partie  des  œufs.  Cét  entonnoir ,  qui  reprefente  la  frange  du  Tuba  des  Animaux 
Terreftres,  eftoit  fait  d’vne  membrane  tres-déliée;  le  relie  du  canal,  dont  la  membrane 
qui  eftoit  vn  peu  plus  épaiffe,  defcendoit  le  long  du  Rein  gauche,  auquel  il  eftoit  atta¬ 
ché  par  le  moyen  d’vn  Ligament  membraneux ,  large  d’vn  pouce,  en  forme  de  Me- 
fentere  ,  qui  naifloit  le  long  de  la  veine  Emulgente  ,  dont  il  recevoit  plulieurs  rameaux, 
qui  eftant  joints  avec  des  rameaux  des  arteres  Emulgentes ,  fe  difperfoient  entre  les 
membranes  dont  ce  Ligament  eftoit  compofé ,  &c  paftoient  auili  dans  les  tuniques 
du  canal  appelle  OviduÏÏus.  Ce  canal,  qui  eftoit  fort  étroit  en  fa  partie  luperieure,  s’élar- 
gilfoit  beaucoup  vers  le  bas ,  où  il  aboutilfoit  dans  l’extremité  du  Reétum ,  &  y  avoit 
vne  ouverture  fort  étroite. 

Les  Reins  avoient  trois  pouces  de  long  fur  fept  ou  huit  lignes  de  large  ,  eftant  re¬ 
coupez  en  plufieurs  endroits  à  la  manière  ordinaire  des  Oifeaux.  Les  vaiffeaux  Emul¬ 
gens ,  fçavoir  la  Veine  &  l’Artere,  eftoient  d’vne  ft  ru  dure  fort  differente.  Le  tronc 
de  l’Aorte  defcendant  tout  droit,  fans  fe  partager  en  deux  autres  troncs ,  jettoit  feule¬ 
ment  à  droit  &c  à  gauche  des  rameaux  médiocres.  Le  premier,  le  troifiéme,  &  le  qua¬ 
trième,  qui  eftoient  les  plus  petits ,  entroient  dans  le  Rein,  &  faifoient  les  Emulgens*, 
le  fécond  &  le  cinquième ,  qui  eftoient  plus  gros ,  eftoient  les  arteres  Crurales.  Le 
fixiéme  &  le  feptiéme  eftoient  confumez  dans  les  parties  baffes  du  Ventre.  Le  tronc 
de  la  veine  Cave  eftant  parvenu  vn  peu  au  deffous  du  commencement  des  Reins ,  fe 
fendoit  en  deux  gros  rameaux ,  dont  chacun  fe  divifoit  encore  en  deux  branches  : 
l’vne  de  ces  branches  fe  couloit  le  long  du  Rein ,  &C  s’y  attachoit  par  plufieurs  rameaux 
très -courts,  qui  eftoient  les  Emulgens.  L’autre  branche  fe  divifoit  aufli  en  deux  ra¬ 
meaux  ,  dont  l’vn  faifoit  aufli  la  veine  Crurale  :  l’autre  paffant  fous  le  Rein,  venoit  fe 
joindre  au  rameau  oppofite -,  &c  toutes  deux  ne  faifoient  qu’vn  rameau  couché  fur 
l’Artere,  qui  fe  divifoit  comme  la  Veine,  &C  fe  diftribuoit  de  me  fine  aux  parties  baffes 
du  Ventre. 

L’Uretere  fortant  de  la  partie  fuperieure  du  Rein,  paffoit  fous  la  branche  de  la  veine 
Cave  -,  &  fe  coulant  le  long  du  Rein,  s’alloit  joindre  avec  le  Déférant,  pour  ne  faire  en- 
femble  qu’vn  feul  Vaiffeau,  ainfi  qu’il  a  efté  dit. 

Le  Larynx  eftoit  compofé  d’vn  Cricoïde,  &  d’vn  Aritenoïde  comme  en  l’Oye. 

Les  anneaux  de  l’Afpre  Artere  eftoient  entiers,  d’vne  fubftance  très -dure  ,  tk  qui 
approchoit  de  la  nature  de  l’Os.  Leur  figure  eftoit  particulière,  eftant  échancrez  &C 
entaillez  chacun  en  deux  endroits ,  &  affemblez  par  cette  échancreûre ,  fçavoir  aux 
endroits  qui  répondoient  aux  deux  codez  du  Col:  le  refte,  qui  n’eftoit  point  échancré, 
répondant  au  devant 8c  au  derrière  du  Col,  en  forte  que  les  échancreûres  d’vn  anneau 
entrant  dans  les  échancreûres  de  l’autre,  il  arrivoit  que  le  refte  de  l’anneau  qui  n’eftoit 
point  échancré,  couvrait  en  devant  les  moitiez  de  deux  anneaux,  Sc  eftoit  couvert  par 
derrière  par  ces  me  fin  es  anneaux  qu’il  couvrait  en  devant.  Cette  ftruéture  faifoit  que 
ces  anneaux  entraient  les  vns  dans  les  autres,  fans  pouvoir  entrer  trop  avant,  en  eftant 
empefohez  par  ces  échancreûres,  qui  faifoient  qu’vn  anneau  enjamboit  fur  l’autre,  &C 
que  l’Artere  ne  fe  pouvoit  pas  fléchir  fi  aifément  vers  les  coftez  qu’en  devant  &  en 
arriére ,  où  il  n’y  avoit  rien  qui  empefchaft  les  anneaux  d’entrer  les  vns  dans  les  au¬ 
tres. 

La 


DE  SIX  DEMOISELLES  DE  NUMIDIE.  i6i 

La  figure  de  toute  l’ Artere  n’eftoit  pas  moins  étrange  que  fa  compofition  :  car  apres 
eftre  defcenduë  le  long  du  Col  en  ligne  droite  de  la  longueur  d’vn  pied,  elle  fe  détour- 
noit  en  dehors-,  &  au  lieu  d’entrer  dans  la  Poitrine,  elle  entroit  dans  vne  cavité  creu- 
fée  dans  l’os  du  Sternon,  où  eftant  defcenduë  environ  trois  pouces,  elle  fe  recourboit 
vers  l’endroit  par  où  elle  eftoit  entrée,  &  de  là  defcendoit  dans  la  Poitrine,  où  elle  fe 
divifoit  en  fes  deux  branches.  Les  anneaux  dans  toute  cette  circonvolution  eftoient 
attachez  fi  fermement  les  vns  aux  autres,  qu’ils  n’eftoient  capables  d’aucun  mouve¬ 
ment:  auffi  n’en  ont -ils  pas  belbin,  eftant  ainfi  enfermez  dans  le  Sternon.  Les  anneaux 
de  la  partie  qui  eftoit  dans  le  Col,  eftoient  moins  ferrez,  pour  obéir  au  mouvement  du 
Col 

Au  bas  de  l’Afpre  Artere,  il  y  avoit  vn  nœud  ofleux,  ayant  la  forme  d’vn  Larynx, 
qui  par  le  dedans  eftoit  feparé  en  deux ,  par  vne  petite  languette  comme  à  l’Oye,  & 
à  plufieurs  autres  Oifeaux.  Les  branches  qui  alloient  aux  Poulmons ,  eftoient  aufti  fui- 
vant  la  manière  ordinaire  ,  compofées  de  demi -anneaux  cartilagineux  par  le  deftus, 
n’eftant  garnies  par  le  deflous  que  d’vne  membrane  fort  déliée.  Les  Mufcles  ronds  &C 
longs  qui  attachent  dans  plufieurs  Oilèaux  l’Afpre  Artere  avec  le  Sternon,  prenoient 
leur  origine  de  la  partie  du  Sternon  qui  s’articule  avec  la  Clavicule  ou  fécondé  Four- 
chete ,  &c  s’inferoient  aux  coftez  de  l’Afpre  Artere  beaucoup  plus  haut  qu’au  droit 
de  leur  origine,  en  forte  que  leur  aéiion  eftoit  de  tirer  l’Afpre  Artere  en  embas.  Ils 
avoient  vne  ligne  &  demie  de  diamètre,  &  prés  de  deux  pouces  de  long. 

Lors  qu’on  fouffloit  dans  l’Afpre  Artere,  les  Veffies  du  Poulmon  qui  defcendent  juf- 
ques  au  bas  du  Ventre,  s’enfloient,  &c  poufioient  le  Foye  en  enhaut.  En  mefme  temps 
que  les  Veffies  eftoient  enflées,  on  voyoit  auffi  l’Oefophage  &  le  Jabot  s’enfler  comme 
aux  Figeons;  &  quand  on  fouffloit  dans  l’Ofophage,  les  Veffies  s’enfloient  auffi  -,  mais 
le  vent  paffoit  avec  plus  de  facilité  de  l’Afpre  Artere  dans  l’Oefophage,  que  de  l’Oefo- 
phage  dans  l’Afpre  Artere.  L’vfage  de  cette  communication,  &  les  voyes  par  lefquelles 
elle  fe  fait,  ne  font  point  encore  bien  connus  :  nous  nous  refèrvons  à  en  parler  dans  la 
Defcription  du  Pigeon. 

Le  Cœur  avoit  deux  pouces  de  long  &  vn  pouce  de  large  à  fa  bafe  :  il  pefoit  demi 
once.  Le  Péricarde  eftoit  attaché  au  Cœur  par  plufieurs  petites  fibres.  Le  Ventricule 
droit  eftoit  à  l’ordinaire  plus  large  que  long.  Sa  face  intérieure  eftoit  extraordinaire¬ 
ment  polie,  La  Valvule  charnue  que  les  Oifeaux  ont  à  l’emboucheûre  de  la  Veine 
Cave,  eftoit  longue  de  cinq  lignes  ,  &C  épaiffe  de  demi  ligne.  Les  arteres  du  Cœur 
avoient  leurs  Valvules  Sigmoïdes  à  l’ordinaire.  Le  Ligament  charnu  qui  attache  l’vn 
des  parois  du  Ventricule  droit  à  l’autre,  eftoit  plus  long  6c  plus  délié  qu’à  l’ordi¬ 
naire. 

L’Aorte,  à  la  fortie  du  Cœur,  fe  divifoit  en  trois  troncs.  Le  plus  petit  eftoit  l’Aorte 
defcendante  qui  faifoit  la  Crofte  ,  en  fe  tournant  vers  le  cofté  droit  comme  à  la 
plufpart  des  Oifeaux.  Les  deux  autres  plus  gros  troncs  eftoient  les  Axillaires,  qui  apres 
avoir  jetté  deux  petits  rameaux,  qui  eftoient  les  Carotides,  fe  divifoient  en  plufieurs 
autres  gros  rameaux,  qui  eftoient  prefque  tous  employez  &C  diftribuez  dans  les  muf¬ 
cles  des  Ailes.  Les  Carotides  vn  peu  au  deftus  de  leur  origine,  avoient  chacune  vne 
Glande,  qui  leur  eftoit  attachée.  Ces  Glandes  eftoient  longues  de  deux  lignes,  tk  groftes 
d’vne  ligne. 

On  a  trouvé  dans  le  Bec  inferieur  aux  deux  coftez  de  la  Langue,  fous  la  tunique  in¬ 
terne  de  la  Bouche,  deux  corps  glanduleux,  d’où  fortoient  plufieurs  canaux  Lympha¬ 
tiques  qui  s’ouvroient  dans  la  Bouche ,  &  y  déchargeoient ,  eftant  comprimez ,  vne 
humeur  blanche  vifqueufe.  Il  y  en  avoit  deux  vers  la  partie  fuperieure  beaucoup 
plus  gros  que  les  autres.  La  Langue  eftoit  charnue  en  deftus,  &c  cartilagineufe  en  deftbus 
comme  aux  Poulies. 

La  Tunique  du  Palais  eftoit  afpre  &  heriftee  par  quantité  de  mammelons ,  SC  de 
pointes  membraneufes  &:  dures.  Elle  enfermoit  auffi  vn  corps  glanduleux ,  qui  jettoit 
deux  gros  tuyaux  aboutiftàns  dans  la  Bouche.  On  découvroit  vn  grand  nombre  d  au- 

MMMm 


i6z  DESCRIPT.  ANATOMIQUE  DE  SIX  DEMOISELLES  DE  NUMIDIË* 
très  petites  Glandes  aux  collez  du  Larynx  ,  qui  avoient  auflî  des  tuyaux  Lymphati¬ 
ques. 

Le  Crâne  eftoit  épais  de  plus  dvne  demi  ligne.  Le  Cerveau  eftoit  divifé  en  deux, 
à  l’ordinaire  des  Oifeaux.  Chaque  partie  avoit  onze  lignes  de  long  fur  fept  de  large.  Le 
Cervelet  avoit  huit  lignes  en  tout  fens.  L’vn  3c  l’autre  enfemble  ne  pefoient  qu’vne 
dragme  3c  demie. 

La  Paupière  interne  eftoit  grande  ,  3c  s’allongeoit  aifément  fur  tout  le  globe  de 
l’Oeil. 

Les  points  Lacrymaux  eftoient  doubles  ,  ronds,  3c  fort  grands.  Ils  s’ouvroient  à 
l’ordinaire  dans  la  fente  de  la  partie  pofterieure  du  Palais.  La  glande  Lacrymale  infe¬ 
rieure  eftoit  couchée  fous  le  globe  de  l’Oeil  dans  le  grand  angle.  Elle  avoit  dix  li¬ 
gnes  de  long  fur  deux  de  large.  Son  canal  eftoit  gros ,  3c  s’ouvroit  entre  l’Oeil  3c  la 
Paupière  interne.  Ayant  feringué  dans  ce  canal ,  la  glande  s’eft  beaucoup  enflée.  La 
glande  Lacrymale  fuperieure  eftoit  très -petite,  n’ayant  que  trois  lignes  de  long  fur 
deux  de  large. 

La  membrane  Sclérotique  eftoit  cartilagineufe  en  devant ,  ayant  comme  vn  anneau 
plus  dur  que  le  reftejarge  de  trois  lignes.  La  Cornée  avoit  vn  bord  ou  cercle  jaune  tout 
au  tour  joignant  la  Conjonétive.  L’Iris  eftoit  d’vn  rouge-brun:  le  Tapis  eftoit  de  mefme 
couleur  ;  le  refte  de  la  Choroïde  eftoit  extraordinairement  noir.  On  n’a  point  trouvé 
cette  autre  membrane  noire  en  manière  de  Sac,  qui  fort  du  nerf  Optique,  3c  que 
nous  avons  toujours  veûë  dans  les  Oifeaux  que  nous  avons  diflequez ,  fans  avoir  en¬ 
core  pu  deviner  quel  peut  eftre  fon  vfage.  Tout  ce  que  nous  pouvons  conjecturer  eft 
que  cette  partie  a  vn  office  pareil  à  celuy  de  la  Choroïde,  en  ce  que  l’vne  3c  l’autre 
fervent  entre  autre  chofe  à  préparer  la  nourriture  des  humeurs  de  l’Oeil ,  lefquelles ,  à 
caufe  de  la  netteté  tranfparente  qui  leur  eft  neceflaire,  doivent  avoir  vn  aliment  fort 
épuré,  3c  tout-à-fait  exempt  des  parties  grofliéres  3c  terreftres,  par  lefquelles  les  corps 
font  rendus  opaques:  car  ces  parties,  que  l’on  peut  appeller  la  lie  du  Sang,  en  font 
feparées ,  3c  retenues  dans  la  Choroïde  3c  dans  la  Bourfe  du  Nerf  Optique,  qui  en 
font  noircies-,  cela  fe  faifant  à  peu  prés  de  la  mefme  manière  que  la  Choroïde,  le  Pla¬ 
centa,  3c  la  membrane  mefme  de  la  Matrice  font  (allies ,  s’il  faut  ainfi  dire,  de  la  por¬ 
tion  la  plus  grofliére  3c  la  plus  impure  du  Sang  quelles  retiennent ,  afin  que  la  por¬ 
tion  qui  eft  deftinée  à  la  formation  3c  à  la  nourriture  du  Fœtus ,  foit  plus  nette  3c 
plus  épurée.  Cette  penfée,  qui  par  ces  raifons  peut  avoir  quelque  probabilité  ,  a  en¬ 
core  efté  confirmée  par  la  particularité  que  nous  avons  remarquée  dans  noftre  Sujet, 
où  cette  Bourfe  noire  ne  s’eftant  point  trouvée,  il  s’eft  rencontré  que  la  Choroïde 
eftoit  beaucoup  plus  noire  qu’à  l’ordinaire  -,  comme  fi  toute  la  lie  du  Sang  ,  qui  aux 
Yeux  des  autres  Oifeaux  doit  eftre  retenue  dans  la  Choroïde  3c  dans  la  Bourfe  noi¬ 
re,  avoit  efté  ramafifée  dans  la  feule  Choroïde. 


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164 


Explication  de  la  figure  de  l’Autruche. 


ON  peut  voir  dans  la  figure  d’embas  que  les  Plumes  des  Ailes  de  la  Queue  ne 
fçauroient  eftre  propres  à  voler ,  les  parties  qui  compofent  ces  Plumes  n  eftant 
point  liées  enfemble  comme  elles  le  font  aux  autres  Oifeaux-,  Que  l’œil,  qui  n’ell  pas  fi- 
tué  obliquement  comme  à  l’ordinaire,  a  de  grandes  Paupières,  dont  l’ouverture  ell  en 
long  comme  en  l’homme-,  Que  le  Col,  la  Telle,  &  les  Cuiffes  font  dégarnies  de  Plumes, 
ôc  que  chaque  Pied  n’a  que  deux  Doigts. 


Z  Z. 


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Dans  la  figure  à  en  bas. 


AA. 

B  B  DD. 


EEEE. 

cccc. 

GG. 

HH. 

H. 

n. 

K. 

LL  L. 

M. 

O. 

P. 

RR 

S. 

TT. 

VV. 

XX. 

Y  Y. 

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JS. 

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h  b. 

G. 

AA. 

y. 

A. 

II.  2.1. 


Efi  la  cavité'  du  milieu  de  la  Poitrine. 

La  cavité  du  Ventre  inferieur.  Ces  deux  cavitez,  font  formées  par  les  deux  grands  Diaphrag¬ 
mes  ,  &  fiparées  l’vne  de  l'autre  par  le  Diaphragme  tranfverfal  qui  eït  entre  A  &  B ,  & 
qui  efi  garni  de  graijfe  en  dejfous. 

Les  quatre  Vefiies  du  collé  droit  de  la  Poitrine . 

Les  quatres  Vefiies  du  coïté  gauche.  Ces  quatre  Vefiies  font  enfermées  de  chaque  cofié  entre  le 
grand  Diaphragme  &  le  mufile  du  Poulmon. 

Les  Poulmons }  dont  chacun  efi  enfermé  entre  le  muficle  du  Poulmon  &  Us  Cofies. 

Le  Larynx. 

Vne  portion  du  Cartilage  Cricoïde. 

Le  Cartilage  Lyroïde. 

La  Langue. 

La  partie  pofierieure  de  la  membrane  Sclérotique ,  qui  fait  la  moitié  du  globe  de  l’Oeil 3  la  par¬ 
tie  de  devant  ayant  efié  ofiée. 

La  membrane  plifiée  en  manière  de  bourfie  3  qui  fort  de  l’Entonnoir  N.  formé  par  l’extrémité  du 
Nerf  Optique,  &  s’attachant  proche  du  ligament  Ciliaire. 

Le  Nerf  Optique. 

Le  Cryfialhn  avec  le  ligament  Ciliaire. 

Le  grand  Cerveau  découvert. 

La  Dure  Jvlere  levée }  &  renverfée  en  arriére  fur  le  Cervelet. 

La  Glande  Pineale  en  fa  place. 

La  partie  fuperieure  du  Cervelet. 

Le  Sinus  Longitudinal. 

Deux  Euberofitez,  faifant  les  parties  latérales  &  inferieures  du  Cervelet. 

Deux  cavitez,  ou  ventricules  qui  fint  dans  les  Euberofitez,  du  Cervelet. 

La  cavité  qui  efi  a  l’origine  de  la  moelle  de  l’Epine ,  faite  comme  vne  plume  taillée. 

L’Apophyfi  vermiforme  du  Cervelet. 

Le  Cervelet  levé,  &  renverfé  en  arriére. 

Le  grand  Cerveau  que  l’on  a  feparé  en  deux  après  avoir  coupé  les  petites  Fibres  qui  joignent 
les  deux  parties. 

Les  Ventricules  fuperieurs  dans  lefquels  fie  voit  le  Lacis  Choroïde  marqué  Ç 

La  Glande  Pmeale  tirée  vn  peu  en  arriére  hors  de  fa  place. 

Deux  Luberofitez,  fituées  fus  le  grand  Cerveau.  Ce  fint  les  me  fines  qui  font  marquées  XX. 

Le  Cervelet.' 

Le  quatrième  Sinus. 

Vn  morceau  de  la  Queue  du  tuyau  d’vne  Plume  vu  avec  le  Microfope. 

Deux  des  Fils  dont  la  Barbe  gauche  de  la  plume  efioit  compofée.  Il  n’y  en  a  icy  que  le  com¬ 
mencement,  le  refie  e fiant  coupé  :  ils  font  garnis  a  chaque  cofié  d’vn  rang  de  Fibres. 

Les  Fibres  qui  font  au  cofié  qui  regarde  le  bout  de  toute  la  Plume  ;  ces  Fibres  ayant  plufeurs 
petits  crochets  recourbe  fi  en  deffous ,  qui  font  comme  le  battant  d’vn  loquet ,  fuivant  la 
comparaifon  qui  en  efi  faite  dans  la  Defiription. 

Les  Fibres  qui  font  au  cofié  qui  regarde  le  tuyau ;  ces  Fibres  ont  plufeurs  petits  crochets  recour¬ 
bez,  en  deffus ,  qui  rejfemblent  au  mentonnet  du  loquet  auquel  le  battant  s’accroche,  quand 
il  eït  pouffé  a  fiez,  avant  pour  pouvoir  tomber  dans  la  cavité  du  mentonnet. 


Explication 


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HH. 

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K. 


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O  O. 

PP. 

44» 


Ef  l'Oefiphage.  3x3. 

Le  bas  du  Jabot ,  qui  defiend  au  dejfous  du  QC^ 
Gefier.  R. 

Le  Gefier.  S. 

Le  Canal  Hépatique.  T. 

Le  Pancréas.  V. 

Le  Canal  Pancréatique ,  dont  l'ouverture  dans  X. 

l'Intefin  efi  marquée  e.  Y. 

One  portion  du  Colon  en  grand,  qui  ef  garni  ZI\zr 
en  dedans  par  des  feuillets  marquez,  i  i  i.  T  r. 

La  grande  Poche  qui  ef  au  bas  de  l'Intef  in  a.  a.. 

Re&um.  jS  0. 

L'Intefin  Re&um.  g  g. 

L'extrémité  du  Re&um ,  qui  forme  vue  tu-  y  y. 

berofté  dans  la  grande  Poche. 


La  Verge.  Son  origine  ef  marquée  elle  f  es. 
replie  vers  2.  en  dejfous,  &  laijfe  finir  la 
partie  L  par  l'ouverture  de  la  petite  Poche 
marquée  M  M.  0. 

Les  Greteres. 

Les  ouvertures  des  Greteres  dans  la  grande  4'4/- 
Poche.  A. 

Les  deux  premiers  mufiles  de  l'Anus  &  de  u. 
la  Verge.  y. 

Les  deux  féconds  mufiles  de  l’ Anus  &  de 
la  Verge . 


Le  rebord  du  trou  de  la  grande  Poche . 

Le  Foye. 

La  grande  Veine  Porte. 

L'origine  du  Canal  Pfepatique . 

La  Veine  Cave  fuperieure. 

La  petite  Veine  Porte. 

L’ Aorte  defiendante. 

La  Veine  Cave  inferieure. 

Les  Rems. 

L'Gretere. 

Les  Eeficules. 

Les  Arteres  Crurales. 

Les  Veines  Crurales. 

G  ne  portion  du  Colon  en  petit,  jointe  au  Cæ¬ 
cum  double  formé  en  vis ,  marqué  bfr. 

La  Portière  ou  Matrice  appelle 'e  Ôvidu&us , 
aux  Oifiaux. 

L'Orifice  interne  de  la  Matrice. 

L'extrémité  de  /'Ovidu&us ,  qui  fait  l’Enton¬ 
noir. 

Le  Ligament  large  de  la  Matrice. 

Le  Teficule  du  Mafie. 

Les  Vaijfeaux  Spermatiques  préparans. 
L'Epididyme. 

Le  Déférant . 


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167 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DE  HUIT  AUTRUCHES 

LE  s  huit  Autruches  dont  nous  faifbns  la  defcription  eftoient  à  peu  prés  d’une  mefme 
grandeur.  Il  y  en  avoit  cinq  Malles  ôc  trois  Femelles.  Elles  avoient  fept  pieds  &C 
demy  de  haut  depuis  le  delTus  de  la  Telle  jufqu  a  terre  -,  depuis  le  Dos  jufqu’au  haut 
de  la  Telle  il  y  avoit  trois  pieds,  tk  autant  depuis  le  Ventre  à  terre.  Le  Corps,  depuis 
l’Ellomac  jufqu’au  commencement  de  la  Queue ,  n’avoit  que  trois  pieds  :  la  Queue 
elloit  longue  d’vn  pied.  L’ Aîle  ,  fans  les  plumes ,  avoit  feulement  vn  pied  demy  ; 
ellant  étendue,  &£  avec  les  plumes,  trois  pieds. 

Le  Plumage  elloit  aulîi  en  quelque  façon  pareil  ;  car  la  plufpart  avoient  des  plumes 
noires  &C  des  blanches,  &  quelques -vnes  de  grifes.  Scaliger  fe  moque  avec  raifon  de 
Cardan  ,  qui  a  crû  que  les  Autruches  avoient  des  plumes  rouges,  bleues,  &C  vertes; 
n’ayant  pas  fceû  que  celles  qui  ont  ces  couleurs ,  font  teintes.  Les  plus  grandes  plumes 
fortoient  des  extrémitez  des  ailes  &C  de  la  queue.  Les  grandes  eftoient  le  plus  fouvent 
blanches  ;  &  le  rang  d’après  n’eftoit  compofë  que  de  noires.  Il  y  en  avoit  de  plus  petites, 
les  vnes  blanches,  les  autres  noires,  qui  garnilïoient  le  dos  ÔC  le  ventre.  Les  Flancs  n’a- 
voient  point  de  plume  non  plus  que  les  Cuiftes  &C  le  deftous  des  Aîles.  Le  bas  du  Col 
jufqu’à  la  moitié  eftoit  garni  de  plumes  encore  plus  petites  que  celles  du  Ventre  &  du 
Dos,  dont  les  vnes  eftoient  noires ,  &c  les  autres  blanches.  Elles  eftoient  grifes  en  l’vn 
des  Malles,  &C  en  l’vne  des  Femelles. 

Toutes  ces  plumes  eftoient  d’vne  mefme  efpece.  Cela  eft  particulier  à  l’Autruche-,  car 
elle  n’a  pas  des  plumes  de  plufieurs  fortes  comme  les  autres  Oifeaux,  qui  en  ont  les  vues 
molles  &  comme  lanugineules,  pourleur  fervir  de  fourrure  ;  les  autres  dures  &C  fermes, 
pour  voler;  les  autres  lanugineufes  feulement  à  leur  commencement  ;  plus  fermes 
vers  leur  extrémité,  qui  eft  faite  en  forme  d’écaille  ,  afin  qu’eftant  toutes  arrangées  les 
vnes  fur  les  autres,  en  forte  que  les  vnes  couvrent  par  leur  extrémité  qui  eft  plus  ferme, 
le  duvet  qui  eft  à  la  racine  des  autres ,  elles  puiftent  compoler  comme  vn  veftement 
fourré,  qui  garantifle  les  Oifeaux  des  incommoditez  du  vent  &  de  l’eau.  Or  cela  n’eft 
point  aux  plumes  des  Autruches,  qui  font  toutes  molles  &C  efilées  comme  le  duvet,  en 
forte  quelles  ne  leur  fervent  ny  à  voler,  ny  à  les  couvrir  aflez  commodément  pour  les 
défendre  des  injures  externes.  On  remarque  encore  vne  autre  égalité  dans  les  plumes 
des  aîles  de  l’Autruche,  qui  leur  eft  particulière  :  car  les  grandes  plumes  des  aîles  des 
autres  Oifeaux  ont  vn  cofté  plus  large  que  l’autre  ;  mais  celles  de  l’Autruche  ont  le  tuyau 
juftement  au  milieu  de  la  plume.  Il  y  a  fujet  de  croire  que  cette  égalité  eft  le  fonde¬ 
ment  du  hiéroglyphe  des  Egyptiens,  qui  reprefentent  la  Juftice  par  vne  plume  d’Au- 
truche. 

Dans  rénumeration  des  merveilles  de  la  Nature  qui  fe  lit  dans  le  Livre  de  Job, 
celles  de  la  ftruélure  des  aîles  des  Oifeaux  eft  vne  des  plus  confidérables.  Cette  mer¬ 
veille  eft  exprimée  par  la  refléxion  que  Dieu  fait  faire  à  Job  fur  la  différence  qu’il  y  a 
entre  les  plumes  de  l’Autruche  &  celles  des  Hérons  &C  des  Faucons;  c’eft  à  dire  des  Oi¬ 
feaux  qui  ont  des  plumes  pour  voler,  de  ceux  qui  ne  les  ont  pas  pour  cét  vfage:  car 
il  n’y  a  rien  en  effet  de  plus  admirable  que  cette  ftruélure  des  plumes  deftinées  au 
vol,  qui  confifte  principalement  dans  trois  choies,  fçavoir  dans  la  tiffure  des  Fils  &:  des 
Fibres,  dont  les  Barbes  des  plumes  font  compofées,  dans  la  figure  de  toute  la  plume,  ÔC 
dans  le  mouvement  particulier  de  chaque  plume. 

Pour  connoiftre  pour  examiner  ces  particularitez ,  il  faut  remarquer  que  prefque 
toutes  fortes  de  plumes  font  compofées  de  deux  parties 
va  toujours  en  s’amenuïfant  jufqu’à  l’extrémité  de 


Queue 


,  fçavoir  du  Tuyau  dont  la 
la  plume;  &  des  Barbes,  qui 

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i68  DESCRIPTION  A  N  A  T  O  M  I  QU  E 

Pont  attachées  de  codé  &  d’autre  à  la  Queue  du  Tuyau,  &  qui  font  la  largeur  de  la  plumés 
Que  les  Fils  dont  ces  Barbes  font  compofées ,  font  plats,  &  lituez  l’vn  contre  l’autre  par 
le  plat ,  edant  pofez  de  chan ,  afin  qu’ils  puident  aifément  fe  plier  ,  pour  s’approcher 
l’vn  de  l’autre,  ôc  qu’ayant  moins  de  facilité  à  fe  plier  de  l’autre  fens,  ils  donnent  plus 
de  fermeté  à  toute  la  plume  -  Que  cette  fermeté  ed  encore  fortifiée  par  la  manière  avec 
laquelle  les  Fils  dont  ces  Barbes  font  faites,  s’enlacent  les  vns  avec  les  autres-,  cét  enla¬ 
cement  ou  tidure  edant  faite  par  le  moyen  d’vne  infinité  de  Fibres,  que  les  Fils  jettent 
chacun  de  chaque  codé,  pour  s’accrocher  les  [vns  aux  autres-,  Que  ces  Fibres  font  cro¬ 
chues  de  differente  manière  :  car  celles  qui  fortent  du  Fil ,  du  codé  qui  regarde  l’extré¬ 
mité  de  la  plume ,  font  plus  longues ,  plus  fiexibles ,  recourbées  en  deüous  ;  &  celles 
qui  fortent  du  codé  qui  regarde  le  commencement  de  la  plume  font  plus  courtes,  plus 
fermes,  &  recourbées  en  deffus.  Car  il  faut  concevoir  que  toutes  ces  Fibres  ayant  ref- 
fort,  celles  qui  font  plus  longues ,  plus  fiéxibles,  &;  recourbées  en  delfous,  fe  plient  en 
enhaut  à  la  rencontre  des  autres  Fibres ,  lors  que  deux  Fils  font  poulfez  l’vn  contre  l’au¬ 
tre;  ôc  qu’en  fuite  lors  que  ces  longues  Fibres  font  poulfées  alfez  avant  fur  les  autres, 
leur  partie  crochue  tombe  dans  la  cavité  que  forme  la  partie  crochue  de  ces  autres 
Fibres,  ainli  que  le  battant  d’vn  loquet  attaché  à  vne  porte,  tombe  quand  on  le  pouffe, 
&£  entre  dans  la  cavité  du  mentonnet  attaché  au  poteau,  tk  s’y  accrochant,  y  attache 
la  porte  :  car  c’ed  proprement  de  cette  manière  qu’vn  Fil  s’attache  à  l’autre. 

Cette  admirable  druéture  des  plumes ,  qu’il  ed  aifé  de  voir  avec  le  Microfcope ,  reüdit 
fi  bien  pour  les  vfages  aufquels  la  nature  l’a  dedinée,  que  lors  qu’vn  Fil  a  edé  feparé  de 
l’autre  par  quelque  violence  externe,  iled  en  edat  d’y  edre  racroché  avec  vne  facilité 
incroyable.  On  peut  dire  que  cela  n’ed  pas  inconnu  aux  Oifeaux,  qui  s’occupent  fou- 
vent  à  remettre  en  ordre  avec  leur  bec  les  Fils  de  ces  Barbes,  lors  qu’ils  font  déran¬ 
gez  -,  car  cela  fuffit ,  pour  faire  que  des  plumes  qui  font  fi  aifément  comme  déchirées, 
foient  en  vn  indant  comme  recoufuës  tk  remifes  en  leur  premier  edat  -,  &  cette  difpofi- 
tion  leur  ed  bien  plus  avantageufe  que  fi  elles  edoient  difficiles  à  déchirer,  &  qu’edant 
vne  fois  déchirées,  elles  ne  fuflent  plus  difpofées  comme  elles  font  à  fe  recoudre  d’elles- 
mefmes.  Mais  on  peut  encore  dire  que  cette  druéture  n’a  pas  edé  connue  de  ceux  qui 
ont  crû  que  les  Oifeaux  portent  vne  efpece  de  colle  à  leur  bec,  par  le  moyen  de  la¬ 
quelle  iis  rejoignent  leurs  plumes  lors  quelles  font  déchirées:  car  la  colle  ny  la  glu  n’ac¬ 
commode  point  les  aîles  des  Oifeaux ,  ou  du  moins  elles  feraient  gadées  autrement 
quelles  ne  font  par  la  pluye  &  par  les  eaux,  où  fouvent  elles  font  plongées,  fi  leurs 
fibres  edoient  jointes  autrement  que  par  cette  admirable  tidure,  dont  on  peut  aifément 
faire  expérience,  en  feparant  les  Fils  des  Barbes  des  plumes,  que  l’on  voit  fe  racrocher 
d’eux- mefines,  &  fans  colle,  en  les  raprochant  feulement. 

Il  faut  remarquer  en  fécond  lieu  que  ces  Fils  ne  font  pas  parfaitement  droits,  mais  le- 
gerement  courbez  ,  pour  rendre  toute  la  plume  cave  en  dedous-,  ce  qui  fert  à  deux 
chofes,  fçavoir  à  rendre  les  Barbes  plus  fortes,  &  moins  capables  d’edre  pliées  en  en- 
haut,  lors  que  la  plume  frape  foudainement  l’air;  &  à  faire  que  l’air  enfermé  dans  cette 
cavité  refide  davantage  à  l’aîle  qui  le  bat  en  s’abbaidant,  &  pour  faire  audi  qu’il  réfide 
moins  à  la  mefme  aîle  lors  quelle  ed  relevée,  à  caufe  de  la  convexité  de  la  plume  fur 
laquelle  l’air  glide  plus  aifément  qu’il  ne  ferait  fi  elle  edoit  plate  :  car  il  faut  confiderer 
que  pour  le  vol  deux  chofes  font  necedaires;  la  première  ed  que  l’air  réfide  beaucoup 
au  batement  de  l’aîle,  afin  que  l’Oifeau  s’y  appuyé  davantage-,  la  fécondé, que  le  mefme 
air  réfide  le  moins  qu’il  ed  podible  au  rehaudèment  de  l’aîle,  tant  afin  que  l’Oifeau  ne 
défade  pas,  en  relevant  l’aîle  ,  ce  qu’il  a  fait  en  i’abbaidant  -,  que  pour  rendre  moindre 
l’effort  qu’il  fait  en  relevant  l’aîle,  &:  faire  qu’il  ne  fe  lade  pas  inutilement. 

En  troifiéme  lieu  il  faut  remarquer  que  pour  ces  mefmes  raifons ,  fçavoir  de  faire 
que  l’air  réfide  à  l’aîle  qui  le  frape ,  Sc  qu’il  obe'ïde  lors  quelle  fe  releve,  la  Nature 
employé  deux  moyens:  le  premier  ed  de  faire  que  lors  que  l’aîle  fe  leve,  elle  devienne 
plus  étroite  que  lors  quelle  fe  rabat-,  ce  qui  fe  fait  tantoft  en  ferrant  les  plumes,  &  les 
faifant  couler  l’vne  fous  l’autre ,  en  forte  que  la  moitié  de  l’vne  couvrant  la  moitié  de 

l’autre, 


DE  HUIT  AUTRUCHES.  j69 

l’antre,  chaque  plume  ne  puiffe  fraper  l’air  que  par  fa  moitié  ;  tantoft  en  les  faifant  fortir 
les  vnes  de  deffous  les  autres ,  en  forte  que  chacune  frape  l’air  de  toute  fa  largeur.  Les  Oi- 
feaux  qui  ont  les  aîles  longues  &£  pointues,  fe  fervent  de  ce  moyen.  L’autre  moyen  eft 
pour  les  Oifeaux  qui  ont  les  aîles  moins  longues  :  car  ils  vfent  d’vn  artifice  que  les  Ra¬ 
meurs  imitent  dans  le  maniement  de  leurs  avirons,  qui  eft  de  faire  que  l’eau  foit  fra- 
pée  du  plat  de  l’aviron  lors  qu’ils  le  font  aller  en  embas,  &  qu’elle  foit  coupée  par  le 
trenchant  du  mefme  aviron  lors  qu’ils  le  ramènent  en  enhaut  :  car  la  mefme  chofe  arrive 
aux  plumes  de  l’extrémité  de  l’aîle ,  qui  frapent  l’air  de  leur  plat ,  lors  que  l’aîle  s’ab- 
baiffe,  8c  le  coupent  lors  qu’elle  fe  hauffe  ;  ce  qui  fe  fait  par  vn  mouvement  pareil  à 
celuy  des  avirons  que  les  Rameurs  font  vn  peu  tourner  lors  qu’ils  les  ramènent  en 
enhaut  :  car  chacune  des  grandes  plumes  a  ce  mouvement  à  part ,  par  lequel  elle  eft 
vn  peu  tournée  obliquement  lors  que  l’aîle  eft  levée ,  cette  plume  eft  remife  en  la 
première  fitnation  lors  que  l’aîle  eft  abbaiftée.  Cette  adtion  le  remarque  fort  diftindfte- 
ment  lors  que  les  Oifoaux  tiennent  quelque  temps  leurs  aîles  élevées  par  vue  exten- 
fion  pareille  à  celle  que  l’on  fait  en  baillant  ;  cét  eftat  donnant  plus  de  loifir  de 
voir  ce  Contournement  des  plumes ,  que  lors  qu’ils  battent  des  aîles  pour  voler:  car 
alors  les  aîles  eftant  ainfi  élevées,  on  voit  que  les  grandes  plumes,  qui  font  les  princi¬ 
paux  organes  du  vol,  font  toutes  feparées  les  vnes  des  autres,  à  caufe  de  leur  obliquité, 
qui  femble  ouvrir,  pour  le  paffage  de  l’air,  autant  de  portes  qu’il  y  a  de  plumes,  qui  fe 
referment  lors  que  l’aîle  venant  à  fe  baiffer ,  toutes  ces  plumes  reprennent  leur  pre¬ 
mière  fituation  ,  &  s’abbatent  les  vnes  fur  les  autres,  pour  faire  de  toute  l’aîle  vne  fur- 
face  continue,  qui  foit  capable  d’enfermer  vne  grande  quantité  d’air. 

En  quatrième  lieu,  il  faut  remarquer  que  ce  mouvement  oblique  de  chaque  plume 
n’eft  point  à  celles  de  la  queue,  laquelle  a  des  vfages  differens  de  ceux  des  aîles.  Il  yen 
a  deux  principaux  -,  le  premier  eft  de  fervir  de  gouvernail,  &  d’entretenir  dans  tout  l’Oi- 
foau  vn  mouvement  droit,  lors  qu’elle  eft  tenue  droite,  &c  de  faire  tourner  le  corps  en 
embas ,  lors  qu’elle  eft  tenue  baillée  ,  ou  en  enhaut ,  lors  qu’elle  eft  hauffée.  L’autre 
vfage  eft  de  fervir  à  faire  aller  en  avant,  lors  quelle  eft  remuée  foudainemént  par  ces 
deux  mouvemens  fucceffifs,  qui  produifent  le  mefme  effet  que  la  queue  des  Poiffons. 

Or  toute  cette  mechanique  manque  aux  Plumes  &c  aux  Aîles  de  l’Autruche  :  car  les 
fils  des  barbes  qui  font  aux  deux  coftez  de  la  queue  du  tuyau  des  grandes  Plumes  ne 
font  jamais  collées  les  vnes  contre  les  autres,  mais  flotantes  &  flexibles,  n’eftant  point 
crochues,  mais  droites  &  égales,  fans  avoir  aucune  des  difpofitions  neceffaires  à  facili¬ 
ter  l’entrelacement  quelles  ont  les  vnes  avec  les  autres  dans  les  plumes  des  autres  Oi¬ 
feaux.  C’eft  pourquoy  Ariftote  dit  que  les  Plumes  des  Autruches  font  femblables  aux 
poils  des  animaux  terreftres ,  c’eft  à  dire  qu’elles  font  plus  propres  à  couvrir  leurs  corps 
qu’à  voler. 

Ces  Plumes  n’ont  point  autTi  ce  mouvement  particulier  qui  les  rend  tantoft  droites, 
tantoft  obliques,  parce  que  cela  leur  feroit  inutile,  les  barbes  n’eftant  point  jointes  en- 
femble  pour  faire  la  tiffure  tk  la  continuité  que  les  autres  plumes  ont  pour  fraper  tout 
l’air  qui  fe  rencontre  fous  l’aîle  -,  en  forte  que  l’on  peut  dire  que  les  Plumes  des  Aîles 
de  l’Autruche  font  plus  femblables  aux  banderolles  des  Navires  qu’à  leurs  voiles-,  quoy 
qu’Elian  difo  que  ces  animaux  s’en  fervent  comme  de  voiles,  lors  que  pour  rendre  leur 
courfe  plus  vifte  &  plus  legere,  ils  étendent  cés  Plumes  au  vent,  afin  qu’il  les  pouffe: 
car  les  voiles  ne  fervent  pas  aux  Navires  feulement  comme  vn  obftacle ,  qui  réfiftant 
au  vent  par  fon  feul  volume,  en  foit  Amplement  pouffé  ainfi  que  l’eft  le  corps  du  Vaif- 
feau-,  mais  il  les  faut  confiderer  comme  vn  obftacle  pourveû  d’vne  figure  commode, 
qui  eftant  régie  &  gouvernée  d’vne  certaine  manière,  peut  tirer  vn  plus  grand  avan¬ 
tage  de  l’agitation  de  l’air  pour  le  mouvement  du  Vaiffeau,  qu’il  ne  feroit  fans  cette  fi¬ 
gure  &c  fans  ce  gouvernement.  Ainfi  les  Plumes  de  l’Autruche  ne  luy  fçauroient  fervir 
par  leur  figure  ny  par  leur  mouvement-,  car  fi  elles  leur  aidoient  à  avancer  en  pouf¬ 
fant  leurs  aîles  en  arriére,  elles  leur  nuiraient  dautant  en  les  retirant  en  avant  ;  &  il 
leur  arriverait  vn  inconvénient  auquel  les  aîles  des  Chauvefouris ,  des  Papillons  ,  &  des 


i7o  DESCRIPTION  ANATOMI  QU  E 

Moufches  feraient  fujettes ,  fi  la  Nature  n’y  avoit  pourveû,  en  donnant  aux  aîles  de  ces 
animaux  le  moyen  de  fe  refïerrer  de  telle  forte  lors  quelles  fe  haufient  *  qu’elles  fra- 
pent  vne  moindre  quantité  d’air,  que  lors  qu’elles  fe  rebaiffent.  Car  ce  retreciffement 
fe  fait  aux  Chauvefouris  par  le  moyen  d’vne  fuite  d’os  qu’elles  ont  dans  leurs  aîles,  8c 
qui  font  comme  les  doigts  de  leurs  mains ,  dont  les  entredeux  font  garnis  de  peaux 
quelles  refferrent  8c  étendent  alternativement  fuivant  le  befoin.  Les  aîles  des  Papil¬ 
lons  8c  des  Moufches  font  la  mefme  aétiort  par  le  moyen  de  certaines  fibres, qui  font  vn 
effet  pareil  à  celuy  des  doigts  de  la  Chauvefouris  :  8c  c’eft  vne  chofe  étonnante  que  la 
viftefle  8c  la  force  avec  laquelle  les  aîles  des  Moufches  fe  remuent,  8c  comment  elles 
font  capables  de  faire  vn  aufïi  grand  bruit  qu’eft  celuy,  non  feulement  du  bourdonne¬ 
ment  des  Freflons,  mais  mefme  des  petits  Moufcherons,  tels  que  font  les  Coufins,  qui 
fe  fait  entendre  de  loin,  imitant  le  fon  d’vne  trompette. 

Le  mouvement  des  aîles  des  Autruches  ne  pouvoir  tout  au  plus  fervir  que  de  la 
mefme  manière  que  celuy  de  la  queue  des  autres  Oifeaux,  8c  de  celles  des  Poilfons, 
qui  efl  un  mouvement  à  la  vérité  propre  à  faire  avancer  ;  mais  il  eft  confiant  que  les 
Plumes  de  l’Autruche  ne  peuvent  faire  cét  effet,  eftant  bouchonnées ,  éfilées,  8c  flo- 
tantes  comme  elles  font-,  parce  que  pour  faire  qu’vn  tel  mouvement  ait  quelque  effet, 
il  faut  que  l’organe  ait  vn  plan  droit,  égal,  8c  ferme,  tel  qu’il  eft  dans  vn  gouvernail, 
dans  vn  aviron,  dans  l’aîle  d’vn  moulin  à  vent,  8cc. 

Il  y  a  apparence  que  l’Auteur  du  Livre  de  Job  avoit  fait  réflexion  fur  toutes  ces 
chofes ,  lors  qu’il  décrit  l’Autruche,  comme  vn  animal  à  qui  Dieu  a  dénié  l’adreffe  qu’il 
a  donnée  aux  autres  Oifeaux ,  8c  qu’il  n’a  point  aufli  pourveû  d’organes  commodes  pour 
exercer  l’admirable  aétion  du  vol-,  n’ayant  guéres  d’autre  vfage  de  fes  aîles,  que  de  les 
élever  pour  recevoir  l’impulfion  du  vent  lors  qu’il  eft  favorable  à  fa  courfe.  C’eft  pour- 
quoy  Cardan  compare,  ou  plûtoft  oppofe  fort  bien  l’Autruche  à  l’Oifeau  de  Paradis, 
que  l’on  a  crû  autrefois  n’avoir  point  de  pieds  -,  parce  que  l’Oifeau  de  Paradis  eft  vn 
Oifeau,  qui,  fuivant  l’opinion  de  Cardan,  ne  marche  & me  defcend  jamais  fur  terre,  de 
mefme  que  l’Autruche  en  eft  vn  qui  ne  vole  8c  ne  s’élève  jamais  dans  l’air. 

Outre  les  Plumes  que  nous  avons  décrites,  nous  avons  obfervé  que  le  haut  du  Col  8c 
la  Tefte  eftoient  garnis  d’vn  duvet  fin,  blanc,  clair -femé,  8c  luifant  comme  de  la  foye 
de  Pourceau-,  en  forte  qu’il  fembloit  tenir  davantage  du  poil  que  de  la  plume.  Ce  duvet 
eftoit  amaffé  par  petits  bouquets,  compofez  d’environ  douze  poils,  qui  n’avoient  qu’vne 
ligne  de  longueur,  à  la  referve  du  poil  du  milieu,  qui  en  avoit  quatre:  tous  les  poils 
d’vn  bouquet  n’avoient  tous  enfemble  qu’vne  racine ,  qui  eftoit  vn  petit  tuyau  de  la 
o-roffeur  de  la  plus  petite  épingle.  Ce  duvet  eftoit  fort  clair  8c  fort  rare  au  Col,  8c  en¬ 
core  davantage  à  la  Tefte,  qui  eftoit  abfolument  chauve  par  deffus:  ce  que  Pline  dit 
n’eftre  naturel  qu’à  deux  Oifeaux,  fçavoir  à  l’Autruche  8c  au  Corbeau  aquatique,  ap- 
pelié  pour  cela  Phalocrocorax. 

Au  bout  de  chaque  aîle  il  y  avoit  des  efpeces  d’ergots,  faits  à  peu  prés  comme  les 
aiguillons  d’vn  Porc-Epic:  ils  eftoient  longs  d’vn  pouce,  gros  d’vne  ligne  8c  demie  par 
la  bafe;  leur  fubftance  reffembloit  à  de  la  corne-,  ils  eftoient  creux,  8c  dans  la  cavité  il 
y  avoit  vn  cartilage  reveftu  de  membranes  8c  de  ligamens,  avec  vne  grande  quantité 
de  vaiffeaux  qui  fourniiïbient  beaucoup  de  fang.  Aldrovande  confeffe  n’avoir  pû  ren¬ 
contrer  ces  aiguillons  dans  les  Autruches:  Albert  dit  qu’ils  leur  fervent  d’armes  offen- 
fives  :  Jonfton  veut  qu’elles  en  vfent  comme  d’vn  éperon  avec  lequel  elles  s’excitent  à 
la  courfe.  Il  y  en  avoit  deux  à  chaque  aîle  :  le  plus  grand  eftoit  à  l’extrémité  du  der¬ 
nier  os  de  l’aîle,  l’autre  eftoit  vn  demy  pied  plus  bas. 

Le  Col  paroiffoit  plus  menu  à  proportion  qu’il  ne  paroift  aux  autres  Oifeaux ,  parce 
qu’il  n’eftoit  pas  garni  de  plumes ,  ainfi  qu’il  a  efté  dit.  La  peau  de  ce  Col  eftoit  de 
couleur  de  chair  livide-,  Gillius  le  fait  bleu.  La  Tefte  paroiffoit  auffi  affez  petite,  par  la 
mefme  raifon  du  manque  de  plume:  Albert  la  trouve  abfolument  petite.  Scaiiger  a  rai- 
fon  de  reprendre  Cardan  ,  d’avoir  dit  que  les  Oifeaux  ont  ordinairement  la  Tefte  pe¬ 
tite,  afin  que  fa  pefanteur  ne  les  empefche  pas  de  voler  5  parce  qu’il  y  en  a  beaucoup  qui 

volent 


DE  HUIT  AUTRUCHES.  ï7r 

volent  peu  comme  les  Poulies,  qui  ont  la  telle  plus  petite  à  proportion  que  les  autres 
Oifeaux  qui  volent  aile  ment  :  mais  il  y  a  apparence  que  Cardan  trouvoit  que  Ion 
Théo  ré  me  eftoit  confirmé  par  l’exemple  de  l’Autruche,  qui  ne  vole  point,  &  dont  la 
Telle  mefine  fans  plume  eft  abfolument  plus  groffe,  à  proportion  de  fon  Corps,  qu’elle 
n’eft  aux  autres  Oifeaux. 

Le  Bec  eftoit  court  8>C  pointu:  il  avoir  deux  pouces  &  demy  de  large  en  fon  com¬ 
mencement  -,  fa  figure  de  mefme  que  celle  du  refte  de  la  Telle,  n’approchoit  en  aucune 
façon  de  la  figure  que  la  telle  &  le  bec  d’vne  Oye  ont  ordinairement ,  ainû  que  Pont 
mal  jugé  ceux  qui  ont  appellé  l’Autruche  Chœmcamelu!  3  c’eft  à  dire  ,  Oye -Cha¬ 
meau. 

La  forme  extérieure  de  l’Oeil  approchoit  alfez  de  celle  de  l’œil  de  l’Homme ,  &C 
eftoit  fort  differente  de  la  forme  ordinaire  de  l’œil  des  Oifeaux  ,  qui  ont  l’ouverture 
de  l’œil  ronde ,  la  paupière  d’enhaut  immobile  &  fans  cils,  la  ligne  qui  va  d’vn  des 
coins  de  lœil  à  l’autre ,  toujours  oblique  :  car  nos  Autruches  avoient  l’ouverture  de 
l’œil  ovale,  vue  grande  paupière  en  haut,  qui  s’abbaiffoit  de  mefme  que  celle  d’embas  fe 
hauftbit,  ayant  de  grands  cils ,  qui,  de  mefme  qu’à  l’Homme,  eftoient  beaucoup  plus 
longs  que  ceux  de  la  paupière  inferieure  -,  enfin  la  ligne  qui  allait  de  Pvn  des  angles  à 
l’autre  eftant  droite ,  félon  la  direction  du  Bec.  Il  y  avoit  vne  troifiéme  Paupière  en  de¬ 
dans,  de  mefme  qu’à  la  plufpart  des  Brutes:  c’eftoit  vne  Membrane  fort  mince, qui  fe 
cachorc  dans  le  grand  angle  vers  le  Bec.  Aldrovande  croit  que  les  Oifeaux  ont  cette 
troifiéme  paupière,  pour  fuppléer  au  defaut  de  leur  paupière  fuperieure,  qui  eft  fi  courte», 
qu’elle  ne  peut  s’abbaiffer  pour  couvrir  l’œil,  ainfi  quelle  fait  à  l’Homme.  Mais  il  y  a 
apparence  que  cette  paupière  interne  a  vn  autre  vfage  dans  les  Oifeaux  ,  puis  quelle, 
fè  trouve  dans  l’Autruche ,  dont  la  paupière  fupérieure  eft  affez  grande  pour  fe  pou¬ 
voir  abbaiffer  facilement  ;  joint  que  la  paupière  inferieure  fe  ferre  aux  Oifeaux  contre 
la  fuperieure ,  auffi  exa&ement  que  la  fuperieure  fe  joint  en  l’Homme  avec  l’infe¬ 
rieure. 

La  Langue  eftoit  petite ,  adhérante  de  mefme  qu’aux  Poüfons ,  compofée  de  carti¬ 
lages,  de  ligamens,  St  de  membranes  entremeflées  défibrés  charnues.  Elle  eftoit  diffe¬ 
rente  dans  nos  Sujets  :  aux  vns  elle  eftoit  longue  d’vn  pouce ,  fort  épaiffe  au  droit  de 
l’ouverture  du  Larynx  -,  aux  autres  elle  n  avoit  pas  demi  -  pouce  de  long ,  mais  elle 
avoit  plus  d’vn  pouce  vers  fa  bafe,  eftant  vn  peu  fourchue  par  le  bout.  Au-delà  de  la 
fente  du  Palais,  vers  le  Pharynx,  il  y  avoit  deux  groffes  glandes,  qui  fourniffoient  la 
falive. 

Les  Cuiffes  eftoient  fort  charnues,  &  fort  groffes,  &;  fans  plumes,  couvertes  d’vne 
peau  blanche  vn  peu  rougeaftre ,  rayée  par  des  rides  élevées,  de  la  figure  d’vn  réfeau, 
dont  les  mailles  pourraient  laiffer  entrer  le  bout  du  doigt.  A  Tvn  des  Malles,  il  y  avoit 
de  petites  plumes  çà  &  là  fur  les  Cuiffes,  à  peu  prés  de  mefme  que  Gefner  l’a  dépeint 
dans  fa  figure.  Quelques- vns  n’avoient  ny  les  petites  plumes,  ny  les  rides.  Les  Jambes 
eftoient  couvertes  par  devant  de  grandes  écailles  en  table. 

Le  Pied  eftoit  fendu,  &  compofé  feulement  de  deux  Doigts  fort  grands,  qui  eftoient 
couverts  d’écailles  comme  la  Jambe.  Ces  Doigts  eftoient  inégaux  :  le  plus  grand,  qui 
eftoit  en  dedans,  avoit  fept  pouces,  compris  l’ongle,  qui  avoit  neuf  lignes  de  long, 
vn  peu  moins  de  large ,  eftant  en  quelque  façon  femblable  à  l’ongle  du  gras  orteil  de 
l’Homme.  L’autre  Doigt  n’avoit  que  quatre  pouces,  &  eftoit  fans  ongle.  Ce  petit  Doigt 
ne  pofoit  à  terre  que  par  le  bout.  Le  grand  eftant  vu  de  profil  avoit  à  peu  prés  la  fi¬ 
gure  du  pied  d’vn  Homme,  quand  il  eft  chauffé:  il  eftoit  feulement  vn  peu  plus  menu 
&  plus  long.  Pline  dit  que  les  Pieds  de  l’Autruche  font  femblables  à  ceux  du  Cerf. 
Diodore  Sicilien,  qui  appelle  les  Autruches  des  Cerfs -Oifeaux,  fe  fonde  fur  cette  fauffe 
reffemblance.  Suidas  s’eft  encore  trompé  davantage  ,  quand  il  a  dit  que  les  Pieds  de 
l’Autruche  reffemblent  à  ceux  d’vn  Afne.  Ceux  qui  ont  nommé  l’Autruche  Struthoca- 
melm ,  c’eft  à  dire  Cocq- Chameau ,  fuivant  Scaliger  ,  Sc  félon  l’interpretation  Chal- 
daïque  de  l’endroit  de  Job  allégué  cy- devant,  n’ont  pas  fi  mal  rencontré  :  car  lalon- 

RRRr 


ijt  DESCRIPTION  ANATOMI  QU  E 

gueur  des  Jambes  de  l’Autruche  a  quelque  rapport  avec  celles  du  Cocq  &  du  Cha¬ 
meau.  De  plus  la  manière  dont  le  pied  du  Chameau  eft  fendu,  qui  eft  differente  de 
celle  de  tous  les  autres  pieds  fourchez,  6e  fon  ongle,  qui  eft  aufli  tout  d’vne  autre  na¬ 
ture  que  celuy  du  pied  des  Cerfs  6e  des  Chèvres,  font  des  particularitez  qui  luy  font 
communes  avec  l’Autruche.  Nos  Autruches  avoient  encore,  comme  le  Chameau,  vne 
callolitè  au  bas  du  Sternon ,  fur  laquelle  elles  s’appuyent  comme  le  Chameau  ,  quand 
elles  fe  couchent. 

Auprès  de  l’Anus ,  à  l’vn  des  cinq  Malles,  il  y  avoit  de  chaque  cofté  trois  trous  d’vne 
ligne  6e  demie  de  diamètre,  6e  de  deux  lignes  de  profondeur. 

Au  haut  de  la  Poitrine ,  fous  la  peau,  il  y  avoit  de  la  graifle  de  l’èpaifleür  de  deux 
doigts.  Il  y  en  avoit  encore  fur  tout  le  devant  du  Ventre,  qui  eftoit  dure  comme  du 
ftiif:  elle  eftoit  épaifle  de  deux  pouces  6e  demi  en  quelques  endroits.  Cette  graifle  eftoit 
enfermée  entre  deux  membranes  aufli  fortes  que  le  Péritoine.  Ces  membranes,  qui  en- 
fermoient  ainfi  ces  grailles,  eftoient  les  aponeurofes  des  Mufcles  du  bas  Ventre,  lefquels 
ne  commençoient  à  eftre  charnus  que  vers  les  Flancs,  tout  le  devant  du  Ventre  de  la 
largeur  d’vn  pied  eftant  fans  chair.  Le  Sternon  ne  defcendoit  point  jufqu’au  bas  du 
Ventre,  parce  que  les  Mufcles  qui  remuent  les  ailes,  6e  qui  font  attachez  au  Sternon, 
n’ont  pas  befoin  d’eftre  fl  grands  qu’aux  autres  Oifeaux  qui  volent. 

L’Oefophage  eftoit  fitué  fur  le  corps  des  Vertebres,  eftant  attaché  aux  aponeurofes  des 
Mufcles  duPoulmon,  dont  il  fera  parlé  dans  la  fuite.  Ses  Tuniques  eftoient  fort  épaifles, 
particuliérement  celle  qui  eft  charnue.  Il  s’élargifloit  infenfiblement,  jufques  à  ^voir  fix 
pouces  de  large  en  approchant  du  Ventricule  ou  Gefier-,  en  forte  qu’il  eftoit  difficile  de 
marquer  l’endroit  de  l’Orifice  fuperieur  du  Ventricule:  il  fembloit  que  l’extrémité  de  l’Oe- 
fophage  formoit  vn  Jabot  qui  fe  confondoit  avec  vn  Gefier,  6e  que  ces  deux  parties  en- 
femble  compofoient  vn  feul  Ventricule.  Cette  conformation,  qui,  en  général,  eft  fort 
differente  de  celle  qui  eft  ordinaire  aux  Oifeaux,  où  le  Jabot  a  accouftumé  d’avoir  vn  étre- 
ciflement  qui  le  fepare  du  Gefier,  eftoit  encore  plus  étrange,  à  caufe  de  la  fituation 
qu’il  avoit:  car  il  eftoit  non-feulement  dans  la  Poitrine,  mais  mefme  il  eftoit  plus  bas  que 
le  Gefier,  au  deflous  duquel  il  defcendoit,  6e  vers  lequel  en  fuite  il  remontoit ,  en  forte 
que  l’entrée  du  Gefier  eftoit  par  fon  fond-,  6e  ainfi  l’Orifice,  que  l’on  appelle  ordinaire¬ 
ment  fuperieur,  eftoit  effe&ivement  l’inferieur. 

Le  Gefier,  en  quelques -vns  de  nos  Sujets,  eftoit  feparé  en  dedans  en  deux  cavitez 
par  vne  éminence  formée  par  fa  chair  mufculeufè , qui ,  vers  le  milieu,  eftoit  plus  épaifle 
qu’ailleurs  de  plus  de  deux  pouces.  Cette  éminence  érrecifloit  la  capacité  interne  au  droit 
du  milieu,  6e  la  feparoit  en  partie  gauche,  dont  la  capacité  eftoit  la  moindre,  6e  en  par¬ 
tie  droite  ,  où  eftoit  l’Orifice  inférieur,  appellé  Pylore.  La  figure  de  ces  deux  cavitez 
ne  paroifloit  point  en  dehors,  la  chair  du  Gefier  y  eftant  égale;  6e  le  tout  enfemble 
avoit  la  figure  du  Ventricule  de  l’Homme,  faifant  vne  ovale,  qui  avoit  quinze  pouces 
de  long  fur  huit  de  large.  Elian  femble  donner  plufieurs  Ventricules  à  l’Autruche  ,  ainfi 
qu’aux  Animaux  qui  ruminent,  quand  il  dit  que  cét  Oifeau  digère  les  pierres  dans  le 
Ventricule  appellé  Echinos  3  qui  eft  le  fécond  Ventricule  des  Animaux  ruminans,  que  l’on 
nomme  ainfi,  à  caufe  que  fa  membrane  intérieure  eft  remplie  de  rides  heriflees  de  poin¬ 
tes  comme  le  Heriflon,  que  les  Grecs  appellent  Echinos:  mais  cette  forte  de  Ventri¬ 
cule  n’a  point  efté  trouvée  dans  nos  Sujets.  L’on  peut  feulement  dire  que  le  Ventricule 
de  quelques  -vnes  des  Autruches  que  nous  avons  diflequées,  eft  double  ,  6e  non  pas 
qu’elles  ayent  deux  Ventricules  -,  puis  que  l’vne  6e  l’autre  des  parties  de  ce  double  Ven¬ 
tricule  font  reveftuës  d’vne  mefme  membrane  ,  6e  que  cette  membrane  eft  differente 
dans  les  differens  Ventricules  des  Animaux  qui  ruminent.  Car  les  membranes  du  Jabot 
eftoient  garnies  de  glandes  arrangées  régulièrement,  5 e  formées  comme  des  bouts  de  pe¬ 
tits  tuyaux ,  eftant  rondes ,  6e  percées  par  le  milieu  à  la  partie  qui  regarde  le  dedans  du 
Jabot ,-6e  inégales  de  l’autre  cofté,  eftant  compofées  de  plufieurs  grains,  à  la  manière 
des  glandes  qu’on  appelle  conglomérées.  Et  elles  eftoient  differentes  en  cela  des  glandes 
qui  fe  trouvent  aux  Jabots  des  Demoifelles  de  Numidie,  des  Oyes,  des  Canars ,  6e  de 

plufieurs 


DE  HUIT  AUTRUCHES.  173 

plufieurs  autres  Oifeaux,  où  ces  glandes  fe  voyent  feulement  percées  comme  à  1* Autru¬ 
che ,  mais  elles  font  (impies,  &  du  genre  de  celles  qu’on  appelle  conglobées. 

La  Membrane  qui  reveftoit  le  dedans  du  Gefier,  &  qui  en  eftoit  aifément  feparable, 
avoit  vne  ligne  &  demie  d’épaifleur  en  quelques- vns  de  nos  Sujets.  Elle  eftoit  compo- 
fée  de  deux  parties,  fçavoir  d’vne  Tunique  qui  eftoit  immédiatement  fur  la  chair  du 
Gefier,  &;d’vn  amas  de  petits  corps  glanduleux,  qui  faifoient  vne  efpece  de  velouté. 
Ces  petits  corps,  en  la  plufpart  des  Sujets,  eftoient  fi  petits,  qu’ils  paroiftoient  eftre 
plûtoft  des  fibres  que  des  glandes:  en  quelques-vns  il  eftoient  de  la  grofleur  d’vne  groffe 
épingle,  &  de  la  longueur  de  plus  d’vne  ligne.  Ils  eftoient  joints  &  collez  les  vns  aux 
autres,  comme  les  fibres  le  font  dans  le  bois.  Il  y  avoit  beaucoup  d’endroits  où  ces  pe¬ 
tits  corps  eftoient  feparez,  Sc  faifoient  plufieurs  fentes  comme  des  gerfures.  Le  Ven¬ 
tricule  du  Cormoran  eftoit  à  peu  prés  de  cette  ftru&ure. 

Ces  Ventricules  ont  efté  trouvez  toujours  remplis  de  foin,  d’herbes,  d’orge, de  feves, 
d’os ,  Si  de  cailloux ,  dont  il  y  en  avoit  de  la  grofleur  d’vn  œuf  de  Poulie.  Il  y  avoit  aufli 
des  Doubles:  on  en  a  compté  dans  vn  jufqu  a  foixante  Si  dix.  Ils  eftoient  la  plufpart  vfez, 
Si  confumez  prefque  des  trois  quarts,  eftant  rayez,  apparemment  par  leur  frotement 
mutuel,  Si  par  celuy  des  cailloux,  Si  non  par  érofion  caufée  par  quelque  humeur  ou 
elprit  acide,  ainfi  que  l’on  a  reconnu  ;  parce  que  quelques-vns  de  ces  doubles,  qui 
eftoient  creux  d’vn  codé,  Si  boflus  de  l’autre,  eftoient  tellement  vfez  Si.  luifans  du  cofté 
de  la  boflè,  qu’il  n’y  eftoit  rien  refté  de  la  figure  de  la  monnoye  :  au  lieu  que  le  cofté  qui 
eftoit  cave,  n’eftoit  point  du  tout  endommagé,  (a  cavité  l’ayant  garanti  du  frotement 
des  autres  Doubles.  Tout  le  refte  qui  eftoit  contenu  dans  le  Ventricule  avec  ces  Dou¬ 
bles,  tant  les  pierres,  les  os,  que  les  legumes,  S i  le  foin,  eftoit  verdi.  Nous  avons  trou¬ 
vé  la  mefme  chofe  dans  le  Ventricule  d’vne  Otarde,  où  il  y  avoit  jufqu’à  quatre -vingts- 
dix  Doubles  vfez  par  le  frotement:  ils  avoient  aufli  donné  vne  couleur  verte  à  quanti¬ 
té  de  foin  qui  y  eftoit. 

Cela  fait  juger  qu’aux  Oifeaux  ,  &  généralement  dans  tous  les  Animaux  ,  la  diflolu- 
tion  des  alimens  ne  fe  fait  pas  feulement  par  les  efprits  fubtils  Se  penétrans,  mais  aufli 
par  l’aétion  organique  S L  mechanique  du  Ventricule,  qui  comprime  bat  inceflam- 
nent  les  chofes  qu’il  contient  ;  en  forte  qu’en  la  plufpart  des  Animaux  qui  avalent  vne 
nourriture  dure  fans  la  mafcher,  comme  les  Oifeaux  qui  vivent  de  grains,  la  Nature 
leur  a  fait  le  Ventricule  mufculeux,  leur  a  donné  l’inftinc  d’avaler  des  cailloux,  par 
le  moyen  defquels  ils  puiflent  broyer  dans  leur  Ventricule  ce  que  les  autres  brifont  avec 
les  dents.  Enfin  cette  affeélation  que  la  plufpart  des  Oifeaux  ont  d’avaler  des  pierres ,  a 
vn  vfage  plus  manifefte  que  n’en  a  celle  que  les  Aigles  &  les  Grues  ont  de  mettre  des 
pierres  dans  leurs  nids.  Cardan,  &:  la  plufpart  des  autres  Naturaliftes ,  croyent  que  le 
Ventricule  des  Oifeaux,  &  principalement  de  l’Autruche,  eft  charnu, pour  luy  fournir 
davantage  de  chaleur  :  mais  l’on  fçait  que  la  chair  mufculeufe  &  fibreufe  agit  plus  par 
fon  mouvement  que  par  fon  tempérament;  &  qu’vne  des  principales  ôt  plus  importan¬ 
tes  a&ions  du  Cœur  eft  celle  de  la  contraétion  &  de  la  dilatation ,  qui  ne  fort  pas  moins 
à  la  co&ion  &c  à  l’alteration  du  fang  qu’à  fa  diftribution.  Il  y  a  apparence  que  ceux  qui 
ont  cru  que  les  pierres  &  le  fer  dont  les  Autruches  fe  rempliflent,  font  difloutes  dans 
leur  Ventricule  par  vne  vertu  particulière  que  la  Nature  a  donnée  aux  Ventricules  des 
differens  Animaux ,  par  laquelle  les  vns  digèrent  les  poifons  ,  les  autres  les  os  &;  les 
chairs  crues ,  &C  que  l’Autruche  a  efté  pourveûë  de  celle  de  digérer  les  métaux  &c  les 
pierres  ,  n’avoient  pas  fait  réflexion  fur  cette  attrition  des  pièces  de  cuivre  que  nous 
avons  obfervée ,  &  encore  moins  fur  la  verdeur,  dont  tout  ce  qui  eftoit  contenu  dans  le 
Ventricule  eftoit  teint.  Car  fi  le  Ventricule  de  l’Autruche  avoit  vne  faculté  particulière 
pour  digerer  les  métaux,  il  les  digéreroit  de  la  manière  que  les  autres  chofes  font  digé¬ 
rées,  qui  eft  d’eftre  fondues  fk  liquéfiées,  fans  fouffrir  d’autre  changement  en  leur  cou¬ 
leur,  que  de  devenir  blanches-,  ce  qui  provient  des  petites  bulles  prefque  infinies  que  le 
bouillonnement  delà  fermentation  y  produit:  car  ce  bouillonnement  donne  vne  cou¬ 
leur  blanche  à  tout  ce  qu’il  agite ,  ainfi  qu’il  fe  voit  dans  l’écume  de  l’encre ,  qui  eft 

SSSf 


174  DESCRIPTION  A  N  ATOMI QJTJ  E 

blanche.  L’on  fça'it  auffi  par  expérience  que  les  chofes  qui  fe  diffolvent  dans  le  Ventri¬ 
cule  ,  reçoivent  vne  alteration  en  leur  fubftance,  fans  en  fouffrir  en  leur  couleur,  ainfi 
qu’il  fe  remarque  dans  les  Ecreviffes,  que  Ton  trouve  à  demy  digérées  dans  le  Ventri¬ 
cule  des  PoilTons,  avec  leur  noirceur  naturelle,  &  n’ayant  point  cette  rougeur  quelles 
acquièrent  lors  que  la  chaleur  du  feu  les  cuit  &  les  altéré,  à  fa  manière,  qui  eft  differente 
de  la  chaleur  des  Animaux.  De-forte  que  la  verdeur  qui  arrive  au  cuivre  dans  le  Ventri¬ 
cule  de  l’Autruche  ne  femble  point  pouvoir  provenir  d’vn  diffolvent  particulier  qu’il  ait 
pour  digerer  les  métaux  5  mais  il  y  a  apparence  que  cette  diffolution  s’y  fait  de  la  mefme 
manière  qu’elle  auroit  efté  faite  hors  de  ce  Ventricule  ,  fi  le  cuivre  avoir  elle  broyé 
avec  des  herbes,  ou  quelque  liqueur  acide  ou  falée,  de  quelque  nature  qu’elle  puiffe  eftre, 
&qui  feroit  bien  differente  de  cét acide, ou  de  ce  fel,  enfin  de  ce  diffolvent  général, quel 
qu’il  foit,de  tout  ce  qui  eft  capable  de  donner  de  la  nourriture  :  de -forte  qu’il  eft  croya- 
ble  que  l’Autruche  eftant  vn  Animal  vorace,  qui  a  befoin  d’avaler  quelque  ehofe  de  dur, 
quiluy  ferve,  ainfi  qu’il  a  efté  dit,  à  broyer  fa  nourriture,  elle  vie  mal  de  l’inftinc  que  la 
Nature  luy  a  donné  pour  cela,  lors  qu’elle  avale  du  fer,  &  principalement  du  cuivre,  qui 
fe  change  en  poifon  dans  fon  eftomac,  au  lieu  de  fe  tourner  en  nourriture.  Et  en  effet  , 
nous  avons  apris  de  ceux  qui  gouvernent  ces  Animaux  dans  la  Menagerie  de  Verfailles  , 
que  les  Autruches  qui  avalent  beaucoup  de  fer,  ou  de  cuivre,  meurent  toutes  bientoft 
après. 

Les  Inteftins  ont  efté  trouvez  differens  en  longueur  dans  nos  Sujets,  quoy-que  les 
Animaux  fuffent  à  peu  prés  d’vne  mefme  grandeur.  En  l’vn  ils  avoient  cinquante  pieds , 
en  l’autre  quarante- deux,  en  l’autre  trente -trois,  en  l’autre  vingt -neuf.  Les  trois  In¬ 
teftins  grefles  n’avoient  gueres  plus  de  longueur  que  le  Colon  &  leReétum  enfemble.  Le 
Cæcum  eftoit  double,  comme  à  la  plufpart  des  autres  Oifeaux  :  chacun  avoit  deux  pieds 
de  long,  plus  ou  moins,  à  proportion  de  la  longueur  des  autres  Inteftins. 

La  furface  externe  du  Colon  &  du  Cæcum  eftoit  inégale  par  des  boffes  fort  régu¬ 
lières,  mais  differentes  dans  chacun  de  ces  Inteftins.  Cés  boffes  eftoient  formées  par  des 
ligamens  en  manière  de  feuillets,  qui  eftoient  en  dedans,  à  peu  prés  de  mefme  qu’ils  fe 
vôyent  au  troifiéme  &C  au  quatrième  Ventricule  des  Animaux  qui  ruminent.  Dans  le 
Colon  ces  feuillets  eftoient  fituez  tranfverfalement,  fâifant  chacun  plus  que  le  demy- 
cercle,  &  eftant  pofez  alternativement,  de  manière  que  les  bouts  de  deux  demy-cercles 
recevoient  &  enfemioient  l’extrémité  d’vn  autre  demy-cercle,  comme  qui  mettroit  les 
bouts  des  dents  de  deux  peignes  les  vnes  entre  les  autres.  Ces  demy-cercles  eftoient  di- 
ftans  les  vns  des  autres  de  demy- pouce,  n’avoient  que  trois  lignes  de  large  dans  leur 
milieu,  &c  alloient  finiffant  en  pointe.  Tout  le  long  de  cét  Inteftin,  dans  la  partie  pofté- 
rieure,  il  y  avoit  vn  ligament  de  deux  lignes  de  large,  qui  eftant  du  tiers  moins  long  que 
l’Inteftin,le  racourciftbit,  &  faifoit  que  les  ligamens  intérieurs  &c  demy -circulaires  for- 
moient  les  replis  &  les  boffes  qui  paroiffoient  encore  plus  marquées,  lors  que  l’Inteftin 
eftant  enflé,  toute  la  membrane,  qui  n’eftoit  point  retenue  &;  affermie  par  les  ligamens* 
eftoit  étendue  par  l’impulfion  du  vent.  Tous  les  vaiffeaüx  entroient  à  cofté  de  ce  liga¬ 
ment  pour  fe  diftribuer  dans  l’Inteftin ,  mais  particuliérement  dans  les  feuillets.  Cette 
ftru&ure  de  feuillets  fituez  tranfverfalement  dans  lé  Colon,  a  déjà  efté  décrite  dans  le 
Singe,  ou  il  eft  fait  mention  de  la  découverte  que  nous  avons  faite  de  pareils  feuillets 
dans  le  Jéjunum  de  l’Homme  ;  mais  nous  avions  réfervé  à  en  donner  la  figure  dans  l’Au¬ 
truche. 


Le  Cæcum  eftoit  aufli  garni  de  feuillets  par  dedans  ,  ou  plutoft  d’vn  ièul  feuillet,  qui 
tournoit  en  vis  depuis  vn  bout  jufqu’à  l’autre,  à  peu  prés  de  la  manière  qui  a  efté  dé¬ 
crite  dans  le  Renard  Marin ,  &;  comme  il  eft  aux  Lièvres  &;  aux  Lapins.  Ce  feuillet  eftoit 
d’vne  mefme  largeur,  fçavoir  de  cinq  lignes  par  tout:  il  alloit  feulement  quelque  peu  en 
s’étreciffant  vers  l’extrémité  de  l’Inteftin,  à  proportion  que  flnteftin  s’étreciffoit ,  qui  ah 
loit  en  pointe,  comme  à  la  plufpart  des  Animaux  à  quatre  pieds,  &  contre  l’ordinaire 
dés  Oiieaux,  ou  cét  Inteftin  conierve  vne  mefme  largeur  dans  toute  fa  longueur,  &  qui 
mefme  va  quelquefois  en  s’élargiffant,  ainfi  que  nous  l’avons  obfervé  dans  la  Peintadé^ 


ou 


DE  HUIT  AUTRUCHES.  i7y 

où  céc  élargiflement  eft  plus  confidérable  qu’en  aucun  autre  Oifeau  que  nous  ayons 

A 

VU. 

A  1’extrémité  du  TleÏÏum  il  y  avoit  vne  grande  Veffie  remplie  d’vrine  jufqu  a  la  quan¬ 
tité  de  huit  onces  :  elle  pouvoit  contenir  les  deux  poings.  Les  membranes  qui  la  com- 
pofoient,  eftoient  pareilles  à  celles  des  Inteftins,  mais  elles  eftoient  vn  peu  plus  épaiftes. 
Dans  vn  de  nos  Sujets,  qui  eftoit  vne  femelle  ,  cette  Veffie  eftoit  parfemée  en  dedans 
d’vn  grand  nombre  de  V aideaux,  qui  partoient  comme  d’vn  centre  pour  s’épandre  dans 
toute  fa  capacité:  ces  Vaifleaux  n’eftoient  pas  vilîbles  dans  les  autres  Sujets.  Au  droit 
de  ce  centre  eftoit  l’ouverture  par  laquelle  le  YLeÏÏum  fe  vuidoit  dans  la  Veffie.  C’eftoit 
vn  trou  fort  étroit,  au  milieu  d’vne  tumeur  de  la  grofteur  d’vne  noix,  qui  faifoit  comme 
vn  cul  de  Poulie.  Au  bas  de  cette  grande  Veffie ,  il  y  avoit  encore  deux  trous,  qui 
eftoient  les  emboucheûres  des  Ureteres  ,  qui  fe  gliftoient  entre  les  deux  tuniques  de 
la  Veffie  comme  à  celle  des  Animaux  terreftres.  Au  deiïous  de  ces  deux  trous  eftoit 
vne  ouverture  en  ovale  de  dix  lignes  de  longueur,  qui  avoit  vn  rebord  membraneux , 
par  le  moyen  duquel  elle  pouvoit  eftre  fermée ,  lors  qu’elle  venoit  à  eftre  comprimée 
par  la  pefanteur  de  l’vrine:  car  alors  ce  rebord  membraneux  fe  colloit  fur  vne  tubero¬ 
fité  ou  corps  rond,  Si  de  la  groffeur  prefque  du  poing,  d’vne  fubftance  moyenne  entre 
le  cartilage  Si  le  ligament.  Cette  tuberofité  eftoit  fendue  par  le  milieu  à  la  manière  d’vn 
abricot ,  eftant  attachée  en  dedans  aux  Os  pubis. 

Cette  ouverture  ovalaire  donnoit  entrée  dans  vne  fécondé  Veffie  ou  Poche  plus  pe¬ 
tite  que  la  première,  Si  qui  n’eftoit  point  faite  pour  contenir  les  excrémens,  mais  feu¬ 
lement  pour  leur  donner  paftage,  félon  que  fa  tunique  comprimoit  Si  ferroit  plus  ou 
moins  la  tuberofité  qui  la  rempliffoit,  en  faifant  vne  aétion  pareille  à  celle  du  rebord 
membraneux  de  l’ouverture  ovalaire. 

La  Verge  dans  la  plufpart  de  nos  Sujets  eftoit  compofée  de  deux  fubftances,  fçavoir 
de  membranes  blanches,  épaiftes,  nerveufes,  folides,  &  de  ligamens  blancs,  de  mefme 
fubftance  que  les  membranes,  mais  beaucoup  plus  durs  Si  plus  folides ,  n’y  ayant  dans 
les  membranes  ny  dans  les  ligamens  aucuns  vaifleaux,  ny  aucune  cavité  :  ils  paroiffoient 
feulement  compofez  de  fibres  tranfverfales  fort  ferrées.  La  membrane  externe  qui  cou¬ 
vrait  toute  la  verge  eftoit  la  plus  épaifle  :  l’interne  envelopoit  immédiatement  chacun 
des  deux  ligamens,  qui  eftoient  feparez  l’vn  de  l’autre,  Si  qui  ne  s’vniftoient  qu’à  deux 
doigts  prés  de  l’extrémité.  Il  y  en  avoit  vn  plus  long  que  l’autre:  le  plus  long  avoit  deux 
pouces.  Ils  avoient  chacun  quatre  lignes  de  diamètre  vers  leur  bafè  ,  allant  en  pointe 
vers  l’extrémité.  L’origine  de  cette  verge  eftoit  à  la  tuberofité  cartilagineufe  qui  eftoit 
attachée  à  la  partie  interne  de  la  jonéfion  des  Os  pubis,  dont  il  vient  d’eftre  parlé:  de  là 
elle  fe  refléchiflbit  tout  court  en  deftous,  entroit  dans  la  petite  poche  ,  Si  fortoit  par 
l’ouverture  externe  de  cette  petite  poche,  qui  eft  Y  Anus.  Cette  ouverture  eftoit  bordée 
d’vn  reply  en  derny- cercle,  qui  e.mbrafloit  la  Verge  à  l’endroit  ou  elle  fortoit  dehors. 
Au  refte  cette  Verge  n’avoit  ny  gland,  ny  prépuce,  ny  conduit,  ny  cavité  qui  puft  don¬ 
ner  ifîuë  à  aucune  matière  feminale.  Dans  l’vn  des  Sujets,  outre  les  membranes  Si  les  li¬ 
gamens  qui  compofoient  la  Verge  des  autres,  il  y  avoit  encore  vne  troifléme  fubftance 
rouge,  fpongieufe,  Si  affez  approchante  de  celle  des  ligamens  caverneux  qui  font  aux 
Animaux  terreftres.  Elle  eftoit  garnie  d’vne  grande  quantité  de  Vaiffeaux. 

A  la  femelle,  au  lieu  de  la  verge,  il  n’y  avoit  que  la  tuberofité  cartilagineufe  qui  em- 
pliflbit  la  fécondé  poche  comme  au  mafte-,  Si  cette  tuberofité  fortoit  hors  Y  Anus  delà 
grofteur  d’vne  petite  noix  :  elle  avoit  vne  petite  appendice  de  la  longueur  de  trois  lignes, 
mince  Si  recourbée.  Il  y  a  apparence  que  c’eft  le  Clitoris. 

Dans  cette  petite  Si  fécondé  poche,  il  y  avoit  à  gauche  vne  ouverture  qui  pénétrait 
dans  vne  autre  cavité,  en  manière  de  conduit,  qui  eftoit  YOvidutfus.  Cette  ouverture  n’a¬ 
voit  pas  plus  de  quatre  lignes  de  diamètre  :  elle  eftoit  pliflee  tout  au  tour  à  la  manière 
de  l’orifice  externe  des  femelles  des  Animaux  à  quatre  pieds.  Les  tuniques  de  ce  con¬ 
duit  eftoient  fort  épaiftes,  Si  fa  cavité  fort  large  prés  de  l’entrée  à  l’vn  de  nos  Sujets  :  à 
vn  autre  elle  l’eftoit  moins  -,  Si  à  cinq  pouces  pardelà  l’entrée,  elle  s’étreciflbit  pour  for- 

T  T  T  t 


ï  7*  DESCRIPTION  ANATOMI QJJ  E 

mer  vn  autre  petit  conduit  de  la  longueur  de  cinq  lignes  ,  dur  &c  nerveux ,  qui  pou- 
voit  palier  pour  l’orifice  interne  de  la  Matrice.  Au  delfous  de  ce  conduit  étroit,  il  y 
avoit  vn  petit  fac  ou  folle,  fans  ilfue,  dont  la  profondeur  elloit  égale  à  la  longueur  du 
conduit.  Dans  les  Sujets  où  ce  conduit  étroit  ne  s’ell  point  trouvé ,  XOviduÏÏm  alloit 
toujours  s’étrecilfant  depuis  la  première  entrée,  à  mefure  qu’il  approchoit  de  l’ovaire, 
en  forte  qu’à  fon  extrémité  il  n’avoit  que  quatre  lignes  de  large  ,  au  lieu  de  trois 
pouces  &  demy  qu’il  avoit  en  fon  milieu.  En  cette  extrémité  il  formoit  ce  trou,  que 
1  on  appelle  l’Entonnoir  de  XOviduttm ,  jettoit  à  droite  &  à  gauche  deux  appendices 
membraneufes ,  qui  avoient  quelque  rapport  à  celles  qui  font  à  l’extrémité  du  Tuba  des 
Animaux  terrellres. 

Tout  ce  conduit,  qui  ell  proprement  la  Matrice  ou  la  Portière  des  Oileaux,  elloit  long 
de  deux  pieds  &  demy,  Sc  capable  de  recevoir  le  poing  en  fa  partie  la  plus  large.  Il 
elloit  charnu  au  commencement,  &  devenoit  infenliblement  membraneux  vers  fa  fin. 
Apres  avoir  monté,  en  fe  détournant  à  gauche  vers  le  Ventricule,  il  le  recourboit  vers 
1  epine  du  dos,  en  defcendant.  Une  double  membrane,  en  forme  de  ligament  large,  l’en- 
fermoit:  elle  débordoit  de  la  largeur  de  deux  pouces  de  chaque  collé.  La  partie  pollé- 
rieure  de  ce  ligament  elloit  attachée  le  long  de  l’épine,  comme  vn  melèntere:  l’ante¬ 
rieure  elloit  flotante.  L’vne  &  l’autre  elloit  parfemée  d’vn  grand  nombre  de  Vailfeaux, 
qui  elloient  en  plus  grande  quantité  fur  le  conduit  de  1  ’Oviduffus  que  dans  le  ligament. 
Ces  vailfeaux  venoient  de  deux  grands  rameaux  qui  entroient  par  l’extrémité  de  YOvi- 
duflw3vtrs  l’ovaire  :  l’vn  fe  traifnoit  au  delfus,  l’autre  au  delfous  ;  &  leurs  branches 
avoient  des  anaffomifes  les  vnes  avec  les  autres,  fçavoir  celles  de  la  partie  inferieure  du 
ligament  avec  celles  de  la  partie  fuperieure. 

Tout  le  conduit  de  1  ’Oviduffim  elloit  compofé  de  trois  membranes ,  à  la  rélerve  de 
1  extrémité,  qui  fait  l’Entonnoir,  qui  paroilfoit  ellre  d’vne  membrane  fimple.  L’interieure 
de  ces  membranes  elloit  fort  ridée  ,  ou  plûtoll  comme  feuilletée,  à  la  manière  du  troi- 
fiéme  du  quatrième  Ventricule  des  Animaux  qui  ruminent.  Ces  feuillets ,  qui  emplif- 
fbient  toute  la  cavité,  elloient  félon  fa  longueur,  &  vne  tunique  fort  déliée  les  attachoit 
enfemble.  La  fécondé  membrane,  qui  elloit  celle  du  milieu,  elloit  charnue.  La  troi- 
fiéme,  qui  elloit  mince  &  polie,  n’elloit  rien  autre  chofe  que  la  double  membrane,  dont 
le  ligament  large  eftoit  compofé,  qui  fe  feparoit  en  deux,  pour  embralfer  le  conduit  de 
XOviduâm. 

On  a  remarqué  quatre  mufcles,  qui  appartiennent  à  l’Anus  &  à  la  Verge:  il  y  en  avoit 
deux  de  chaque  collé.  Les  deux  premiers  prenoient  leur  origine  de  la  partie  interne  de 
1  Os  facrum,  &C  delcendant  le  long  de  la  poche  du  reélum  par  l’elpace  de  deux  pouces, 
ils  la  perçaient  prés  de  fon  extrémité-,  &  palfant  fous  le  Sphin&er  de  l’Anus,  venoient 
s  inferer  a  la  baie  de  la  Verge  aux  Malles ,  &  à  celle  du  Clitoris  aux  Femelles.  Les  deux 
autres  fortoient  vers  le  bas  des  Reins  de  la  partie  interne  de  l’Os  des  Iles,  &  defcendant 
à  collé  des  Ureteres,  &  perçant  aulïi  le  Reélum,  s’attachoient  aux  collez  de  la  Verge 
ÔC  du  Clitoris. 

L’Ovaire  elloit  placé  à  la  partie  fuperieure  des  Reins  contre  la  veine  Cave,  &c  contre 
l’Aorte,  e  liant  fortement  attaché  aux  troncs  de  ces  Vailfeaux.  Sa  fubdance  elloit  mem~ 
braneufe,  parfemée  de  toute  forte  de  vailfeaux,  &c  garnie  de  plulieurs  œufs,  revellus  de 
leur  calice  comme  aux  Poulies.  Ces  œufs  elloient  de  differente  grolfeur,  fçavoir  depuis 
la  grolfeur  d’vn  pois  jufqu  a  la  grolfeur  d’vne  noix.  La  membrane,  qui  enferme  chaque 
œuf,  &C  que  l’on  appelle  le  calice,  avoit  comme  vne  queue,  par  laquelle  tous  ces  œufs 
font  ordinairement  tous  attachez  enfemble,  &  composent  ce  que  l’on  appelle  l’Ovaire. 
Cette  membrane  elloit  plus  épailfe,  plus  les  œufs  elloient  petits:  elle  avoit  vne  grande 
quantité  de  vailfeaux  ,  &  elloit  attachée  à  l’œuf  quelle  enfermoit,  par  vue  infinité  de 
fibres,  eftant  ouverte  vers  l’endroit  oppofé  à  la  queue  ,  comme  ell  le  calice  d’vn  gland, 
lors  que  le  gland  ell  rond  &  petit,  &  qu’il  ell  prefque  tout  couvert  de  Ion  calice.  L’œuf 
ayant  ellé  feparé  du  calice,  n’elloit qu’vne  tunique  fort  délicate,  qui  contenoit  feulement 
le  jaune  de  l’œuf  en  ceux  qui  n’elloient  pas  plus  gros  qu’vne  noix  -,  mais  dans  l’vn  de  nos 

Sujets 


DE  HUIT  AUTRUCHES.  177 

Sujets  où  il  s’en  eft  trouvé  de  la  groffeur  des  deux  poings ,  cette  tunique  eftoit  remplie 
d’vne  humeur  femblable  à  de  l’eau  trouble,  fans  qu’il  y  euft  de  jaune.  Il  y  a  lieu  de  croire 
que  la  chaleur  naturelle  affaiblie  dans  cét  animal ,  par  la  contrariété  de  l’air  de  noitre 
climat,  avoit  laiffé  corrompre  ces  œufs. 

Une  des  Autruches  qui  font  dans  le  Parc  de  Verfailles  ayant  fait  plufieurs  œufs,  on 
nous  en  a  apporté  quelques  -vns  ,  fur  lefquels  on  a  fait  des  obfervations  8>c  des  expé¬ 
riences.  Car  comme  ces  Oifeaux  ne  couvent  point  leurs  œufs,  mais  qu’ils  les  expofent 
feulement  aux  rayons  du  Soleil,  &  à  la  chaleur  du  fable,  fe  contentant  de  les  garantir  de 
l’eau  de  la  pluye,  en  les  pofant  fur  de  petits  monceaux  de  fable;  nous  avons  voulu  ef- 
fayer  fi  par  la  chaleur,  tant  du  Soleil,  que  du  feu,  &:  du  fumier,  nous  pourrions  du 
moins  leur  procurer  quelque  alteration ,  qui  paraît  eftre  vne  difpofition  à  la  génération. 
Pour  cela  on  en  a  tenu  vn  pendant  cinq  femaines  au  Soleil,  à  demy  enfeveli  dans  du 
fable,  fur  vne  couche  de  fumier  élevée  à  trois  pieds  de  terre,  le  couvrant  d’vne  cloche 
de  verre  pendant  le  mauvais  temps.  On  en  a  mis  vn  autre  dans  vn  Athanor  à  feu  lent, 
le  tenant  auffi ,  par  vn  pareil  efpace  de  temps,  dans  du  fable,  &  bien  couvert.  On  a  ob- 
fervé  plufieurs  chofes;  fçavoir,  Que  les  œufs  font  diminuez  de  leur  poids  jufqu’à  la  neu¬ 
vième  partie;  Que  le  jaune  &  le  blanc  de  celuy  qui  avoit  efté  échauffé  au  feu,  fe  font 
quelque  peu  épaiffis,  fans  avoir  aucune  mauvaife  odeur;  Que  celuy  qui  avoit  efté  mis  au 
Soleil  ne  s’eft  point  épaifti,  mais  a  contraéfé  vne  fort  mauvaife  odeur;  ôc  que  dans  l’vn 
ny  dans  l’autre  de  ces  œufs  il  ne  s’eft  trouvé  aucune  apparence  de  difpofition  à  la  gé¬ 
nération. 

Au  deffus  de  l’Ovaire  on  découvrait  deux  corps  glanduleux  attachez  à  l’Aorte,  &  à  la 
Veine  Cave,  dont  la  fubftance  eftoit  femblable  à  celle  des  Tefticules  des  Malles,  ayant 
en  leur  fuperficie  vn  grand  nombre  de  Vaiffeaux.  Leur  couleur  d’ailleurs  eftoit  d’vn 
rouge  vif.  Chacun  de  ces  corps  avoit  vn  pouce  tk  demy  de  long  fur  quatre  lignes  de 
diamètre. 

Aux  Malles  les  Tefticules  ont  efté  trouvez  de  grandeur  &  de  figure  differente  dans 
les  différées  Sujets.  A  l’vn  ils  eftoient  petits,  ayant  feulement  quinze  lignes  de  long  fur 
cinq  de  diamètre.  A  vn  autre  ils  eftoient  longs  fk  étroits ,  ayant  vn  pouce  &  demy  de 
long  fur  quatre  lignes  feulement  de  diamètre.  A  vn  autre  ils  avoient  jufqu’à  quatre  pou¬ 
ces  de  long  fur  vn  pouce  &  demy  de  diamètre  par  le  milieu.  Ces  derniers  avoient  la 
figure  d’vn  œuf  de  Poulie  vn  peu  allongé,  eftant  plus  gros  par  vn  bout  que  par  l’autre. 
En  tous  les  Sujets  ils  eftoient  couverts  d’vne  membrane  nerveufe ,  parfemée  d’vne  fi 
grande  quantité  de  Vaiffeaux ,  qu’elle  paroiffoit  rouge.  Il  fe  trouva  en  l’vn  des  Sujets 
que  le  Tefticule  en  avoit  comme  vn  autre  petit,  qui  luy  eftoit  attaché  au  cofté.  Ce  petit 
avoit  environ  le  quart  du  grand,  tk  n’eftoit  rien  autre  chofe  que  l’Epididyme  feparé  du 
Tefticule,  qui  luy  étoit  attaché  en  deux  endroits;  fçavoir,  par  vne  branche  du  vaiffeau 
Spermatique  Préparant,  qui  fortant  du  milieu  du  Tefticule,  entrait  dans  le  milieu  de 
l’Epididyme  ;  tk  par  le  Déférant,  qui  fortant  par  le  bas  de  l’Epididyme,  fe  rejoignoit  au 
bas  du  Tefticule. 

Les  Vaiffeaux  Préparans  fortoient  proche  des  Emulgens,  &c  fe  joignoient  vn  peu  plus 
bas  aux  Tefticules  qui  eftoient  pofez  fur  les  Reins,  vn  peu  plus  à  gauche  qu’à  droit. 
Avant  que  de  s’attacher  au  Tefticule,  ils  fe  divifbient  chacun  en  trois  rameaux,  qui  fe 
joignant  les  vns  aux  autres,  &  en  fuite  fe  feparant,  continuoient  ainfi  à  fe  communiquer 
le  long  du  Tefticule,  auquel  ils  inferoient  des  rameaux  d’efpace  en  efpace.  En  cét  en¬ 
droit  ils  eftoient  fort  envelopez  de  membranes  &  de  graiffes  :  mais  nonobftant  ces  em- 
pefehemens,  on  ne  laiffa  pas  d’en  voir  affez  diftinTement  la  ftruéture  &:  les  communica¬ 
tions;  parce  qu’ayant  fait  bouillir  vn  Tefticule,  &  toute  la  graiffe  étant  fondue,  les  Vaif¬ 
feaux  parurent  à  découvert,  &  firent  connoiftre  qu’aprés  s’eftre  affemblez,  ils  fe  fepa- 
roient,  pour  fe  rejoindre  encore.  Le  Déférant  defeendant  le  long  de  l’Epine  jufqu’à  la  fé¬ 
condé  Veftie,s’y  attachoit, après  s’eftre  dilaté, &  changé  en  vne  membrane.  Ce  conduit, 
félon  Tordinaire,  eftoit  folide,  &  fans  cavité  à  fon  commencement,  &C  fur  la  fin  il  s’élar- 
giffoit ,  tk  devenoit  membraneux. 


V  V  Vu 


178  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

Le  Foye  eftoit  rouge ,  de  fubftance  dure  &  ferme.  Par  fa  figure  il  reflembloit  à  celuy 
de  l’Homme,  eftant  partagé  en  deux  grands  Lobes.  Le  gauche  eftoit  fendu  en  deux  au¬ 
tres  petits.  Il  y  en  avoit  encore  vn  autre  petit  au  milieu,  &  au  bas  des  deux  grands ,  qui 
ne  s’eft  trouvé  qu’en  l’vn  des  Sujets.  Il  n’y  avoit  point  de  Veficule  du  fiel,  mais  feule¬ 
ment  vn  Canal  Hépatique,  qui  naifloit  du  milieu  de  la  partie  cave  du  Foye,  &  s’alloit 
inferer  au  Pylore.  Ce  Canal  eftoit  formé  par  l’aftemblage  de  trois  gros  rameaux,  qui  fe 
diftribuoient  dans  toute  la  fubftance  du  Foye.  A  l’extrémité  de  fvn  de  ces  rameaux, 
tout  proche  fon  infertion  au  Canal ,  il  y  avoit  vne  dilatation  de  la  grofleur  d’vne  groffe 
aveline,  qui  ne  paroiftoit  point ,  parce  qu’elle  eftoit  recouverte  par  le  Parenchyme  du 
Foye. 

La  Veine  Porte  eftoit  double,  ayant  deux  troncs  feparez,  8c  chacun  leurs  racines  par¬ 
ticulières.  Le  premier,  qui  eftoit  le  plus  gros,  eftoit  attaché  au  Lobe  droit,  à  la  place  où 
la  Veficule  eft  ordinairement  aux  Oifeaux.  Le  fécond,  plus  petit,  fortoit  du  bas  du  Lobe 
gauche.  La  Veine  Cave  eftoit  attachée  le  long  du  grand  Diaphragme  droit,  à  cofté  de 
l’Aorte. 

Le  Pancréas  avoit  dix  pouces  de  long,  &  vn  pouce  de  large:  il  eftoit  placé  entre  le 
premier  reply  que  les  Inteftins  font  en  forme  d’vne  longue  finuofité,  ainfi  qu’à  la  pluf- 
part  des  autres  Oifeaux.  Il  eftoit  d’vne  véritable  couleur  de  chair.  Les  glandes  dont  il 
eftoit  compofé,  eftoient  feparées  tout-à-fait  les  vnes  des  autres,  &  jointes  feulement 
par  des  membranes.  Le  canal  Pancréatique  s ’inferoit  à  la  partie  fuperieure  du  Jéju¬ 
num.  Il  fortoit  du  milieu  du  Pancréas,  où  aboutiftoient  les  deux  branches  qu’il  jet- 
toit  dans  chaque  moitié  du  Pancréas,  l’vne  vers  le  haut,  &  l’autre  vers  le  bas.  Il  eft  à 
remarquer  que  dans  la  plufpart  des  Oifeaux  ,  les  canaux  Pancréatiques  s’inferent  proche 
les  Cholidoques-,  mais  dans  nos  Autruches  l’infertion  du  Pancréatique  eftoit  éloignée  de 
celle  de  l’Hepatique  de  plus  de  trois  pieds. 

La  Ratte  eftoit  attachée  au  Ventricule  par  vne  forte  membrane,  qui  conduifoit 
enfermoit  les  Vaiffeaux  Spléniques.  Sa  forme  eftoit  cylindrique,  ayant  deux  pouces  &c 
demy  de  long ,  &C  huit  lignes  de  diamètre  ;  eftant  néanmoins  vn  peu  plus  menue  par  le 
bas  que  par  le  haut.  Son  Parenchyme  eftoit  folide,  &c  femblable  à  celuy  des  Reins  des 
Quadrupèdes. 

Les  Reins  avoient  huit  pouces  de  long,  &C  deux  de  large.  Ils  eftoient  dans  la  plufpart 
de  nos  Sujets  différons  des  Reins  des  autres  Oifeaux  ,  n’eftant  pas  recoupez  en  plufieurs 
Lobes,  mais  ayant  vne  continuité  allez  égale.  Toute  leur  fubftance,  qui  eftoit  mollaffe, 
paroiftoit  d’ailleurs  très -inégale  ,  comme  eftant  compofée  d’vne  grande  quantité  de 
glandes.  Ils  avoient  vne  membrane  fort  déliée,  qui  les  couvroit  immédiatement,  la¬ 
quelle  eftoit  recouverte  d’vne  autre  plus  forte  plus  épaifle,  qui  tenoit  lieu  de  la  mem¬ 
brane  adipeufe.  La  couleur  de  ces  glandes  eftoit  d’vn  rouge  brun  fort  vif.  On  a  trouvé 
dans  quelques-vns  des  Sujets  que  les  Reins  eftoient  recoupez  en  trois  à  l’ordinaire ,  la 
partie  fuperieure  &  l’inferieure  eftant  plus  larges  que  celle  du  milieu.  L’Uretere  n’eftoit 
pas  comme  aux  autres  Oifeaux  couché  fur  les  Reins  de  haut  en  bas ,  mais  il  eftoit  enfer¬ 
mé  dans  leur  fubftance ,  où  il  eftoit  vn  peu  plus  large  que  dehors ,  comme  pour  former 
vn  baflinet ,  qui  eftoit  de  la  longueur  du  Rein.  On  voyoit  dans  ce  baffinet  plufieurs 
trous,  qui  eftoient  les  emboucheûres  des  branches  ou  canaux  que  le  baffinet  envoyé  dans 
toute  la  fubftance  du  Rein.  Il  n’y  avoit  aucune  apparence  de  Mammelons. 

Les  Annneaux  qui  compofoient  lAfpre  Artere,  eftoient  entiers,  mais  vn  peu  compri¬ 
mez,  ce  qui  leur  donnoit  vne  figure  ovale.  Le  Larynx  eftoit  compofé  d’vn  Cricoïde  d£ 
d’vn  Aryténoïde.  Le  Cricoïde  eftoit  femblable  à  celuy  de  l’Homme,  &C  l’ Aryténoïde 
eftoit  fait  de  deux  cartilages  plats  8c  larges,  articulez  avec  le  Cricoïde  par  le  moyen  de 
leurs  Mufcles.  Ils  laiffoient  entre  eux  vne  ouverture  de  fix  lignes  de  large,  qui  faifoit  la 
Glotte.  Ces  deux  Cartilages  eftoient  recouverts  d’vn  Mufcîe,qui  fert  apparemment  à  fer¬ 
mer  l’ouverture  de  la  glotte,  en  les  approchant  l’vn  de  l’autre. 

Le  Diaphragme  n’eftoit  point  vnique,  comme  aux  Animaux  terreftres,  où  il  ne  fait 
qu’vne  cloifon ,  qui  fepare  les  parties  contenues  dans  la  Poitrine  d’avec  celles  du  bas 

Ventre  i 


DE  HUIT  AUTRUCHES.  179 

Ventre  ;  mais  il  y  avoit  plufieurs  Diaphragmes,  qui  faifoient  beaucoup  plus  de  répara¬ 
tions,  m  divifant  la  cavité  de  toute  cette  partie  du  corps,  que  l’on  appelle  le  tronc,  en 
fix  autres  cavitez ,  par  le  moyen  de  cinq  cloilons ,  que  l’on  peut  prendre  pour  autant  de 
Diaphragmes. 

Il  y  avoit  quatre  de  ces  Diaphragmes  ou  cloifons,  dont  la  fituation  eftoit  droite  de 
haut  en  bas,  6c  vn  cinquième  fitué  en  travers.  Des  quatre  droits,  il  y  en  avoit  deux  pe¬ 
tits  6c  deux  grands.  Les  petits  couvroient  les  Poulmons,  qui  eftoient  attachez  aux  codes, 
6c  les  lèparoient  des  quatres  Veffies  fuperieures  du  Poulmon.  Les  grands  Diaphragmes 
qui  couvroient  ces  Veffies  de  mefme  que  les  petits,  couvroient  les  Poulmons,  laif- 
foient  vn  grand  efpace  au  milieu,  où  le  Coeur  6c  le  Foye  eftoient  enfermez  enfemble. 
Le  cinquième  Diaphragme,  qui  eftoit  fituéen  travers,  allant  du  milieu  d’vn  des  grands 
Diaphragmes  au  milieu  de  l’autre,  lèparoit  le  Cœur  6c  le  Foye  d’avec  le  Gefier,  les  In- 
teftins,  6c  les  autres  parties  du  bas  Ventre,  dans  lequel  les  deux  Veffies  inferieures  du 
Poulmon  eftoient  auffi  enfermées.  De  forte  que  les  Ex  cavitez  eftoient,  vne  grande  du  bas 
Ventre-,  vne  autre  grande  du  milieu  de  la  Poitrine  lituée  au  deffus  de  la  première;  deux 
moyennes  à  cofté  de  la  leconde,  qui  contenoient  les  quatre  Veffies  lupérieures -,  6c  deux 
petites  encore  à  cofté  des  moyennes ,  où  le  Poulmon  droit  6c  le  Poulmon  gauche 
eftoient  enfermez. 

Chaque  petit  Diaphragme,  que  nous  appelions  le  Mufcle  du  Poulmon,  parce  qu’il 
eftoit  charnu,  6c  qu’il  couvroit  le  Poulmon,  avoit  fon  origine  fort  charnue,  qui  eftoit 
divifée  en  fix  telles  attachées  vers  l’extrémité  des  grandes  Colles,  proche  de  l’angle  qu’el¬ 
les  font  avec  d’autres  petites  Colles  qui  les  attachent  au  Sternon,  au  lieu  des  Cartilages 
qui  les  y  attachent  dans  les  Animaux  terreftres.  Ces  Ex  teftçs  produifoient  toutes  en- 
lèmble  un  large  tendon  ou  aponeurofe,  qui  eftant  couché  fur  le  Poulmon,  s’alioit  join¬ 
dre  avec  l’aponeurofe  de  l’autre  Mufcle  oppofé,  fur  les  vertebres  du  dos  aufquelles  elle 
eftoit  auffi  fortement  attachée.  La  direélion  des  libres  de  ce  Mufcle  eftoit  oblique,  ti¬ 
rant  vn  peu  vers  le  bas,  en  forte  que  Ion  aélion  eft  d’étreflir  la  Poitrine,  en  ferrant  les 
Colles,  6c  les  tirant  en  embas. 

Chaque  grand  Diaphragme,  qui  n’eftoit  qu’vne  Membrane  fans  chair  mufculeufe,  6c 
par  confequent  fans  aélion,  fans  mouvement  propre ,  6c.  ne  fervant  que  de  cloifon,  nous 
a  femblé  mériter  mieux  le  nom  de  Diaphragme,  que  les  deux  petits  qui  eftoient  mufcu- 
leux,  6c  mefme  que  le  Diaphragme  des  Animaux  terreftres,  qui  fert  à  autre  chofe  qua 
feparer  le  Ventre  fuperieur  de  l’inferieur,  eftant  principalement  employé  par  fon  mou¬ 
vement  à  la  refpiration  que  l’on  appelle  libre ,  de  mefme  que  les  MufcLes  de  la  Poitrine 
font  pour  la,  refpiration  que  l’on  appelle  violente  6c  forcée ,  qui  fe  fait  par  la  dilatation 
6c  par  la  conftriélion  de  la  Poitrine.  Chacun  de  ces  Diaphragmes  eftoit  attaché  par  en- 
haut  ,  6c  en  devant  le  long  de  chaque  cofté  du  Sternon ,  qui  eftoit  fort  large  à  nos  Au¬ 
truches,  ainfi  qu’il  l’eft  ordinairement  aux  Oifeaux.  Par  derrière  il  tenoit  à  l’aponeurofe 
du  Mufcle  du  Poulmon,  6c  par  le  moyen  de  cette  aponeurofe  aux  vertebres  du  dos  :  par 
embas  il  s’attachoit  au  Mufcle  tranfverfe  du  bas  Ventre. 

Le  Diaphragme  tranfverfal  eftoit  fitué  vn  peu  plus  bas  que  le  bas  du  Sternon.  Il  par- 
toit  du  milieu  d’vn  des  grands  Diaphragmes,  6c  s’attachant  en  devant  aux  Mufcles  tranft 
verfes  du  bas  Ventre ,  6c  par  derrière  aux  aponeurofes  des  Mufcles  du  Poulmon ,  il  s’al¬ 
ioit  attacher  à  l’autre  grand  Diaphragme.  Il  eftoit  en  deftbus  garni]  de  graillé  de  lepaif- 
feur  d’vn  doigt. 

Le  Poulmon,  qui  eftoit  enfermé  entre  les  Colles  6c  les  petits  Diaphragmes  que  nous 
appelions  les  Mufcles  du  Poulmon,  eftoit  compofé  de  deux  chairs  rouges  &  fpongieufes, 
ainli  qu’aux  autres  Oifeaux.  Elles  avoient  chacune  dix  pouces  de  long  fur  trois  6c  demi 
de  large,  eftant  épailfes  d’vn  pouce  6c  demi.  Chacune  des  deux  branches  de  l’Alpre  Ar¬ 
tère,  en  entrant  dans  le  Poulmon,  fe  divifoit  en  plulieurs  rameaux,  qui  fe  diftribuoient 
dans  tout  fon  Parenchyme ,  comme  aux  Animaux  terreftres ,  à  la  réferve  que  tous  ces  ra¬ 
meaux  eftoient  membraneux  Amplement,  fans  avoir  de  Cartilages.  L’air  paiïant  dans 
çes  rameaux,  fe  couloir  jufqu’à  la  furface  externe  du  Parenchyme  percé  d  vne  infinité 

X  X  X  x 


ïBo  DESCRIPTION  ANATOMI  QJJ  E 

de  petits  trous,  qui  fe  voyoient  au  travers  dvne  tunique  fort  mince,  dont  tout  le  Poul- 
mon  efloit  reveflu ,  pour  enfermer  l’air,  &  le  laiffer  feulement  fortir  par  cinq  trous ,  cha¬ 
cun  de  quatre  lignes  de  diamètre,  difpofez  félon  la  longueur  du  Poulmon,  les  vns  de¬ 
vers  l’Epine,  les  autres  devers  le  Sternon.  Ceux  de  ces  trous  qui  efloient  vers  le  Ster- 
non,  perçant  la  partie  charnue  du  Mufcle  du  Poulmon,  pour  pénétrer  dans  les  Veffies, 
efloient  obliques;  &  il  fembloit  que  cela  fufl  ainfi,  pour  faire  que  l’air  pûfl  eflre  retenu 
volontairement  dans  ces  Veffies  par  l’adion  du  Mufcle,  qui  peut,  en  fe  refferant,  étreffir 

ce  tiou  ,  pour  des  vfages  que  Ion  peut  conjeélurer,  ainfi  qu’il  fera  expliqué  dans  la 
fuite. 

Les  quatre  Veffies  qui  efloient  de  chaque  coflé  au  haut  de  la  Poitrine,  efloient  en¬ 
fermées,  ainfi  qu’il  a  eflé  dit,  entre  le  Diaphragme  &  le  Mufcle  des  Poulmons  dont  ils 
efloient  recouverts.  La  Tunique  de  chaque  Veffie  efloit  collée  par  les  coflez  au  Dia¬ 
phragme  &  au  Mufcle  du  Poulmon.  Par  deffus  &  par  deffous  elle  efloit  jointe  aux  Tu¬ 
niques  des  Veffies  voifînes  entre  lefquelles  elle  efloit.  La  cinquième  Veffie,  qui  efloit 
beaucoup  plus  grande  que  les  autres ,  n’efloit  point  enfermée  entre  le  Diaphragme  &  le 
Mufcle  du  Poulmon,  mais  entre  les  deux  Diaphragmes  avec  les  Inteflins  &  les  autres 
parties  du  bas  Ventre;  &  elles  ne  touchoient  au  Mufcle  du  Poulmon  que  par  l’endroit 
ou  il  efloit  percé,  pour  donner  paffage  à  l’air  quelle  reçoit  du  Poulmon.  Nous  avons 
trouvé  dans  des  Aigles,  dans  quelques  autres  Oifeaux,  ces  Veffies  attachées  par  le 
bas  à  vne  membrane  chargée  de  beaucoup  de  graiffe,  qui  enfermoit  comme  dans  vn  fac 
le  Ventricule  &  les  Inteflins,  &  que  nous  avons  prife  pour  vn  Epiploon. 

Le  détail  de  cette  flruéture  ne  fçauroit  eflre  fi  bien  obfervé  dans  les  autres  Oifeaux, 
à  caufe  de  la  délicateffie  des  Tuniques  dont  ces  Veffies  font  compofées ,  qui  dans  l’Au¬ 
truche  font  de  l’épaiffeur  des  Veffies  de  Pourceau;  &  nous  avons  mefme  trouvé  celles 
du  bas  Ventre  dans  l’vn  de  nos  Sujets  quatre  fois  plus  épaiffes,  eilant  fcirrheufes:  mais 
dans  la  plufpart  des  autres  Oifeaux  il  efl  prefque  impoffible  de  ne  les  pas  percer  en  fai- 
fant  la  diffeélion,  &c  elles  ne  peuvent  eflre  bien  veûës  qu’en  les  tenant  enflées,  &  fouf- 
fiant  dans  l’Afpre  Artere.  La  connoiffance  de  ce  détail  a  donné  fujet  à  la  Compagnie  de 
faire  plufieurs  refléxions  fur  la  manière  de  la  refpiration  en  général,  &c  fur  celle  qui  efl 
particulière  aux  Oifeaux ,  pour  tafcher  de  parvenir  à  la  connoiffance  des  vfages  que  doi¬ 
vent  avoir  ces  organes  fi  differens  dans  les  vns  &  dans  les  autres  de  ces  Animaux. 

On  a  confideré  que  la  refpiration  ne  fert  pas  feulement  au  rafraifchiffement  du  Cœur  &£ 
à  la  Voix,  mais  qu’elle  efl  mefme  vtile  à  la  coélion  &  à  la  diflribution  de  la  nourriture, 
par  l’agitation  continuelle  ,  &  par  la  conflriélion  du  Thorax,  qui  preffant  les  Poulmons 
remplis  d’air,  rendus  par  fon  moyen  femblables  à  des  oreillers  mollets,  fait  qu’ils  ex¬ 
priment  doucement ,  non  feulement  le  fang  contenu  dans  leurs  vaiffeaux,  tk  le  pouffent 
dans  le  Cœur  ;  mais  compriment  auffi  les  autres  Vaiffeaux  enfermez  dans  la  Poitrine, 
pour  favorifer  la  diflribution  du  fang,  ainfi  qu’il  paroifl  dans  les  adfcions  violentes,  où  la 
rétention  de  la  refpiration  efl  neceffaire ,  car  on  voit  quelle  fait  monter  le  fang  au  vifage. 
Mais  la  manière  dont  la  refpiration  s’accomplit  par  î’infpiration  par  l’expiration,  dé¬ 
montrent  clairement  la  vérité  de  cét  vfage  dans  les  Animaux  terreflres:  car  l’infpiration 
fe  fait  lors  que  la  Poitrine  efl  élargie  par  le  changement  de  la  fîtuation  des  Colles  Sc  du 
Sternon,  qui  rend  fa  capacité  plus  ample,  &c  par  l’extenfion  du  Diaphragme,  qui  devient 
plat  :  &  l’expiration  fe  fait  par  vne  fîtuation  contraire  des  os  de  la  Poitrine  ,  qui  rend  fa 
capacité  plus  étroite,  &C  par  la  rélaxation  du  Diaphragme,  qui  diminue  auffi  cette  capa¬ 
cité,  parce  quelle  le  fait  remonter  en  enhaut,  &C  occuper  vne  partie  de  la  Poitrine.  Or 
cette  rélaxation,  qui  efl  vne  chofe  paffive,  n’efl  pas  fuffifante  pour  le  puiffant  effort  que 
l’expiration  demande,  parce  que  l’air  enfermé  &C  comprimé  par  l’aélion  que  lesMufcies 
de  la  Poitrine  font  en  l’expiration,  feroit  capable  de  repouffer  le  Diaphragme  en  embas, 
s’il  n’efloit  pouffé  en  enhaut  par  quelque  puiffance  qui  agifl  fortement  dans  l’expiration. 
Cette  puiffance  efl  double-,  l’vne  efl  celle  du  Mediaflin  ,  qui  après  avoir  eflé  tiré  &  éten¬ 
du  dans  l’infpiration ,  lors  que  le  centre  du  Diaphragme  defcend  en  bas,  retire  en  fuite 
en  enhaut  le  mefme  centre,  comme  fait  vnreffort,  qui  après  avoir  eflé  contraint,  re¬ 
tourne 


DE  HUIT  AUTRUCHES.  181 

tourne  à  Ton  premier  eftat,  par  vne  aétion  que  Galien  appelle  naturelle,  &  qui  n’efl  pas 
volontaire  comme  celle  des  Mufcles;  en  forte  qu'il  luy  attribue  la  rétraction  involon¬ 
taire  qui  arrive  aux  parties  par  les  Mufcles  dont  les  antagoniftes  ont  efté  coupez.  L’autre 
puiffance  qui  fait  monter  le  Diaphragme,  eft  celle  des  Mufcles  du  bas  Ventre,  qui  peu¬ 
vent  palfer  pour  les  antagoniftes  du  Diaphragme,  lors  qu’ils  compriment  tout  ce  qui  eft 
contenu  fous  le  Diaphragme:  car  par  cette  aétion,  faifant  remonter  le  Foye,  le  Ventri¬ 
cule,  &  les  autres  parties  du  bas  Ventre,  ils  pouffent  le  milieu  du  Diaphragme  en  haut, 
qui  en  fuite  defcend,  lors  que  par  fon  aétion  propre,  qui  eft  l’extenfion,  il  reprend  la  fi¬ 
gure  droite  &:  plate  que  la  contraction  de  fes  fibres  luy  donne.  Cette  comprefïion  des 
Mufcles  du  bas  Ventre  fur  les  vifceres  eft  fi  puiffante,  que  l’on  a  quelquefois  vu  le  Ven¬ 
tricule  avoir  efté  pouffé  dans  la  capacité  du  Thorax,  lors  que  le  Diaphragme  avoit  re- 
ceû  vne  grande  bleffeûre,  ainfi  que  le  témoignent  Paré ,  Sernert,  &  Hildanus. 

Par  ces  aCtions  de  la  comprefïion  des  Mufcles  fur  les  vifceres,  qui  les  fait  monter,  &£ 
de  celle  du  Diaphragme  qui  les  fait  en  fuite  defcendre,  &  par  la  continuité  de  ces  mou- 
vemens  alternatifs,  on  peut  dire  que  la  refpiration  eft,  à  l’égard  des  humeurs  contenues 
dans  le  bas  Ventre  ,  ce  que  la  pulfation  du  Cœur  eft  à  l’égard  du  fang  contenu  dans  fes 
Ventricules-,  c’eft  à  dire  que  cette  comprefïion, &  cette  agitation  fertnon  feulement  à  la 
diftribution  du  Chyle,  de  mefme  que  celle  du  Cœur  fert  à  pouffer  le  fang  dans  les  Ar¬ 
tères  ,  mais  qu’elle  eft  vne  des  principales  caufes  de  la  génération  du  mefme  Chyle,  par 
la  feCtion ,  l’atténuation  &  le  mélange  des  parties  de  la  nourriture  que  cette  agitation 
continuelle  eft  capable  de  produire. 

Ces  aétions,  qui  font  effentiellement  neceffaires  pour  la  vie,  &C  qui  fe  doivent  accom¬ 
plir  dans  les  Oifeaux  comme  dans  les  Animaux  terreitres,  y  font  auffi  faites  par  la  refpira¬ 
tion  ,  quoy  qu’avec  des  organes  differens  :  car  quoy  que  le  Diaphragme  de  ceux  d’entre  les 
Oifeaux  qui  l’ont  mufculeux,  ou  du  moins  le  Mufcle  du  Poulmon  dans  l’Autruche,  ait 
quelque  tenfîon  tk  quelque  rélaxation, parle  moyen  de  laquelle  le  Poulmon  tk  fes  Velfies 
font  comprimées,  il  n’a  point  ce  mouvement  qu’il  a  dans  les  Animaux  terreftres,  par  le¬ 
quel  les  vifceres  font  pouffez  tantoft  en  haut,tantoft  en  bas  -,  &  les  Mufcles  du  bas  Ventre, 
à  caufe  de  leur  petiteffe,  ne  peuvent  pas  auffi  les  comprimer  que  foiblement,  parce  que 
prefque  tout  le  bas  Ventre  eft  couvert  par  le  Sternon ,  dont  la  grandeur  a  deû  eftre  énor¬ 
me,  comme  elle  eft,  pour  donner  origine  aux  grands  Mufcles  qui  tirent  l’aîle  en  embas; 
la  force  de  ces  Mufcles  n’eftant  pas  capable  de  fuffire  à  la  puiffante  aétion  du  vol ,  s’ils 
eftoient  moindres.  De  forte  que  cette  foibleffe  des  Mufcles  du  bas  Ventre  &  du  Diaphrag¬ 
me,  a  dû  eftre  fuppleée  dans  les  Oifeaux  par  les  Velfies  du  Poulmon,  qui  s’empliffent ,  &C 
fe  vuident  alternativement  dans  leur  refpiration ,  &  la  manière  dont  elles  agiffent  eft  telle. 

Lors  que  le  Thorax  eft  dilaté  par  l’aétion  des  Mufcles  de  la  Poitrine,  l’air  entre  dans 
le  Poulmon,  tk  en  mefme  temps  du  Poulmon  dans  les  Velfies-,  mais  il  faut  entendre  qu’il 
n’entre  que  dans  celles  qui  font  enfermées  dans  la  Poitrine,  parce  qu’il  n’y  a  rien  qui 
puiffe,  en  dilatant  les  Velfies  contenues  dans  le  bas  Ventre,  donner  occafion  à  l’air  d’y 
entrer:  car  au  contraire,  c’eft  alors  qu’elles  s’aflFaiffent ,  &  que  l’air  quelles  contiennent 
rentre  dans  le  Poulmon.  Mais  lors  qu’en  fuite  le  Thorax  eft  comprimé  tk  rétrefli,  l’air 
enfermé  dans  les  Velfies  de  la  Poitrine  en  eftant  exprimé,  vne  partie  fort  par  le  Larynx; 
l’autre  entre  dans  les  Velfies  du  bas  Ventre,  &  les  enfle  au  mefme  temps  que  celles  d’en¬ 
haut  fe  defempliffent;  &  en  fuite  lors  que  les  Velfies  d’enhaut  font  remplies  par  la  dila¬ 
tation  du  Thorax  ,  elles  reçoivent  non  feulement  l’air  du  dehors  par  le  Larynx,  mais 
auffi  celuy  des  Veffies  du  bas  Ventre ,  qui  font  comprimées  au  mefme  temps  que  celles 
d’enhaut  font  dilatées  -,  &  cela  leur  arrive,  tant  parce  que  leurs  tuniques  retournent  en 
leur  premier  eftat  par  la  force  du  reffort ,  que  parce  que  les  vifceres  qui  ont  efté  forcez 
fk  comprimez  par  la  dilatation  des  Veffies,  les  pouffent  à  leur  tour,  aidez  par  les  Muf¬ 
cles  du  bas  Ventre  quoy  que  petits.  Ce  qui  fait  vne  réciprocation  tk  vne  viciffitude 
d’impulfîons  qui  fupplée  à  l’aétion  puiffante  que  les  grands  Mufcles  du  bas  Ventre  pro- 
duifent  dans  les  Animaux  terreftres.  Cette  aétion  des  Veffies  qui  fervent  à  la  refpiration 
des  Oifeaux,  fe  voit  manifeftement  lors  qu’on  les  diffeque  vivans.  Nous  en  avons  fait 

Y  Y  y  y 


182.  DESCRIPTION  ANATOMI  QU  Ë 

fëxperlence  dans  de  grands  Oifeaux  ,  comme  des  Oyes  &  des  Cocqs-  dinde  ,  à  qui 
ayant  ouvert  le  bas  Ventre,  fans  avoir  bleffé  les  Veffîes  qui  y  font,  on  a  remarqué  que 
lors  que  le  Thorax  eftoit  déprimé  dans  l’expiration,  les  Veffies  d’embas  s’enfloient,  & 
que  lors  qu’il  fe  dilatoit  pour  l’infpiration ,  elles  s’affaiffoient. 

Cette  manière  particulière  que  les  Oifeaux  ont  en  leur  refpiration,  peut  eftre  expli¬ 
quée  par  les  fouffiets  des  forges,  qui  fenüblent  avoir  efté  faits  à  l’imitation  des  organes  de 
la  refpiration  des  Oifeaux  :  car  ces  fouffiets  ont  vne  double  capacité  pour  recevoir  l’air. 
La  première  eft  celle  de  delîous,  qui  reçoit  Pair  lors  que  le  foufflet  eft  ouvert,  &  cette  ca¬ 
pacité  reprefente  les  Veffies  d’enhaut  enfermées  dans  la  Poitrine.  La  fécondé  capacité  eft 
celle  de  deflus,  qui  reprefente  les  Veffies  du  bas  Ventre  :  car  lors  que  la  capacité  infe¬ 
rieure  eft  retreffie  par  la  compreffion  du  foufflet ,  l’air  qu’elle  a  receû  entre  par  vn  trou 
dont  elle  eft  percée ,  &  paffe  dans  la  capacité  fupérieure ,  en  forte  que  l’air  pouffé  avec 
force  élargit  cette  capacité,  en  faifant  foûlever  le  volet  de  deffus  ;  ce  trou  eftant  dans  le 
volet  du  milieu,  qui  eft  comme  vn  Diaphragme  entre  les  deux  capacitez  qui  compofent 
le  foufflet,  lefquelles  font  differentes  de  celles  des  Veffies  du  Poulmon  des  Oifeaux,  en  ce 
que  leur  fituation  eft  differente  -,  la  capacité  des  Veffies  qui  reçoivent  premièrement  l’air, 
eftant  en  la  partie  fupérieure  aux  Oifeaux,  &  en  l’inferieure  aux  fouffiets  des  forges.  La 
Compagnie  a  fait  encore  fur  plufieurs  autres  Oifeaux  des  remarques  qui  concernent  la 
refpiration  de  ce  genre  d’Animaux,  que  l’on  trouvera  dans  leurs  Defcriptions. 

Le  Cœur  eftoit  prefque  rond ,  ayant  fix  pouces  de  la  bafe  à  la  pointe  fur  cinq  de 
large.  Les  Oifeaux  l’ont  ordinairement  plus  long  à  proportion.  Les  Oreilles  en  eftoient 
petites,  &  les  Ventricules  grands.  L’ouverture  de  la  Veine  Cave  eftoit  fort  large,  fans  au¬ 
cunes  Valvules:  il  y  avoit  feulement  comme  vn  fac,  dont  le  cofté,  qui  eftoit  mitoyen 
entre  fa  cavité  l’emboucheûre  de  la  Veine  Cave,  fervoit  de  Valvule,  qui  pouvoit 
eftre  appellée  Sigmoïde  charnue.  Cette  ftrudture  eft  ordinaire  au  Cœur  des  Oifeaux.  Les 
autres  Valvules  eftoient  aux  autres  vaiflèaux  du  Cœur  à  l’ordinaire. 

L’Aorte  defcendoit  le  long  du  cofté  droit  comme  aux  autres  Oifeaux,  eftant  enfermée 
dans  vne  capfule  formée  par  l’aponerofe  du  Mufcle  du  Poulmon. 

Le  Crâne  eftoit  fort  tendre  :  on  y  a  trouvé  vne  fradture  à  l’vn  des  Sujets.  Les  Natura- 
liftes  ont  remarqué  que  quand  l’Autruche  craint  quelque  danger,  elle  croit  eftre  en  feû- 
reté,  quand  elle  a  mis  fa  tefte  à  couvert. 

Le  Cerveau  avec  le  Cervelet  n’avoit  que  deux  pouces  &  demy  de  long  fur  vingt 
lignes  de  large.  La  Dure  Mere  ne  feparoit  point  le  grand  Cerveau  en  deux  par  cette 
large  production  que  l’on  appelle  la  Faux  ;  mais  on  voyoit  feulement  dans  la  fubftance  du 
Cerveau  vne  petite  raye  peu  enfoncée ,  fur  laquelle  la  Dure  Mere  vn  peu  épaiffie,  &C 
faifant  comme  vne  coufture,  eftoit  appliquée. 

Le  Sinus  Longitudinal  alloit  à  l’ordinaire  du  devant  de  la  Tefte  au  derrière,  pour  fe 
terminer  à  la  rencontre  des  Sinus  Latéraux,  qui  eftoient  placez  à  l’endroit  où  la  Dure 
Mere  fepare  le  Cerveau  du  Cervelet.  Ces  deux  Sinus  fortoient  du  Crâne  par  des  trous 
particuliers  de  l’Occiput ,  pour  fe  décharger  dans  les  Jugulaires  internes.  Le  quatrième 
Sinus,  qui  eftoit  fitué  beaucoup  plus  en  arriére  que  dans  les  Animaux  terreftres,  def¬ 
cendoit  obliquement  en  bas,  &  fe  partageant  en  deux  branches,  entroit  dans  les  ventri¬ 
cules  du  Cerveau. 

La  Dure  Mere  eftant  levée,  on  voyoit  la  glande  Pinéale  pofée  fur  l’endroit  où  le  Cer¬ 
velet  fe  joint  au  Cerveau  :  elle  eftoit  de  la  groffeur  d’vn  petit  pois.  Plufieurs  rameaux  du 
Lacis  Choroïde  l’envelopoient.  La  Pie  Mere  eftoit  parfemée  d’vn  grand  nombre  de 
vaiffeaux.  La  furface  du  Cerveau  quelle  couvroit,  n’eftoit  point  divifée  en  plufieurs  fi- 
nuofitez  tk  circonvolutions,  mais  vnie  &  égale,  ainfi  quelle  eft  ordinairement  aux  Oi- 
{èaux.  Toute  la  partie  anterieure  du  grand  Cerveau  eftoit  divifée  en  deux  autres  parties, 
qui  n’eftoient  jointes  enfemble  que  par  des  petites  fibres  très -déliées.  La  feparation  de 
ces  deux  parties  ,  qui  dans  les  Animaux  terreftres  ne  va  que  jufqu’au  corps  calleux, 
eftoit  abfolument  de  tout  le  Cerveau,  qui  s’vniffoit  feulement  par  la  partie  poftérieure, 
proche  du  Cervelet.  Cette  feparation  du  Cerveau  en  deux  parties  fe  trouve  à  la  plufpart 


DE  HUIT  AUTRUCHES.  183 

des  Oifeaux-,  &  elle  n’ell  pas  ignorée  par  les  Charlatans,  qui  font  valoir  leur  Baume,  en 
guériffant  des  Poulets,  après  leur  avoir  traverfé  la  Telle  avec  vn  couteau  qu’ils  paffent 
aifément  entre  ces  deux  parties  du  Cerveau,  fans  les  bleffer.  Dans  chacune  de  ces  deux 
parties  il  y  avoit  vne  cavité  ou  ventricule  ,  qui  elloit  recouvert  par  vne  fubllance  blan¬ 
che,  moëlleufe,  &  d’vne  demi -ligne  d’épailTeur,  qui  s’étendoit  aulïi  fur  l’endroit  par 
lequel  ces  deux  parties  font  jointes  enfemble,  &  ou  les  deux  ventricules  anterieurs  s’af- 
fembloient  en  vn  troiliéme.  Dans  ce  troiliéme  il  y  avoit  vne  fente  qui  aboutilïoit  à  l’en¬ 
tonnoir  &;  à  la  Glande  pituitaire,  qui  bouchoit  exa&ement  le  bout  de  l’entonnoir,  ellant 
fituée  à  l’ordinaire  fur  la  Celle  de  de  l’Os  Sphénoïde.  A  la  partie  pofterieure  des  deux  Ven¬ 
tricules  anterieurs  on  voyoit  le  Lacis  Choroïde  formé  par  vne  branche  de  la  Carotide, 
&;  vne  branche  du  quatrième  Sinus.  Prefque  toute  la  fubllance  du  Cerveau  elloit  d’vne 
couleur  cendrée,  &  femblable  à  la  partie  corticale  du  Cerveau  de  l’Homme,  en  forte 
qu’à  proportion  de  celle  qui  e£l  moëlleufe,  elle  elloit  dix  fois  plus  groffe  ôë  plus  épailfe. 

Les  dix  paires  de  nerfs  prenoient  leur  origine,  &  lortoient  hors  du  Crâne  de  la  mefme 
manière  que  dans  les  Animaux  terrellres. 

La  moelle  de  l’Epine ,  qui  prenoic  fon  origine  de  l’endroit  où  les  deux  parties  du  Cer¬ 
veau  anterieur  fe  joignent  enfemble  avec  le  Cervelet ,  avoit  à  fes  collez  deux  émi¬ 
nences  rondes,  de  la  grolfeur  d’vne  petite  noix.  Elles  avoient  chacune  vne  cavité  conli- 
dérable,  &c  formoient  comme  deux  Ventricules,  qui  s’ouvroient  dans  le  conduit  infe¬ 
rieur,  qui  palfe  fous  ce  qu’on  appelle  le  pont  de  Silvius,  &  par  où  les  ferolitez  du  Cer¬ 
velet  fe  déchargent  dans  l’entonnoir. 

Dans  le  Cervelet  la  partie  corticale  la  moëlleufe  elloient  difpofées  de  la  melme  ma¬ 
nière  qu’elle  fe  voyent  dans  les  Animaux  terrellres  ;  ces  differentes  parties  parodiant  par 
le  dehors  edre  arrangées  par  lames  jointes  les  vnes  aux  autres,  &  diffinguées  par  des  li¬ 
gnes  parallèles.  Il  y  avoit  deux  apophyfes  vermiformes  comme  dans  l’Homme.  Il  y  avoit 
auffî  vn  Ventricule  de  la  figure  d’vne  plume  à  écrire,  comme  dans  la  plufpaft  des  Ani¬ 
maux  terrellres.  Le  cervelet  par  le  dedans  elloit  compofé  à  l’ordinaire  d’vne  fubllance 
blanche,  en  forme  de  branches  d’arbre,  &  d’vne  autre  fubllance  rougeallre  &  livide. 

La  figure  de  l’Oeil,  de  mefme  qu’aux  autres  Oifeaux  &  aux Poiffons ,  elloit  compofée 
de  deux  demi -globes,  dont  le  plus  grand  formé  par  la  Sclérotique  avoit  fa  partie  plate 
en  devant  •  l’autre  beaucoup  plus  petit  elloit  pofé  fur  le  plat  de  la  Sclérotique.  Ce  petit 
demi-globe  elloit  la  Cornée,  qui  avoit  tout  autour  vn  cercle  relevé,  faifant  comme  vne 
bordure.  Le  Nerf-Optique  n’entroit  pas  par  le  milieu,  mais  vn  peu  à  collé  vers  l’angle, 
que  la  convexité  de  la  Sclérotique  fait  avec  la  partie  plate.  Le  Cryllailin  n’avoit  point 
de  noyau,  mais  fa  fubllance  elloit  vniforme:  il  elloit  plus  convexe  en  dedans  qu’en  de¬ 
hors.  La  Choroïde  elloit  entièrement  noire,  fans  avoir  dans  le  fond  cette  membrane  di- 
verfement  colorée,  &C  comme  dorée,  que  nous  appelions  le  Tapis. 

Le  Nerf- Optique  ayant  percé  la  Sclérotique  &  la  Choroïde,  fe  dilatoit,  &  formoit  com¬ 
me  vn  entonnoir  d’vne  fubllance  femblable  à  la  fienne.  Cét  entonnoir  n’efl  pas  ordinai¬ 
rement  rond  aux  Oifeaux,  où  nous  avons  prefque  toujours  trouvé  l’extrémité  du  Nerf- 
Optique  applatie  &  comprimée  au  dedans  de  l’Oeil.  De  cét  entonnoir  fortoit  vne  mem¬ 
brane  pliffée,  faifant  comme  vne  bourfe  qui  aboutiffoit  en  pointe  vers  le  bord  du  Cryflal- 
lin  le  plus  prochain  de  l’entrée  du  Nerf- Optique.  Cette  bourfe,  qui  elloit  large  de  hx  li¬ 
gnes  par  le  bas ,  à  la  fortie  du  Nerf-Optique  ,  &  qui  alloit  en  pointe  vers  le  haut,  elloit 
attachée  par  fa  pointe  au  bord  du  Cryllailin ,  par  le  moyen  de  la  membrane  qui  le  cou- 
vroit  du  collé  de  l’humeur  vitrée,  &  qui  couvroit  aulïi  toute  la  bourfe  qui  eftoit  noire, 
mais  d’vn  autre  noir  que  n’ell  celuy  de  la  Choroïde,  qui  paroill  comme  enduite  d’vne 
couleur  détrempée,  qui  s’attache  aux  doigts:  car  c’elloit  vne  membrane  pénétrée  de  fa 
couleur,  &  dont  la  furface  elloit  fblide. 

La  Glande  Lachrymale  fuperieure,  qui  efl  ordinairement  cachée  au  dedans  de  l’angle 
extérieur  de  l’Orbite,  elloit  placée  dans  vne  cavité  enfoncée  dans  la  portion  du  Coronai 
qui  va  faire  la  partie  fupérieure  de  l’Orbite:  elle  avoit  huit  lignes  de  long  fur  quatre  de 
large  -,  fes  tuyaux  elloient  difpofez  à  l’ordinaire. 


ZZZz 


184 


« 

Explication  de  la  figure  du  Cafiuel  . 


LA  figure  d  en  bas  fait  voir  que  la  Telle,  le  Col,  &  la  bolTe  de  l’Eftomac  font  fans 
plumes;  que  le  relie  du  Corps  paroift  plûtoll  garni  de  poil  que  de  plumes  -,  que 
les  Appendices  charnues,  dont  le  bas  du  bec  des  Poules  eft  ordinairement  garni,  font  au 
bas  du  Col  en  cét  Oifeau  ;  que  la  Telle  eft  couverte  d’vne  crelle  femblable  à  celle 
d’vn  cafque;  que  le  Bec  ell  fendu  par  le  bout-,  qu’au  lieu  de  Plumes,  les  Ailes  n’ont  que 
cinq  tuyaux  fans  barbes;  &:  que  le  Croupion  &  les  Pieds  font  extraordinairement  gros. 


D  ans  la  figure  a  en  haut. 


AA. 

B. 

C. 

D. 

E. 

F. 

G. 

H. 

I. 
r. 

K. 

LL. 

MM. 

N. 

OQ, 

PQP. 
P  S  r 


R  r. 
TT. 
VV. 
Xa. 

YZ. 

z. 

Z  ,  Z. 

3  >  3* 
4>  4- 
5 >6- 
6,8. 
7,8. 


Eft  vne  des  plumes  qui  font  ainft  la  pluftart  doubles. 

La  Langue  avec  le  nœud  du  Larynx. 

La  Ratte. 

L’ Artere  S  pie  nique. 

La  Veine  Splénique. 

Le  Jabot. 

Le  premier  Ventricule.  t 

Le  fécond  Ventricule. 

S) ne  Appendice  du  fécond  Ventricule. 

La  Ve  Ve  de  l’Appendice  qui  bouchoit  le  Pylore. 

La  Veftcule  du  Fiel. 

Le  Canal  Cyftique. 

Le  Canal  Hépatique. 

Le  Pancréas. 

La  Paupie're  interne  étendue  fur  la  Cornée.  Cette  Paupière  de  me  fine  que  les  autres  figures  des 
parties  de  l’0eil3  font  a  peu  prés  de  la  grandeur  naturelle. 

La  Paupière  interne  tirée  de  de  fus  la  Cornée ,  &  rangée  dans  le  grand  coin  de  l’Oeil . 

QALe  grand  Mufcle  de  la  Paupière  interne  ;  Q^eft fin  origine  ;  P,  fin  infiertion  j  S,  le  Nerf- 
Optique  fur  lequel  le  Vendon  du  Mufcle  eft  plié  s  r ,  L  Aponeurofe  du  petit  Mufcle  qui  fért 
de  poulie  au  Ven  don  du  grand. 

Le  petit  Mufle. 

La  Glande  Lachrymale. 

Les  Vaiffeaux  de  la  Glande  lachrymale. 

Le  Canal  lachrymale  X ,  eft  fin  ouverture  vers  le  bord  de  la  Paupière  interne  ,  par  ou  l’humeur 
eft  versée  fur  la  Cornée. 

Le  grand  Mufcle  étendu  ,•  Z  ,  eft  fin  origine  j  Y ,  fin  infiertion. 

Le  Vronc  de  la  Veine  Cave  inferieure. 

Les  Emulgentes. 

Les  Reins. 

Les  Veslicules. 

L’Epididyme. 

Le  Défèrent. 

LVretére. 


DESCRIPTION 


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DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DU  N  CASUEL 

AVant  l’année  mil  cinq  cens  quatre-vingts- dix -fept  on  n’avoit  point  vu  cét  Oi- 
feau  en  Europe  -,  aucun  Auteur  des  anciens,  ny  des  modernes,  n’en  avoit  parlé. 
Les  Hollandois  en  apportèrent  vn  au  retour  de  leur  premier  voyage  des  Indes.  Il  leur 
avoit  efté  donné  comme  vne  choie  rare  par  vn  Prince  de  l’Ifle  de  Java.  Six  ans  après 
ils  en  apportèrent  deux  autres,  mais  ils  moururent  en  chemin.  Celuy  que  nous  décrivons 
a  efté  envoyé  au  Roy  en  1671.  par  le  Gouverneur  de  Madagafcar,  qui  l’avoit  acheté 
des  Marchands  qui  retournoient  des  Indes.  11  a  vefou  quatre  ans  à  Verfailles. 

Clufius  dit  qu’il  eft  appellé  Emé  dans  les  Indes.  Nous  n’avons  encore  pu  fçavoir  pour- 
quoy  on  l’appelle  icy  Cafuel  ou  Gafuel.  Cét  Oifeau  eft,  après  l’Autruche,  le  plus  grand, 
éc  le  plus  mallif  de  tous  ceux  que  nous  connoiftons.  Celuy  que  Clufius  décrit,  qui  eft 
le  premier  que  les  Elollandois  ont  apporté  des  Indes,  eftoit  d’vn  quart  plus  petit  que  le 
noftre,  qui  avoit  cinq  pieds  &  demy  de  long  depuis  le  bout  du  bec  jufqu’à  l’extrémité 
des  ongles.  Les  Jambes  avoient  deux  pieds  demy  depuis  le  ventre  jufqu’à  l’extrémité 
des  ongles.  La  Telle  &  le  Col  avoient  enfemble  vn  pied  &  demy.  Le  plus  grand  des 
doigts,  compris  l’ongle,  avoit  cinq  pouces  de  long.  L’ongle  feul  du  petit  doigt  avoit  trois 
pouces  &  demy.  L’Aîle  eftoit  fi  petite,  qu’elle  ne  paroiffoit  point,  eftant  cachée  fous  les 
plumes  du  dos.  Aldrovande,  qui  n’a  vû  que  la  defcription  qui  en  eft  dans  la  Relation 
du  premier  voyage  des  Hollandois,  dit  que  cét  Oifeau  eft  principalement  admirable  en 
ce  qu’il  n’a  ny  Ailes,  ny  Langue.  Nous  avons  trouvé  dans  noftre  Sujet  que  cela  n’eft 
pas  vray.  Cét  Auteur  pouvoit  aufti  ajoufter  qu’il  n’a  point  de  plumes ,  parce  qu’en 
effet,  celles  quile  couvrent,  reffemblent  mieux  au  poil  d’vn  Ours  ou  d’vn  Sanglier, qu’à 
des  plumes,  ny  qu’à  du  duvet,  tant  les  fibres  qui  compofènt  les  barbes  de  ces  plumes, 
font  groffes,  longues,  6ë  rares. 

..  Toutes  ces  Plumes  eftoient  d’vne  mefme  efpece,  à  la  différence  des  Oifeaux  qui  vo¬ 
lent,  ou  il  y  a  des  Plumes  qui  fervent  au  vol,  &  d’autres  qui  ne  font  que  pour  couvrir 
la  peau.  Noftre  Cafuel  n’en  avoit  que  de  la  dernière  efpece.  Elles  eftoient  la  plulpart 
doubles,  ayant  deux  longs  tuyaux  fortans  d’vn  autre  fort  court,  qui  eftoit  attaché  à  la 
peau.  Clufius  dit  qu’elles  font  toujours  doubles.  Dans  noftre  Sujet  il  y  en  avoir  beau¬ 
coup  de  (impies.  Celles  qui  eftoient  doubles ,  eftoient  toujours  de  longueur  inégale  : 
quelques- vnes  alloient  jufqu’à  quatorze  pouces.  Nous  avons  déjà  remarqué  de  cette 
forte  de  Plumes  dans  vne  Aigle ,  Sc  dans  vn  Perroquet  :  mais  celles  du  Cafuel  avoient 
trois  particularitez.  La  première  eft  que  les  barbes,  qui  garniffoient  le  tuyau  depuis  la 
moitié  jufqu’à  l’extrémité,  eftoient  longues,  &  groffes  comme  du  crin  de  Cheval ,  fans 
jetter  aucunes  fibres  -,  &  elles  font  en  cela  differentes  des  plumes  des  Aigrétes,  dont  les 
Barbes  longues  &£  déliées  ne  font  pas  de  (impies  fibres  comme  elles  le  paroiffent  -,  car 
elles  font  garnies  de  chaque  codé  de  petites  fibres  fi  courtes,  qu’elles  font  prefque  imper¬ 
ceptibles.  La  fécondé  particularité  eft  ,  qu’en  cette  moitié  le  tuyau  n’eftoit  point  diffe¬ 
rent  des  Barbes,  n’eftant  ny  plus  gros,  ny  de  couleur  differente,  ainfi  qu’il  eft  ordinai¬ 
rement  aux  Plumes  des  autres  Oifeaux.  La  troifiéme  particularité  eft  que  ces  Barbes 
eftoient  parfaitement  noires,  6c  que  celles  de  l’autre  moitié  eftoient  de  couleur  de  gris- 
tanné,  plus  courtes, plus  molles,  &  jettant  de  petites  fibres  déliées  comme  du  duvet.  Or 
il  n’y  avoit  que  cette  partie  compofée  de  fibres  groffes  &  noires  qui  parût,  l’autre  par¬ 
tie  compofée  de  duvet  en  eftant  recouverte.  Les  differens  poils  dont  eft  reveftuë  la 
peau  des  Caftors,  des  Sangliers  ,  &  des  autres  Animaux  qui  font  fujets  à  fe  traifner  dans 
la  fange,  font  difpofez  de  cette  manière  pour  des  vfages  qui  font  expliquez  dans  la  Def¬ 
cription  du  Caftor. 


A  A  A  A  a 


lU  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASUEL. 

Le  Col  eftoit  fans  plumes  comme  au  Coc-d’Inde.  La  Telle  n’en  avoit  point  auffi  :  elle 
avoit  feulement  quelques  poils  relevez  fur  le  fbmmet,  principalement  vers  le  derrière  8e 
fur  le  Col.  11  n’y  avoit  point  de  Queue  ;  les  plumes  qui  garniffoient  le  croupion  ,  qui  eftoit 
extraordinairement  gros ,  n’eftant  point  differentes  des  autres ,  ny  autrement  difpofées. 

Les  Ailes,  qui, fans  les  Plumes, n’avoient  pas  trois  pouces  de  long,  eftoient  garnies  des 
mefmes  Plumes,  8e  jettoient  chacun  cinq  gros  tuyaux  fans  aucunes  Barbes.  Clufius  n’en 
met  que  quatre: ils  eftoient  de  longueur  differente,  félon  la  difpofition  8c  la  proportion 
que  les  doigts  ont  en  la  main.  Le  plus  long  avoit  onze  pouces,  ayant  trois  lignes  de  dia¬ 
mètre  vers  la  racine,  qui  eftoit  feulement  vn  peu  plus  groffe  que  l’extrèmitè,  laquelle 
n’alloit  pas  jufqu’à  eftre  pointue,  mais  paroiffoit  rompue,  ou  rongée.  Leur  couleur  eftoit 
d’vn  noir  fort  luifant.  Nous  n’avons  point  jugé  que  ces  Ailes  pûffent  fervir  à  luy  aider  à 
marcher,  ainft  que  Clufius  penfe,  y  ayant  plus  d’apparence  qu’il  s’en  peut  aider  pour 
fraper  comme  avec  des  houftines. 

La  Telle  paroiffoit  petite  comme  à  l’Autruche,  parce  qu’elle  n’eftoit  pas  enflée  de 
Plumes,  ainft  qu’aux  autres  Oifeaux.  Elle  eftoit  couverte  d’vne  Crefte  haute  de  trois 
pouces ,  fembîable  à  celle  d’vn  cafque.  Cette  Crefte  ne  couvroit  pas  néanmoins  tout  le 
delfus  de  la  Telle:  car  elle  ne  commençoit  qu’vn  peu  au-delà  du  milieu  du  fommet,  8 C 
venoit  finir  au  commencement  du  bec.  Elle  eftoit  de  differentes  couleurs ,  le  devant 
eftant  noiraftre,  8c  le  derrière  &  les  collez  de  couleur  de  cire.  Par  tout  elle  eftoit  polie 
&  luifante  comme  de  la  corne.  Sa  circonférence  eftoit  en  tranchant,  n’ayant  pas  plus  de 
trois  lignes  en  cét  endroit;  delà  elle  alloit,  en  s’élargilfant,  vers  fa  bafe  jufqu’à  vn  pouce. 
Sa  fubftance,  qui  eftoit  fort  dure,  nous  paroiffoit  fembîable  à  de  la  corne,  eftant  corn- 
pofée  de  plufieurs  lames,  comme  les  cornes  des  Bœufs.  Clufius  dit  que  lors  que  cét  Oi- 
feau  mue,  la  Crefte  luy  tombe  avec  les  Plumes:  ce  qui  ne  nous  a  point  femblé  croyable, 
vu  la  fubftance  de  cette  Crefte,  fuppofé  qu’elle  fût  vne  corne:  car  elle  n’eftoit  point  de 
la  nature  des  cornes  des  Cerfs,  qui  tombent,  &  qui  renaiffent  ;  &  nous  nous  fommes  en- 
quis  de  cette  particularité  à  ceux  qui  gouvernent  les  Animaux  de  Verfailles,  qui  n’ont 
point  vu,  pendant  quatre  ans ,  que  cette  Crefte  foit  tombée.  Nous  aurions  fouhaité  qu’il 
nous  euft  efté  permis  d’examiner  par  la  difléélion  de  quelle  manière  cette  Crefte  eftoit 
jointe  au  Crâne  ;  fçavoir  fi  le  Crâne  envoie  vne  produélion  offeufe  dans  la  cavité  de  la 
Crefte,  comme  il  fe  voit  qu’il  y  en  a  dans  les  cornes  qui  font  creufes,  ou  fi  c’eft  vn  corps 
folide:  mais  il  y  avoit  vn  ordre  exprès  du  Roy  de  conferver  la  dépouille  de  cét  Animal, 
pour  en  orner  la  Ménagerie  de  Verfailles. 

La  partie  fuperieure  du  Bec  eftoit  fort  dure  par  fes  deux  bords  &  par  le  deffus.  Les 
entre-deux  de  chaque  cofté  n’eftoient  garnis  que  d’vne  membrane,  dans  laquelle 
eftoient  les  trous  des  Narines ,  tout  auprès  de  l’extrémité  du  Bec.  Cette  extrémité  du 
Bec  eftoit  refendue  en  trois,  à  peu  prés  comme  au  Cocq-Indien.  Le  bout  du  Bec  infe¬ 
rieur  eftoit  legerement  dentelé,  eftant  auffi  partagé  en  trois.  Tout  le  Bec  eftoit  d’vn 
gris-brun,  à  la  referve  d’vne  marque  verte  que  le  Bec  inferieur  avoit  à  chaque  cofté, 
environ  vers  le  milieu. 

L’Oeil  eftoit  grand.  Son  Iris  eftoit  de  couleur  de  Topafe ,  à  peu -prés  comme  au 
Lion.  Il  y  avoit  vne  Paupière  interne,  qui  fe  cachoit  dans  le  grand  angle.  La  Paupière 
inferieure,  qui  eftoit  la  plus  grande ,  eftoit  garnie  d’vn  rang  de  cils  noirs.  Il  y  avoit  auffi 
vne  rangée  de  poils  noirs  en  demy-rond,  au  deffus  de  l’Oeil,  qui  s’élevoit  en  manière  de 
Sourcil.  Le  trou  de  l’Oreille  eftoit  fort  grand,  &  découvert,  eftant  feulement  environné 
de  poils  noirs,  de-mefme  que  les  Yeux.  Il  y  avoit  de  ces  mefmes  poils  autour  de  la  ra¬ 
cine  de  la  Crefte. 

Les  deux  collez  de  la  Tefte,  au  tour  de  l’Oeil  &  de  l’Oreille,  eftoient  de  couleur 
bleue.  Le  Col  eftoit  violet,  tirant  fur  la  couleur  d’ardoife.  Il  y  avoit  auffi  du  rouge  par 
derrière  en  plufieurs  endroits,  mais  principalement  vers  le  bas-,  &  ces  endroits  rouges 
eftoient  vn  peu  plus  relevez  que  le  refte,  par  des  rides ,  dont  le  Col  eftoit  entrecoupé 
obliquement.  Clufius  dit  qu’il  y  a  des  plumes  rouges  vers  le  bas  du  Col,  que  nous  n’a¬ 
vons  point  trouvées  dans  noftre  Sujet. 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASUEL  ïfy 

Au  bas  du  Col  il  y  avoit  deux  Appendices  charnues ,  fèmblables  à  celles  qui  pendent 
au  bec  inferieur  des  Poules.  Elles  eftoient  longues  dvn  pouce  &  demy ,  &  larges  de 
neuf  lignes,  eftant  arondies  par  le  bout.  Leur  couleur  efloit  comme  le  refte  du.  Coi, 
en  partie  de  rouge ,  &  en  partie  de  bleu. 

Au  milieu  de  la  Poitrine  il  y  avoit  vne  place  fans  plumes  de  la  longueur  de  fix  pou¬ 
ces  ,  de  figure  ovale,  vn  peu  pointue  par  le  haut.  Cette  place  efloit  vue  callofitc,  fur  la¬ 
quelle  l’Ôifeau  s’appuyoit,  comme  fait  le  Chameau.  Elle  efloit  compofee  dyne  peau 
feche,  collée  fur  vn  ligament  offeux  ,  fort  mince,  appliqué  8c  attaché  fur  le  milieu  du 
Sternon ,  par  des  fibres  meüées  de  graille ,  en  forte  que  toute  cette  callofité  efloit  mo¬ 
bile. 

Les  Cuifles  eftoient  couvertes  de  plumes.  Les  Jambes,  qui  eftoient  extraordinaire¬ 
ment  grofles,  fortes  &  droites,  avoient  des  écailles.  Il  y  en  avoit  d’hexagones,  de  pen¬ 
tagones  &  de  quarrées.  Vers  le  haut  8e  au  derrière  de  la  Jambe  elles  eftoient  petites , 
vers  le  bas  8e  en  devant  elles  avoient  jnfqu’à  vn  pouce:  fur  le  cou  du  pied  elles  eftoient 
en  lame  ,  larges  de  deux  pouces.  Les  Doigts  eftoient  auffi  couverts  d’écailles.  lis  n’e- 
ftoient  qu’au  nombre  de  trois ,  n’y  en  ayant  point  derrière  :  le  plus  petit  eftoit  en  dedans. 
Les  Ongles  eftoient  d’vne  fubftance  dure  &  folide,  noire  en  dehors,  8£  blanche  en  de¬ 
dans.  Ils  eftoient  vfez  jufqu’à  prés  de  la  moitié.  Clufius  dit  que  cét  Oifeau  a  vne  force 
prodigieufe  à  fes  pieds,  dont  il  frappe,  en  ruant  en  arriére,  en  telle  forte,  qu’il  brife  des 
troncs  d’arbre  de  la  grofleur  de  la  cuifte.  Ceux  qui  ont  gouverné  le  noftre  n’ont  point 
vu  qu’il  fuft  fi  fort,  ny  fi  furieux:  ils  ont  feulement  remarqué  qu’il  couroit  apres  les  fem¬ 
mes  avec  beaucoup  d’opiniaftreté. 

L’Oefophage,  depuis  le  Pharynx  jufqu’au  commencement  du  Jabot,  avoit  dix  pouces 
de  long  :  il  eftoit  large  d’vn  pouce  &  demy.  Les  Tuniques  dont  il  eftoit  compofé 
eftoient  épaiftes.  Avant  que  d’entrer  dans  la  Poitrine,  il  s’élargifloit ,  &  devenoit  plus 
mince,  faifant  vn  Jabot,  qui, comme  aux  Poules  &  aux  Pigeons,  eftoit  moitié  dans  le  bas 
de  la  gorge  &c  moitié  dans  la  Poitrine.  Ce  Jabot  avoit  huit  pouces  de  long,  &  quatre 
de  large:  à  l’endroit  le  plus  étroit  il  en  avoit  deux.  Il  eftoit  fuivi  d’vn  fécond  Jabot  plus 
grand,  <k  compofé  de  Tuniques  plus  épaiftes.  Ce  Jabot  avoit  vn  pied  de  long,  &;  fepü 
polices  de  large.  Il  defcendoit  jufqu’au  de  flou  s  du  Foye.  Sa  tunique  intérieure  eftoit 
compofee  de  glandes ,  comme  l’extrémité  de  l’Oefophage  l’eft  ordinairement  aux  Oi- 
feaux  -,  &  ces  glandes,  qui  n’eftoient  pas  fi  grandes,  ny  fi  bien  formées  qu’à  l’Otarde,  qui 
eft  celuy  des  Ci  (eaux  ou  nous  les  avons  trouvé  les  plus  diftinétes,  eftoient  recouvertes 
d’vn  velouté  jaune.  Cette  particularité  fait  que  ce  Jabot  peut  eftre  pris  pour  le  premier 
Ventricule,  qui  eftoit  fuivi  d’vn  fécond  compofé  de  Tuniques  plus  minces  que  celles  du 
premier.  La  Tunique  interne  paroiiïoit  épaifte,  parce  qu’elle  eftoit  plifïee.  Le  velouté 
qui  le  couvroit,  eftoit  vn  peu  plus  épais  que  dans  le  premier  Ventricule.  Ces  deux  Ven¬ 
tricules  eftoient  feparez  ,  tk  distinguez  l’vn  de  l’autre,  non  feulement  par  leur  fubftance, 
qui  eftoit  differente,  &c  par  vn  retrecifîement  tel  qu’il  s’en  voit  aux  differens  Ventricules 
des  Animaux  qui  ruminent,  mais  encore  par  vn  rebord  membraneux  fait  en  forme  de 
Valvule. 

Du  milieu  du  fécond  Ventricule  il  fortoit  en  dedans  vne  Appendice  de  trois  pouces 
de  long,  tk  de  huit  lignes  de  large:  c’eftoit  vn  allongement  de  la  membrane  interne  du 
Ventricule.  Au  bout  de  cette  Appendice  il  y  avoit  comme  vne  telle,  de  la  groftèur  d’vn 
oeuf  de  Poule,  qui  tirant  rAppendice  en  ernbas,  defcendoit  dans  le  Pylore,  &  le  boûchoit. 
Il  y  avoit  lieu  de  douter  fi  cette  conformation  eftoit  naturelle,  ou  caufée  par  vne  ma¬ 
ladie.  Nous  avons  néanmoins  jugé  qu’elle  n’eftoit  point  naturelle ,  &C  qu’il  s’eftoit  for¬ 


mée  dans  la  membrane  interne  du  Ventricule  vn  feirrhe ,  qui  par  fa  pelanteur  l’ayant  in- 
fenftblement  allongée,  avoit  formé  cette  Appendice,  dont  l’extrémité  grofte  &C  dure  com¬ 
me  elle  eftoit ,  pouvoit  avoir  efté  caufe  de  la  mort  de  cét  Animal,  qui ,  quinze  jours  du¬ 
rant  avant  que  de  mourir ,  avoit  fouffert  vne  efpece  de  vomiffement  d’eaux  blanch⬠
tres,  jufqu  es  à  vne  chopine  par  jour 5  ce  qui  eftoit  apparemment  fa  nourriture,  qui  n’a- 
voit  pu  palier, 


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188  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASUEL 

C’eft  vne  chofe  affez  remarquable  que  cét  Animal,  qui  ne  fe  nourrit  point  de  chair  , 
mais  de  legumes  &;  de  pain,  n’euft  point  de  Géfier  charnu  &  mufculeux,  comme  tous 
les  autres  Oifeaux  qui  vfent  de  cette  forte  de  nourriture  ont  accouftumé  d’en  avoir; 
vu  mefme  qu’en  toute  autre  chofe  il  a  tant  de  rapport  avec  l’Autruche ,  qui  a  vn  Géiler* 
èc  que  comme  elle  il  avale  tout  ce  qu’on  luy  prefente ,  jufqu  a  des  charbons  ardens,  au 
rapport  de  Clufius;  tk  il  faut  croire  que  la  Nature  a  fuppléé  au  defaut  du  Géiier,  par  la 
multitude  des  Ventricules  qu’elle  luy  a  donnez,  pourveûs  d’vne  vertu  particulière*  ô£ 
capable  de  diifoudre  les  alimens  les  plus  durs  &  les  plus  folides.  Cela  nous  a  paru  croya¬ 
ble,  vû  l’eilat  auquel  on  a  trouvé  les  deux  Ventricules  &C  le  Jabot  :  car  les  Ventricules 
eftoient  entièrement  vuides,  n’y  ayant  que  le  Jabot  qui  euft  quelque  chofe;  &  là  nour¬ 
riture  qu’il  contenoit  eftoit  plus  qu’à  demy  digérée.  Ce  qui  fait  juger  de  la  force  que 
doivent  avoir  ordinairement  ces  Ventricules,  puis  que  leur  Jabot  en  avoit  tant  dans  vn 
Animal  mourant. 

Les  Inteftins  avoient  en  tout  quatre  pieds  huit  pouces  de  long,  &;  deux  pouces  de 
diamètre.  Ils  eftoient  tous  de  mefme  largeur  de  mefme  fubftance,  fans  feuillets  en  de¬ 
dans,  fans  cellules,  fans  Cæcum. 

Le  Foye  eftoit  médiocrement  grand,  le  Lobe  droit  ayant  feulement  huit  pouces,  & 
le  gauche  quatre.  Il  eftoit  par  tout  fcirrheux.  La  Veftcnle,  qui  eftoit  attachée  le  long  du 
Lobe  droit,  tk  enfermée  dans  la  Capfule,  avoit  fept  pouces  de  long,  &£  vn  pouce  tout 
au  plus  de  diamètre.  Le  Canal  Cyftique,  qui  fortoit  du  haut  de  la  Veficule,  eftoit  long 
de  huit  pouces  ,  &  s’élargifloit  vers  fon  infertion,  qui  eftoit  vers  le  commencement  du 
Duodénum.  L’Hepatique  avoit  huit  pouces  tk  demy,  fk  defcendoit  de  gauche  à  droit, 
&  le  Cyftique  de  droit  à  gauche:  ce  qui  faifoit  que  ces  deux  canaux  fe  croifoient  vers 
leur  partie  inferieure.  L’Hepatique  s’inferoit  au  deflous  du  Cyftique. 

La  Ratte  eftoit  longue  de  trois  pouces,  &  large  d’vn  pouce  ôc  demy  par  fa  plus  gran¬ 
de  largeur:  elle  avoit  la  figure  d’vne  Solle.  Ses  vaifleaux  fe  diftribuoient  à  l’ordinaire. 

Le  Pancréas  eftoit  petit  à  proportion  des  autres  parties.  Il  n’avoit  que  deux  pouces 
de  long  fur  deux  lignes  de  large.  Son  Canal,  qui  eftoit  tres-délicat,  n’avoit  qu’vne  ligne 
&  demie  de  long,  tk  s’inferoit  au  deflus  du  Cyftique. 

Les  Reins  eftoient,  comme  aux  autres  Oifeaux,  partagez  comme  en  plufieurs  Lobes. 
Ils  avoient  huit  pouces  de  long.  Les  Ureteres  eftoient  de  la  grofleur  d’vne  plume  à 
écrire ,  &  longs  de  fept  pouces. 

Les  Tefticules  avoient  vn  ponce  de  long,  &  demy  pouce  de  large.  Leur  fubftance 
eftoit  blanche  &  dure,  &c  beaucoup  differente  de  celle  de  l’Epididyme,  qui  eftoit  molle, 
8c  jaunaftre  ;  mais  la  grandeur  de  cét  Epididyme  eftoit  fort  extraordinaire,  ayant  trois 
pouces  de  long  fur  deux  lignes  de  large,  en  forte  qu’il  s’élevoit  deux  pouces  au  def- 
fus  du  Tefticuîe.  Le  Canal  Défèrent  defcendoit  le  long  du  Rein,  s’attachant  à  la  Veine 
Emulgente,  &c  s’vniftànt  en  fuite  à  l’Uretere.  Il  eftoit  long  d’onze  pouces,  ayant  la 
grofleur  d’vn  tuyau  de  plume.  La  Verge  eftoit  placée  comme  à  l’Autruche.  Elle  avoit 
deux  pouces  de  long,  vn  pouce  de  large  vers  fa  bafe,  &c  deux  lignes  vers  fa  pointe.  La 
peau  qui  la  couvroit  eftoit  dure,  épaifle,  &  inégale  en  dedans,  à  caufede  plufieurs  replis 
qui  eftoient  difpofez  en  forme  de  vis.  Le  corps  de  la  Verge  eftoit  compofé  de  deux  li- 
gamens  cartilagineux,  qui  donnoient  vne  figure  pyramidale  à  la  Verge.  Ils  eftoient  fort 
durs ,  &  fort  folides ,  &  fortement  attachez  l’vn  à  l’autre  en  deflus.  Ils  fe  feparoient  en 
deflous ,  pour  donner  place  à  vn  canal  membraneux ,  avec  lequel  on  ne  voyoit  point 
que  les  Déferens,  ny  les  Ureteres  enflent  aucune  communication. 

Les  Poulmons  avoient  huit  pouces  de  long  fur  quatre  de  large  dans  leur  milieu. 

Comme  cét  Oifeau  eft  le  plus  grand  que  nous  ayons  diflequé  depuis  l’Autruche, nous 
nous  fommes  appliquez  à  y  obferver  des  choies  qui  appartiennent  aux  organes  de  la 
Refpiration ,  qui  ont  vne  ftruâ'ure  particulière  dans  les  Oifeaux,  &  que  nous  avions 
commencé  à  découvrir  dans  l’Autruche:  car  il  n’eft  pas  aifé  de  bien  voir  ces  chofes 
dans  de  moindres  Oifeaux.  Nous  avons  entre  autres  chofes  examiné  deux  Mufcîes,  que 
nous  appelions  les  Mufcîes  du  Poulmon.  Ces  Mufcîes  avoient  leur  origine  fort  charnue, 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASUEL.  189 
qui  en  chacun  fe  divife  en  fix  Tedes  attachées  chacune  à  vne  Code,  à  l’endroit  où  la 
Code,  qui  par  vn  bout  ed  articulée  avec  les  Vertebres,  s’articule  par  l’autre  avec  vne 
autre  Code  qui  s’articule  au  Sternon.  Car  il  faut  remarquer  que  les  Codes  des  Oifeaux 
font  ordinairement  doubles-,  de  qu’au  lieu  qu’aux  Animaux  terredres  il  y  a  des  Appen¬ 
dices  cartilagineufes  qui  les  attachent  au  Sternon,  ce  font  aux  Oifeaux  de  véritables  os 
qui  font  articulez  ,  de  non  pas  joints  par  fymphyfe  avec  les  Codes.  Or  ces  lîx  Tedes 
du  Mufcle  du  Poulmon  produifoient  toutes  enfemble  vn  large  Tendon  ou  Aponeu- 
rofe ,  qui  couvroit  le  Poulmon ,  de  qui  le  feparoit  des  Vedies ,  dans  lefquelles  l’air, 
apres  avoir  pénétré  le  Poulmon,  entre  par  les  trous  dont  cette  Aponeurofe  ed  percée; 
de  ces  Vedies  edoient  recouvertes  par  le  Diaphragme ,  de  mefme  que  le  Poulmon 
l’edoit  par  l’Aponeurofc:  en  forte  que  les  Vedies  edoient  enfermées  entre  l’Aponeu- 
rofe  de  le  Diaphragme ,  de  mefme  que  le  Poulmon  l’edoit  entre  l’Aponeurofc  de  les 
Codes.  Cette  Aponeurofe  aind  couchée  fur  le  Poulmon ,  s’alloit  joindre  avec  l’Apo- 
neurofe  du  Mufcle  oppofite  fur  les  Vertebres,  aufquelles  elle  edoit  audi  fortement  at¬ 
tachée  ;  laidant  néanmoins  fur  le  milieu  du  corps  des  Vertebres,  vn  efpace  vuide  pour 
le  padage  de  l’Aorte  defcendante  ,  de  pour  l’Oefophage.  Au  mefme  endroit  où  ces 
Aponeurofes  fe  joignoient  enfemble,  de  s’attachoient  aux  Vertebres,  les  Diaphragmes 
s’attachoient  audi,  de  edoient  vnis  aux  Aponeurofes;  mais  vers  le  codé  gauche  ils  don- 
noient  padage  à  vn  gros  rameau  de  l’Aorte,  qui  tenoit  lieu  de  Cœliaque  de  de  Mefen- 
térique.  Ce  rameau  fe  glidoit  entre  toutes  ces  Aponeurofes,  tant  des  Mufcles  du  Poul¬ 
mon  ,  que  des  Diaphragmes  ,  lefquelles  edoient  jointes  enfemble. 

L’vfage  de  ces  Mufcles,  félon  nos  conjectures,  ed  double.  Le  premier  ed  de  fervir 
au  mouvement  de  la  Poitrine,  en  la  tirant  en  embas  ;  parce  qu’ils  vont  de  l’angle  que 
les  Codes  font  enfemble  par  leur  articulation  mutuelle  ,  de  defcendent  obliquement 
vers  les  Vertebres  inférieurs  du  Dos  aufquelles  ils  font  attachez.  Le  fécond  vfage  ed  de 
retenir  l’air  enfermé  dans  les  Poches  ou  Vedies .  afin  de  l’empefcher  de  fortir  avec  la 
mefme  liberté  qu’il  a  eue  à  y  entrer.  L’vfage  de  cette  rétention  ne  nous  ed  pas  encore 
bien  connu,  du  moins  à  l’égard  des  Poches  d’enhaut:  car  à  l’égard  de  celles  d’embas, 
l’vfage  de  cette  rétention  a  edé  expliqué  dans  la  Defcription  de  l’Autruche,  où  l’on  a 
fait  voir  qu’il  y  a  apparence  que  l’air  retenu  dans  les  Poches  d’embas  fcrt  à  comprimer 
les  Vifceres,  de  les  faire  remonter  en  enhaut.  Quelques  -vns  croyent  que  cette  réten¬ 
tion  de  l’air  fert  aux  Oifeaux,  pour  les  rendre  plus  légers  en  volant,  de  mefme  que  la 
Vedie  qui  ed  dans  les  Poiflbns  leur  aide  à  nager.  Et  cette  penfée  auroit  quelque  fonde¬ 
ment,  fi  l’air  contenu  dans  les  Vedies  des  Oifeaux  edoit  audi  leger  à  proportion  de 
l’air  dans  lequel  ils  volent,  que  l’air  contenu  dans  les  Vedies  des  Poifions  l’ed  à  propor¬ 
tion  de  l’eau  dans  laquelle  ils  nagent.  Mais  pour  dire  quelque  chofe,  qui  ait  du  moins 
vn  peu  plus  de  probabilité,  en  attendant  que  nous  ayons  vne  connoidance  plus  certaine 
de  la  vérité  de  de  l’vfage  de  cette  rétention  d’air ,  nous  confiderons  que  les  Oifcaux  s’é¬ 
levant  ordinairement  fort  haut,  de  jufqu’aux  endroits  où  l’air  ed  beaucoup  moins  pe- 
fant  qu’il  n’ed  prés  de  terre,  pourroient  edre  privez  des  principales  vtilitez  de  la  Refpi- 
tion,  faute  d’vn  air,  dont  la  pefanteur  fid  fur  le  Cœur  de  fur  les  Arteres  la  compredion 
necedaire  à  la  didribution  de  à  la  circulation  du  fang ,  s’ils  n’avoient  la  faculté  de  retenir 
long -temps  vne  portion  d’air,  qui  edant  raréfié  par  la  chaleur  que  cette  rétention  pro¬ 
duit  dans  cét\  air  ,  puide,  en  s’élargifiant,  fuppléer  au  defaut  de  la  pefanteur  dont  l’air 
qu’ils  refpirent  dans  la  moyenne  région  ed  deditué.  Car  s’il  y  a  beaucoup  d’Oifcaux 
qui  ne  s’élèvent  jamais  bien  haut  dans  l’air ,  dont  le  Poulmon  ne  laide  pas  d’avoir  ces 
Vedies  dans  lefquelles  l’air  ed  retenu  -,  il  y  en  a  audi  beaucoup  qui  ont  des  ailes  dont 
ils  ne  fe  fervent  point  à  voler  :  de  l’on  peut  remarquer  qu’il  fe  trouve  des  parties  dans 
les  Animaux,  lefquelles  nont  aucun  vfage  dans  certaines  efpeces,  de  qui  font  données  à 
tout  le  genre,  à  caufe  qu’elles  ont  vn  vfage  important  en  quelques  -  vnes  des  efpeces. 
C’ed  ainfique  dans  plusieurs  genres  d’ Animaux,  les  Mades  ont  des  mammelons  com¬ 
me  les  Femelles,  que  les  Taupes  ont  des  Yeux,  les  Autruches  de  les  Cafuels  des  Ailes, 
de  que  les  Tortues  terredres  ont  vne  conformation  particulière  des  vailfeaux  du  Cœur, 

CCCCc 


m  DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASUEL. 

qui  ne  convient  qu’aux  Tortues  d’eau,  ainfi  qu’il  ell  expliqué  dans  la  Defcription  de  la 
Tortue. 

Quoy -qu’il  en  foit ,  la  llruéture  des  Mufcles  du  Pouimon  des  Oifeaux  donne  lieu 
deoroire  qu’ils  fervent  à  cette  rétention,  parce  que  l’on  voit  que  les  trous  qu’ils  ont 
pour  donner  entrée  dans  les  Poches,  font  la  plufpart  dans  la  partie  charnue  des  Mufe 
clés,  qui  ell  capable  d’vne  conflriétion  d’vne  rélaxation  volontaire.  Et  d’ailleurs  cette 
rétention  de  l’air  ell  manifelle  dans  le  Caméléon,  qui  a  le  Pouimon  d’vne  llruéture  pa¬ 
reille  à  celle  des  Oifeaux:  car  nous  avons  remarqué  que  le  Caméléon  s’enfle  quelque¬ 
fois,  comme  s’il  eftoit  prell  à  crever,  &  demeure  long-temps  en  cét  ellat ,  quoy  que  la 
réciprocation  de  la  Refpiration  ne  laide  pas  d’aller  fon  train  ordinaire  ;  comme  ii  par  le 
moyen  de  ces  Mufcles  du  Pouimon  ,  cét  animal  retenoit  l’air  dans  quelques- vnes  des 
Veilles,  fçavoir  dans  celles  dont  les  ouvertures  font  en  la  partie  charnue  du  Mufcle  ,  &C 
qu’il  laiffall  dans  les  autres  la  fortie  &  l’entrée  libre  à  l’air  pour  la  Refpiration. 

Au  milieu  des  deux  grands  Diaphragmes,  il  y  avoit  vne  membrane,  qui,  comme  vn 
Mediallin ,  defcendoit  de  haut  en  bas ,  &  qui  fervoit  de  ligament,  pour  fufpendre  le 
Cœur,  le  Foye,  le  Ventricule,  &  le  relie  des  parties  du  bas  Ventre. 

Les  VeHies  du  Pouimon  elloient  feparables  des  Diaphragmes  &  des  Mufcles  du 
Pouimon,  ayant  chacune  leur  Tunique  particulière.  Ces  Tuniques  elloient  collées  en- 
femble,  faifant  des  parois  doubles,  &  qui  n’elloient  pas  mitoyens.  La  fécondé  Veffie 
avoit  deux  trous.  La  quatrième  ne  defcendoit  pas  li  bas  qu’aux  autres  Oifeaux  ,  par  la 
raifon  que  le  Sternon  ellant  très -petit,  &  par  confequent  les  Mufcles  du  bas  Ventre 
plus  grands  qu’à  l’ordinaire,  cette  quatrième  Veffie  n’elloit  pas  lî  necelfaire  qu’aux  Oi¬ 
feaux  qui  ont  le  Sternon  plus  grand  :  ce  qui  confirme  l’opinion  que  nous  avons  de  l’v- 
lage  que  nous  attribuons  à  cette  quatrième  Veffie,  &C  qui  ell  expliqué  dans  la  Defcri- 
ption  de  l’Autruche.  Or  le  Sternon  elloit  à  proportion  plus  petit  qu’en  l’Autruche,  parce 
que  les  Mufcles  deffiinez  au  mouvement  des  Ailes,  aufquels  il  donne  origine,  elloient 
extraordinairement  petits,  proportionnez  aux  Ailes. 

Le  Cœur  elloit  long  d’vn  pouce  &  demy,  &  large  d’vn  pouce  vers  fa  bafe.  Sa  Val¬ 
vule  charnue  faifoit  vn  fac,  qui  n’avoit  qu’vne  ligne  de  profondeur. 

La  Langue  avoit  vn  pouce  de  long  fur  huit  lignes  de  large.  Elle  elloit  dentelée  tout 
autour  comme  vne  crelle  de  Cocq.  Aldrovande  a  dit  que  le  Cafuel  n’a  ny  Ailes,  ny 
Langue,  au  lieu  de  dire  que  ces  parties  font  d’vne  llrudure  tout- à -fait  extraordinaire 
dans  cét  Oifeau. 

Le  Globe  de  l’Oeil  elloit  fort  gros,  à  proportion  de  la  Cornée,  ayant  vn  pouce  5 c 
demy  de  diamètre,  &  la  Cornée  n’ayant  que  trois  lignes.  Le  Cryftallin  en  avoit  quatre. 
La  Bourfe  noire  qui  fort  du  Nerf-Optique,  elloit  à  l’ordinaire  des  autres  Oifeaux. 

Nous  nous  fommes  appliquez  dans  ce  Sujet,  à  remarquer  exa&ement  ce  qui  appar¬ 
tient  à  la  Paupière  interne,  que  nous  avons  trouvée  aux  yeux  de  tous  les  Oifeaux,  &  à 
ceux  de  la  plufpart  des  Animaux  terrellres.  Les  particularitez  de  la  ftruélure  admirable 
de  cette  Paupière,  font  de  ces  chofes  qui  font  voir  dillindtement  la  fageflfe  de  la  Nature 
entre  mille  autres  dont  nous  ne  voyons  point  l’artifice,  parce  que  nous  ne  les  connoif- 
fons  que  par  des  effets,  dont  nous  ignorons  les  caufes:  mais  il  s’agit  icy  d’vne  machine, 
dont  toutes  les  pièces  font  vilibles,  &  qu’il  ne  faut  que  regarder,  pour  découvrir  les  rai- 
fons  de  Ion  mouvement  &  de  fon  aélion. 

Cette  Paupière  interne  aux  Oifeaux  ell  vne  partie  membraneufe ,  qui  s’étend  fur  la 
Cornée,  quand  elle  y  ell  tirée  comme  vn  rideau,  par  vne  petite  carde  ou  tendon; &C 
qui  fe  retire  dans  le  grand  coin  de  l’Oeil ,  pour  découvrir  la  Cornée  par  le  moyen  des 
fibres  très-forts  qu’elle  a,  &  qui  en  fe  retirant  vers  leur  principe,  la  font  pliffer.  Elle  fai¬ 
foit  vn  triangle  lors  quelle  elloit  étendue  ,  &  elle  avoit  la  figure  d’vn  Croiflant  lors 
qu  elle  elloit  pliffée.  Sa  bafe,  qui  ell  fon  origine,  elloit  vers  le  grand  coin  de  l’Oeil,  au 
bord  du  grand  Cercle,  que  la  Sclérotique  forme,  lors  qu’elle  s’applatit  en  devant,  faifant 
vn  angle  avec  fa  partie  anterieure,  qui  ell  plate,  &  fur  laquelle  la  Cornée  s’élève,  faifant 
vne  convexité.  Cette  bafe,  qui  ell  la  partie  immobile,  &  attachée  au  bord  de  la  Scléro¬ 
tique,, 


DESCRIPTION  ANATOMIQUE  D’UN  CASUEL.  i9i 
tique ,  occupoit  plus  do  tiers  de  la  circonférence  du  grand  cercle  de  la  Sclérotique.  Le 
collé  du  triangle,  qui  eft  vers  le  petit  coin  de  l’Oeil,  &  qui  ell  mobile,  elloit  renforci 
d’vn  rebord,  qui  luy  tient  lieu  de  Tarfe,  £k  qui  ell  noiraftre  à  la  plufpart  des  Animaux 
à  quatre  pieds.  Ce  collé  de  la  Paupière  eft  celuy  qui  ell  mobile,  qui  fe  retire  dans 
le  coin  de  l’Oeil  par  l’adtion  des  libres  de  toute  la  Paupière ,  lefquelles  partant  de  Ion 
origine,  vont  s’inferer  à  Ion  Tarie. 

Pour  étendre  cette  Paupière  fur  la  Cornée,  il  y  avoit  deux  Mufcles  qui  fe  voyoient  lors 
que  l’on  avoit  levé  les  lix  qui  fervent  au  mouvement  de  tout  l’Oeil.  Nous  avons  trouvé 
que  le  plus  grand  de  ces  deux  Mufcles  a  fon  origine  au  mefme  bord  du  grand  Cercle  de 
la  Sclérotique,  vers  le  grand  coin  d’où  la  Paupière  prend  Ion  origine.  Il  ell  fort  charnu 
dans  fon  commencement,  qui  ell  vne  baie  large,  d’où  venant  infenliblement  à  s’étrelïir, 
en  palfant  fous  le  globe  de  l’Oeil  de  mefme  que  la  Paupière  palfe  delfus,  il  s’approche 
du  Nerf- Optique ,  où  il  produit  vn  Tendon  rond  &  délié,  qu’il  palfe  au  travers  du 
Tendon  de  l’autre  Mufcle,  qui  fert  de  poulie,  &  qui  l’empefche  de  prelfer  le  Nerf- 
Optique  fur  lequel  il  fe  courbe ,  &  lait  vn  angle,  pour  s’en  aller  palfer  par  la  partie  fu- 
perieure  de  l’Oeil,  fk  fortant  de  delfous  l’Oeil ,  s’inferer  au  coin  de  la  Membrane  qui 
fait  la  Paupière  interne.  Ce  fécond  Mufcle  a  fon  origine  au  mefme  cercle  de  la  Scléro¬ 
tique,  mais  à  l’oppolite  du  premier,  vers  le  petit  coin  de  l’Oeil  -,  fk  palfant  fous  l’Oeil 
comme  l’autre,  va  le  rencontrer,  &  embralfer  fon  Tendon,  ainli  qu’il  a  efté  dit. 

L’adlion  de  ces  deux  Mufcles  ell ,  à  l’égard  du  premier,  de  tirer,  par  le  moyen  de  fa 
corde  ou  Tendon,  le  coin  de  la  Paupière  interne,  &  l’étendre  fur  la  Cornée.  A  l’égard  du 
fécond  Mufcle,  fon  adtion  ell,  en  faifant  approcher  fon  Tendon  vers  fon  principe,  d’em- 
pefcher  que  la  corde  du  premier  Mufcle  qu’il  embralfe ,  ne  blelfe  le  Nerf- Optique; 
mais  fon  principal  vfage  eft  d’aider  l’adtion  du  premier  Mufcle.  Et  c’eft  en  cela  que  la 
Méchanique  eft  merveilleufe  dans  cette  ftru&ure,  qui  fait  que  ces  deux  Mufcles  joints 
enfemble,  tirent  bien  plus  loin  que  s’il  n’y  en  avoit  eû  qu’vn:  car  l’inflexion  de  la  corde 
du  premier  Mufcle,  qui  luy  fait  faire  vn  angle  fur  le  Nerf-Optique,  n’eft  faite  que  pour 
cela;  &  vn  Mufcle  feul  avec  vn  Tendon  droit,  auroit  efté  fuffifant,  s’il  avoit  pu  tirer 
alfez  loin.  Mais  la  tradlion  qui  devoit  faire  étendre  cette  Paupière  fur  toute  la  Cornée 
devant  eftre  grande,  elle  ne  fe  pouvoir  faire  que  par  vn  Mufcle  fort  long  ;  fk  vn  tel 
Mufcle  ne  pouvant  eftre  logé  dans  l’Oeil  tout  de  fon  long,  il  n’y  avoit  pas  de  meilleur 
moyen  que  de  fuppléer  l’adtion  d’vn  long  Mufcle  par  celle  de  deux  médiocres ,  tk  que 
d’en  courber  vn,  afin  qu’il  euft  plus  de  longueur  dans  vn  petit  efpace.  L’infpeétion  de 
la  figure  fervira  beaucoup  à  l’intelligence  de  cette  Defcription  ,  que  la  nouveauté  de  la 
chofe  rend  obfcure  de  foy. 

L’vfage  de  cette  Paupière  interne,  qui  jufqu’à  prefent  n’a  efté  décrite  par  perfonne, 
n’eft  point  aufîi  déterminé.  Noftre  opinion  eft  qu’elle  fert  à  nettoyer  la  Cornée,  &  à 
empefcher  qu’en  fe  fechant,  elle  ne  devienne  moins  tranfparente.  L’Homme  &:  le  Singe, 
qui  font  les  feuls  des  Animaux  où  nous  n’avons  point  trouvé  cette  Paupière,  n’ont  pas 
eû  befoin  de  cette  précaution  pour  nettoyer  leurs  Yeux  ,  parce  qu’ils  ont  des  mains 
avec  lefquelles  iis  peuvent ,  en  frotant  leurs  Paupières ,  exprimer  l’humidité  quelles 
contiennent,  tk  qu’elles  répandent  par  les  Canaux  Lachrymaux  :  ce  que  l’on  connoift  par 
l’experience,  lors  que  l’on  a  la  Veûë  obfcurcie,  ou  que  les  Yeux  foufFrent  quelque  dou¬ 
leur,  ou  quelque  demangeaifon  :  car  ces  accidens  ceffent,  lors  que  l’on  s’eft  froté  les 
Yeux. 

Mais  la  difTedtion  nous  a  fait  connoiftre  aflez  diftindlement  les  organes  qui  fervent 
particuliérement  à  cét  vfage,  &:  qui  font  autrement  dans  les  Oifeaux  que  dans  l’Homme, 
où  le  conduit  ne  pafle  point  au-delà  de  la  Glande  Lachrymale.  Car  dans  les  Oifeaux  il 
pafle  outre  ;•&  pénétrant  jufqu  a  plus  de  la  moitié  de  la  Paupière  interne  ,  il  s’ouvre  en 
deflous  fur  l’Oeil  :  ce  qui  apparemment  eft  fait  pour  répandre  vne  liqueur  fur  toute  la 
Cornée,  lors  que  cette  Paupière  y  paffe  tk  repaffe ,  corameon  voit  qu’elle  fait  à  tous 
momens. 


DDDDd 


I?2. 

Explication  de  la  figure  de  la  grande  T ortuh 

CEtte  Tortue  a  plufieurs  particularitez,  qui  la  rendent  differente  de  celles  qué 
nous  avons  en  France.  Son  Ecaille  n’eft  pas  plate,  mais  fort  convexe.  Elle  eft 
vnique,  vne  mefme  Ecaille  luy  couvrant  le  Dos  &  le  Ventre.  Sa  Queue  eft  garnie  d’vne 
corne  par  le  bout.  Ses  pâtes  ne  font  point  couvertes  d’écailles,  mais  d’vne  peau  ridée 
comme  du  Marroquin.  Ses  Ongles  ne  font  point  aigus ,  mais  moufles  &C  vfez  jufqu’à  prés 
de  la  moitié,  ôc  fos  Mâchoires  font  dentelées  en  forme  de  foie. 


Dans  la  figure  d’embas. 


ÀBCD. 

Eft  la  partie  droite  du  Foye. 

AA. 

À. 

Le  petit  Lobe  qui  couvre  la  Vefcule. 

B. 

La  Vefcule. 

i. 

C. 

Le  Tronc  de  la  Veine  Porte. 

2. 

D. 

Le  Rameau  hépatique  droit. 

3- 

EFG. 

La  partie  gauche  du  Foye. 

E. 

Le  Rameau  hépatique  gauche. 

4- 

F. 

L’Ifthme  par  lequel  la  partie  gauche  du 

5' 

G. 

Foye  &  la  droite  fini  jointes  enfimble. 

6. 

Le  grand  Lobe  de  la  partie  gauche  du  Foye. 

7  j  7* 

H  H. 

La  Veine  Cave  droite. 

8. 

II. 

La  Veine  Cave  gauche. 

9 ,  9- 

K. 

Le  Canal  Cyftique. 

L. 

Le  Tronc  des  Rameaux  hépatiques. 

10. 

MM. 

Les  Reins. 

ii. 

N  N. 

Les  Veines  Emulgentes  3  aufqueües  deux 

glandes  fint  attachées. 

12. 

O  O. 

Les  Tefticulef. 

U- 

PP. 

Les  Epididymes  firtans  du  Rein3  &  atta¬ 

H- 

QA. 

che' faux  Tefticules  par  de  petits  canaux. 

V- 

Les  Oreteres. 

RR. 

La  Vefe  ouverte. 

1 6  j  1 6. 

S. 

Le  Col  de  la  Ve  fie  -  ouvert ,  laifant  voir 
deux  Mammelons  ,  qui  font  les  extrémi¬ 
té  fi  des  Oreteres  ,  &  deux  autres  qui 

TT 

fint  les  extrémités  des  Déferens. 

17  j  18. 

Deux  trous  qui  font  a  l’origine  des  Liga¬ 
mens  fiongieux  qui  compofint  le  corps 
de  la  Verge. 

19. 

V  V. 

On  JVlufile  large  3  qui  enferme  le  Reétum 
&  la  Verge. 

20,20,  20, 

XX. 

Deux  autres  Eîufiles  de  la  Verge ,  qui  s’en¬ 
trelacent  avec  deux  autres  marque  fiy  y. 

a  b. 

Y. 

D  extrémité  du  Gland. 

2. 

La  grande  Appendice  circulaire. 

c  d. 

A. 

La  petite  Appendice  avec  fis  deux  Rou¬ 
tons. 

©. 

4% 


nnn. 


JJ  extrémité duReétum  coupée  félon  fa  lon¬ 
gueur  ,  pour  laifer  voir  le  corps  de  la 
Verge  en  de  fous. 

JJ  ne  ouverture  entre  les  deux  Ligamens  3 
d  laquelle  aboutit  le  Col  de  la  Vefe. 

La  Verge  coupée  en  travers >  pour  faire  voir 
les  cavité  f  des  deux  ligamens  mar¬ 
quées  co  a  j  &  la  cavité  qui  tient  lieu 
d’Orethre  marquée  tt. 

Les  grands  canaux  du  Poumon. 

Les  Ve  (fies  qui  abouti fent  dans  les  canaux. 


et  et. 

JB. 
y  y* 

g  g. 

6  0. 


A. 

I** 


Les  Oreilles  du  Cœur  veu  du  cofté  qui 
touche  a  J  Epine  du  Dos. 

Le  Tronc  de  la  Veine  Cave  gauche. 

Le  Tronc  de  la  Veine  Cave  droite. 

Le  tronc  de  l’Aorte  à  la  fertie  du  Cœur , 
formant  deux  Crofes. 

L’Aorte  gauche. 

L’Aorte  droite. 

La  jonction  des  deux  Aortes. 

Les  Carotides. 

L’ Artere  du  Poumon. 

Les  Veines  du  Poumon  qui  fe  déchargent 
dans  les  Axillaires. 

L’ Artere  qui  va  d  l’Eftomac. 

L’ Artere  qui  va  au  Foye  3  au  Pancréas  9 
d  la  Rate  3  &c. 

L’ Artere  qui  va  aux  Inteftins. 

Le  Cœur  en  fa  fituation  naturelle. 

Le  Ventricule  anterieur  du  Cœur. 

L’ Artere  du  Poumon  ouverte  3  pour  faire 
voir  fs  trois  Valvules  Sigmoïdes. 

Le  Cœur  hors  fa  fituation  naturelle  eflant 
relevé  en  enhaut  >  &  fparé  de  fs 
Oreilles  AA,  qui  font  demeurées  d  leur 
place. 

Les  deux  Ventricules  pojterieurs  du  Cœur. 

L’ Aorte  frtant  du  Ventricule  droit.  Elle 
ef  ouverte  3  pour  lai  fer  voir  fs  trois 
Valvules  Sigmoïdes. 

.  Les  trois  Valvules  Sigmoïdes  ,  qui  font  d 
l’entrée  des  Oreilles  du  Cœur. 

Deux  trous  qui  font  les  extrémités  du 
canal  par  lequel  les  deux  Ventricules 
poftérieurs  f  communiquent. 

Deux  antres  trous  qui  font  la  communi¬ 
cation  du  Ventricule  gauche  poftérieur 
avec  le  Ventricule  anterieur. 

Le  grand  Cerveau. 

Le  Cervelet. 

Les  Nerfs  Olfactoires. 

La  moêle  de  l’Epine. 

Les  JVLufcles  Crotaphites  coupe/f 

L’Os  Occipital. 

La  Platine  cartilaginenf  qui  bouche  le 
trou  de  l’Oreille. 

On  conduit  qui  defend  dans  le  Palais. 

La  Platine  fiütenué  par  le  ftyle  ofeux 
marqué  y. 


DESCRIPTION 


à 


m 


-  — —tt"  ■  •  ■'  Q  '  ri  'T  }  “  •  : 

DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

DUNE  GRANDE  TORTUË 


DES  INDES. 


CEtte  Tortue  a  eflé  apportée  des  Indes.  Elle  fut  prife  aux  Colles  de  Coroman¬ 
del.  Elle  avoit  quatre  pieds  &  demi  de  long,  depuis  l’extrémité  du  mufeau  jufqu’à 
l’extrémité  de  la  queue  ,  &c  quatorze  pouces  d’épaiffeur.  L’écaille  avoit  trois  pieds 
de  long  fur  deux  de  large.  Quelque  grande  que  foit  cette  Tortue  ,  elle  n’approchoit 
point  de  la  grandeur  de  celles  dont  Pline  6c  Elian  parlent,  qui  avoient  quinze  coudées, 
6c  dont  chacune  fufïifoit  à  couvrir  une  cabane  capable  de  loger  plufieurs  perfonnes. 
Mais  noflre  Tortue  elloit  une  Tortue  de  terre-,  6c  celles  de  Pline  6c  d’Elian  font  des 
Tortues  de  mer,  où  les  animaux  deviennent  ordinairement  plus  grands  que  ceux  de  la 
mefme  efpece  qui  vivent  fur  la  terre.  Elian  dit  que  les  Tortues  terrellres  ne  font  pas 
ordinairement  plus  grofïes  que  les  groffes  mottes  que  la  charrue  enleve  quand  la  terre 
ell  aifée  à  couper.  Les  plus  grandes  Tortues  de  mer  qui  fe  pefchent  proche  des  An¬ 
tilles  ,  fuivant  les  Relations  que  nous  en  avons ,  ne  font  point  vne  fois  plus  grandes  que 
la  noflre. 

L’écaille  6c  tout  le  relie  de  l’Animal  efloit  d’vne  mefme  couleur,  fçavoir  d’vn  gris 
fort  brun.  Elle  efloit  par-deffus  compofée  de  plufieurs  pièces  de  figure  differente,  dont 
néanmoins  la  plufpart  efloient  pentagones.  Toutes  ces  pièces  efloient  pofées  6c  collées 
fur  vn  os,  qui,  en  manière  d’vn  crâne,  enfermoit  les  entrailles  de  l’Animal,  ayant  vne 
ouverture  en  devant,  qui  laiffoit  fortir  la  tefle,  les  épaules  6c  les  bras-,  6c  vne  autre  ou¬ 
verture  oppofée,  par  où  les  jambes  6c  la  queue  fortoient.  Cét  os  fur  lequel  les  écailles 
efloient  appliquées,  avoit  vne  ligne  6c  demie  à  l’endroit  le  plus  mince,  6c  jufqu’à  vn 
pouce  &  demi  en  quelques  endroits.  Il  efl  ordinairement  double,  yen  ayant  vn  fur 
îe  dos,  6c  vn  autre  fous  le  ventre,  qui,  comme  deux  plaflrons,  ou  deux  boucliers,  font 
joints  par  les  collez,  6c  attachez  enfemble  par  des  ligamens  forts  6c  durs,  mais  qui  laif 
fent  neanmoins  la  liberté  à  quelque  mouvement.  Elian  dit  que  les  Tortues  terrellres  fe 
dépouillent  de  leur  écaille,  au  lieu  de  dire  leurs  écailles,  c’efl  à  dire,  de  ces  pièces  qui  font 
appliquées  fur  l’os  fait  en  manière  de  crâne:  car  il  n’y  a  point  d’apparence  qu’vne  Tor¬ 
tue  fe  fepare  de  cét  os,  auquel  toutes  fes  parties  principales  font  attachées-,  6c  il  efl  vray 
que  ces  pièces  fe  détachent  d’elles -mefmes  de  deffus  l’os,  lors  que  l’écaille  a  eflé  long¬ 
temps  gardée,  6c  que  l’os  commence  à  fe  pourrir-,  autrement,  pour  les  détacher,  on  met 
l’os  fur  le  feu,  dont  la  chaleur  fait  que  ces  parties  fe  feparent  aifément  l’vne  de  l’autre. 

A  la  grande  ouverture  de  devant  il  y  avoit  en  deffus  un  rebord  relevé  ,  pour  laiffer 
plus  de  liberté  au  col  6c  à  la  tefle  de  s’élever  en  enhaut  -,  6c  cette  inflexion  du  col  efl 
d’vn  grand  vfage  aux  Tortues:  car  elle  leur  fert  à  fe  retourner  lors  qu’elles  font  fur  le 
dos-,  6c  leur  induflrie  efl  admirable  pour  cela.  Nous  avons  remarqué  dans  vne  Tor¬ 
tue  vivante,  qu’eflant  renverfée  fur  le  dos,  6c  ne  pouvant  fe  fervir  de  fes  pattes  pour 
fe  retourner  ,  parce  qu’elles  ne  fè  peuvent  plier  que  vers  le  ventre  ,  elle  ne  fe  fervoit 
que  de  fon  col  6c  de  fa  tefle,  qu’elle  tournoit  tantofl  d’vn  collé  &  tantofl  d’vn  autre, 
en  pouffant  contre  terre,  pour  fe  faire  balancer  comme  vn  berceau,  afin  de  chercher  le 
collé  vers  lequel  l’inégalité  de  la  terre  pouvoit  laiffer  plus  aifément  rouler  fon  écaille: 
car  quand  elle  l’eut  trouvé,  elle  ne  faifoit  plus  d’effort  que  vers  ce  collé -là. 

Les  trois  plus  grandes  pièces  d ’éçailles  efloient  en  devant  fur  le  dos.  Elles  avoient 
chacune  en  leur  milieu  vne  boffe  ronde  élevée  de  trois  ou  quatre  lignes, '&  large  d’vn 
pouce  6c  demi.  Le  deffous  du  ventre  efloit  vn  peu  creux.  Les  Auteurs  ont  remarqué 
que  cette  cavité  efl  particulière  aux  Malles.  Sur  le  dos  il  y  avoit  vne  playe  faite  par 
‘  ■  EEEEe 


194  DESCRIPTION  ANATOMI  QU  Ë 

quelque  coup  qu'elle  avoit  receulors  qu’elle  avoit  efté  prife.  Cette  playe,  qui  ne  perçoit 
que  l’écaille,  8c  vne  partie  de  l'os  qui  la  foûtient,  fans  penetrer  au  dedans,  n’avoit  pu 
eftre  confblidée,  pendant  plus  d’vn  an  qu’elle  a  vefcu,  depuis  qu’elle  â  efté  prife. 

Tout  ce  qui  fortoit  hors  de  l’écaillé,  fçavoir  la  tefte,  les  épaules,  les  bras,  la  queue, 
les  fêftes  8c  les  jambes,  eftoit  couvert  d’vne  peau  lafc-he,  8c  pliftee  par  de  grandes  ri¬ 
des,  8c  outre  cela  grenée  comme  du  maroquin.  Cette  peau  n’entroit  point  fous  l’é¬ 
caille,  pour  couvrir  les  parties  qui  y  eftoient  enfermées,  mais  elle  eftoit  attachée  au  tour 
du  bord  de  chacune  des  deux  ouvertures.  La  peau  des  Tortues  d’eau  eft  couverte  au 
droit  des  jambes  de  petites  écailles  comme  les  Poiftons. 

Albert  dit  que  les  grandes  Tortues  ont  vne  écaille  fur  la  tefte  en  manière  de  bouclier. 
La  Tefte  de  noftre  Tortue  eftoit  feulement  couverte  d’vne  peau,  qui  eftoit  mefmeplus 
mince  que  celle  des  autres  parties.  Elle  avoit  fept  pouces  de  long  fur  cinq  de  large,  8c 
relfembloit  en  quelque  façon  à  la  tefte  d’vn  Serpent.  La  mâchoire  inferieure  eftoit  pref- 
que  auffi  épaifte  que  la  fuperieure.  Il  n’y  avoit  point  d’ouverture  pour  les  oreilles.  Les 
narines  eftoient  ouvertes  au  bout  du  mnfeau  par  deux  petits  trous  ronds,  d’vne  ma¬ 
nière  ridicule.  Les  yeux  eftoient  petits  8c  hideux.  Mais  nous  n’avons  rien  remarqué 
dans  le  regard  de  la  Tortue,  qui  puilfe  faire  comprendre  pourquoy  Giilius  8c  Gefner, 
en  traduifant  les  mots  ouAm-m  ietâv,  dont  Elian  s’eft  fervi  pour  exprimer  la  laideur  de  la 
Tortue,  ont  mis  criftiljïma  afpetfu 3  au  lieu  de  afpetfu  admodum  torvo ,•  car  le  Grec  lignifie 
l’vn  8c  l’autre,  8c  l'interprétation  des  Tradu&eurs  d’Elian  n’a  pas  de  fens  comme  l’autre, 
qui  eft  conforme  à  la  defcription  de  Pacuvius  ,  qui  dit  que  la  Tortue  eft  truci  afpetfu. 
L’œil  n’avoit  point  de  paupière  fuperieure,  n’eftant  fermé  que  parle  moyen  de  l’infe¬ 
rieure,  qui  fe  levoit  julques  contre  le  Iburcil.  Pline  dit  que  cela  eft  commun  à  tous  les 
Animaux  à  quatre  pieds  qui  font  des  œufs. 

Vers  les  extrémitez  des  Mâchoires,  à  l’endroit  des  Lèvres,  la  peau  eftoit  dure  com¬ 
me  de  la  corne,  8c  tranchante  comme  aux  autres  Tortues  ;  mais  ces  Lèvres  eftoient 
coupées  en  manière  de  fcie,  8c  il  ne  laifloit  pas  d’y  avoir  encore  en  dedans  deux  rangs 
de  véritables  dents,  quoy  que  Pline  alfeûre  que  les  Tortues  n’ont  point  de  dents  non 
plus  que  de  langue. 

Il  y  avoit  à  chacune  des  Pattes  de  devant  cinq  doigts,  ou  plûtoft  cinq  ongles,  car  les 
doigts  n’eftoient  point  diftinguez  autrement  que  par  les  ongles,  ces  Pattes  n’ayant  par  le 
bout  qu’vne  mafte  ronde,  d’où  il  fortoit  des  ongles.  Les  Pattes  de  derrière  n’en  avoient 
que  quatre.  Les  vnes  8c  les  autres  de  ces  Pattes  eftoient  fort  courtes.  Celles  de  devant 
n’avoient  que  neuf  pouces  depuis  le  haut  de  l’épaule  jufqu’au  bout  des  ongles,  8c  celles 
de  derrière  onze,  depuis  le  genou  jufqu’au  bout  des  ongles.  Les  Ongles  eftoient  longs, 
ayant  vu  pouce  8c  demi.  Ils  eftoient  arondis  en  deflus  comme  en  deflous,  leur  coupe 
faifant  vne  ovale:  ils  eftoient  émoufiez  8c  vfez.  Leur  couleur  eftoit  meftée  de  blanc  8c  de 
noir  en  dififerens  endroits,  8 c  fans  ordre.  Nous  avons  remarqué  que  les  Tortues  d’eau 
ont  les  ongles  beaucoup  plus  pointus,  parce  quelles  ne  les  vfent  pas  à  nager,  comme  les 
Tortues  de  terre  font  à  marcher.  Nous  en  avons  trouvé  quelques- vnes  qui  n’avoient 
que  quatre  Ongles  aux  pieds  de  devant  de  mefme  qu’à  ceux  de  derrière.  Albert  dit  qu’il 
y  en  a  toujours  cinq  à  chaque  pied.  Nous  avons  remarqué  que  quoy  que  la  Tortue  mar¬ 
che  lentement,  la  manière  de  marcher  qui  luy  eft  particulière,  doit  vfer  fes  ongles  au¬ 
tant  qu’aux  Animaux  qui  courent:  car  elle  les  frotte  tous  contre  terre  feparément,  8c 
l’vn  après  l’autre  ;  en  forte  que  lors  quelle  pofe  vne  patte,  elle  n’appuye  d’abord  que 
fur  l’ongle  qui  eft  le  plus  en  arriére,  en  fuite  elle  appuyé  fur  ceîuy  qui  le  fuit,  8c  paife 
ainfi  fur  ies  autres  jufqu’à  l’ongle  de  devant,  en  faifant  tourner  fa  patte,  qui  eft  ronde 
8c  bordée  d’ongles,  comme  un  chariot  qui  fait  tourner  fes  roues ,  8c  imprime  la  tefte 
des  clous  dont  leur  circonférence  eft  bordée ,  8c  les  fait  entrer  dans  la  terre  l’vn  apres 
l’autre. 

La  Queue  eftoit  gfoffe, ayant  à  fon  commencement  fix  pouces  de  diamètre.  Elle  avoit 
quatorze  pouces  de  long,  8c  finiffoit  en  vne  pointe  garnie  d’vn  bout  femblableà  vne  cor¬ 
ne  de  Bœuf  Cardan  l’appelle  vn  ongle,  qu’il  dit  eftre  femblable  à  l’ergot  qui  eft  au  der¬ 
rière 


D’UNE  GRANDE  TORTUE  DES  INDES.  i9S 
riére  des  pieds  des  Cocqs,  &C  croit  que  c’eft  vn  cal  engendré  au  bout  des  Queues  des 
Tortues  qui  ont  autrefois  elle  coupées:  ce  qui  n’a  point  de  vray-femblance  ;  vn  cal  ne 
pouvant  avoir  vne  figure  auffi  régulière,  &auffi-bien  arondie  qu’elle  eftoit  dans  la  Queue 
de  noftre  Tortue.  Cette  Queue,  apres  la  mort  de  la  Tortue,  eftoit  recourbée  à  collé,  8c 
tellement  infléxible,  que  jamais  on  ne  l’a  pu  redrefler,  quelque  force  qu’on  y  ait  em¬ 
ployé.  La  mefme  inflexibilité  s’eft  trouvée  aux  mufcles  des  Mâchoires,  lefquelles  n’ont 
pu  eftre  ouvertes  qu’en  coupant  les  mufcles.  Ariftote  a  remarqué  que  de  tous  les  Ani¬ 
maux,  la  Tortue  eft  celuy  qui  a  plus  de  force  aux  Mâchoires  :  car  cette  force  eft  telle, 
qu’elle  coupe  tout  ce  qu’elle  prend ,  jufqu’aux  cailloux  les  plus  durs.  Nous  avons  re¬ 
marqué  en  vne  petite  Tortue,  que  fa  telle,  vne  demi  heure  apres  avoir  elté  coupée,  fai- 
foit  claquer  fcs  mâchoires  avec  vn  bruit  pareil  à  celuy  des  Callagnettes.  L’inflexibilité 
de  la  Queue,  pareille  à  celle  des  Mâchoires,  doit  faire  croire  que  la  Tortue  a  beaucoup 
de  force  à  cette  partie  pour  en  fraper,  8c  que  cette  corne  quelle  a  au  bout  peut  luy 
tenir  lieu  d’arme  offenfive. 

Après  avoir  fcié  par  les  deux  flancs  l’os  qui ,  en  manière  d’vn  crâne,  fait  la  cavité  dans 
laquelle  les  entrailles  font  enfermées ,  ainfl  qu’il  a  elté  dit  -,  &  après  avoir  aufli  coupé  tout 
au  tour  vne  membrane  adhérante  à  la  partie  de  cét  os,  qui  eft  en  deflous,  8c  qui  fait  le 
ventre,  cette  membrane  tenant  lieu  de  Péritoine  vers  le  bas,  8c  de  Pleure  vers  le  haut; 
les  parties  internes  qui  fe  prefenterent  à  la  veuë  ,  furent  le  Ventricule ,  le  Foye  8c  la 
Veltie,  dont  la  grandeur  eftoit  telle,  quelle  couvroit  les  Inteftins,  8c  toutes  les  autres 
parties  du  bas  Ventre. 

Le  Ventricule  eftoit  litué  fous  le  Foye,  auquel  il  eftoit  attaché  par  le  moyen  de  plu- 
fieurs  vailfeaux.  Il  avoit  neuf  pouces  de  long  fur  trois  de  diamètre.  Ses  Tuniques  eftoient 
fort  épaifles,  fcs  orifices  étroits,  &  la  membrane  qui  fait  le  velouté,  piiflfée,  8c  formant 
comme  des  feuillets  étendus  félon  fa  longueur.  Il  avoit  la  figure  du  ventricule  des 
Chiens.  Severinus  luy  donne  celle  du  ventricule  de  l’Homme. 

A  la  fortie  du  Ventricule,  l’Inteftin,  que  l’on  peut  appeller  le  Duodénum,  avoit  en  la 
furface  intérieure  des  replis  comme  le  Ventricule.  Leur  figure  eftoit  réticulaire*,  ce  qui 
pouvoit  faire  croire  que  c’eftoit  vn  fécond  Ventricule.  Le  relie  des  Inteftins  eftoit  com- 
pofé  de  membranes  fort  épaifles.  Les  Grefles  avoient  vn  pouce  de  diamètre,  &  neuf 
pieds  de  long.  Le  Colon  avoit  deux  pouces  de  diamètre,  quatre  pieds  de  long.  La 
Valvule  du  Colon  eftoit  formée  par  vn  rebord  circulaire  de  la  membrane  interne  de 
rileon.  On  n’a  point  trouvé  dans  l’Ileon,  ny  dans  le  Colon,  les  feuillets  que  nous  avons 
remarquez  dans  la  plufpart  des  Animaux.  Nous  n’avons  point  non  plus  trouvé  de  Cæ¬ 
cum.  Severinus  attribue  deux  Cæcum  à  la  Tortue,  pareils  à  ceux  qui  fe  voyent  dans  les 
Oifeaux,  LeReétum,  à  la  diftance  de  neuf  pouces  de  l’Anus,  avoit  vn  retreciflement,  qui 
faifoit  comme  vn  cul  de  poule ,  au  tour  duquel  il  y  avoit  trois  appendices  rondes  de 
differente  grandeur,  qui  paroifloient  formées  par  la  membrane  interne  du  Redtum,  8c 
qui  eftoient  recouvertes  par  des  fibres  charnues,  8c  étendues  félon  la  longueur  des  ap¬ 
pendices.  Le  refte  du  Reétum,  qui  s’étendoit  depuis  le  retreciflement  jufqu’à  l’Anus, 
fervoit  comme  d’étuy  à  la  verge,  ainfi  qu’il  fe  voit  au  Caftor,  à  la  Civette,  8c  à  plufieurs 
autres  Animaux.  Dans  les  petites  Tortues  d’eau  que  nous  avons  diflequées,  on  a  trouvé, 
vers  l’extrémité  du  Reétum,deux  veflies,  qui  avoient  communication  avec  l’Inteftin, 
&  qui  s’enfloient  lors  qu’il  eftoit  enflé.  Ces  veflies  n’ont  point  efté  trouvées  dans  la 
grande  Tortue. 

Le  Foye  eftoit  d’vne  fubftance  ferme,  mais  de  couleur  fort  pafle.  11  avoit  vne  gran¬ 
deur  çonfiderable,  &  il  fembloit  mefme  qu’il  fuft  double,  eftant  feparé  en  partie  droite 
&:  en  partie  gauche,  qui  n  eftoient  jointes  enfemble  que  par  vn  ifthme  d’vn  pouce  de 
large  ,  8c  par  des  membranes  qui  conduifoient  des  vaifleaux  de  la  partie  gauche  à  la 
droite.  Chacune  de  ces  parties  avoit  vne  Veine  Cave  fortant  de  la  convexité  qui  regarde 
le  Diaphragme,  &  chacune  vn  Rameau  Hépatique  fortant  de  la  région  cave.  La  partie 
gauche  du  Foye  eftoit  la  plus  grande,  divifée  en  quatre  lobes.  Le  premier  8c  le  plus 
grand  eftoit  au  collé  gauche.  Le  fécond,  dont  la  grandeur  eftoit  moyenne,  eftoit  au  defi 

FFFFf 


t9$  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

fous  dû  premier.  Le  troifiéme  qui  eftoit  vn  peu  plus  petit,  s’allongeoit  vers  la  partie  droi¬ 
te,  &;  produisit  l’ifthme  par  lequel  les  deux  parties  eftoient  jointes  enfemble.  Le  quatriè¬ 
me  s’allongeoit  de  mefme  que  le  troifiéme  au  deftus  duquel  il  eftoit  fitué,  pour  s’aller 
joindre  auflî  a  la  partie  droite,  à  laquelle  il  n’eftoit  attaché  que  par  vne  membrane  &C 
des  vaifteaux  que  cette  membrane  conduifoit  dvne partie  à  l’autre.  Une  pareille  mem¬ 
brane  joignoit  ces  deux  derniers  lobes.  La  partie  droite  du  Foye  n’avoit  que  trois  lobes* 
Le  premier  &  plus  grand  eftoit  le  plus  haut.  Le  fécond  eftoit  au  deflous  :  c’eftoit  par  ce 
lobe  que  la  partie  gauche  du  Foye  eftoit  attachée  à  la  droite  par  le  moyen  de  l’ifthme. 
Le  troifiéme  lobe,  qui  eftoit  le  plus  petit,  fortoit  du  milieu  de  la  cavité  du  grand  lobe, 
&  recouvroit  la  Velîcule  qui  eftoit  attachée  en  cét  endroit,  eftant  enfoncée  dans  vn  fi- 
nus  ou  cavité,  quifailbit  qu’elle  n’eftoit  point  éminente  hors  le  Foye  ,  comme  elle  eft 
ordinairement.  Elle  avoit  vn  pouce  &  demy  de  long  fur  vn  demy  pouce  de  large  ,  fa 
figure  eftant  approchante  de  celle  de  la  velîcule  de  l’Homme.  Le  canal  cyftique,  qui, 
comme  en  l’Homme  ,  eftoit  la  continuation  du  col  de  la  veficule,  eftoit  long  de  fept 
pouces  ,  de  la  groffeur  d’vne  petite  plume  à  écrir4ftll  defcendoit  fans  avoir  aucune 
communication  avec  l’hepatique,  &  s’inléroit  au  Duodénum  par  vne  emboucheûre  par¬ 
ticulière.  L’hepatique  eftoit  double  ,  ainfi  qu’il  a  efté  dit.  Le  droit  avoit  plulîeurs  ra¬ 
meaux  apparens,  qui,  comme  des  racines,  s’étendoient  dans  les  lobes  de  la  partie  droite 
du  Foye.  Le  gauche  n’avoit  point  de  ces  racines  apparentes,  mais  il  formoit  vn  tronc, 
qui,  fortant  immédiatement  du  Foye  ,  venoit  fe  joindre  au  tronc  de  l’hepatique  droit, 
pour  n’en  faire  enfemble  qu’vn,  qui  s’alloit  inferer  au  Duodénum  proche  du  cyftique. 

La  Veine  Porte  avoit  fon  tronc  dans  la  partie  droite  du  Foye,  entre  le  premier  &:  le 
fécond  lobe.  Elle  jettoit  vn  gros  rameau  le  long  de  l’ifthme,  produifant  plulîeurs  bran¬ 
ches  qui  fe  diftribuoient  dans  la  partie  gauche  du  Foye. 

La  Veine  Cave,  ainlî  qu’il  a  efté  dit,  avoit  deux  troncs;  vn  droit  &  vn  gauche,  qui 
penétroient  le  parenchyme  du  Foye,  dont  ils  eftoient  recouverts  de  la  longueur  de  prés 
de  trois  pouces. 

La  Ratte  eftoit  entre  le  Duodénum  &  le  Colon.  Elle  avoit  la  figure  d’vn  Rein,  6c 
recevoit  fes  vaifteaux  par  vne  enfonceûre  pareille  à  celle  que  le  Rein  a  pour  recevoir  les 
fiens.  Les  Arteres  venoient  du  rameau  qui  fe  diftribuë  au  Foye  6c  au  Duodénum.  Les 
veines  eftoient  des  branches  de  la  Mefenterique. 

Le  Pancréas  embrafloit  étroitement  le  Duodenum.il  eftoit  encore  attaché  à  la  Ratte, 
qu’il  couvroit  en  partie.  Il  avoit  la  figure  d’vn  prifme  triangulaire.  Son  canal  s’ouvroit 
dans  le  Duodénum. 

Les  Reins  avoient  quatre  pouces  de  longueur,  trois  de  largeur,  en  forme  de  prifme 
triangulaire,  d’vn  rouge  vif,  recoupez  en  trois  ou  quatre  morceaux  joints  enfemble 
par  leurs  vaifteaux ,  6c  enfermez  par  la  membrane  extérieure.  Les  veines  émulgentes 
ne  fortoient  que  de  la  veine  cave  droite ,  qui  fe  confumoit  toute  en  deux  gros  ra¬ 
meaux,  dont  le  plus  court,  qui  n’avoit  pas  vn  pouce,  entroit  dans  le  Rein  droit;  le  plus 
long,  qui  avoit  trois  pouces,  alioit  au  gauche.  Leur  entrée  eftoit  vers  le  bas  du  Rein. 
Les  Ureteres  fortoient  de  la  partie  fuperieure,  6c  fe  glifloient  le  long  de  toute  la  fur- 
face  à  laquelle  ils  eftoient  attachez  comme  aux  Oifeaux.  Il  y  avoit  vn  corps  glanduleux 
long  d’vn  pouce,  large  de  fix  lignes,  ÔC  fort  mince,  qui  eftoit  fortement  attaché  à  cha¬ 
cune  des  veines  émulgentes.  C’eftoit  apparemment  vne  Glande  Renale. 

Les  Tefticules  eftoient  couchez  fur  les  Reins.  Ils  avoient  deux  pouces  8c  demy  de 
long,  6c  dix  lignes  de  large.  L’Epididyme  eftoit  d’vne  ftruéture  fort  particulière.  C’eftoit 
vn  canal  replié  en  tant  de  circonvolutions,  qu’eftant  déplié,  il  avoit  quatorze  pouces, 
au  lieu  qu’auparavant  il  n’en  avoit  que  quatre.  Ce  canal  ne  paroifloit  point  fortir  du  Te- 
fticule,  mais  feulement  du  Rein  auquel  il  eftoit  attaché.  Ayant  fait  injeéfion  d’vne  li¬ 
queur  colorée  dans  ce  canal,  on  a  fait  enfler  vne  quantité  d’autres  petits  conduits  qui 
ne  paroifloient  point  auparavant,  ÔC  qui  ailoient  du  Tefticule  à  cét  epididyme;  ces  con¬ 
duits  eftant  enfermez  dans  la  membrane,  qui  retenoit  les  circonvolutionsde  l’epididyme, 
&  qui  l’attachoit  au  Tefticule. 


La 


D'UNE  GRANDE  TORTUE  DES  INDES.  197 

La  Veffie  eftoit  d’vne  grandeur  extraordinaire.  On  y  a  trouvé  plus  de  douze  livres 
d’vrine  claire  &  limpide.  Ariftote  dit  que  la  Tortue  marine  a  la  Veffie  très -grande, 
la  terreftre  tres-petite.  La  noftre  néanmoins  eftoit  vne  Tortue  terreftre-,  8c  dans  la  dif- 
feétion  que  nous  avons  faite  de  plufieurs  Tortues  d’eau,  nous  leur  avons  toûjours  trouvé 
la  Veffie  beaucoup  plus  petite  à  proportion  qu’à  celle  dont  nous  parlons.  Cela  nous 
fait  croire  qu’il  y  a  faute  au  texte  d’Ariftote  par  la  tranfpolition  des  mots  terrestre  &: 
marine i  veû  mefme  que  la  raifon  qu’Ariftote  apporte  de  la  grandeur  de  la  Veffie  des 
Tortues ,  ne  conclut  pas  bien  pour  faire  entendre  que  les  terreftres  la  doivent  avoir 
plus  petite  que  les  autres.  Car  il  dit  que  les  Tortues  n’eftant  pas  couvertes  d’vne  peau 
dont  les  pores  puiflent  aider  à  cette  tranfpiration ,  qui  dans  les  autres  Animaux  con- 
fume  vne  partie  des  humiditez  du  corps,  &  diminue  beaucoup  la  matière  de  l’vrine,  il 
a  falu  à  cét  Animai  vn  grand  réceptacle  pour  ces  humiditez,  que  l’épaiffeur  &  la  dureté 
de  fon  écaille  retient  &  enferme  :  mais  il  ne  dit  point  ny  que  l’écaille  des  Tortues  ma¬ 
rines  foit  plus  épailfe  que  celle  des  terreftres,  ny  qu’elles  boivent  davantage  ;  8c  fuivant 
le  raifonnement  d’ Ariftote,  les  Poiftons  que  l’on  fçait  n’avoir  point  de  Veffie,  devraient 
en  avoir  vne  très -grande. 

La  figure  de  la  Veffie  de  noftre  Tortue  n’eftoit  pas  moins  extraordinaire  que  fa 
grandeur.  Elle  eftoit  faite  en  forme  d’vn  boyau ,  &  fon  col  n’eftoit  point  à  l’vn  des 
bouts,  mais  au  milieu ^  ce  qui  reprefentoit  allez  bien  la  membrane  Allantoïde  du  Fœtus 
de  la  plufpart  des  Brutes.  Cette  figure  eft  bien  differente  de  la  figure  d’vne  chaftaigneque 
Severinus  luy  donne.  Elle  avoit  deux  pieds  de  long.  Sa  fituation  eftoit  en  travers,  allant 
d’vn  des  flancs  à  l’autre.  Sa  tunique  extérieure  eftoit  membraneufe.  L’interieure  eftoit 
renforcie  par  vne  infinité  de  fibres  charnues  &  relevées  en  boffe,  qui  fe  croifoient,  8c 
s’entrelaçoient  les  vnes  dans  les  autres,  imitant  celles  qui  fe  voyent  au  dedans  des  oreilles 
du  Cœur.  Ces  fibres  avoientleur  origine  vers  le  col,  &  alloient  le  difperfer  dans  toute 
l’étendue  de  la  Veffie.  L’vfage  de  ces  fibres  eft  apparemment  pareil  à  celuy  des  fibres  des 
oreilles  du  Cœur,  ou  elles  fervent  à  refferrer  &  rétrécir  leur  cavité,  pour  exprimer  ce 
qu’elles  contiennent:  car  la  Tortue  n’ayant  point,  comme  les  autres  Animaux,  vn  ventre 
flexible,  &:  garni  de  mufcles  qui  puiflent  comprimer  la  Veffie,  cette  partie  a  dû  avoir 
en  elle-mefme  vn  principe  particulier  de  compreffion,  par  le  moyen  duquel  elle  puft  fe 
décharger  de  ce  qu’elle  contient. 

Le  Col  de  la  Veffie  avoit  vn  pouce  de  long  &:  autant  de  large.  Il  eftoit  attaché  vers 
le  milieu  du  Rectum,  dans  lequel  l’vrine  fe  déchargeoit  par  vne  petite  ouverture  ou  ca¬ 
nal  oblique  à  fept  ou  huit  pouces  prés  de  l’Anus.  Au  dedans  de  ce  col  il  y  avoit  quatre 
mammelons ,  dont  les  deux  plus  grands  eftoient  les  extrémitez  des  vaiffeaux  fperma- 
tiquès  déferans-,  ils  avoient  environ  vne  ligne  de  long:  les  deux  autres  plus  petits  eftoient 
les  extrémitez  des  Ureteres. 

La  Verge,  qui  eftoit  enfermée  dans  le  Reétum  comme  dans  vn  étuy ,  ainfi  qu’il  a  efté 
dit,  avoit  neuf  pouces  de  long  fur  vn  pouce  &  demy  de  large.  Elle  eftoit  compofée  de 
deux  ligamens  ronds,  d’vne  fubftance  fpongieufe,  &:  revêtus  d’vne  membrane  déliée.  Ils 
eftoient  pofez  l’vn  contre  l’autre,  &  liez  enfemble,  non  feulement  par  leurs  extrémitez, 
fçavoir  proche  du  gland  &  vers  leur  racine  qui  eftoit  à  la  partie  interne  inferieure 
des  os  pubis  j  mais  encore  par  leur  partie  fuperieure  tout  de  leur  long,  par  le  moyen  de 
la  membrane  du  Reétum,  qui  leur  eftoit  fermement  attachée  en  cét  endroit,  fans  leur 
eftre  adhérente  par  les  autres  endroits,  fçavoir  par  les  coftez  &  par  le  deffous.  Cette 
membrane  eftoit  extraordinairement  forte  à  l’endroit  ou  elle  eftoit  adhérente  ,  ayant 
prés  de  deux  lignes  d’épaiffeur:  le  refte  eftoit  plus  mince ,  &  d’vne  couleur  noiraftre. 
Ces  ligamens  ainfi  affemblez,  laiffoient  en  deffous  vne  cavité  en  forme  de  goutiére,  pa¬ 
reille  à  celle  où  i’Urethre  eft  logée  ordinairement  aux  autres  Animaux.  Mais  en  cetuy- 
cy  qui  n’avoit  point  d’Urethre,  cette  partie  eftoit  fuppléée  par  vne  cavité,  que  les  liga¬ 
mens  mefmes  formoient  avec  la  tunique  du  Re&um  feulement,  dans  le  temps  des  éva¬ 
cuations  qui  fe  doivent  faire  par  ce  conduit.  Cela  arrivoit  apparemment  par  le  gonfle¬ 
ment  des  ligamens,  qui  eftant  refferrez  par  la  tunique  du  Reétum  qui  les  embraffoit, 

G  G  G  Gg 


ï9§  DESCRIPTION  ANATOMI  QU  E 

îaiflbient  vn  vuide  en  forme  de  canal  entre  la  tunique  de  l’intedin  6c  les  ligamens  :  car 
ces  ligamens,  quoy-que  ferrez,  ne  lailfoient  pas  de  conferver  quelque  chofede.leur  ron¬ 
deur,  a  caufe  de  leur  gonflement;  6c  cela  faifoit  vne  cavité  triangulaire,  dont  les  deux 
codez  formez  par  les  codez  des  ligamens,  edoient  convexes,  6c  le  troifiéme  formé  par 
la  tunique  delintedin,  edoit  droit.  Chacun  des  deux  ligamens  n’edoit  pas  feulement 
fpongieux,  comme  il  Ped  ordinairement  aux  autres  Animaux,  mais  ils  edoient  creux 
par  vne  longue  cavité  en  forme  de  conduit,  qui  alloit  depuis  les  os  pubis,  ou  edoit  l’o¬ 
rigine  des  ligamens,  jufqu  au  gland.  Les  vaiffeaux  qui  font  envoyez  dans  les  corps  de  la 
verge,  avoient  vne  didribution  particulière  :  car  au  lieu  que  l’artere,  la  veine,  6c  le  nerf 
parcourent  ordinairement  tous  trois  le  deflus  de  la  verge  ,  il  n’y  en  avoit  que  deux  en 
nodre  Sujet  ;  6c  la  veine,  apres  avoir  formé  vn  lacis,  6c  plufieurs  circonvolutions  vers  la 
racine  de  la  verge,  penetroit  au  dedans  du  ligament,  6c  produifant  vn  tronc  qui  fe  coû¬ 
tait  le  long  de  la  partie  interne  6c  fuperieure  de  la  cavité,  envoyait  plufieurs  branches 
dans  tout  le  rede  de  la  furface  interne  de  cette  cavité.  La  druéfure  du  gland  edoit  en¬ 
core  plus  extraordinaire  que  tout  le  rede.  Par  deflus  il  finifloit  en  pointe,  6c  paroifloit 
eflre  la  continuation  des  ligamens,  n’en  edant  point  different  ny  par  fa  fubdance  ,  ny 
par  fa  tunique.  Par  deflous  il  avoit  deux  appendices  plates  6c  prefque  circulaires,  pofées 
l’vne  fur  l’autre.  La  plus  grande,  qui  edoit  attachée  au  gland  par  deflous,  avoit  vn  pouce 
&  demy  de  diamètre:  la  plus  petite,  qui  edoit  attachée  au  milieu  de  la  grande,  n’avoit 
que  demy- pouce.  Elle  avoit  encore  deux  petites  appendices,  comme  deux  boutons  de 
la  groffeur  d’vne  ligne.  Tout  le  gland  edoit  de  couleur  pareille  à  celle  de  la  partie  infe¬ 
rieure  de  la  tunique  du  Reétum ,  qui  fervoit  d’étuy  à  la  verge  :  c’edoit  vne  couleur  d’ar- 
doife  fort  brune.  Il  y  avoit  deux  mufcles  fervans  à  retirer  le  gland  en  dedans.  Ils  pre- 
noient  leur  origine  des  vertebres  des  lombes,  6c  codoyant  le  Redtum,  venoient  s’infe- 
rer  à  la  partie  fuperieure  de  la  verge,  proche  du  gland.  Vers  le  milieu  ils  s’enlaçoient 
avec  deux  autres  mufcles  dedinez  au  mouvement  de  la  Queue,  6c  qui  leur  fervoient 
comme  de  poulie. 

Le  Cœur  edoit  fîtué  tout  au  haut  de  la  Poitrine ,  enfermé  dans  vn  Péricarde  fort 
épais,  6c  attaché  par  embas  à  la  membrane  qui  couvroit  le  Foye.  Sa  figure  edoit  fort 
differente  de  celle  que  le  Cœur  a  ordinairement  ;  car  au  lieu  d’edre  alongé  de  fa  baie 
à  fa  pointe,  fa  plus  grande  dimenfion  edoit  d’vn  codé  à  l’autre,  ayant  trois  pouces  de  ce 
fens,  6c  vn  pouce  6c  demy  feulement  de  la  bafe  à  la  pointe.  Les  deux  oreilles  qui  for- 
toient  de  la  bafo  en  edoient  fort  détachées,  6c  comme  pendantes:  la  droite  avoit  deux 
pouces  6c  demy  de  long  fur  vn  pouce  6c  demy  de  large  -,  la  gauche  edoit  plus  petite.  La 
Veine  Cave ,  qui,  ainfi  qu’il  a  edé  dit,  avoit  deux  troncs  fortans,  l’vn  de  la  partie  droite 
du  Foye,  6c  l’autre  de  la  partie  gauche ,  portoit  le  fang  par  chacun  de  ces  troncs  dans 
chacune  des  oreilles.  Ces  oreilles  s’ouvroient  à  l’ordinaire  chacune  dans  vn  Ventricule; 
6c  à  chacune  des  ouvertures  qui  donnoit  paffage  au  fang  de  l’oreille  dans  le  Ventricule, 
il  y  avoit  trois  valvules  ligmoïdes ,  qui,  contre  l’ordinaire  de  cette  efpece  de  valvule, 
empefchoient  que  le  fang  ne  pud  fortir  du  Cœur  pour  retourner  dans  les  oreilles,  faifant 
l’office  des  valvules  triglochines. 

Outre  ces  deux  Ventricules  qui  edoient  en  la  partie  poderieure  du  Cœur  qui  regarde 
l’épine,  il  y  en  avoit  vn  troifîéme  en  la  partie  anterieure,  tirant  vn  peu  vers  le  codé 
droit.  Ces  trois  Ventricules  fe  communiquoient  par  plufieurs  ouvertures,  leur  fubdance 
n’edant  pas  folide  6c  continue  comme  aux  cœurs  des  autres  Animaux  ,  mais  fpon- 
gieufe  6c  compofée  de  fibres  8*:  de  colomnes  charnues,  feulement  contiguës  les  vnes  aux 
autres,  6c  entrelacées  enfemble.  Outre  les  ouvertures  étroites  qui  edoient  entre  ces  co- 
lomnes,  il  y  en  avoit  d’autres  plus  larges,  par  lefquelîes  les  deux  Ventricules  poderieurs 
avoient  communication  enfemble  6c  avec  le  Ventricule  anterieur. 

Les  deux  Ventricules  poderieurs,  ainfi  qu’il  a  edé  dit,  recevoient  le  fang  des  deux  troncs 
de  la  Veine  Cave  avec  le  fang  de  la  Veine  du  Poumon,  laquelle  edoit  double,  y  en  ayant 
vne  de  chaque  codé  :  car  ces  veines  fe  déchargeant  dans  chaque  axillaire,  mefloient  le 
fang  qu’elles  avoient  receû  du  Poumon  avecceluy  de  la  Veine  Cave  pour  le  porter  dans  le 

Ventricule 


D’UNE  GRANDE  TORTUE  DES  INDES.  ï99 

Ventricule  droit  duquel  l’Aorte  fortoit.  Le  Ventricule  anterieur  n’a  voit  point  d’autre 
vaiflèau  que  l’artere  du  Poumon.  Cette  artere,  de  mefme  que  l’Aorte,  avoit  trois  vaL 
vules  figmoïdes ,  dont  l’a&ion  elloit  d’empefcher  que  le  fang  qui  eft  forti  du  Coeur  n’y 
rentre,  lors  que  les  Ventricules  viennent  à  fe  dilater  pour  recevoir  le  fang  de  la  veine 
Cave  &  de  celle  du  Poumon. 

Cette  llrudure  li  peu  commune  des  Ventricules  &  des  vaifleaux  du  Cœur  doit  avoir 
des  vfages  particuliers  fur  lefquels  nous  ne  dirons  point  nos  conjedures  appuyées  fur 
differentes  expériences,  qu’aprés  avoir  fait  voir  que  la  ftrudure  des  Poumons  n’eft  pas 
moins  extraordinaire  :  car  l’vne  &  l’autre  llrudure  efl  ainli  extraordinaire  dans  ces  par¬ 
ties,  à  caufe  des  adions  particulières  qu’elles  ont  dans  les  Amphibies,  du  genre  defquels 
eft  la  Tortue. 

L’Aorte  au  lortir  du  Ventricule  droit  fe  partageoit  en  deux  branches,  qui  formoient 
deux  croffes.  Ces  croffes ,  avant  que  d’ellre  tout-à-fait  tournées  en  embas,  produilbient 
les  Axillaires  &  les  Carotides.  En  fuite  la  croffe  gauche  defcendant  le  long  des  vertebres 
jettoit  trois  branches.  La  première  fe  dillribuoit  à  toutes  les  parties  du  Ventricule.  La 
fécondé  alloit  au  Foye,  au  Pancréas,  au  Duodénum,  à  la  Ratte.  La  troifiéme  four- 
niffoit  des  rameaux  à  tous  les  Intellins.  Enliiite  elle  s’vniffoit  avec  la  branche  de  la  croffe 
droite,  qui  defcendoit  jufques  là  fans  jetter  aucuns  rameaux,  &C  toutes  deux  ne  for¬ 
moient  qu’vn  tronc ,  qui  defcendant  le  long  du  corps  des  vertebres ,  donnoit  des  ra¬ 
meaux  à  toutes  les  parties  du  bas  Ventre. 

Le  Larynx  elloit  compofé  comme  aux  Oifeaux  d’vn  Aryténoïde  &  d’vn  Cricoïde, 
articulez  enfemble.  Les  deux  os,  qui  font  chacun  vne  des  cornes  de  l’Hyoïde, n’efloient 
point  articulez  l’vn  à  l’autre,  mais  chacun  feparément  en  differens  endroits  de  la  baie 
de  l’Hyoïde.  La  fente  de  la  Glotte  elloit  étroite  ferrée  ,  aparemment  pour  tenir  l’air 
enfermé  long-temps  dans  le  Poumon ,  pour  des  vfages  qui  feront  expliquez  dans  la  fuite. 
On  peut  croire  aulli  que  cette  clollure  fi  exaéle  eft  pour  faire  que  l’eau  n’entre  pas  dans 
l’Afpre  Artere,  quand  les  Tortues  font  fous  l’eau-,  &  cette  conformation  particulière  de 
la  Glotte  pourroit  eftre  la  caufe  du  ronflement  des  Tortues  de  mer,  qui,  au  rapport  de 
Pline,  s’entend  de  fort  loin  lors  qu’elles  flottent  endormies  fur  la  furlace  de  l’eau.  Les 
Veaux  marins,  qui  font  remarquables  auffi  par  leur  ronflement,  ont  ainli  leur  Glotte  ÔC 
leur  Epiglotte  extraordinairement  ferrées ,  ainli  qu’il  a  elle  remarqué  dans  la  delcription 
de  cét  Amphibie. 

L’Afpre  Artere,  qui  avoit  fes  anneaux  entiers,  fe  feparoit  à  l’entrée  de  la  poitrine  en 
deux  longues  branches  de  lix  pouces  chacune.  Dés  l’entrée  du  Poumon  ces  branches 
perdoient  leurs  cartilages,  &  ne  produifoient  que  des  canaux  membraneux  fort  larges 
6c  inégaux,  ayant  jufqu’à  vn  pouce  &C  demy  en  quelques  endroits,  &  demy  pouce  feu¬ 
lement  en  d’autres.  La  membrane  qui  formoit  ces  canaux  elloit  tranlparente  &:  mince, 
mais  folide  &  fortifiée  par  des  ligamens  attachez  enfemble  en  manière  de  réfeau,  com¬ 
pofé  de  plufleurs  mailles,  pareilles  à  celles  qui  fe  voyent  dans  le  fécond  Ventricule  des 
Animaux  qui  ruminent.  Chacune  de  ces  mailles  elloit  le  bord  &  l’entrée  d’vne  petite 
poche  qui  s’ouvroit  dans  vne  fécondé,  &  quelquefois  dans  vne  troifiéme.  Les  Rameaux 
de  la  Veine  &  de  l’Artere  du  Poumon  fe  couloient  le  long  des  ligamens,  dont  ils  ac- 
compagnoient  toutes  les  divifions ,  diftribuant  le  fang  également  dans  toute  l’étendue 
du  Poumon.  Les  Auteurs  qui  ont  crû  que  la  Tortue  n’a  point  de  fang  dans  le  Poumon* 
ont  fondé  cette  opinion  fur  la  blancheur  &  fur  la  tranfparencedes  membranes  dont  il  eft 
compofé,  qui  le  font  paroiftre  tout-à-fait  membraneux  lors  qu’il  eft  enflé,  au -lieu  que 
celuy  des  autres  Animaux  paroift  charnu:  mais  la  vérité  eft  qu’il  n’y  a  de  la  différence 
que  du  plus  &  du  moins-,  le  Poumon  de  l’Homme,  de  mefme  que  celuy  des  autres  Ani- 
maux  n’eftant  point  compofé  d’autre  chofe  que  de  petites  veficules  amaffées  les  vnes 
Contre  les  autres,  entre  lefquelles  les  vaifleaux  fanguinaires  font  entrelacez  en  fi  grand 
nombre,  qu’ils  forment  vne  apparence  de  chair  en  manière  de  petits  lobes  attachez  aux 
canaux  des  Bronches  ;  &;  c’eft  de  ces  petits  lobes  que  les  grands  lobes  du  Poumon  font 
compofez. 


HHHHh 


200  DESCRIPTION  ANATOMI  QJJ  E 

Cette  différence  néanmoins  de  plus  Zk  de  moins  rempli  de  fang  nous  a  fernblé  pou¬ 
voir  pafler  pour  effentielle  Zk  fuffifante  pour  établir  vne  efpece  de  Poumon,  qui  eft  î’vne 
des  trois  aufquelles  nous  réduifons  les  Poumons  des  Animaux  que  nous  avons  diffequez: 
car  nous  avons  trouvé  des  Poumons  qui  paroiffoient  abfolument  charnus,  d’autres  ab- 
folument  membraneux,  ÔC  d’autres  en  partie  charnus  8c  en  partie  membraneux.  Les 
Poumons  de  tous  les  Animaux  terreftres  à  quatre  pieds,  qui  ne  font  point  des  œufs,  Zk 
quelques -vns  des  Amphibies,  comme  le  Veau  marin,  font  de  la  première  efpece-,  Zk 
ces  Poumons  paroiffent  abfolument  charnus,  parce  que  le  fang  eft  également  répandu 
par  toute  leur  fubftance,  dans  laquelle  il  fe  circule  entièrement ,  faifant  pafler  au  travers 
du  Poumon  par  fes  vaifleaux  tout  le  fang  d’vn  Ventricule  du  Cœur  à  l’autre.  Les  Pou¬ 
mons  des  Tortues,  des-Serpens,  des  Grenouilles,  des  Salamandres,  des  Caméléons,  &c. 
font  de  la  fécondé  efpece  -,  Zk  ils  paroiffent  abfolument  membraneux,  n’y  ayant  que  tres- 
peu  de  fang  épandu  dans  leur  fubftance ,  fçavoir  feulement  celuy  qui  eft  neceflaire  pour 
leur  nourriture  particulière,  en  forte  qu’ii  ne  fe  fait  point  d’autre  circulation  par  leurs 
vaifleaux  que  de  cette  nourriture.  Les  Poumons  des  Oifeaux  font  de  la  troifiéme  efpece, 
Zk  ils  paroiffent  en  partie  charnus,  &  en  partie  membraneux,  parce  que  la  partie  qui  eft 
attachée  aux  Coftes  eft  remplie  d’vne  grande  quantité  de  vaifleaux,  par  lefquels  la  cir¬ 
culation  fe  fait  entièrement  comme  aux  Animaux  terreftres;  &C  l’autre  partie,  qui  eft  di- 
vifée  en  huit,  Zk  quelquefois  en  dix  grandes  Veflies,  n’a  des  vaifleaux,  8c  ne  fait  la  cir¬ 
culation  que  pour  fa  propre  nourriture. 

Ces  trois  efpeces  de  Poumon  peuvent  eftre  réduites  à  deux,  fi  leurs  différences  font 
prifes  de  l’vfage  que  le  Poumon  a  par  rapport  à  la  circulation  entière  du  fang-,  8c  en  ce 
cas  le  Poumon  des  Tortues,  Zk  des  autres  Amphibies  de  fa  forte  feront  vne  efpece  par¬ 
ticulière ,  leur  Poumon  n’eftant  d’aucun  vfage  pour  la  circulation  entière;  Zk  le  Poumon 
des  Oifeaux ,  8c  celuy  des  Animaux  terreftres  feront  vne  autre  efpece ,  qui  fera  commune 
à  ceux  dont  le  Poumon  paroift  abfolument  charnu ,  8c  à  ceux  qui  ne  le  paroiffent  qu’en 
vne  partie.  Pour  établir  ces  deux  efpeces,  on  peut  encore  ajoufter  vne  autre  différence 
prife  du  mouvement  des  Poumons,  qui  dans  les  Animaux  terreftres,  de  mefme  que  dans 
les  Oifeaux,  eft  continuel,  régulier  tk  périodique;  &  dans  les  autres,  comme  dans  la 
Tortue,  le  Caméléon,  tkc.  eft  interrompu,  &  tellement  rare  8c  inégal,  que  le  Caméléon 
eft  quelquefois  vn  demy  jour  fans  qu’on  aperçoive  en  luy  aucun  mouvement  pour  la  ref. 
piration ,  8c  quelquefois  on  le  voit  enfler  tout-à-coup  ,  8c  demeurer  vn  quart  d’heure  en 
cét  eftat.  La  Tortue  en  vfe  apparemment  de  la  mefme  façon.  Nous  en  avons  long-temps 
obfervé  plufieurs  vivantes  8c  entières ,  8c  nous  avons  remarqué  quelles  jettent  bien 
quelquefois  vn  vent  froid  par  les  narines,  mais  c’eft  à  reprifes  Zk  fans  ordre.  Dans  celles 
qui  eftoient  ouvertes  vivantes,  nous  avons  veû  que  le  Poumon  demeuroit  continuelle¬ 
ment  enflé  par  l’exaéte  compreflion  de  la  Glotte,  8c  qu’il  fe  defenfloit  entièrement  Zk 
tout-à-coup,  lors  qu’on  avoit  donné ifluë  à  l’air  en  coupant  l’Afpre  Artere. 

Quand  on  ouvre  la  Poitrine  à  vn  chien  vivant,  en  luy  enlevant  le  fternon  avec  les 
appendices  cartilagineufes  des  Coftes,  on  voit  tout-à-coup  le  Poumon  s’affàiffer,  8c  en- 
fuite  la  circulation  du  fang  8c  le  mouvement  du  Cœur  ceffer  en  peu  de  temps,  apres 
que  le  Ventricule  droit  du  Cœur  ,  Zk  fon  oreille  avec  la  veine  cave  fe  font  enflez, 
comme  eftant  prefts  à  crever:  en  forte  que  pour  empefcher  que  l’Animal  ne  meure,  on 
luy  introduit  le  bout  d’vn  fouffkt  dans  l’Afpre  Artere,  8c  pouffant  l’air  £our  faire  enfler 
le  Poumon,  8c  le  retirant  en  fuite  pour  le  faire  affaiffer,  on  luy  fait  avoir  par  artifice  le 
mouvement  qu’il  a  accoutumé  d’avoir  naturellement,  Zk  l’on  voit  que  le  Ventricule  8c 
l’oreille  droite  du  Cœur  avec  la  veine  Cave  fe  defenflent,  8c  le  Cœur  reprend  fon  mou¬ 
vement  ordinaire. 

Cela  n’arrive  point  à  la  Tortue  à  qui  l’on  a  découvert  le  Poumon  :  car  foit  qu’il  de¬ 
meure  enflé  ,  foit  qu’il  s’affaiffe,  la  circulation  8c  le  mouvement  du  Cœur  continuent  fi 
bien  dans  leur  manière  naturelle,  que  l’on  a  expérimenté  qu’vne  Tortue  a  vefcu  plus  de 
quatre  jours  en  cét  eftat.  Nous  avons  encore  fait  vne  autre  expérience  pour  connoiftre 
plus  diftin&ement  la  neceffité  du  mouvement  du  Poumon,  pour  la  circulation  entière  du 


DUNE  GRANDE  TORTUE  DES  INDES.  201 
fatig  dans  les  Animaux  dont  le  Poumon  efl:  abfolument  charnu  ,  ôc  qui  ne  font  point 
Amphibies.  On  fait  injection  par  le  Ventricule  droit  du  Cœur  dans  l’Artere  du  Pou¬ 
mon  du  Chien  mort;  &  il  arrive  que  fi  l’on  continue  à  faire  enfler  ÔC  defonfler  le  Pou¬ 
mon  par  le  moyen  du  foufflet  introduit  dans  l’Afpre  Artere,  la  liqueur  que  l’on  pouffe 
dans  le  Poumon  pafle  aifément,  &  fort  par  la  veine  dans  le  Ventricule  gauche;  ôc  que 
lors  qu’on  cefle  de  fouffler,  elle  n  y  pafle  qu’à  grande  peine. 

Apres  avoir  veû  la  ftruéture  differente  des  ventricules  Ôc  des  vaifleaux  du  Cœur  du 
Chien  ÔC  de  la  Tortue,  il  n’eft  pas  difficile  de  donner  des  raifons  probables  des  Phéno¬ 
mènes  de  ces  expériences.  Car  on  peut  dire  que  le  Poumon  du  Chien  eflant  affaifle  apres 
l’expiration,  les  vaifleaux  font  comprimez  en  forte  que  le  fang  n’y  peut  pafler,  ÔC  qu’il 
eft  neceflaire  que  ces  vaifleaux  foient  dilatez  par  l’infpiration ,  pour  recevoir  le  fang  du 
Ventricule  droit  du  Cœur,  ÔC  qu’ils  foient  en  fuite  comprimez  dans  l’expiration  pour 
l’exprimer,  Ôc  le  faire  pafler  dans  le  Ventricule  gauche.  On  peut  encore  concevoir 
que  les  Ventricules  du  Cœur  de  la  Tortue,  ôc  des  autres  Animaux  dont  le  Poumon 
efl;  abfolument  membraneux ,  n’ayant  pas  leurs  parois  folides  comme  ceux  du  Cœur  du 
Chien,  où  le  fang  n’a  point  de  paflage  libre  d’vn  Ventricule  à  l’autre  qu’au  travers  du 
Poumon  ;  mais  qu’eflant  poreux  dans  toute  leur  fubflance ,  5c  mefme  ouverts  les  vns 
dans  les  autres  par  des  trous  aflez  larges,  il  ne  faut  point  trouver  étrange  que  quoy  que 
le  Poumon  demeure  immobile,  foit  qu’il  foit  enflé,  foit  qu’il  foit affaifle ,  la  circulation 
ne  foit  point  empefchée,  ôc  qu’elle  fe  fafle  toujours  dans  ces  Animaux  de  la  mefme 
manière  quelle  fe  fait  dans  les  Fœtus  :  parce  que  tant  dans  le  Fœtus  que  dans  ces  ani¬ 
maux,  le  Poumon  ne  reçoit  du  fang  que  pour  fa  nourriture,  ÔC  non  point  pour  la  cir¬ 
culation  entière,  en  forte  qu’il  ne  renvoyé  au  Cœur  que  les  relies  de  ce  qu’il  n’a  pas 
confumé;  ÔC  qu’enfïn  de  mefme  que  la  circulation  entière  ne  fe  fait  que  par  les  anafto- 
mofes  du  Cœur  dans  le  Fœtus,  elle  ne  fè  fait  aufli  dans  les  autres  animaux  dont  il  s’agit, 
que  par  les  ouvertures  particulières  que  les  Ventricules  de  leur  cœur  ont  les  vns  dans 
les  autres. 

Mais  pour  eftre  plus  affeûré  que  le  fang  ne  fe  circule  point  entièrement  par  le  Pou¬ 
mon  dans  la  Tortue  ,  on  luy  a  lié  le  tronc  de  l’ Artere  du  Poumon,  Ôc  l’on  a  obfervé 
que  le  mouvement  du  Cœur  n’en  a  ellé  en  aucune  façon  altéré,  ôc  que  la  circulation  a 
continué  toujours  de  la  mefme  manière.  Or  cela  efl  plus  aile  à  voir  en  cét  Animal  que 
dans  les  autres ,  à  caufe  que  fon  Cœur  eflant  blanchaftre,  ÔC  les  parois  des  Ventricules 
minces  en  devant,  on  voyoit  en  quelque  façon  entrer  ôc  fortir  le  fang  dans  le  Ventri¬ 
cule  droit  duquel  l’Aorte  fortoit,  ainfî  qu’il  a  efté  dit;  ÔC  cela  fe  connoiflbit  par  vne 
rougeur  qui  furvenoit  lors  que  la  pointe  du  Cœur  s’approchoit  de  la  bafe,  ÔC  qui  dif- 
paroiflbit  lors  quelle  s’en  éloignoit.  Car  il  efl  aifé  de  juger  que  lors  que  la  pointe  s’a- 
prochoit  de  la  bafe  ,  c’eftoit  alors  que  le  Cœur  exprimoit  le  fang  de  fes  Ventricules*, 
parce  qu’en  ce  mefme  temps  leurs  parois  rentrans  en  dedans  ,  ôc  comprimans  le  fang, 
faifoient  paroiftre  vne  rougeur  en  cét  endroit  ;  la  compreffion  eflant  capable  de  faire 
que  les  corps ,  que  leur  confiftance  fpongieufe  a  rendus  opaques,  deviennent  tranfpa- 
rens  par  la  diminution  des  intervalles  qui  les  rendoient  fpongieux.  Enfin  cette  circu¬ 
lation  ainfî  apparente,  qui  a  continué  pendant  quatre  jours,  le  Poumon  eflant  ouvert  ôc 
coupé  en  plusieurs  endroits ,  nous  a  femblé  faire  connoiftre  aflez  clairement  qu’en  la 
Tortue  le  Poumon  ne  fert  point  à  la  circulation  du  fang  comme  aux  Animaux  qui  ont 
vn  Poumon  charnu. 

Le  véritable  vfage  du  Poumon  dans  la  Tortue  ÔC  dans  les  autres  Animaux  de  fon 
Genre,  efl  vne  chofè  qui  nous  a  femblé  aflez  obfcure  pour  nous  la  faire  examiner  avec 
foin,  ôc  nous  donner  mefme  la  hardiefle  d’avancer  des  penfées  vn  peu  extraordinaires, 
fuivant  la  liberté  que  nous  avons  crû  nous  pouvoir  donner  dans  ces  Mémoires,  où  nous 
ne  mettons  point  les  chofes  comme  eflant  achevées,  mais  feulement  comme  des  maté¬ 
riaux  qui  pourront  eftre  employez  ou  rebutez,  félon  qu’ils  feront  trouvez  propres,  ou 
inutiles,  ou  défeétueux,  lors  que  le  temps,  par  de  nouvelles  expériences,  ou  par  de  meil¬ 
leurs  raifonnemens,  aura  fuflifamment  fait  connoiftre  leur  valeur. 


Hlli 


202  DESCRIPTION  ANATOMIQUE 

Nous  croyons  donc  qu’il  n’y  a  point  d’apparence  que  le  Poumon  de  la  Tortue  ferve 
à  la  circulation  entière  du  fang,  par  les  raifons  qui  ont  efté  dites.  Il  n’eft  point  fait  auffi 
pour  la  voix,  la  Tortue  eftant  abfolument  muéte-,  tk il  n’eft  point  vtile  au  rafraifchiffe- 
ment  des  parties  internes ,  ny  à  l’évacuation  de  leurs  vapeurs  ,  puis  qu’il  n’a  point  le 
mouvement  continuel  fk  réglé  qui  le  voit  dans  les  autres  Animaux,  &  qui  eft  neceftaire 
à  ces  vfages.  De  forte  qu’il  ne  refte  que  la  compreffion  des  parties  internes,  dont  les 
vfages  ont  efté  expliquez  dans  les  Defcriptions  que  nous  avons  faites  des  Oifeaux  ;  &  qui 
fe  réduifent  à  la  confeétion  &  à  la  diftribution  de  la  nourriture.  Mais  nous  cherchons 
vn  autre  vfage  plus  important,  tk  qui  eftant  plus  particulier  à  la  Tortue  &  aux  autres 
Animaux  de  fon  elpece,  réponde  mieux  à  la  conformation  particulière  de  leur  Poumon*, 
&£  nous  avons  trouvé  qu’on  peut  attribuer  à  cette  partie  la  faculté  que  la  Tortue  a  de  s’é¬ 
lever,  tk  de  fe  tenir  fur  l’eau ,  tk  de  defcendre  au  fond  quand  elle  veut,  en  forte  qu’il 
luy  tient  lieu  de  la  veftie  pleine  d’air,  qui  fe  trouve  dans  la  plufpart  des  Poiiïons. 

Il  y  a  plufieurs  conjeétures  fur  lefquelles  nous  fondons  la  probabilité  de  cette  opi¬ 
nion,  &  qui  nous  font  croire  que  cette  veftie  des  Poiftons,  tk  le  Poumon  de  la  Tortue 
eftant  élargis,  rendent  le  corps  de  ces  Animaux  aflez  leger  pour  nager  fur  l’eau  ;  &  que 
lors  que  ces  parties  fe  reflerrent,  Pair  qui  eft  capable  de  compreffion  occupant  moins  de 
place  à  caufe qu’il  eft  refterré,  &£  ainfi  tout  le  corps  ayant  moins  de  volume,  il  defcend  au 
fond,  de  la  mefme  manière  que  les  petites  figures  d’émail  creufes  tk  enfermées  dans  vn 
tuyau  de  verre,  tombent  au  fond  lors  qu’en  preflant  fur  la  furface  de  l’eau, on  comprime 
l’air  qu’elles  enferment  dans  la  cavité  qui  les  fait  nager. 

Nous  avons  fouvent  remarqué  qu’aufti - toft  qu’vne  Tortue  eft  mife  dans  l’eau,  elle 
jette  parla  gueule,  ou  par  les  narines,  plufieurs  bouteilles ,  qui  font  apparemment  for¬ 
mées  par  l’air  quelle  a  de  trop  dans  fon  Poumon  pour  s’entretenir  dans  vn  jufte  équi¬ 
libre,  qui  la  mette  en  eftat  d’eftre  aflez  pefante  pour  aller  à  fond  à  la  moindre  compref- 
lion  que  fes  mufcles  font  fur  fon  Poumon,  de  mefme  que  la  petite  figure  d’émail  defcend 
dans  l’eau  au  moindre  effort  qu’on  fait  pour  comprimer  l’air  quelle  enferme.  Et  il  eft  aifé 
de  comprendre  que  fi  la  Tortue  eftant  au  fond  de  l’eau,  vient  à  relafcher  les  mufcles  qui 
comprimoient  fon  Poumon ,  l’air  par  la  vertu  de  fon  reflort  retournant  en  fon  premier 
eftat ,  peut  redonner  à  tout  fon  corps  le  volume  qu’il  avoit  quand  elle  nageoit  fur 
l’eau. 

La  probabilité  de  ce  raifonnement  a  efté  confirmée  par  1  expérience.  On  a  enfermé 
vne  Tortue  vivante  dans  vn  vaifteau  plein  d’eau,  fur  lequel  on  a  attaché  exa&ement 
avec  de  la  cire  gluante  vn  couvercle,  du  haut  duquel  il  fortoit  vn  tuyau  de  verre.  Le 
vaifteau  eftant  plein  jufqu’à  faire  paroiftre  l’eau  au  bas  du  tuyau  de  verre,  nous  avons 
remarqué  que  l’eau  montoit  quelquefois  dans  le  tuyau,  tk  que  quelquefois  elle  y  def- 
cendoit.  Or  cela  ne  fe  peut  faire  que  par  l’augmentation  &  par  la  diminution  du  volume 
delà  Tortue.  Et  il  y  a  apparence  que  lors  que  la  Tortue  tafchoit  d’aller  à  fond,  l’eau 
baifloit  dans  le  tuyau ,  parce  que  l’Animal  diminuoit  fon  volume  par  la  compreffion  de 
fon  Poumon  ;  tk  qu’au  contraire  lors  qu’elle  s’efforçoit  de  venir  fur  l’eau,  l’eau  s’élevoit 
dans  le  tuyau ,  parce  que  la  Tortue  augmentoit  fon  volume  par  le  reîafchement  des 
mufcles,  qui  cedant  de  comprimer  le  Poumon,  le  laifloient  revenir  à  fon  premier  vo¬ 
lume,  &  rendoient  tout  le  corps  de  la  Tortue  plus  leger. 

L’exaétitudeavec  laquelle  la  Glotte  eft  fermée  dans  cét  Animal  ,femble  aider  beaucoup 
à  l’effet  de  cette  compreffion  -,  de  mefme  qu’il  eft  croyable  que  c’eft  pour  vn  pareil  vfage 
que  les  veffies  des  Poiftons  font  tellement  fermées,  que  quelque  force  qu’on  employé 
pour  les  comprimer,  on  n’en  peut  faire  fortir  l’air  qu’en  les  crevant:  car  il  n’y  a  point 
d’apparence  que  ces  veffies  foient  dans  les  Poiftons  pour  demeurer  toujours  en  vn 
mefme  eftat  ;  elles  leur  nuiraient  autant  en  les  empefchant  de  defcendre  dans  l’eau, 
quelles  leur  aideraient  en  les  faifànt  monter  vers  fa  furface  ;  &  pour  cela  il  aurait  fufîi 
que  leur  corps  fuft  d’vne  fubftance  aftez  rare  pour  rendre  leur  volume  proportionné  à 
leur pefànteur,  telle  qu’eft  la  fubftance  du  bois  tk  des  autres  corps  fpongieux  qui  nagent 
fur  l’eau.  Nous  avons  obfervé  pendant  vn  long -temps  des  Tortues  flotantes  fur  l’eau 

fans 


D’UNE  GRANDE  TORTUE  DES  INDES.  203 

fans  Te  remuer.  Les  PoifTons  fe  tiennent  de  mefme  long -temps  en  vn.mefme  endroit 
entre  deux  eaux,  tantoft  prés  du  fond  de  l’eau  ,  tantoft  prés  de  fa  fur  face.  Les  petites 
figures  d’émail  s ’ar relient  ai nfi  en  differens  endroits,  fuivant  les  differentes  comprenions 
qui  font  faites  à  l’air  qu’elles  contiennent. 

Ariftote  &  Pline  ont  remarqué  que  lors  que  les  Tortues  ont  eftê  long-temps  fur  l’eau 
pendant  la  bonace ,  il  arrive  que  leur  écaille  eflant  defiechée  au  Soleil,  elles  font  aifé- 
ment  prifes  par  les  Pefcheurs,  à  caufe  qu’elles  ne  peuvent  fe  plonger  dans  la  mer  a  fiez 
promptement,  eftant  devenues  trop  légères.  Cela  fait  voir  quelle  jufleffe  il  doit  y  avoir 
dans  leur  équilibre,  puis  qu’vn  auffi  petit  changement  qu’eft  celuy  qui  peut  arriver  par 
le  feul  deftechement  de  l’écaille ,  eft  capable  de  le  rendre  inutile.  Car  il  y  a  apparence 
que  la  Tortue,  qui  eft  toujours  attentive  à  s’entretenir  dans  cét  équilibre  ,  de  mefme 
que  les  autres  Animaux  le  font  pour  fe  tenir  fur  leurs  jambes,  dans  cette  rencontre  par 
vn  mefme  inftinc ,  n’ofe  pas  faire  fortir  de  l’air  de  fbn  Poumon  pour  acquérir  vne  pe- 
fànteur  qui  la  fafte  plonger  promptement  ;  parce  qu’elle  craint  que  fa  coquille  eftant 
abbreuvée,  elle  devienne  fi  pefante,  qu’eftant  defcenduë  au  fond  de  l’eau,  elle  n’ait  plus 
en  fuite  de  moyen  pour  remonter  deflus. 

Or  la  remarque  de  l’immobilité  du  Poumon  s’accorde  aftez  bien  avec  le  defaut  des 
organes  qui  peuvent  fervir  à  fon  mouvement  :  car  la  Tortue  a  non -feulement  fon 
écaille,  qui  luy  tient  lieu  de  Thorax  ,  abfolument  immobile  ,  mais  nous  ne  luy  avons 
trouvé  ny  de  Diaphragme ,  ny  d’autres  parties  qui  puiftent  fuppléer  à  ce  mouvement. 
L’os  du  bras  appelié  humérus,  qu’elle  a  enfermé  dans  la  poitrine,  a  bien  vne  longue 
apophyfe  à  l’endroit  de  l’articulation  du  coude,  qui  eft  jointe  avec  vn  autre  os  articulé 
au  coude-,  en  forte  que  ces  os  forment  enfemble  deux  produétions  de  chaque  collé, 
qui  s’approchant  en  devant,  font  comme  des  clavicules:  mais  ces  parties  font  immo¬ 
biles,  &  ne  fervent  apparemment  que  de  bafe  &  d’origine  aux  mufcles  qui  tiennent  lieu 
de  peétoraux,  tk  qui  tirent  en  devant  la  portion  du  bras  qui  eft  mobile,  fçavoir  le  cu¬ 
bitus,  le  radius,  &  la  main.  On  trouve  aftez  de  mufcles  qui  peuvent  fervir  à  la  compref- 
fion  du  Poumon;  mais  des  mufcles  feuls  ne  font  pas  propres  à  fa  dilatation:  il  faut  des 
colles  fk  vn  llernon,  ou  quelque  chofe  d’analogue  qui  foit  mobile.  En  forte  qu’apparem- 
ment  il  eft  neceftaire  de  fuppofer  que Tinfpiration  fe  fait-  par  le  reftort  des  ligamens  durs 
&  fermes  qui  compofent  les  mailles  qui  ont  elté  décrites  :  en  forte  que  lors  que  les 

mufcles  qui  peuvent  comprimer  le  Poumon  viennent  a  fe  relafcher ,  ces  ligamensse- 
tendent,  tk  élargiftant  les  ouvertures  de  toutes  les  veilles ,  augmentent  la  capacité  de 
tout  le  Poumon.  Quoy  que  noftre  Tortue  ne  fuft  pas  de  celles  qui  vivent  dans  leau^ 
elle  ne  laiftoit  pas,  à  l’égard  de  cette  conformation  particulière  du  Cœur  tk  du  Poumon, 
de  l’avoir  pareille  à  celle  des  Animaux  de  fbn  efpece,  ainfi  quon  voit  plufieurs  Oifeaux 
avoir  des  aîles  quoy  qu’ils  ne  volent  point. 

Le  Cerveau  eftoit  tres-petit  :  car  la  grandeur  de  la  telle ,  qui ,  à  proportion  du  refte  du 
corps,  eft  déjà  fort  médiocre,  confiftoit  principalement  aux  os  du  crâne,  6>C  a  la  chair 
des  mufcles  crotaphites  qui  le  couvroient ,  &  qui  eftoient  épais  comme  au  Lion;  l’os  du 
fommet  de  la  Telle  ayant  vne  crefte  à  la  manière  de  tous  les  Animaux  qui  ont  vne  force 
extraordinaire  aux  mâchoires.  Le  Cerveau  avec  le  Cervelet  avoit  en  tout  feize  lignes 
de  long  fur  neuf  de  large.  Les  Tortues  marines  qui  fe  pefchent  aux  Antilles  lont  trois 
fois  plus  petit  à  proportion  :  car,  fuivant  les  Relations  que  nous  avons  de  ces  païs,  les 
Tortues  qui  y  ont  la  Telle  grofïe  comme  celle  d’vn  Veau,  n’ont  pas  le  Cerveau  plus 
gros  qu’vne  fève. 

Les  Membranes  de  ces  deux  parties,  leur  fubftance ,  le  Lacis  Choroide,  la  Glande  Pt- 
neale ,  la  Pituitaire,  l’Entonnoir,  &  la  plufpart  des  nerfs  eftoient  de  la  mefme  manière 
qu’ils  fe  voyent  dans  les  Oifeaux.  Les  autres  parties  avoient  quelqueehofcde  particulier. 
Les  Nerfs  Olfaéloires  eftoient  d’vne  grandeur  extraordinaire  ,  faifant  prefque  le  quart 
de  tout  le  Cerveau.  Les  Nerfs- Optiques  prenoient  leur  origine  des  Nerfs  Olfaéloires. 
Les  deux  tuberofitez  que  le  Cervelet  a  dans  les  Oifcaux  ,  au  lieu  d  eftre  attachées  aux 
parties  latérales  de  la  moelle  de  l’épine  eftoient  en  fa  partie  ftuperieure.  Le  Cervelet 
r  KKKKk 


204  DESCRIPTION  ANATOMI  QJJ  Ë 

n’eftoit  ny  fillonné  par  des  lignes  parallèles  en  dehors,  ny  diverfîfîé  en  dedans  par  les 
differentes  couleurs  de  fa  fubllance ,  qui  reprefentent  des  branches  d’arbre ,  &  fa  ca¬ 
vité  s’avançoit  fort  loin  dans  la  moelle  de  l’e'pine,  allant  jufqu’àla  première  vertebre  du 
col. 

La  moelle  de  l’Epine  eftoit  couverte  de  fes  membranes  ordinaires ,  ôc  arroufée  de 
plufieurs  vaiffeaux  qui  l’accompagnoient  jufqu’à  fa  fin.  Elle  empliffoit  toute  la  cavité 
des  vertebres ,  &  envoyoit  de  part  &  d’autre  plufieurs  paires  de  nerfs.  Ceux  qui  fe  di- 
Ilribuoient  aux  bras,  aux  jambes,  au  col,  &  à  la  queue,  efloient  fort  gros  &  en  très- 
grand  nombre. 

Le  Globe  de  l’Oeil  avoit  vn  pouce  de  diamètre.  La  Paupière  interne  que  nous  avons 
vu  remuer  dans  les  Tortues  vivantes,  avoit  les  mefmes  mufcles  que  nous  avons  obfervé 
dans  les  Oifeaux.  La  Cornée  eftoit  fort  mince.  L’humeur  aqueufe  avoit  vne  confiftance 
tellement  ëpaifle  ,  qu’elle  ne  couloit  qu’à  peine.  L’Iris  eftoit  de  couleur  minime:  on  y 
voyoit  plufieurs  vaifl'eaux  entrelacez.  Dans  les  petites  Tortues  que  nous  avons  icy,  qui 
font  toutes  des  Tortues  d’eau,  l’Iris  avoit  quatre  points  jaunes  fur  vn  fond  de  couleur  mi¬ 
nime.  Ces  points  efloient  difpofez  en  croix  autour  du  trou  de  l’Uvée.  Le  Cryftallin  n’a- 
voit  qu’vne  ligne  de  diamètre:  il  eftoit  plat  &  lenticulaire.  La  membrane  faite  en  bourfe 
noire ,  qui  fe  trouve  dans  les  yeux  des  Oifeaux  ,  ne  s’eft  point  trouvée  dans  noftre 
Sujet. 

La  Langue,  dont  la  figure  eftoit  pyramidale,  avoit  vn  pouce  de  long  fur  quatre  lignes 
de  large.  Elle  eftoit  mince  ,  n’ayant  pas  plus  d’vne  ligne,  dont  la  fubftance  charnue  ne 
faifoit  que  la  moitié.  La  Tunique  avoit  en  deflfus  vn  grand  nombre  de  mammelons.  La 
Langue  avoit  avec  l’os  Hyoïde  dix  mufcles,  cinq  de  chaque  cofté.  Le  premier,  qui  ti- 
roit  l’os  Hyoïde  en  devant,  alloic  de  la  fymphyfe  de  la  Mâchoire  inferieure  a  la  bafe 
de  l’os  Hyoïde.  Le  fécond ,  qui  le  tiroit  à  cofté ,  alloit  de  la  partie  interne  de  l’omo¬ 
plate  à  la  bafe  de  l’Hyoïde.  Le  troifiéme,  qui  le  tiroit  en  enhaut ,  alloit  d’vne  de  fes 
cornes  à  fa  bafe.  Le  quatrième,  qui  tiroit  la  Langue  en  devant,  alloit  de  la  fymphyfe 
du  Menton  au  cofté  de  la  Langue.  Le  cinquième,  qui  tiroit  la  Langue  acofte,  vers 
le  bas,  alloit  d’vne  des  cornes  de  l’os  Hyoïde  à  la  bafe  de.  la  Langue. 

La  neceflité  ou’il  v  avoir  dp  ronfèrver  la  dépouillé  de  ce  Sujet  rare  extraordinaire, 
pour  l’ornement  de  la  Ménagerie  de  Verfailles,  nous  ayant  empefché  de  pourfuivre  plus 
avant  la  recherche  des  organes  des  fens  dans  la  Tefte  de  noftre  Tortue,  nous  avons  fup- 
pléé  à  ce  défaut  par  la  difleétion  de  plufieurs  autres  Tortues,  où  nous  avons  obfervé 
que  les  Nerfs  Olfaéloires  fe  terminent  à  vne  membrane  délicate  de  couleur  noire,  qui 
tapifle  le  dedans  des  Narines.  Cette  membrane  n’avoit  ny  replis  ny  avances  qui  en¬ 
traient  dans  les  trous  de  l’os  Ethmoïde.  Dans  la  partie  anterieure  du  Palais  il  y  avoit 
deux  trous  à  l’ordinaire  qui  répondoient  aux  Narines. 

AT  égard  des  Oreilles,  à  nos  petites  Tortues  de  mefme  qu’à  la  grande  ,  il  n’y  avoit 
aucune  ouverture  en  dehors:  l’os  paroiflbit  feulement  enfoncé  au  droit  des  temples;  &C 
la  peau  qui  couvrait  cette  enfonceûre  eftoit  plus  mince  &  plus  délicate  qu’ailleurs,  &C 
paroiflbit  aufli  quelque  peu  enfoncée  en  cét  endroit.  Après  avoir  levé  cette  peau,  l’on 
découvrait  vn  trou  rond  de  la  grandeur  &  de  la  forme  de  celuy  de  l’Orbite  de  l’Oeil. 
Il  eftoit  fermé  par  vne  efpece  de  Platine  cartilagineufe  fort  mobile ,  eftant  attachée  tout 
à  l’entour  au  bord  du  trou  rond  par  vne  membrane  fort  déliée.  Au  cofté  du  trou 
vers  le  derrière  de  la  Tefte,  il  y  avoit  vn  conduit  cartilagineux,  qui  defcertdoit  dans  le 
Palais  ,  où  il  avoit  vne  ouverture  longue,  faifant  vne  petite  fente.  Au  deflous  de  la  Pla¬ 
tine  cartilagineufe  l’on  a  trouve'  vne  grande  cavité  de  figure  ovale ,  fort  longue ,  ayant  de 
long  deux  fois  fa  largeur.  Cette  cavité  eftoit  percée  à  cofté,  pour  donner  paffage  à  vn 
petit  ftylet  fort  menu,  qui  venoit  obliquement  foûtenir  la  Platine  par  vn  bout,  &C  par 
l’autre,  après  avoir  paffé  au  travers  d’vne  fécondé  cavité,  qui  eftoit  vn  peu  en  deflous 
&  à  cofté  de  la  grande,  il  bouchoit  vn  trou ,  par  lequel  la  fécondé  cavité s’ouvroit  dans 
vne  troifiéme,  qui  eftoit  anfraétueufe ,  &  qui  recevoit  le  nerf  de  l’Ouïe.  Le  bout  du  ftylet 
qui  bouchoit  l’ouverture  de  cette  troifiéme  cavité ,  alloit  en  s’élargiflant  comme  le  bout 

d’vne 


D'UNE  GRANDE  TORTUE  DES  INDES.  205* 

d’vne  trompette,  fk:  avoit  vne  membrane  délicate  qui  l’attachoit  à  la  circonférence  du 
trou. 

Ceux  qui  ont  fait  la  Defcription  des  Antilles,  qui  ell  le  lieu  du  monde  où  il  y  a  vne 
plus  grande  quantité  de  Tortues,  difent  quelles  font  fourdes.  Nous  avons  lieu  de  dou¬ 
ter,  veû  les  organes  que  nous  venons  de  décrire,  que  ces  Hiftoriens  ayent  apporté  tout 
le  foin  neceffaire  pour  eltre  bien  inllruits  de  cette  particularité,  y  ayant  apparence  qu’ils 
fe  font  contentez  de  la  conjecture  que  l’on  peut  tirer  pour  cela  du  defaut  d’ouverture 
que  ces  Animaux  ont  en  leurs  Oreilles  :  linon  il  faudroit  que  les  Oreilles  fuirent  aux 
Tortues  ce  que  les  yeux  font  aux  Taupes  ;  c’ell  à  dire  quelles  euflent  des  Oreilles 
fans  entendre,  de  mefme  que  les  Taupes  ont  des  yeux  avec  lefquels  elles  ne  voyent 
point. 

La  remarque  que  nous  avons  faite  fur  la  manière  dont  la  Tortue  remue  fon  Col 
pour  fe  retourner  quand  elle  ell  fur  le  dos,  nous  a  donné  occalion  de  chercher  les  muf- 
cles  qui  fléchilfent  &  qui  étendent  cette  partie.  Nous  avons  premièrement  trouvé  que 
ce  Col  a  deux  elpeces  de  mouvement,  qui  font  chacun  compofez  de  fléxion  Sc  d’exten- 
lion.  Le  premier  mouvement  ell  celuy  par  lequel  la  Tortue  retire  fon  Col  fa  Telle 
en  dedans,  ou  l'allonge,  &  la  fait  fortir  en  dehors.  Le  fécond  ell  celuy  par  lequel  le 
Col  ellant  forti  &c  étendu,  fe  fléchit  de  tous  les  collez.  Dans  la  première  efpece  de  mou¬ 
vement  le  Col  s’allonge  lors  que  les  mufcles  qui  fervent  aux  differentes  flexions  du  Col 
mis  en  dehors,  agiffent  enfemble,  &  d’vne  égale  force  j  &  il  fe  retire  en  dedans  avec  la 
Telle  par  deux  differentes  fléxions  &  extenlionsdes  vertebres,  dont  l’vne  ell  en  deffus  &C 
l’autre  en  deffous  :  ce  qui  donne  au  Col  vne  figure  pareille  à  celle  que  le  Col  du  Cigne 
prend  quand  cët  Oifeau  retire  fa  telle  vers  fon  dos.  Pour  cela  outre  les  mufcles  qui  flé¬ 
chi  ilent  de  tous  collez  le  Col  mis  en  dehors,  &c  qui  font  communs  à  tous  les  mouvemens 
du  Col,  il  y  en  a  cinq  particuliers  de  chaque  collé,  qui  naiffant  des  apophyfes  des  lombes, 
&£  des  dernières  colles,  montent  le  long  des  vertebres  du  dos,  &  s’inferent  en  cinq  diffé¬ 
rais  endroits  des  apophyfes  obliques  des  vertebres  du  Col,  le  plus  long  ellant  attaché 
proche  de  la  Telle  au  corps  de  la  première  vertebre.  Les  mufcles  qui,  lors  qu’ils  agiffent 
Séparément,  fervent  aux  fléxions  du  Col  mis  en  dehors,  naiffent  des  vertebres  du  Col, 
&  s’inferent  au fli  à  lès  vertebres.  Quelques -vns  prenant  leur  origine  au  corps  d’vne 
vertebre,  s’inferent  aux  apophyfes  des  autres:  d’autres  naiffant  des  apophyfes,  s’inferent 
à  d’autres  apophyfes  -,  en  forte  que  lors  que  les  mufcles  d’vn  collé  agiffent  feparément, 
la  fléxion  fe  fait  de  ce  coflé-là;  &C  quand  ils  agiffent  enfemble  avec  vne  force  égale  ,  l’ex- 
tenlion  de  tout  le  Col  s’en  enfuit,  ainfi  qu’il  a  efté  dit. 

Lors  que  la  Telle  fe  retire  en  dedans ,  elle  s’enfonce  dans  vn  reply  de  la  peau  qui 
ell  fur  les  épaules,  qui  forme  comme  vn  froc.  Cela  fe  fait  par  le  moyen  d’vn  mufcle 
fort  large  &  fort  épais  adhérant  à  la  peau  ,  &c  qui  ellant  attaché  aux  apophyfes  épi- 
neufes  des  vertebres,  d’où  il  lèmble  naillre,  fe  replie  en  deffous,  couvrant  &  envelop¬ 
pant  Y  A  fpre  artere  8e  l’Oefophage.  Les  differentes  fituations  des  fibres  de  ce  mufcle, 
qui  le  peuvent  faire  paffer  pour  vn  affemblage  de  plulieurs  mufcles,  produifent  les  di¬ 
vers  replis  de  cette  peau  faite  en  forme  de  froc,  lors  qu’elles  agiffent  différemment. 

F  I  N. 


LLLL1 


TABLE  DES  iA  N  I  M  A  V  X 

contenus  en  ce  Volume. 


Les  Noms  les  plus  communs,  &C  qui  font  au  titre  des  Defcriptions, 
font  en  lettre  Romaine:  les  autres  font  en  lettre  Italique. 


A^iCcipenfer. 

Alcé. 


Aigle. 

Alga%el. 

Alopecias. 

Animal  magnum. 
A  no. 

Afio. 

Avis  tarda. 

Autruche. 


A. 


B. 


che  de  Sardai 


2  i (tarda. 
Bœuf  marin. 
Bubale. 


gne. 


CAméléon. 

Caprea. 

Carbo  aquaticus. 
Caftor. 

Cafuel. 

Cepus. 

Cercopythecus. 

Cerf  de  Canada. 
Chameau. 

Chamois* 

Chatpard. 

Chèvre  d’Afrique. 
Chevreuil  d’Egypte. 
Chryfaètos. 

Civette. 

Coati. 

Cocq  Indien. 
Corax. 

Cormoran. 

Cynocéphale. 


C. 


D. 


DEmoifelle  de  Numidie. 


Dorcas. 

Dromadaire. 


SS 

h 

141 

S-1 

SS 

S3 

J  47 
JS7 
ISI 

i6j 


131 

JSi 

93 

99 


13 

iop 

103 

6S 

i8; 

122 
121 
iz 9 
29 
109 

4  9 
4-r 
ïbid. 

14.2 

77 

89 

H7 

103 

ibid. 

121 


'57 

41 

2- 9 


G . 


C T  Allus  P erftc us  s 

Gattus  Inâicus. 

+  J4-7 

Gazelle. 

41 

Gajuel. 

iSS 

Guenon. 

If. 

ÎZI 

HAliaêtos. 

J  42 

Heggehog. 

f1.7 

HerifTon. 

ibid. 

Hyene. 

Hyftrix. 

K. 

113 

l^Emas. 

h. 

42.  JOÇ.  110 

L  Amantin. 

97 

Lion. 

1.  6 

Lionne. 

9 

Loup-Cervier. 

59 

Loup  -  Marin. 

9S 

Loutre. 

73 

Lynx. 

M. 

60 

MAnati. 

93 

Meleagris. 

13S 

Mituporanga. 

147 

Mondi. 

O. 

h 

O  Tarde. 

y1 

Otis. 

ibid. 

Otus. 

JS7 

Ours. 

P. 

33 

P  Eintade. 

'35 

Phoca. 

93 

Porc-Epic. 

113 

Poule  d’Afrique  ,  de  Barbarie  >  de  Numidie  ,  de 
Guinée  3  de  Mauritanie  3  de  Punis  ?  &  de  Pha¬ 
raon.  J3S 


E. 

Elant. 

Emê 1 


I3S 


Renard 


R. 


REnard  Marin. 

SS 

Rupicapra . 

109 

S. 

SApajou. 

m 

Scharbo. 

IQ3 

Scops. 

1S7 

Singe. 

121 

Strepficeros „ 

2fl.  IO9 

T. 

T  Or  tue. 

m 

F. 

V  Ache  de  Baÿane. 

99 

Veau  Marin. 

95 

r. 

JC S ere  Fercken. 

117 

CORRECTIONS. 


P  Age  2.  lig.  29.  des  ongles  dont,  lif.  des  ongles  des  chats  dont.  ib.  la  figure  ;  ces  pointes,  lif.  la  figure  &  prefque  la  grandeur; 

ces  pointes,  lig.  si ■  efface  fie  dernier  mot  qui.  lig.  s 2-  n’eftoit  point  ouvert,  lif.  n’cftanc  point  ouvert,  pag.  3.  lig.  4.  tous  les  inteftins  en- 
fcmble,  lif.  les  inteftins  neftoient  pas  fort  longs,  n’ayant  tous  enfemble.  pag.  4.  lig.  8.  &  qui  avoit,  lif.  Il  avoit.  pag.  s ■  lig.  2s •  &  fie 
voir  aufli,  lif  Cela  peut  faire  croire  aulfi.  pag.  28.  lig.  6.  des  jambes,  lif.  de  la  jambe,  pag.  32.  lig.  36.  de  toutes,  lif.  de  la  plufpart./>4g-. 
3j.  lig.  40.  diftention  du  relafchement,  lif  extenfion  ou  relafchemcnt.  pag.  44.  lig.  30.  que  ces  deux,  lif.  que  dans  noftre  grande  Gazelle 
ces  deux.  pag.  4s.  lig.  1.  eft  beaucoup  plus  large,  lif.  eftoit  beaucoup  plus  large,  pag.  s ».  lig.  Si-  Mefenterique  inferieure,  lif  Mefcnce- 
rique  fuperieure.  pag.  48.  après  la  ligne  16.  ajouftez  M.  Vn  vaiffeatt  que  l’on  peut  prendre  pour  vn  des  deferens.  pag.  S7.  lig.  18.  à  tous  les  ani¬ 
maux,  lif.  à  la  plufpart  des  animaux. pag.  6s.  lig.  18.  plus  court  n  avoit  qu’ environ,  lif.  plus  court  avoir  environ. pag.  76.  lig.ip.  lesTejlicules 
du  majle,  ajouftez,  détournez,  à  cofiè,  leur  fituation  naturelle  ejlant  au  deffous  des  poches,  pag.  p6.  lig.  21.  rctenoit  en  partant ,  lif  recevoir,  pag. 
113.  lig.  27.  la  foye  de  ce  pennache  eftoit  blanche,  lif.  eftoit  de  couleur  de  chaftain-brun.  lig.  28.  Sc  de  couleur  de  chaftain -  brun ,  lif  SC 
blanche,  pag.  128.  lig.  21.  marquez.  Jjfé'C.  marquez.  R.  lif.  marquées  marquées  R.  pag.  173.  lig.  19.  outre  les  deux  membranes,  lif.  entre. 
pag.  iss .  lig.  S •  le  fac  qui  ferme,  lif.  le  fac  qui  forme. pag.  160.  lig.  13.  qui  eftoit  vn  peu  plus  épaifle,  ofteT^  qui. pag.  167.  lig.  6.  le  ventre 
a  terre,  lif.  le  ventre  jufqu’à  terre,  pag.  176.  lig.  46.  tous  ces  œufs,  oficz.  tous.  pag.  17p.  lig.  24.  qui  eiftant  couché,  ofiez.  qui.’ pag.  186. 
lig,  6.  &C  jettoient  chacun,  lif  chacune,  pag.  187 .  lig.  is .  larges  de  deux  pouces,  lif  longues  de  deux  pouces. 


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A  PA  R  I  S. 

DE  L'IMPRIMERIE  ROYALE, 

PAR  SEBASTIEN  MA  B  R  E-C  R  A  M  O  I  S  Y, 

Dire&eur  de  ladite  Imprimerie. 

M.  D  C.  L  X  X  V  I. 


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SMITHSONIAN  INSTITUTION  LIBRARIES 


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Mémoires  pour  servir  Sa  l'histoire  natu